Browsing articles tagged with " suite"
déc
15

[critiques] LES BÊTES DU SUD SAUVAGE, ANNA KARENINE, MAIS QUI A RE-TUE PAMELA ROSE ?

BENH ZEITLIN | USA | 92 MIN | 12 DÉCEMBRE 2012 | QUVENZHANE WALLIS, DWIGHT HENRY

Hushpuppy, 6 ans, vit dans le bayou avec son père. Brusquement, la nature s’emballe, la température monte, les glaciers fondent, libérant une armée d’aurochs. Avec la montée des eaux, l’irruption des aurochs et la santé de son père qui décline, Hushpuppy décide de partir à la recherche de sa mère disparue.

Reparti de Cannes avec la Caméra d’Or et de Deauville avec le grand prix, Les bêtes du sud sauvage semble faire partout l’unanimité. Il faut dire que le premier film de Benh Zeitlin a de nombreuses qualités et respirent la vie et le cinéma. Toutefois, j’avoue que mon engouement n’a pas été aussi fort que je ne l’imaginais. La caméra à l’épaule donne parfois le tournis, bien qu’elle permette aussi d’être au coeur du film et de suivre cette histoire du point de vue de notre jeune héroïne Husspuppy. Puisque l’on parle de la jeune fille, saluons l’incroyable prestation de la jeune Quvenzhané Wallis, éblouissante du haut de ses neuf ans – à l’époque du tournage. Depuis, elle a bien grandi et devrait probablement bénéficié d’une nomination aux prochains Oscars. De quoi saluer un début de carrière très prometteur. Que dire du jeune cinéaste qui a conquis de nombreuses critiques à travers le monde et est reparti avec multiples récompenses des festivals où il a concouru ? Car son premier long-métrage a les qualités et la force de la jeunesse. Les bêtes du sud sauvage est viscéral, fort, poétique. Il est par contre parfois un peu surchargé. Il manque donc un peu d’enchantement à cette fable terrestre et aquatique porté par un petit bout de fille qui crève l’écran. 

 LES BÊTES DU SUD SAUVAGE ●●

JOE WRIGHT | UK | 131 MIN | 5 DECEMBRE 2012 | KEIRA KNIGHTLEY, JUDE LAW, ALICIA VIKANDER

Russie, 1874, la belle et ardente Anna Karénine jouit de tout ce à quoi ses contemporains aspirent : mariée à Karénine, un haut fonctionnaire du gouvernement à qui elle a donné un fils, elle a atteint un éminent statut social à Saint-Pétersbourg. À la réception d’une lettre de son incorrigible séducteur de frère Oblonski, la suppliant de venir l’aider à sauver son mariage avec Dolly, elle se rend à Moscou. Au cours de son voyage, elle rencontre la comtesse Vronski que son fils, un charmant officier de la cavalerie, vient accueillir à la gare. 

Joe Wright nous avait ébloui avec ses précédents longs-métrages (Reviens-moi, Orgueil et préjugés) très soignés. Il mélangeait avec un certain savoir-faire classicisme et modernité. Son dernier métrage, beaucoup plus ambitieux, n’est pas à la hauteur la faute à une prétention qui suinte de chaque plan et à une Keira Knightley plus laide et plus insupportable que jamais – alors qu’on pensait qu’on avait atteint l’apogée avec Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare.

Pénible. Voilà le terme qui résume le mieux le sentiment que l’on ressent lors du visionnage. Personnage principal détestable, actrice terriblement irritante, mise en scène affreusement maniérée et pompeuse, avec ses moments chorégraphiés ridicules, musique grandiloquantes, plans certes superbes mais tellement artificiels, rien ne fonctionne dans cette adaptation de Tolstoi qui ressemble tant à un grossier pêché d’orgueil. Seule Alicia Vikander, déjà sublime dans Royal Affair, s’en sort avec les honneurs – elle est le petit rayon de soleil du film. Joe Wright s’est pris pour Baz Luhrmann… mais surtout Joe Wright s’est pris… les pieds dans le tapis. 

 ANNA KARENINE ○

KAD & OLIVIER | FRANCE | 90 MIN | 5 DÉCEMBRE 2012 | OLIVIER BAROUX, KAD MERAD, OMAR SY

Quand il reçoit un appel du shérif de Bornsville lui annonçant que le cercueil de Pamela Rose a été volé, l’agent Douglas Riper voit là une occasion de renouer les liens avec son ancien coéquipier Richard Bullit. Un ex-ami avec lequel il est brouillé, depuis des années, suite à une fâcheuse Cette suite prétexte à une heure trente d’humour absurde est signé Kad et Olivier. Le premier a, depuis son très beau rôle dans Je vais bien ne t’en fais pas, accumulé les rôles dans les daubes françaises en toute impunité. Le second, plus discret, s’est baladé à gauche et à droite. Le tandem se reforme pour redonner vie aux agents Riper et Bullit. Le scénario ne tient sur absolument rien mais quelques gags font mouche. L’humour de répétition, les clins d’oeil et les nombreux jeux de mots, voilà l’atout de cette comédie pas inoubliable mais déjà plus acceptable que le terrible Les seigneurs d’Olivier Dahan. 

