7
(critiques) DÉBUT 2013 : LE MONDE DE CHARLIE, LA STRATÉGIE DE LA POUSSETTE, MANIAC
| LE MONDE DE CHARLIE ●● |
Au lycée où il vient d’arriver, on trouve Charlie bizarre. Sa sensibilité et ses goûts sont en décalage avec ceux de ses camarades de classe. Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige, pour les autres, c’est juste un « loser ». En attendant, il reste en marge – jusqu’au jour où deux terminales, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. Grâce à eux, il va découvrir la musique, les fêtes, le sexe… pour Charlie, un nouveau monde s’offre à lui. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Voilà le crédo que semble avoir suivi Stephen Chbosky en portant lui-même à l’écran le roman qu’il avait écrit et publié en 1999. Le résultat est plutôt satisfaisant puisqu’il nous offre une comédie adolescente touchante, sincère et attachante malgré ses lieux communs. Le trio d’acteurs est la hauteur – on peut d’ailleurs le féliciter, Emma Watson et Ezra Miller étant d’ordinaire plutôt irritants – et le ton de ce récit initiatique reste toujours approprié : on ne tombe jamais dans l’humour lourdingue. Au final, Le monde de Charlie a les qualités et les défauts d’un teen-movie des années 90. Mélancolique et nostalgique, malin mais classique et un brin naïf, les quelques facilités sont aisément compensées par cette histoire qui touche inévitablement nos souvenirs et notre coeur.
| STEPHEN CHBOSKY | COMÉDIE, DRAME | USA | 103 MIN | 2 JAN. 2013 | LOGAN LERMAN, EMMA WATSON, EZRA MILLER |
| LA STRATÉGIE DE LA… ● |
Thomas a laissé partir Marie, à force de ne pas s’engager. Un an plus tard, toujours inconsolable, il se retrouve avec un bébé sur les bras. Il va se servir de cet enfant pour reconquérir la femme de sa vie… Après un début entraînant et fantaisiste, La stratégie de la poussette retombe assez rapidement, suivant les rails prévisibles de la comédie à la française. Heureusement, l’humour reste bon enfant et au dessus de la ceinture. On saluera les débuts convenables à l’écran de Camelia Jordana et de Charlotte Miss Meteo Lebon. Une romcom qui se laisse regarder malgré quelques gags réchauffés. Rien de bien enthousiasmant mais pas la catastrophe annoncée et redoutée. A la rigueur…
| CLEMENT MICHEL | COMEDIE, ROMANCE | FRA | 90 MIN | 2 JAN. 2013 | RAPHAËL PERSONNAZ, CHARLOTTE LE BON |
| MANIAC ●● |
Dans les rues qu’on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps se remet en chasse. Frank est le timide propriétaire d’une boutique de mannequins. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l’aide pour sa nouvelle exposition. Alors que leurs liens se font plus forts, Frank commence à développer une véritable obsession pour la jeune fille. Au point de donner libre cours à une pulsion trop longtemps réfrénée – celle qui le pousse à traquer pour tuer. Remake du classique film d’horreur des années 80 (jadis réalisé par William Lustig), Maniac est cette fois repris par l’équipe d’Alexandre Aja et Thomas Langmann. Aux manettes, c’est Franck Khalfoun. Devant (et derrière la caméra grâce au procédé de caméra subjective), on retrouve le talentueux Elijah Wood qui nous avait déjà bien fichu les jetons dans Sin City. Son personnage inspire autant la pitié que le dégoût et la peur. Un choix payant ! Maniac s’avère être un remake intéressant, revisitant le personnage, et un exercice de style réussi pour un film de genre qui plaira forcément aux amateurs. Mention spéciale à la vibrante bande sonore de ROB du groupe Phoenix.
