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A. I. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Dans un XXIe siècle, où la fonte des glaces a submergé la majorité des terres habitables et provoqué famines et exodes, les robots sont devenus une composante essentielle de la vie quotidienne et assurent désormais la plupart des tâches domestiques. Pourtant, le professeur Hobby veut aller encore plus loin en créant le premier androïde sensible : un enfant capable de développer un vaste répertoire d’émotions et de souvenirs. Peu après cette annonce, David, un robot de onze ans, fait son entrée chez Henry et Monica Swinton, un couple dont le jeune fils a été cryogénisé en attendant la découverte d’un remède pour guérir sa grave maladie. Bientôt abandonné par sa mère adoptive, David entame un périlleux voyage à la recherche de son identité et de sa part secrète d’humanité.

Il était une foi.

Situé au commencement de l’une des périodes les plus fertiles de l’œuvre de Steven Spielberg (Minority Report et Arrête-moi si tu peux suivront à peine un an plus tard), A. I. Intelligence Artificielle reste pourtant l’un des films les plus particuliers de son auteur. Rejeté et incompris à sa sortie, il acquerra au fur et à mesure des découvertes et redécouvertes une aura de film maudit lui allant à ravir.

Tiré du roman de science-fiction de Brian Aldiss « Les Supertoys durent tout l’été », paru en 1969, le script devait à l’origine être adapté dans les années 90 par nul autre que Stanley Kubrick. Mais les effets spéciaux numériques d’alors ne permettant pas de recréer intégralement un robot à visage humain, le projet était resté dans les limbes du « development hell » dans lequel languissent encore de nombreux projets qui ne verront jamais le jour. Dans ce cas-ci, Steven Spielberg est intéressé, ce dernier y voyant une occasion de toucher de nouveau à un genre qu’il avait investi avec succès par le passé, mais aussi et surtout l’opportunité de creuser davantage son sillon d’auteur passionné de contes en général et de Pinocchio en particulier. Après tout, A. I. n’est-il pas adaptation futuriste du conte de Carlo Collodi ?

En 1995, Stanley Kubrick passe alors officiellement le flambeau à Spielberg, à qui il faudra encore patienter six années supplémentaires pour que le projet voie enfin le jour. Six années qui auront permis à Spielberg de mûrir son film et aux effets spéciaux numériques (signés ILM) et mécaniques (dûs à l’immense Stan Winston) de progresser. Et cette attente a été récompensée, tant A. I. est sans doute l’un des films les plus ambitieux et audacieux de la carrière de Steven Spielberg. Beaucoup de critiques y avaient pourtant vu une œuvre schizophrène, tiraillée entre des instants « kubrickiens » (qui seraient donc les meilleurs) et d’autres plus « spielbergiens » (forcément les moins bons). Mais le film est bien plus complexe que ça, chacune de ses différentes parties (tellement distinctes qu’elles pourraient composer un film à part entière) étant à la fois « kubrickienne » et « spielbergienne ».

La première partie, qui consiste en l’arrivée de David et son intégration à sa nouvelle famille, possède une douceur presque rêveuse, aidée en cela par la photographie diaphane de Janusz Kaminski et l’interprétation remarquable d’un Haley Joel Osment tout juste sorti du Sixième Sens. Le jeune comédien parvient, on ne sait trop comment, à insuffler tellement d’humanité à son personnage mécanique que le spectateur se retrouve les yeux totalement embués par l’une des séquences les plus foudroyantes du film, et probablement de tout le cinéma de Steven Spielberg.

C’est là que le film change subitement de braquet et vire à la quête aventureuse, David partant à la recherche de la Fée Bleue du conte de Pinocchio, celle qui pourra réaliser son rêve de devenir humain afin de gagner l’amour de sa mère. Accompagné de Gigolo Joe (Jude Law, qui prête ses traits fins et son corps délié à cette version lubrique de Jiminy Cricket), David se retrouve alors confronté à l’atrocité du monde réel, les « mechas » étant considéré comme des parasites par une partie de la société. L’occasion pour Spielberg de montrer rien de moins qu’un holocauste mécanique : charniers de corps, humiliations et tortures en place publique. Des images d’une extrême violence, sans que la moindre goutte de sang ne soit versée.

Mais c’est dans la dernière partie que se  trouve le cœur du film et ce qui le rend si particulier. D’une tristesse et d’une mélancolie infinies, les vingt dernières minutes consistent en un lent et beau voyage vers l’au-delà, une parenthèse enchantée et éphémère mêlant la poésie, la métaphysique… et la mort.

Il est d’ailleurs temps de lever le doute sur l’un des malentendus les plus tenaces à propos du film, et qui aura valu à Spielberg les critiques les plus injustes : le happy-end n’a rien de « happy ». En apparence, tout semble se terminer de manière positive, apaisée. Mais c’est un apaisement en trompe-l’œil qui, sous couvert de retrouvailles heureuses et de déclaration d’amour, cache un sens profond qui n’est rien d’autre que bouleversant. Car le plus beau jour de la vie de David est sans doute aussi son dernier.

Spielberg orchestre le tout dans un grand geste artistique où se marient à la perfection la richesse visuelle (difficile d’outrepasser le jeu de miroirs entre l’aspect des « super mechas » et la première apparition de David dans le film) et la richesse musicale, grâce à John Williams qui signe ici l’une de ses plus belles compositions, mêlant subtilement à la froideur des instruments synthétiques la chaleur des chœurs et de l’orchestre symphonique.

A. I. Intelligence Artificielle est donc un film-monde, une porte ouverte sur un imaginaire infini, un conte initiatique sur la quête d’identité, mais aussi un grand film de science-fiction contenant quelques-unes des visions les plus stupéfiantes que le cinéma ait jamais offert (difficile d’oublier ce Manhattan sous les eaux). Un chef-d’œuvre qui aura eu besoin de quinze ans pour être enfin reconnu à sa juste valeur. Stanley Kubrick aurait eu de quoi en être fier.

La fiche

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A. I.  Intelligence Artificielle
Réalisé par Steven Spielberg
Avec Haley Joel Osment, Jude Law, Frances O’Connor…
Etats-Unis – Science-fiction, aventure, drame

Sortie en salle : 24 octobre 2001
Durée : 140 min 

 




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