 MAIS QUI A RE-TUE P. ROSE ? ●
oct
17

[critique] TAKEN 2

OLIVIER MEGATON | FRA | 98 MIN | 3 OCTOBRE 2012 | LIAM NEESON, MAGGIE GRACE, FAMKE JANSSEN

Dans Taken, Bryan Mills, ex-agent de la CIA aux compétences si particulières, a réussi à arracher sa fille des mains d’un gang mafieux. Un an plus tard, le chef du clan réclame vengeance. Cette fois-ci, c’est après lui qu’ils en ont.

Suite de Taken réalisé par Pierre Morel et qui avait fait un carton malgré une bande-annonce plus enthousiasmante que le film lui-même, Taken 2 est la suite des mésaventures de Bryan Mills et sa fille. Tel un Jack Bauer fou de rage, il avait traversé l’Atlantique pour arracher sa fille Kim (oui, ils ont poussé la ressemblance jusque là) aux mains de la mafia des balkans qui lui avait prévu un plan de reconversion  »tapinage à Bucarest ». Grâce au ciel – et à la gâchette facile de papa – la blondinette avait pu retrouver sa Californie natale pour fricoter avec des jeunes bien coolos. Voilà pour le premier épisode.

Je vais maintenant vous narrer l’exceptionnel et immanquable second volet (en espérant qu’il n’y en ait pas d’autres). Taken 2 débute avec une annonce choc : sa fille a un petit-ami ! Illico-presto, papa Mills utilise son traqueur GPS et localise l’impertinente chez son boyfriend (en position horizontale). Coïtus interrompus. Hymenus intactus. C’est important la virginité de sa fille – même si elle a l’air d’avoir presque la trentaine ! Par la même occasion, papa Mills réconforte maman ex-Mills qui est en période de divorce. Un rapprochement soudain tellement bien géré et AB-SO-LU-MENT pas téléphoné que ça passe comme une lettre à la poste. C’est d’ailleurs le début d’un festival de répliques toutes plus dérangeantes les unes que les autres. Ex : Maman : « notre fille a un petit ami, elle a grandi ». Papa : « -mais elle va bien ? ». Vous en voulez un autre ? Comme Bryan Mills est un homme, un vrai, il ne veut pas évoquer ses sentiments en public :  « Ne parlez pas de mon ex-femme, parlons plutôt de basket-ball ». Côté bad guy, c’est carrément la grande classe avec des taglines carrément flippantes et originales : « Les règles ont changé », « Cet homme est notre ennemi, je n’aurais pas de répit tant que son sang n’aura pas coulé sur nos terres ».

Mais revenons à Bryan et sa famille quasi-recomposée qui décide de le rejoindre à Istanbul pour quelques jours de vacances qui vont tourner au cauchemar après une balade en ferry donnant lieu à un bref cours d’histoire du papa à sa fille scotchée à ses lèvres savantes. Le lendemain, papa et maman vont chiner au bazar laissant leur chérubin faire quelques brasses à l’hôtel (cette sotte se permet d’ailleurs de laisser traîner son Ipad sans vergogne parce que bien entendu un touriste ne vole jamais son prochain). Arrive le moment que tout le monde attend : le baiser. Euh non pardon… l’enlèvement. Comme le scénariste a souhaité surenchérir, il va faire enlever les deux parents en plein Istanbul – mais papa Mills trouvera quand même le temps de prévenir sa fille pour ne pas qu’elle s’inquiète. Les yeux bandés, papa Mills mémorise le trajet et planque son gadget dans sa chaussette – imaginez une boîte de tic-tac qui vous permet d’appeler vos proches quand vous êtes retenus en otage par de vilains gangsters roumains, pratique non ? Le chef de gang débarque et nous sert une longue tirade sur l’importance des liens du sang. C’est tout de même grandiose de permettre à un trafiquant proxénète d’être le garant de la morale et des valeurs familiales ? Quel talent ce scénariste. On aura même droit à un moment de lyrisme, voire même un moment de grâce où notre bad-guy versera sa petite larmichette à la mémoire de son fiston disparu. Quel sans-cœur ce Bryan Mills !

Le barbu s’éclipse et papa Mills peut enfin prévenir sa fille, il lui donne des indications pour le retrouver, lui demande de la jouer profil bas et et de se fondre dans la masse. Ce qu’elle fera en ne payant pas le taxi, en volant des vêtements, en lançant plusieurs grenades pour permettre à son père de la localiser à distance grâce à son ouïe aiguisée… Bryan Mills devient dans ce Taken 2 un mix génial de Jack Bauer (24), Jim Ellisson (The Sentinel) et MacGyver. Très vite, Kim et papa sont réunis et unissent leurs forces pour récupérer maman qui est dans de beaux draps et se vide de son sang. La petite Kim – ayant déjà pourtant raté deux fois son exam de permis – se découvre de soudaines aptitudes de pilotage (GTA style) au volant d’une Mercedes jaune à boîte manuelle. On ressent ensuite que Besson s’est offert son instant-plaisir en défonçant plusieurs voitures de police lors d’une course-poursuite rythmée par les encouragements d’un Papa Mills affichant sa confiance totale en sa progéniture à grands coups de « Come on« … Pendant ce temps, les vilains méchants mafieux s’amusent à taillader maman – qui n’a pourtant pas vraiment peur des outils tranchants, elle qui a du énormément fréquenté les tables chirurgicales californiennes vu son faciès… Après avoir avoir tourné un épisode de D&co ; une heure pour tout changer, Mills tombe la veste en cuir, règle son compte à un roumain en survêt démodé et vide son sac à Papy Mafieux, lui confiant sa terrible fatigue… mais à t’on pensé un instant à celle ressentie par le spectateur devant tant de dialogues ridicules et mécaniques, de rebondissements grotesques et prévisibles, de retrouvailles surjouées et de réconciliations capillotractées ? Que dire de cet épilogue navrant où Papa Mills vit à 300% le créneau de sa fille chérie avant de s’offrir une coupe glacée à la fraise avec le nouveau gendre désormais accueilli avec le sourire ? 