| FRANCK KHALFOUN | HORREUR | USA | 89 MIN | 2 JAN. 2013 | ELIJAH WOOD, NORA ARNEZEDER |
10
[critique] BROKEN
| RUFUS NORRIS | UK | 90 MIN | 22 AOÛT 2012 | TIM ROTH, CILLIAN MURPHY, ELOISE LAURENCE |
Après avoir été témoin d’une agression brutale, Skunk se rend compte que la maison où elle vit, son quartier, son école, lui sont devenus étrangers, presque hostiles. Les certitudes rassurantes de l’enfance ont laissé place à l’inconnu et à la peur. Et, alors qu’elle se tourne vers un avenir devenu soudain plus sombre, son innocence n’est plus qu’un souvenir. En cherchant le réconfort dans l’amitié muette de Rick, un garçon doux mais abîmé par la vie, Skunk va se trouver confrontée à un choix. Poursuivre un chemin dans lequel elle ne se reconnaît plus, ou quitter les ruines de son ancienne vie…
Ayant fait l’ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes cette année, Broken est un film choral britannique qu’il ne faudra pas manquer lors de la fin de cet été 2012. Petite merveille sensible, drôle et poignante, écrite par le talentueux scénariste Mark O’Rowe qui avait déjà signé le script du très marquant Boy A en 2009, Broken suit plusieurs personnages, tous voisins ou visiteurs d’un petit quartier qui sera le théâtre de tristes évènements.
Broken juxtapose tendresse et violence, à l’image d’un cinéma anglais qui parvient souvent à les associer avec réussite (Tyrannosaur, This is England ou Boy A justement) si l’on reste un peu indulgent sur cette fin un brin maladroite. Rufus Norris n’a d’ailleurs pas grand chose à envier à ses illustres ainés et, comme Paddy Considine qui nous avait scotché avec sa première réalisation, le cinéaste sera à surveiller de près. Différence notable, Norris parvient à insufler une certaine malice dans son cinéma – généralement par l’intermédiaire de sa jeune pré-adolescente mais pas seulement – ainsi qu’un humour et une légèreté permettant d’éviter de tomber dans trop de noirceur ou de pathos, apportant un peu d’innocence et de douceur dans cette histoire qui aborde des sujets peu évidents (la parentalité, l’abandon, le handicap mental, la violence scolaire…). Il y a aussi un peu de Little Children dans cette chronique de quartier (où le mensonge et la stigmatisation vont finir par causer de sacrés dégâts) sublimée par une superbe photographie – là encore, c’est aussi un technicien de Boy A, Rob Hardy. On sent dans la mise en scène et la réalisation de Norris ses origines (théâtre, opéra) lui qui allie avec beaucoup d’agilité les images à la musique, qui se joue des décors et des sons et qui dirige impeccablement ses interprètes dont la jeune Eloise Laurence qui crève l’écran pour son tout premier rôle.
Tantôt espiègle et léger, tantôt grave et brutal, Broken est un joli premier film d’un réalisateur britannique à suivre et porté par des comédiens remarquables de justesse dont la jeune révélation Eloise Laurence.
| BROKEN ●●● |
4
[critique] PORTRAIT AU CRÉPUSCULE
| ANGELINA NIKONOVA | RUSSIE | 105 MIN | 2012 | OLGA DIHOVICHNAYA, SERGUEI BORISSOV |
Marina, la trentaine, est psychologue pour enfants. Mais elle se cherche encore, dans son travail comme dans son couple. A l’issue d’une journée d’errance, elle se fait agresser par des policiers. Elle n’a dès lors plus qu’une obsession, se venger. Ses armes ne seront pas celles que l’on croit…
Vols, viols, violence, alcoolisme, prostitution, corruption, adultère, misère. Le portrait que livre dans son premier film n’est résolument pas optimiste. Ses personnages semblent abandonnés à la résignation ou la désillusion, errant dans une vie ou un pays sans perspectives autre que l’acceptation fataliste d’un sort morbide. Est-ce un besoin de dénonciation de la situation actuelle de son pays natal ou un exutoire misanthrope et désabusé ?
Son film est frontal, dure, glacial. Ce n’est jamais un problème pour moi. Mais il est aussi assez pénible par moments car bien trop caricatural tant dans la psychologie de ses personnages que dans la nature de ceux qu’ils croisent ou ont croisés sur leur chemin. De plus, si certaines séquences prennent aux tripes, d’autres s’éternisent inutilement dans une langueur qui dessert tant le message que la force du film. La dernière scène ressemblerait même à une imitation du médiocre Somewhereavec ces deux personnages marchant sans but vers la ville. On a saisi le message, pas besoin de nous l’infliger avec des sabots aussi balourds. Ainsi s’achève ce Portrait au crépuscule alarmant et nihiliste, désespéré et saisissant, mais plutôt maladroit et excessif dans ses relents de déterminisme et de misandrie non dissimulés.
