A WAR

A WAR

8
Remarquable

Le commandant Claus M. Pedersen et ses hommes sont affectés dans une province d’Afghanistan, tandis qu’au Danemark, sa femme, Maria, tente de faire face au quotidien et d’élever seule leurs trois enfants. Au cours d’une mission de routine, les soldats sont la cible d’une grave attaque. Pour sauver ses hommes, Claus va prendre une décision qui aura de lourdes conséquences pour lui, mais également pour sa famille…
 

D’ordre moral.

NB : Notre article révèle quelques éléments de l’intrigue.

A War est composé de deux parties distinctes et complémentaires. La première partie repose sur l’alternance entre deux situations nettement contrastées : le père dans la violence des paysages ocres et beiges de l’Afghanistan, la mère et les enfants dans la froideur bleutée de Copenhague. À la nervosité des images de guerre, le point de vue embarqué, le jargon militaire qui fuse répond la fluidité des images de la vie danoise, les difficultés de la vie quotidienne de la famille amputée, le contrôle silencieux des émotions. Les quelques appels téléphoniques laborieux faisant le lien entre les deux mondes témoignent à la fois de l’amour immense qui unit la famille et de l’instabilité de leurs situations respectives. Le pathos adroitement évité par la sobriété des plans et la justesse du jeu des acteurs, les intentions de Lindholm nous apparaissent dans toute leur lumineuse humanité : mesurer les conséquences d’un très vaste et complexe conflit armé sur le très intime et non moins complexe système familial. Entre macrocosme et microcosme, la rigoureuse composition s’impose, bouleversante.

L’intelligence du cinéaste se complète dans la seconde partie du film. Accusé par les forces militaires danoises d’avoir intentionnellement bombardé une habitation civile entrainant la mort de plusieurs femmes et enfants afghans (et non pas seulement les terroristes visés) pour sauver ses troupes d’un guet-apens, le père de famille est contraint de revenir à Copenhague afin de comparaitre devant le tribunal de guerre. Avait-il l’autorisation de lancer le feu, savait-il qu’il menaçait des vies civiles ? Les caméras embarquées dans la visière de chacun des soldats, l’enregistrement de tous leurs dialogues lors de la scène du bombardement nous permettent d’assister à la reconstitution des faits et la recherche de la vérité. Si nous sommes nécessairement du côté du père (Pilou Asbaek, impeccable) pour qui l’empathie est totale, entrainé par sa femme à plaider non-coupable pour le bien du foyer et de leurs enfants, le questionnement éthique soulevé par le procès est profondément déroutant. L’idéal de justice peut-il coïncider avec une situation de crise d’ordre privé ? En évitant tout manichéisme ou jugement hâtif, Lindholm pose sincèrement la question.

Et quand le père vient border son fils le soir du procès, alors qu’il voit ses petits pieds qui dépassent de la couverture, ce sont les pieds sans vie d’un enfant afghan qui lui reviennent en tête.

La fiche

thb_A-War

A WAR
Réalisé par Tobias Lindholm 
Avec Pilou Asbæk, Tuva Novotny, Dar Salim…
Danemark – Drame, Guerre
Sortie : 1er Juin 2016
Durée : 114 min

 




Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de