Le moment le plus agréable sera finalement celui de la libération des spectateurs-otages sur le morceau musical qui aura tenté tout l’été de nous faire croire qu’Internet Explorer était redevenu un navigateur moderne et incroyablement tendance. Vous l’aurez compris, ce deuxième volet est un copier-coller non seulement du premier épisode mais également de tout ce qui a marqué le genre récemment sur le grand comme le petit écran (avec des emprunts musicaux à Drive, avec A real hero et le Tick of the clock des Chromatics lors d’une séquence où Kim attend 5 minutes montre en main au volant de sa Mercedes, true story). 

 TAKEN 2 ○
oct
4

[critique] JASON BOURNE : L’HÉRITAGE

Par Wilyrah  //  2012, Made in the US, Moyen  //  3 commentaires

TONY GILROY | USA | 136 MIN | 19 SEPTEMBRE 2012 | JEREMY RENNER, RACHEL WEISZ, EDWARD NORTON

On croyait tout connaître de l’histoire de Jason Bourne et de son passé d’agent tueur malgré lui. Mais l’essentiel restait à découvrir. Le programme Treadstone dont Jason était le cobaye n’était que la partie émergée d’une conspiration plus ténébreuse, ourdie par d’autres branches du gouvernement et mettant en jeu d’autres agences de renseignement, d’autres programmes militaires, d’autres laboratoires secrets… De Treadstone est né « Outcome », dont Aaron Cross est un des six agents. Sa finalité n’est plus de fabriquer des tueurs, mais des hommes capables d’assurer isolément des missions à haut risque. En dévoilant une partie de cette organisation, Jason laissait derrière lui un « héritage » explosif : compromis, les agents « Outcome » sont désormais promis à une liquidation brutale. Effacés à jamais pour que le « père » du programme, le Colonel Byer puisse poursuivre ses sinistres activités. Une gigantesque chasse à l’homme commence, et Cross, devenue sa première cible, n’a d’autre recours que de retrouver et gagner la confiance de la biochimiste d’ »Outcome », Marta Shearing, elle-même menacée de mort…

A l’image de ce synopsis interminable, ce Bourne Legacy prend trois plombes pour se mettre en place. Bavard, confus, pseudo-mystérieux, ce reboot-sequel-spinoff est une suite poussive et prétexte d’une trilogie efficace dont le niveau était resté régulièrement bon. Paul Greengrass a cédé les commandes au scénariste Tony Gilroy (déjà responsable du soporifique Michael Clayton) mais il semblerait que toutes les casquettes aient été trop lourdes à porter pour lui. Le successeur de Matt Damon donne tout ce qu’il a mais ne parvient pas à faire oublier le Bourne originel. Le petit plus de cette nouvelle version est la présence au casting de la toujours impeccable Rachel Weisz, ainsi que les brèves mais importantes apparitions de Zeljko Ivanek (DamagesDogville) et Oscar Isaac (Drive). Une suite parallèle superflue, sans véritable enjeu, écrite très sommairement et pas particulièrement prenant même dans ses scènes d’actions qui ressemblent à de pales copies de séquences de la trilogie. Quand les premières notes de Extreme Ways résonnent, on a l’impression d’avoir assisté à un métrage bonus qui n’a pas été beaucoup travaillé à l’image de cette conclusion qui n’y ressemble pas. 

 JASON BOURNE : L’HÉRITAGE ●
juil
22

[critique] THE DARK KNIGHT RISES

CHRISTOPHER NOLAN | USA | 164 MIN | 25 JUILLET 2012 | C. BALE, G. OLDMAN, T. HARDY, M. CAINE, J. GORDON-LEVITT

Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S’accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l’arsenal de lois répressif initié par Dent. Mais c’est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l’arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l’exil qu’il s’est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n’est peut-être plus de taille à affronter Bane…

Après un second volet qui avait mis tout le monde d’accord (The Dark Knight) et un thriller dantesque et renversant (Inception), Christopher Nolan boucle sa trilogie Batman avec un troisième et ultime volet sollicitant une attente énorme et déclenchant tous les fantasmes. Ayant pris le soin de revoir la veille Batman Begins (grand bien m’en a pris), je suis fin prêt pour découvrir le conclusion des aventures de Batman. Malgré l’immense déception ressentie après l’annonce du désistement de l’équipe du film imposé par la Warner Bros après les terribles évènements d’Aurora, l’excitation et l’impatience reprenaient progressivement le dessus en fin d’après-midi au milieu des fans enthousiastes et parfois déguisés. Lorsque les lumières s’éteignent enfin – après une présentation sobre et appropriée d’un dirigeant du Grand Rex – le film tant attendu peut enfin commencer.