| PORTRAIT AU CRÉPUSCULE ●● |
4
[critique] MILLENIUM – THE GIRL WITH THE DRAGON TATTOO
| DAVID FINCHER | USA | 155 MIN | 18 JANVIER 2012 | DANIEL CRAIG, ROONEY MARA, S. SKARSGARD, R. WRIGHT |
Mikael Blomkvist, brillant journaliste d’investigation, est engagé par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger, pour enquêter sur la disparition de sa nièce, Harriet, survenue des années auparavant. Vanger est convaincu qu’elle a été assassinée par un membre de sa propre famille. Lisbeth Salander, jeune femme rebelle mais enquêtrice exceptionnelle, est chargée de se renseigner sur Blomkvist, ce qui va finalement la conduire à travailler avec lui. Entre la jeune femme perturbée qui se méfie de tout le monde et le journaliste tenace, un lien de confiance fragile va se nouer tandis qu’ils suivent la piste de plusieurs meurtres. Ils se retrouvent bientôt plongés au cœur des secrets et des haines familiales, des scandales financiers et des crimes les plus barbares…
Adaptation/remake d’une saga littéraire suédoise à succès, Millenium (Les hommes qui n’aimaient pas les femmes) est porté à l’écran pour Hollywood par un des plus brillants réalisateurs des deux dernières décennies : David Fincher. Néanmoins, si ses derniers métrages faisaient preuve d’une maîtrise impeccable sur la forme, A Social Network, Benjamin Button et Zodiac m’avaient personnellement laissé quelque peu sur ma faim, la faute à un manque de fougue et de chair assez regrettable.

Pour ce nouveau métrage – très certainement et légitimement bientôt nominé aux Oscars – il retrouve une réalisation nerveuse, dynamique et inventive au service de ce récit dense et mystérieux qui captive le spectateur (presque) jusqu’à la dernière minute – presque, car la dernière vingtaine de minutes est un cran en dessous une fois l’auteur des crimes identifié. On peut néanmoins regretter qu’il ait été (semble t’il) un peu trop encombré par une oeuvre originale accusant quelques temps morts ou rebondissements convenus. Mais le réalisateur s’empare avec un tel talent et une telle évidence des thèmes de Millenium - cruauté, violence, noirceur, misogynie et relents fascistes – qu’il sublime le matériau d’origine dans ce thriller captivant.

Le second atout de cette adaptation américaine est sans conteste son casting. Daniel Craig étale à nouveau sa classe dans le rôle de Mikael Blomkvist, journaliste accusé de blasphème qui va se pencher sur le mystère qui entoure la disparition d’une membre de l’atypique famille Vanger. Mais si l’acteur britannique est irréprochable, que dire de la jeune Rooney Mara, absolument éblouissante (et méconnaissable) dans le rôle du mythique et fascinant personnage de Lisbeth Salander ? L’actrice, cantonnée jusqu’alors à des rôles peu emballants, crève l’écran dans la peau de la jeune gothique belliqueuse et pourra remercier David Fincher d’avoir donné un sérieux coup de fouet à sa carrière. On devrait d’ailleurs la retrouver au côté de Ryan Gosling dans le prochain Malick. Enfin, Christopher Plummer, Robin Wright et Stellan Skarsbarg campent avec justesse des seconds rôles pas forcément bien originaux.

On soulignera enfin la grande qualité de l’équipe technique en saluant plus particulièrement un montage absolument brillant (qui vitalise une intrigue rebattue), la photographie à nouveau très soignée de Jeff Cronenweth installant cet atmosphère inquiétante et glaciale et la bande son lancinante signée Trent Reznor – bien plus vibrante que celle de Social Network - qui nous offre notamment un générique combinant la maestria du tandem Reznor-Fincher. On a hâte de découvrir les deux suites de la saga avec, on le souhaite, les mêmes éléments devant et derrière la caméra – ne changeons pas une équipe qui gagne.
Quand David Fincher s’empare d’un best-seller à l’intrigue parfois un brin convenue, ça donne The Girl with the Dragon Tattoo : un thriller hypnotisant remarquablement exécuté porté par un Daniel Craig impeccable et une Rooney Mara incarnant corps et âme un personnage fascinant et incandescent.
| MILLENIUM : THE GIRL WITH THE DRAGON TATTOO ●●●● |
21
[critique] POLISSE *
Sacré à Cannes par un Prix du Jury qui avait ravi le gratin journalistique française, Polisse de Maïwenn Le Besco est sorti ce mercredi sur nos écrans. Dans une salle parisienne comble – et surexcitée – la projection démarre avec la chanson de Casimir. La réalisatrice a certainement choisi ce morceau comme un contre-pied à l’innocence perdue des enfants qu’on va voir dans son film.
