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[critique] DE ROUILLE ET D’OS
| JACQUES AUDIARD | 115 MIN | 17 MAI 2012 | MARION COTILLARD, MATTHIAS SCHOENAERTS |
Ça commence dans le Nord. Ali se retrouve avec Sam, 5 ans, sur les bras. C’est son fils, il le connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur à Antibes. Là-bas, c’est tout de suite mieux, elle les héberge dans le garage de son pavillon, elle s’occupe du petit et il fait beau. A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone. Il est pauvre ; elle est belle et pleine d’assurance. C’est une princesse. Tout les oppose.
Après avoir tout raflé (ou presque) avec son précédent film Un prophète – qui ne méritait pas un tel battage malgré ses qualités indéniables – Jacques Audiard revient à Cannes avec l’actrice désormais internationalement reconnue, Marion Cotillard, et l’acteur montant qui nous avait absolument scotché dans Bullhead, Matthias Schoenaerts. Ensemble, ils vont incarner à l’écran deux personnes cabossées par la vie.
Marion Cotillard est sublime dans ce rôle. Pas de manière ou de pathos, pas de « performance » à l’Hollywoodienne. Je ne suis pas un admirateur, elle a souvent tendance à m’agacer dès qu’elle ouvre la bouche en interview. Mais dans ce film, elle est incroyable. Elle EST Stéphanie avec une justesse ahurissante et bouleversante. Dans de nombreuses scènes, l’émotion nous arrive progressivement à partir de silences, de regards ou de quelques mots de l’actrice. A ce titre, on retiendra la scène du balcon où elle se remémore les gestes de chorégraphie qu’elle utilisait avec ses orques, mais aussi celle où elle prend les rayons de soleil sur le visage comme si elle reprenait contact avec la vie ou encore la séquence (forcément) forte mais tellement bien écrite et interprétée où elle découvre qu’on l’a amputée de ses deux jambes. Rarement ce genre de scènes n’aura été aussi bien retranscrite à l’écran. Il faut donc féliciter celle qui est devant la caméra et celui qui la dirige. Beaucoup salueront la mise en scène de Audiard, personnellement j’aimerais mettre en avant une réussite encore plus frappante qu’il confirme indéniablement ici : sa direction d’acteurs remarquable. Celui qui avait magnifié Niels Arelstrup et Tahar Rahim dans Un prophète (que j’avais trouvé toutefois un peu froid et distancier), tire à nouveau le meilleur de ses interprètes. Matthias Schoenaerts confirme le talent époustouflant qu’il nous avait envoyé en pleine face dans Bullhead. Il est à nouveau excellent, sa prestation montant en régime progressivement jusqu’à un final déchirant. Il sera à n’en pas douter l’un des acteurs incontournables de ce Festival de Cannes. N’ayant pas encore vu d’autres films de la sélection, je ne me prononcerais pour l’instant pas sur les lauréats que je souhaite mais une consécration pour Cotillard, Schoenaerts et/ou Audiard serait amplement justifiée. Espérons que le jury sera aussi clairvoyant que l’an passé où il avait récompensé NWR pour Drive, Malick pour The Tree of Life et Kirsten Dunst (pour le seul bon point du détestable Melancholia).
Organique, bouleversant, sensoriel, De rouille et d’os est le premier choc de ce Festival de Cannes, faisant d’ores et déjà figure de favori de la compétition. La finesse et l’intelligence de l’écriture et de la mise en scène, la justesse éblouissante des acteurs qui incarnent corps et âme leurs personnages, l’histoire poignante… nul doute qu’il s’agit là d’un des films les plus forts de cette année et (à n’en pas douter) de ce 65e festival. Je prends les paris : le film figurera au palmarès. Mais lequel sera récompensé : Audiard, Cotillard, Schoenaerts ? Pourquoi pas les trois ?
| DE ROUILLE ET D’OS ●●●● |
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