Après un prologue de haute voltige plutôt spectaculaire, le rythme se fait assez lent et la première demie-heure s’avère assez poussive. La mise en place de l’intrigue, la transition avec le(s) volet(s) précédent(s) et la présentation des nouveaux protagonistes ainsi que leurs rôles et leurs motivations sont un peu denses et confuses, si bien que l’on se demande s’il ne va pas faire les frais de son immense ambition. Heureusement, The Dark Knight Rises trouve progressivement son rythme de croisière et va voir son intensité croître sans cesse jusqu’à la conclusion digne d’une saga maîtrisée par un Christopher Nolan inspiré qui aura su imposer sa patte et sa vision réaliste et contemporaine de l’univers de Batman et du personnage de Bruce Wayne, humain et faillible.

Si ce troisième volet souffre parfois de coupures scénaristiques regrettables car évidentes nous faisant regretter la pression des studios pour le faire tenir en moins de 3h (Nolan affirmait que le film aurait initialement du/pu durer plus de 3h30) et espérer la sortie éventuelle d’une version longue, la multitude des personnages trouve toutefois un équilibre quasi choral où le sort de chacun paraît lié à celui d’autres habitants de Gotham. Nolan se paie même le luxe de ne pas faire apparaître le Caped Crusader avant une bonne heure de film, privilégiant le développement de l’histoire de ses protagonistes.

Bruce Wayne truste donc l’écran, campé par un Christian Bale impeccable et plus intense que dans The Dark Knight. A ses côtés, le vétéran Gary Oldman et le jeune Joseph Gordon-Levitt continuent d’impressionner par la richesse de leurs jeux dans des rôles pourtant assez classiques de (fidèles) lieutenants. Autre vétéran, Michael Caine continue d’être aussi discret que bon et s’affirme à chaque métrage comme un fidèle abonné aux épilogues (inoubliables) de la filmographie de son ami Christopher Nolan. Face à cette équipe de loyaux acolytes, Tom Hardy livre une prestation bestiale assez captivante mais celui-ci souffre non seulement de la comparaison avec l’inqualifiable performance de Heath Ledger en Joker mais également de ce masque buccal qui dissimule une bonne partie de son visage. Côté féminin, on note une bonne et une mauvaise surprise. Le choix d’Anne Hathaway pour incarner Selina Kyle (aka Catwoman) m’avait laissé très sceptique. Force est de constater qu’elle a su s’imposer et relever haut la main sa mission de donner une nouvelle version du personnage après la jouissive prestation de Michelle Pfeiffer dans Batman Returns. Marion Cotillard en revanche, si lumineuse dans le dernier Audiard, manque complètement son coup. Bouffie et maniérée, la française campe une Miranda Tate plutôt fade et aussi peu convaincante que l’évolution de son personnage ou de sa relation avec Bruce Wayne (Nolan et les histoires sentimentales, ça fait deux…).

Côté technique, la mise en scène de Nolan manque parfois d’imagination car trop appliquée à respecter les codes et exigences hollywoodiennes d’une telle franchise. Néanmoins, il conserve les thématiques qui lui sont chères telles que la paranoïa, le pouvoir, les déséquilibres économiques et sociaux de notre société, le sacrifice et la dévotion. Il impose également toujours ses choix en terme d’effets spéciaux toujours aussi confondants de réalisme que de puissance. Son scénario, écrit à nouveau avec la complicité de son frère Jonathan, semble avoir souffert des interventions des exécutifs et comporte quelques éléments que l’on peut deviner ou anticiper (développement de l’intrigue, légende de Batman…) mais il conserve la force et l’efficacité qu’on lui connaît avec une montée en puissance incroyable jusqu’à un final euphorisant pour tout fan de Batman (mythologie, symbolique, filiation…) en forme de climax refermant une boucle épique de façon grandiose – que la salle entière ne manquera de saluer avec une ferveur exceptionnelle pendant que résonne le majestueux thème du Chevalier Noir de Hans Zimmer.

Malgré une comparaison inévitable avec le précédent volet qui fait désormais figure de référence absolue en matière de film de super-héros et quelques élipses scénatistiques maladroites et parfois un peu gênantes (on exige une version longue !), The Dark Knight Rises conclue la trilogie en beauté en offrant un dénouement épique et grandiose à l’aventure Batman que Christopher Nolan aura menée d’une main de maître. Une saga parfois maudite qui marquera à n’en pas douter l’histoire du cinéma et ce début de 21ème siècle.

 THE DARK KNIGHT RISES ●●●

————————————————————————————

Elle aura été marquée par de nombreux sentiments. Le stress et l’abnégation pour obtenir le précieux sésame (pas-bravo la Warner). L’excitation de l’attente. Le choc et la déception après les incidents et les annulations. Le ravissement du prologue. Le scepticisme de la première demie-heure un peu molle du genou. Le plaisir de retrouver l’homme chauve-souris (saluée avec allégresse par la foule). Le ravissement des oppositions Batman/Bane et Batman/Selina. La montée en puissance de la dernière heure. Les cinq dernières minutes carrément grisantes où le public s’en donnait à coeur joie. La standing ovation immédiate et fervente avant même le fondu au noir du générique durant lequel chaque nom sera vivement acclamé à l’exception de celui de M. Cotillard (C. Bale, J. G-Levitt et surtout C. Nolan l’emportant à l’applaudimètre). Au final, malgré l’immense déception de la non-présence de l’équipe, ce fut une expérience assez extra-ordinaire au milieu des fans du comics, des gens déguisés, des fans de Nolan, des cinéphiles. Un véritable plaisir – que la triste tuerie américaine aura teinté d’émotion et d’amertume – avec un hommage rendu par les fans ayant déposé des roses et des drapeaux français et américains devant l’écran.

juin
5

[actu] UNE SUITE POUR DRIVE ?