D’ailleurs, Polisse mérite t’il le titre de « film » ? Car rien dans ce film n’est fictif. Des situations toutes plus glauques (et réelles) les unes que les autres à certaines scènes inutilement narcissiques, ce métrage semble n’être qu’illustration de la vie réelle. Mais revenons à nos moutons. Ce documentaire – donc – primé sur la croisette ne m’inspirait guère d’enthousiasme en printemps dernier. Tout d’abord car j’ai toujours trouvé qu’une bobo qui prend sa caméra, invite ses amis et parle d’elle-même avec un pseudo-décalage, c’était plutôt vain et dispensable. Ensuite parce que sa remise de prix cannoise et son discours surventilé de remerciements, plutôt que de « cocoricoter », j’avais plutôt envie de me retrouver dans un ascenseur avec elle et de lui éclater la tronche à coup de godasses façon Driver.
Pourtant, une fois la bande-annonce visionnée ces derniers jours et après avoir lu quelques critiques plutôt élogieuses de blogueurs (car je ne fais que très peu confiance à celles de la presse), je me suis dit qu’il fallait tenter le coup car il y avait des chances que je puisse apprécier.
Verdict deux bonnes heures plus tard : mitigé. Bonne surprise tout d’abord, j’ai tout de même apprécié plusieurs choses dans ce docu-fiction de Le Besco. Tout d’abord, le personnage de Joey Starr est certainement le gros point fort de son oeuvre. Sorte de point d’identification du spectateur, il symbolise à lui seul ce sentiment de révolte et d’impuissance face à la cruauté vécue par ces enfants qu’ils reçoivent dans leurs locaux. La cinéaste en herbe nous offre d’ailleurs par son biais deux belles séquences particulièrement émouvantes et quelques répliques cyniques terriblement drôles. L’humour, justement, est le second point fort de Polisse. Les moments de dérision sont bienvenus pour parvenir à supporter tout le reste. Car en 2h, la mère Le Besco nous tartine d’innombrables scénettes accolées les unes aux autres jusqu’à saturation. Terriblement mal monté et mal réalisé, Polisse semble ne jamais (ou presque) prendre le temps de se poser. Il semblerait que dans son essai documentaire, elle ait voulu être la plus exhaustive possible et évoquer le plus de situations représentatives du quotidien de la brigade des mineurs. Mais on frôle souvent l’overdose. A vouloir tout survoler (viol, inceste, exclusion, banlieues, roms, trafics, prostitution, anorexie, divorce, religions, drogue, abandon, politique…) en deux heures, le film n’a aucune ligne de conduite et perd le spectateur derrière une accumulation de misère. On sent qu’elle veut transmettre son émotion et sa révolte face à cette perversion humaine mais elle en fait beaucoup trop avec quelques scènes douteuses et un épilogue presque risible.
L’obsession de Maïwenn Le Besco à coller à la réalité brute (jusqu’à se mettre elle-même en scène avec son fiancé et sa propre famille) est d’une naïveté adolescente et Polisse ressemblerait presque à la dissertation d’une lycéenne – certes pas bête – bien intentionnée qui aurait tellement de choses à dire qu’elle ne parvient pas à organiser sa pensée et se contente de lieux communs. Ainsi, elle rend une copie inutilement longue et dense, là où plus une oeuvre plus synthétique et plus soignée aurait été plus efficace. On relèvera néanmoins quelques belles idées (séquences) et de bons acteurs qui se démènent dans leurs rôles stéréotypés mais se noient parfois dans la masse. A mes yeux et sans mauvaise foi, le prix obtenu à Cannes me paraît immérité, tant son cinéma manque de maturité artistique et de distanciation. On sent toutefois naître quelques élans cinématographiques ça et là, encourageant.