Par Wilyrah  //  2012, Actu  //  12 commentaires

 NICOLAS WINDING REFN | USA | 99 MIN | 8 FÉV. 2012 EN DVD/BR | RYAN GOSLING, CAREY MULLIGAN, BRYAN CRANSTON

La nouvelle est tombée ce week-end. Les producteurs de la bombe Drive souhaiteraient mettre en route une suite qui serait adaptée du second roman de James Sallis – qui se déroule sept ans après les faits du premier opus. Certains fans pourraient s’enthousiasmer de cette nouvelle mais de mon côté ce serait plutôt avec une crainte immense que je vais guetter l’éventuel démenti. En effet, si Nicolas Winding Refn et Ryan Gosling avaient frappé un grand coup avec cette adaptation ultra-stylisée, envoûtante et addictive, renouveler ce tour de force paraît plus complexe et incertain. Malheureusement l’appât du gain l’emporte bien souvent devant la raison et si les producteurs se montrent coriaces, la suite pourrait avoir lieu – avec ou sans NWR aux manettes. Cette info me laisse donc très perplexe. Qu’en pensez-vous ?

avr
12

[critique] 2 DAYS IN NEW-YORK

Par Wilyrah  //  2012, Made in France, Made in the US, Moyen  //  13 commentaires

JULIE DELPY | FRANCE/USA | 95 MIN | 2012 | JULIE DELPY, CHRIS ROCK

Marion (Julie Delpy) est désormais installée à New York, où elle vit avec Mingus (Chris Rock), un journaliste de radio, leurs deux enfants qu’ils ont eus de relations antérieures et un chat. Le couple est très amoureux ! Marion est toujours photographe et prépare son exposition. Son père, sa sœur et son petit copain (qui est en fait l’ex de Marion et qui n’était pas prévu du tout) débarquent à New York pour le vernissage. Le choc des cultures mais surtout les personnalités débridées des trois arrivants vont provoquer un véritable feu d’artifice entre Mingus, un vrai « newyorker », Marion disjonctée sur les bords, son père qui ne parle pas un mot d’anglais, sa sœur toujours en phase avec ses problèmes freudiens, et son petit ami… no comment ! Vous pouvez deviner la suite, ou pas…

Il y a cinq ans sortait le premier film de Julie Delpy, 2 days in Paris, sympathique comédie caricaturale sur le choc des cultures qui valait principalement le détour grâce au potentiel comique du boyfriend américain. La suite, 2 days in NY, est du même ordre mais en moins réussie.

Le charme fantaisiste du premier volet a malheureusement disparu. Il ne reste que les questionnements égocentrés de notre chère Delpy (pour qui j’ai pourtant beaucoup d’affection depuis le dyptique avec Linklater et Hawke) qui ne parvient à donner la réplique de façon satisfaisante au très bon Chris Rock, qui (lui) parvient à rendre drôles de nombreuses séquences assez banales et pas forcément bien écrites. Alors que je reprochais à l’époque à Delpy la surabandondance des blagues potaches, ce second volet est carrément un florilège de répliques sexuelles rarement utiles ou bienvenues. La grossièreté a pris le dessus sur l’humour si bien que l’on se croirait dans un concentré de Woody Allen du pauvre épicé à la sauce Apatow. Cela ne fonctionne pas. Pour ne rien arranger, l’ensemble des acteurs surjoue outrageusement – la palme revient à l’effroyable Alexia Landeau – dans cette simili-pièce de théâtre décomplexée. Même les allusions politiques ou les apparitions de guest-stars ne sont guère amusantes et tombent rapidement à plat.

On reconnaîtra la liberté de ton de l’auteure et sa volonté à faire passer à nouveau son message sur l’importance de la famille malgré les différents et les différences (même si je pense qu’on l’a bien compris après 2 days in Paris et Le Skylab, faudrait changer de disque Julie !), toutefois elle n’a ici plus grand chose de neuf ou d’émouvant à raconter sur le sujet si ce n’est lors des deux spectacles de marionnettes qui ouvrent et bouclent le film, avec ce petit hommage à sa mère Marie désormais disparue. 

Avec 2 days in New-York, Julie Delpy rate son pari d’une suite réussie à son analyse du couple et de la famille en plein choc des cultures. Malgré des intentions louables et la présence salvatrice de Chris Rock, c’est frustrant d’en faire le constat mais ce deuxième volet manque singulièrement de chair et d’inspiration. Décevant. 

 2 DAYS IN NEW-YORK ●
sept
22

[ugc] DESTINATION FINALE 5 *

Comme ses prédécesseurs, DF5 est un peu l’équivalent d’un film porno : il ne se préoccupe ni de la consistance de ses personnages ou de l’intrigue, ni de la performance de ses comédiens ou encore de la crédibilité des situations. Non, tout ce qui importe est finalement dans quelle configuration la bombasse va y passer. Toute scène intermédiaire ne sera là que pour meubler et faire attendre le spectateur venu voir du sexe sang.


STEVEN QUALE | USA | 92 MIN | 31 AOUT 2011 | NICHOLAS D’AGOSTO, EMMA BELL
août
8

[ugc] CARS 2 *

Par Wilyrah  //  2011, Made in the US, Moyen  //  8 commentaires

Cars 2 est la suite guère imaginative des aventures de Flash McQueen et son compère Martin la dépanneuse. Hormis l’habituelle savoir-faire technique, ce divertissement plutôt light côté intrigue et émotion vise uniquement un public jeune, une fois n’est pas coutume chez Pixar.


plusElégant et spectaculaire.

moinsIntrigue légère et prétexte. Où est passé le charme du premier volet ? Cible un public (très) jeune. Ca reste une histoire de voitures…

mai
21

[ciné] PIRATES DES CARAÏBES 4 *

Par Mary-Kelly  //  2011, Made in the US, Moyen  //  8 commentaires

L’histoire : Dans cette histoire pleine d’action, où vérité, trahison, jeunesse éternelle et mort forment un cocktail explosif, le capitaine Jack Sparrow retrouve une femme qu’il a connue autrefois. Leurs liens sont-ils faits d’amour ou cette femme n’est-elle qu’une aventurière sans scrupules qui cherche à l’utiliser pour découvrir la légendaire Fontaine de Jouvence ? Lorsqu’elle l’oblige à embarquer à bord du Queen Anne’s Revenge, le bateau du terrible pirate Barbe-Noire, Jack ne sait plus ce qu’il doit craindre le plus : le redoutable maître du bateau ou cette femme surgie de son passé…

Attendu par certains, appréhendé par d’autres, Pirates des Caraïbes 4 : la fontaine de jouvence a réussi à éviter le pire sans pour autant briller d’une quelconque façon. Reprenant les mêmes ingrédients que précédemment, la fraîcheur et l’inspiration en moins, il est en fait tout juste regardable.

La lumière s’éteint et c’est parti pour deux longues, loooongues, mais loooooooooooongues heures à suivre Jack Sparrow et ses dreads décolorées dans leur quête de la vie éternelle. On verra ainsi le capitaine nouer et dénouer des alliances avec son ex-copine (Penélope Cruz), son ancien second (Geoffrey Rush, moins une jambe) et Barbe-Noire (Ian McShane, avec qui il a partagé son khôl) ; pour arriver à ses fins, Sparrow devra se balader dans Londres en équilibre sur le toit d’une calèche, fomenter une mutinerie, sauter du haut d’une falaise, et, comble de l’horreur, se découvrira même vers la fin du film une capacité d’altruisme. Bon.

Le scénario est composé de péripéties bavardes et bordéliques, un joyeux fouillis où chacun crie, grimace et dégaine sabre et pistolet à la moindre contrariété (profitons-en pour souhaiter la bienvenue à une petite nouvelle au rayon des armes, la poupée vaudou). Dans cette avalanche de retournements de situation prévisibles et sans enjeux, de gags sans originalité et de scènes d’action manquant de souffle, une certaine indifférence atteint rapidement le spectateur et s’accrochera malheureusement à lui jusqu’aux derniers instants.

Mauvaise nouvelle aussi pour les détracteurs du couple Bloom/Knightley qui se réjouissaient de ne plus avoir à subir leurs minauderies, la relation entre Syrena et Philip bat tous les records en termes de niaiserie dans une amourette improbable et mal développée (sciemment ? on l’espère pour les scénaristes). Mais Astrid Bergès-Frisbey est belle et se tait très bien (si seulement elle avait pu en faire autant dans la Fille du puisatier…) et on sera indulgent avec la transparence de Sam Clafin, pas vraiment aidé par son rôle de missionnaire limite attardé.

Dans les bonnes surprises on retiendra tout de même le caquetage de Penélope Cruz, moins insupportable que prévu, et la (relative) sobriété de Johnny Depp, peut-être épuisé par son flamboyant (et oh combien agaçant) one-man-show des deux volets précédents. Quelques gags font mouche et on notera aussi, une fois n’est n’est pas coutume, une 3D plutôt réussie, bien qu’à l’intérêt contestable.

Pirates 4 est typique du long métrage pendant lequel on peut aller faire un tour (ou une sieste) et ne rien rater d’important. Anecdotique, à peine divertissant, passablement inutile, aussitôt vu aussitôt oublié, il ne fait que marquer un peu plus le déclin d’une saga en chute libre depuis son génial premier volet. Vivement la suite !