| MAÏWENN LE BESCO | FRANCE | 127 MIN | 19 OCTOBRE 2011 | KARIN VIARD, JOEY STARR, MARINA FOIS |
2
[exclu] TRUST **
| DAVID SCHWIMMER | USA | 104 MIN | 18 JANVIER 2012 | CLIVE OWEN, CATHERINE KEENER, LIANA LIBERATO |
Chez eux, en banlieue, Will et Lynn Cameron se sentent en sécurité. Dans leur maison, la nuit, ils dorment avec le sentiment que leurs trois beaux enfants sont parfaitement protégés. Lorsque Annie, leur fille de 14 ans, se fait un nouvel ami sur Internet – Charlie, un garçon de 16 ans rencontré sur un forum – Will et Lynn ne s’inquiètent pas. Ils se disent qu’il est normal que des adolescents échangent grâce aux nouvelles technologies. Après plusieurs semaines de conversations en ligne, Annie se sent de plus en plus attirée par Charlie. Même si peu à peu, elle réalise qu’il n’est pas ce qu’il prétend être, elle continue à être fascinée par lui.
Sur un thème dérangeant et pourtant tristement contemporain, David Schwimmer (Friends) réalise un film prenant mais inégal qui mérite le visionnage pour la pertinence de son propos et la justesse dérangeante avec laquelle il dépeint les stratégies d’approches des prédateurs sexuels. L’ensemble des acteurs est convaincant : Clive Owen évidemment en père obsessionnel, Catherine Keener aussi, mais surtout la jeune Liana Liberato surprend par sa justesse et sa maturité de jeu. Si tout n’est pas parfait dans ce mélo, il vaut le détour et faisait partie de la sélection de Deauville en septembre 2011.
21
[critique] J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE

| KIM JEE-WOON | CORÉE DU SUD | 142 MIN | 6 JUILLET 2011 | LEE BYUNG-HUN, MIN-SIK CHOI |
Après un 2 Sœurs qui ne m’avait guère emballé – voire même particulièrement ennuyé pour être complètement sincère – Kim Jee-Woon, dont je dois toujours voir A bittersweet life, livre un polar remarquable, dérangeant, intense et presque jubilatoire porté par deux comédiens excellents. Déjà remarqué dans le très bon Old Boy, Choi Min Sik est une nouvelle fois hallucinant en un tueur ordurier, effroyable et sans pitié. Lee Byung-Hun, plus sobre, n’est pas en reste face à lui dans le rôle du vengeur impassible et sadique. La mise en scène captive le spectateur grâce à une réalisation tantôt nerveuse et enlevée, tantôt calme et oppressante. Cette gestion du rythme et ce sens du cadrage sont deux atouts indéniables du film de Kim Jee-Woon. On ne regrettera que la dernière demie heure, presque superflue, qui rend cette vengeance sans limites un brin répétitive malgré une montée progressive dans la violence et les actions désespérées et extrêmes. Cette dernière réserve n’empêche toutefois pas le spectateur de prendre son pied comme devant un bon Tarantino car ce J’ai rencontré le diable est sans aucun doute l’un des meilleurs films de cette année 2011.
J’ai rencontré le diable est un film de revanche sanglante diablement efficace, viscéral et sadique, dont on ressort à la fois secoué et épaté. Du sacré bon cinoche !
| J’AI RENCONTRE LE DIABLE ●●● |
29
[critique] LA DERNIÈRE MAISON SUR LA GAUCHE
| DENNIS ILIADIS | USA | 100 MIN | 22 AVRIL 2009 | SARA PAXTON, MONICA POTTER, AARON PAUL |
Les Collingwood possèdent une maison isolée, sur les berges d’un paisible lac. Leur fille, Mari, et sa copine Paige ne vont pas tarder à se faire enlever par un psychopathe évadé, Krug, sa compagne Sadie, son frère Francis et son fils, Justin. Laissée pour morte, Mari tentera de rejoindre à la nage la demeure familiale, sa dernière chance de survie…
Il y a des films dont on attend beaucoup – à cause du buzz qui les entoure ou encore de la réputation du cinéaste – et il y en a d’autres dont on n’attend pas grand chose, hormis peut-être réussir à nous divertir l’espace d’une soirée, bien installé dans son canapé. Le remake du film de Wes Craven (La dernière maison sur la gauche, déjà subversif et dérangeant souffrait malgré tout de moyens limités) semble parfaitement correspondre à cette catégorie lorsque j’en entame le visionnage Très rapidement, la nouvelle version de Dennis Iliadis (cinéaste non-hollywoodien, ceci explique cela!) s’impose comme un film à la hauteur de l’original, voire meilleur encore, et non pas comme un énième remake commercial, grossier et ultra-prévisible destiné aux boutonneux. Grâce à une mise en scène habile et à une science du cadrage indéniable, Iliadis légitime ce remake, sublimé par une photographie somptueuse, rappelant les tons et le lyrisme du superbe Mean Creek.
Après avoir choisi un autre européen pour revisiter une de ses premières œuvres tournées avec les moyens du bord (La colline a des yeux), Wes Craven, producteur de ce remake, fait encore un choix judicieux avec le grec Dennis Iliadis, ce dernier ayant su respecter l’œuvre originale tout en l’actualisant et en la rendant diablement prenante, tendue, élégante et même teintée d’une certaine poésie macabre.
The Last House on the Left prouve que faire un remake ne signifie pas nécessairement réaliser une version cheap d’un film poussiéreux qu’on destinera à un public abruti nourri au pop-corn et aux clichés horrifico-gore, mais qu’un ravalement de façade élégant et une actualisation plutôt habile du thème principal – rappelant parfois Funny Games US – peuvent offrir une toute nouvelle jeunesse à une œuvre voire même la rendre encore plus captivante.
| THE LAST HOUSE ON THE LEFT ●●●● |
7
[exclu] TOWELHEAD ***
| ALAN BALL | USA | 124 MIN | 2007 | SUMMER BISHIL, MARIA BELLO, AARON ECKHART, TONI COLETTE |
Prévu initialement pour Novembre 2008, le premier film de Alan Ball en tant que réalisateur a été reporté deux fois en l’espace que quelques semaines et ne devrait finalement sortir sur nos écrans qu’en Juillet 2009. Déjà long à prendre forme et à aboutir, le projet de Alan Ball, génial auteur de Six Feet Under et American Beauty, se faisait attendre. Ma patience a été mise à rude épreuve, si bien que j’ai finalement craqué et décidé de me le procurer en dvd import, afin de pouvoir enfin le découvrir et partager avec vous – pour ceux que ça intéresse – mon point de vue sur cette première réalisation sur grand écran.
« L’intelligence c’est d’être capable d’avoir deux avis divergents en même temps ». Voilà une remarque que fait le père de Jasira à sa fille, dans un contexte assez comique du film. Voilà une remarque qui tombe bien, puisque Towelheadsuscite chez moi différentes réactions. D’un certain point de vue, on peut être perturbé par le résultat final de ce premier film. Je le mettrais sur le compte des quarante-cinq premières minutes, lors desquelles il est difficile de percevoir le véritable ton du film : provoc’, humour noir, caricature ? Les traits des personnages apparaissent grossièrement tirés et l’on se demande parfois si Alan Ball se joue des stéréotypes ou s’il a un peu bâclé le début du bouquin au moment de l’adapter. On est donc surpris par le manque de subtilité – autant de jeu que d’écriture – de certaines scènes du premier tiers du film. On se demande alors si l’on n’est pas devant un énième film indépendant calibré sundance (mélangeant provoc’ et bonnes intentions) plutôt que le premier film d’un scénariste oscarisé et réalisateur emmy-awardisé.

Alan Ball, comme un bon moteur diesel qui se jouerait des stéréotypes ?
À l’image de la nouvelle série dont il tient les rênes, True Blood, (après le pilote, on pouvait rester sceptique face à ce panorama de personnages clichés au départ, mais la suite nous a grandement rassuré au point de nous offrir quelques passages jouissifs), ou à moindre mesure de Six Feet Under qui a eu besoin d’une bonne saison et demie pour prendre toute son envergure – et sa splendeur – on peut s’interroger sur le fait que l’auteur-réalisateur semble avoir besoin d’un certain temps avant de faire réellement parler son art.
Car en effet, et heureusement, la suite est d’un tout autre niveau et bien plus à la hauteur de la réputation de Alan Ball. On sent beaucoup plus de finesse dans l’écriture, d’ambiguïté et d’ambivalence chez les personnages, ainsi que ce rythme et cette ambiance, si familière et prenante, que l’on reconnaît enfin la patte de celui qui nous a accompagné lors de cinq années de Six Feet Under. Il serait d’ailleurs utile de signaler que, si on le savait déjà doté d’une plume exceptionnelle, il se révèle être un remarquable réalisateur, tant au niveau des choix de mise en scène, que des cadrages et des mouvements de caméras mais aussi de la gestion du rythme. Ajoutons également que la superbe photographie de Newton Thomas Sigel vient combler le plaisir visuel du spectateur ou encore la musique composée par le fidèle Thomas Newman qui ajoute un certain piment à quelques scènes cruciales.