ROB MARSHALL | USA | 140 MIN | 18 MAI 2011 | JOHNNY DEPP, PENELOPE CRUZ

Critique rédigée par l’envoyée spéciale Mary-Kelly

NDLR : N’ayant ni le courage, ni l’envie (financièrement) suicidaire d’aller voir ce film, j’ai confié cette tâche à une tierce personne de mon entourage, que je remercie vivement pour cette fiche – que je cautionne de A à Z. Je pense d’ailleurs renouveler l’expérience à l’avenir donc si vous voulez proposer vos services pour un film non chroniqué ici, n’hésitez pas ! :)

mai
1

[ciné] SCRE4M **

Par Wilyrah  //  2011, Assez bon, Made in the US  //  6 commentaires

Disons le tout de suite. La trilogie des Scream a marqué mon adolescence. Elle évoque les premiers frissons, les premiers émois. Après un premier Scream réjouissant, se jouant des codes du slasher et en imposant de nouveaux, les deux suites avaient été moins inspirées mais plutôt sympathiques. Ce nouvel opus des aventures de Sidney Bristow vs. Ghostface, arrivant dix ans après le troisième volet, se démarque nettement de la trilogie initiale car axé davantage sur le second degré et le contre-pied parodique. Kevin Williamson et Wes Craven semblent donc avoir fait le pari du rire plutôt que celui de la peur. Ils rappellent les vétérans : la craquante Neve Campbell, le tocard David Arquette et son ex-épouse-désormais-botoxée-à-l’excès Courteney Cox. Mais le trio qui a fait les belles années de Scream est relégué au second plan, laissant la part belle aux acteurs de la nouvelle génération dont se détachent la belle Emma Roberts et le prometteur Rory Culkin (découvert dans le magistral Mean Creek) au milieu d’un casting plutôt fadasse. Même si le film se laisse suivre avec un certain plaisir coupable, on reste un brin perplexe devant ce Scre4m qu’on ne saurait caractériser : suite, remake, parodie, prequel ? Le film cite, critique, commente tout et n’importe quoi (des torture movies aux films de zombies en passant par la téléréalité et les réseaux sociaux). Il se moque et parodie, jusqu’à se paraphraser lui-même et se tourner en dérision. On en ressort plutôt incertain. Divertissant, ce Scream 4 l’est à coup sûr. Pertinent, il l’est parfois. Surprenant, il ne l’est qu’à deux reprises (lors des dix premières minutes et à dix minutes de la fin). Complètement satisfaisant, remarquable et/ou incisif en revanche, il ne l’est guère et c’est bien dommage.

Un film analytique et (auto-)parodique mêlant références, citations et retournements astucieux et grosses ficèles plutôt banales. Un Scream 4 inégal qui penche clairement du côté de la comédie (noire) et qui réserve quelques bonnes surprises, mais qui ne convainc qu’à moitié du fait de son manque d’ambition. 


WES CRAVEN | USA | 110 MIN | 13 AVRIL 2011 | NEVE CAMPBELL, DAVID ARQUETTE, COURTENEY COX
août
14

[critique] THE DARK KNIGHT ****

batmanTDK

Batman aborde une phase décisive de sa guerre au crime. Avec l’aide du lieutenant de police Jim Gordon et du Procureur Harvey Dent, Batman entreprend de démanteler les dernières organisations criminelles qui infestent les rues de sa ville. L’association s’avère efficace, mais le trio se heurte bientôt à un nouveau génie du crime qui répand la terreur et le chaos dans Gotham : le Joker…

Why so serious ?

     Après un Batman Begins prometteur qui donnait un nouveau visage à la saga inspirée de l’œuvre de Bob Kane et faisait oublier les piètres et ridicules adaptations d’un Joël Schumacher qui ne pense qu’avec le porte-monnaie, Christopher Nolan enchaine avec The Dark Knight où il retrouve l’ensemble de son casting de haut rang (Christian Bale, Gary Oldman, Morgan Freeman, Michael Caine, rien que ça) ainsi que deux nouvelles recrues – trois en fait, si l’on compte le remplacement de la midinette Katie Holmes par une bien fade Maggie Gyllenhaal que l’on attendait meilleure – pour camper le procureur Harvey Dent et le redoutable Joker.
Pour le premier, Aaron Eckaart a été choisi. Celui que l’on retrouvera cet automne dans le premier film de Alan Ball intitulé Towelhead se montre plutôt convaincant dans le rôle du chevalier blanc, sorte de héros de tout un peuple désespéré de l’interminable ascension de la criminalité dans la ville de Gotham. Il sera d’ailleurs intéressant de faire le parallèle avec nos sociétés contemporaines quant à la popularité soudaine et la prise de pouvoir d’un tel personnage dans une atmosphère où prédomine le sentiment d’insécurité et la peur. Certains discours de Harvey Dent pourraient rappeler – si l’on a l’esprit cynique comme moi – les propos tenus par un président de petite taille quant à la vermine, la racaille et les hommes d’affaires véreux lors de sa campagne.
Pour incarner le plus grand ennemi de Batman, et ce malgré des candidatures plutôt prestigieuses comme celles de Robin Williams, Sean Penn ou encore Jude Law, Christopher Nolan a choisi l’acteur australien Heath Ledger.