Jasira, naïve et innocente victime ou nymphomane en devenir ?
Perdue entre une éducation aux préceptes stricts et des désirs de plus en plus envahissants, Jasira envoie des signaux sexuels aussi bien à son camarade de classe black qu’à son voisin Mr Vuoso. Derrière la naïveté évidente de la jeune fille, on ne peut s’empêcher de la percevoir aussi comme une Lolita des temps modernes. Elle ne contrôle pas ses pulsions et ne semble pas vraiment savoir ce qu’elle veut véritablement. Baignant dans un univers hostile, strict ou narcissique où, considérée comme une rivale par sa blonde et futile mère (campée par la cruche Maria Bello, du coup, parfaite pour le rôle), et comme un obstacle par son père, elle ne trouve pas de place pour s’épanouir et découvrir la jeune femme qu’elle est en train de devenir. Elle fait finalement le choix douteux et dérangeant d’attirer l’attention des hommes, de son âge ou pas, en usant de sa sensualité naissante – parfois à outrance – mais cela va se révéler inquiétant et parfois assez insoutenable, tant pour elle que pour le spectateur.
Towelhead perturbe car de par son traitement, il semble « refuser d’émettre un quelconque jugement de valeur vis-à-vis des différents choix et actions des personnages. La morale voudrait que Jasira soit présentée comme l’enfant tristement victime » et Monsieur Vuoso comme le traitre inhumain qui profite d’une enfant, ce n’est pas le cas. Chaque personnage a ses défauts et ses failles – souvent révoltantes – et le film évite le schéma commun du manichéisme hollywoodien. Chaque spectateur devra juger ce qu’il voit et en penser ce qu’il souhaite.
Enfin, saluons la prestation irréprochable des acteurs, à commencer par la jeune Summer Bishil qui tient bien le film du haut de ses dix-huit ans, secondée par l’excellent Peter MacDissi – les fans de Six Feet Under le reconnaîtront, ou pas – et le solide Aaron Eckhart. Toni Colette, plus discrète et toute mignonne avec son ventre rond, est impeccable en voisine attentionnée (bien qu’un peu intrusive) et protectrice.
Subversif, oppressant, émouvant, transgressif, soigné, Towelhead ou Nothing is private – c’est comme vous préfèrerez – est un film riche, peu commun et dérangeant. Mais lorsqu’on aime un artiste, on est souvent exigeant et l’on attend toujours plus de sa part. Connaissant le potentiel de Alan Ball, on espère voir un film plus abouti dans les années à venir et plus personnel – non pas que celui-ci ne l’est point, puisqu’on reconnaîtra aisément ses thématiques favorites – en espérant qu’il se débarrasse d’ici là de ses petits ratés au démarrage et qu’il continue à dépeindre l’Amérique et à se jouer de ses déviances comme il le fait parfois si bien.
21
[critique] MYSTERIOUS SKIN ***

Un mal qui ronge sous la peau…
Un film plein de psychologie, de poésie et d’émotions sur un thème risqué et dérangeant : la pédophilie.
En ne faisant pas passer le violeur pour un grand méchant, il choisit délibérément de rester neutre et de ne pas jouer le moralisateur. Il se contente de montrer et laisse le spectateur se créer son avis. Et sous la caméra matûre et adroite de Araki, Joseph Gordon-Levitt est époustouflant. Si jeune et déjà si doué, si classe et si charismatique. Neil (qu’il interprète) énerve par son côté prétentieux qui prend le tapin comme un moyen de se faire du fric facile mais qui recherche en fait l’affection que lui portait cet adulte qui lui faisait jouer à des jeux pervers. Mais Neil nous émeut quand il va un peu trop loin et dérape.
Mysterious skin est un film bouleversant, intense, poétique et cruel. Michelle Tratchenberg a beaucoup mûri et nous touche dans le rôle de la complice des dérives de Neil. Elle est la seule à partager ses secrets et aussi la seule à l’aimer sans le juger. Elle est loin la soeur de Buffy… A voir, si vous vous en sentez le courage.





| GREGG ARAKI | USA | 99 MIN | 30 MARS 2005 | JOSEPH GORDON-LEVITT, BRADY CORBET, MICHELLE TRACHTENBERG |
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