Dès la première séquence d’introduction, le spectateur est sous tension, avec une scène de braquage excellente (digne d’un bon film des 70s) alternant tension et humour noir, qui donne rapidement le ton et qui nous emporte dans la folie anarchiste du Joker. Sa présence se ressent sur l’ensemble du film, instaurant un climat menaçant et pesant. Il est le moteur du film, qu’il hante même lorsqu’il n’est pas à l’écran, laissant présager du pire à chaque coin de rue. Chaque apparition du clown terroriste est mémorable. La plus grande réussite du film est indéniablement l’interprétation phénoménale de Heath Ledger qui envoie aux oubliettes le cabotin bouffon de Jack Nicholson dans la version de Tim Burton. Ce grand méchant façonné par Nolan et Ledger est incontestablement LE méchant le plus trippant que l’on ait pu voir au cinéma. Ce sera d’ailleurs le seul superlatif que j’emploierais sciemment au sujet de The Dark Knight. Par sa démarche, ses attitudes, ses mimiques ainsi que par le choix du maquillage – et des anecdotes à vous glacer le sang sur l’explication des cicatrices en forme de sourire qu’il porte autour de sa bouche – on a devant nous un psychopathe semeur de trouble que rien d’autre ne motive – pas même l’argent, il suffit de voir ce qu’il en fait lors de la scène de la pyramide de billets de dollars – que ce goût dément affirmé pour le chaos et la peur. S’il fallait illustrer cette folie inquiétante qui anime le Joker, la séquence où il pose un ultimatum à deux ferries bondés qu’il a pris en otage en serait l’exemple parfait.

Sa relation avec Batman est également intéressante. Si d’ordinaire on trouve souvent Batman et surtout Bruce Wayne plutôt plats et barbants (c’est le rôle qui veut ça), Nolan a tenté de lui donner un semblant de noirceur et d’humanité, le menant même à reconsidérer la légimité et la valeur de son combat contre la pègre. Le Joker va jouer au chat et à la souris avec lui, prenant goût à titiller cet alter-égo capé et tout de noir vêtu. Rapellant la conclusion de Incassable de Night Shyamalan, l’existence du Joker prendrait tout son sens à travers celle de Batman et réciproquement. Toutefois, et malgré la prestation irréprochable de Christian Bale – hormis ce « choix » plus que douteux de la voix rocailleuse de Batman qui prête souvent à pouffer de rire – il reste à nouveau un peu en retrait, comme chez Burton.

Aaron Eckaart livre une prestation honorable dans le rôle de Harvey Dent/Double Face. Son personnage est l’occasion pour Christopher Nolan d’exploiter à nouveau les dérives obsessionnelles qui peuvent conduire à la folie ou à la schizophrénie (Memento, Le Prestige). Chaque fois, Christopher Nolan aiment entacher ses héros et se jouer des frontières de la moralité, les poussant à commettre des actes immoraux pour parvenir à leurs fins – on pensera au pacte que passent Gordon, Dent et Batman afin de capturer le Joker, ou encore à ce que devra devenir Batman pour combattre des ennemis de plus en plus redoutables car ils ne sont plus régis par aucun code de conduite.

Concernant le reste du casting, il est sans surprise à la hauteur – si l’on oublie la décevante Maggie Gyllenhaal – et l’on se réjouit d’ailleurs de voir davantage un Gary Oldman tout à son aise, lui qui avait du se contenter d’un rôle plus réduit dans le volet précédent. Morgan Freeman et Michael Caine, les deux complices de Bruce Wayne, sont toujours aussi inimitables dans leur style respectif et font plutôt bien le boulot nécessaire.

Malgré sa dimension hollywoodienne et les obligations vis à vis de la Warner – qui l’a conduit à couper une demie-heure de son film au montage – Nolan réussit à imprégner Batman de son identité, notamment cette fascination des frontières entre le bien et le mal, donnant souvent la part belle aux personnages calculateurs et machiavéliques (Le Prestige, Insomnia). Il gère d’ailleurs plutôt bien le rythme du film, tenant en haleine le spectateur sur presque 2h30 d’un blockbuster aux allures de thriller noir, alternant action et suspens avec équilibre. On regrette toutefois que ce projet plus qu’ambitieux ne nous laisse sur un léger sentiment de frustration. Nolan semble s’être attaqué à une montagne d’exigences, et devant la densité d’intrigues et de personnages de The Dark Knight, on a l’impression que le talentueux et appliqué réalisateur se retrouve un peu débordé par son œuvre et ses protagonistes – ce qui se sent dans le montage d’ailleurs – laissant en suspend de nombreuses questions ou l’impression que l’on attendait encore mieux de la part de Monsieur Nolan.

Christopher Nolan signe avec The Dark Knight une adaptation riche et dense, sublimée par un Joker hallucinant incarné par le défunt Heath Ledger qui le rend aussi ludique que fascinant et inquiétant, mais qui nous laisse toutefois avec quelques petites frustrations quand le générique final arrive, comme un goût d’inachevé.

60810099b60810099b60810099b60810099b60818963b

CHRISTOPHER NOLAN | USA | 147 MIN | 13 AOUT 2008 | CHRISTIAN BALE, HEATH LEDGER, GARY OLDMAN

Le bleu du miroir

Critiques détaillées et/ou avis express sur les derniers films vus en salles, avant-premières ou rattrapages DVD.

Prochaines Critiques

The Sessions de Ben Lewin
Au bout du conte de Agnès Jaoui

Agenda : Sorties Cinéma

15 MAI
Gatsby le Magnifique de Baz Lurhmann

22 MAI 2013
Only god forgives de Nicolas Winding Refn

26 JUIN 2013
Before Midnight de Richard Linklater

Catégories

Archives