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sept
12

[critique] MONSIEUR LAZHAR

Par Wilyrah  //  2012, Bon, Made in Canada  //  3 commentaires

PHILIPPE FALARDEAU | CANADA | 95 MIN | 5 SEPTEMBRE 2012 | MOHAMED FELLAG, SOPHIE NELISSE, EMILIEN NERON

A Montréal, Bachir Lazhar, un immigré algérien, est embauché au pied levé pour remplacer une enseignante de primaire disparue subitement. Il apprend peu à peu à connaître et à s’attacher à ses élèves malgré le fossé culturel qui se manifeste dès la première leçon. Pendant que la classe amorce un lent processus de guérison, personne à l’école ne soupçonne le passé douloureux de Bachir, qui risque l’expulsion du pays à tout moment.

Quatrième film canadien de l’année, quatrième réussite. Après StarbuckLaurence Anyways et Café de Flore, un autre long-métrage venu du pays des caribous et du sirop d’érable vient enchanter l’actualité cinématographique de cette année 2012. Les films sur l’enseignement sont nombreux et ils tombent souvent dans la complaisance en nous plongeant dans l’univers scolaire de façon assez caricaturale (DetachmentEsprits rebelles…) ou idéalisée (Être et avoir), lorsqu’il ne tombe pas dans la nostalgie réac’ à vomir (Les choristes). Ils peinent le plus souvent à viser juste à trop chercher à jouer sur la corde sensible : qu’il est mignon ce petit garçon, dis donc qu’il est méchant le petit garçon, qu’elle est peste cette petite fille, oh regarde cette jolie bouille ! Ainsi de suite. Dans Monsieur Lazhar, il y a de la sensibilité mais elle est subtile et touchante. Philippe Falardeau réalise un film pudique, poétique et sensible qui ne cherche pas à créer des enjeux scénaristiques là où il n’y en a pas ou à vouloir tout conclure en ratissant le plus large possible. Ici, l’humilité (ou le manque d’ambition) de son auteur est justement sa plus belle réussite. Bien entendu, cela ne rendra pas son film incroyablement mémorable mais il nous permet de suivre avec enchantement l’histoire de cet enseignant algérien exilé qui débarque au Québec avec toute la volonté du mal, beaucoup de bienveillance mais également une bonne dose de maladresse qui le rendent terriblement attachant. Le choc des cultures et le choc des générations dépeints avec habileté et justesse. Faites vous plaisir pour la rentrée !

 MONSIEUR LAZHAR ●●
août
17

[critique] VOIE RAPIDE

Par Wilyrah  //  2012, Assez bon, Made in France  //  3 commentaires

CHRISTOPHE SAHR | FRANCE | 90 MIN | 8 AOÛT 2012 | JOHAN LIBEREAU, CHRISTA THERET; ISABELLE CANDELIER

Le tuning, la vitesse, la route : c’est toute la vie d’Alex, 25 ans, rivé au volant de sa voiture customisée. Une passion exclusive, avec ses rites et ses codes, sans vraie place pour sa copine Rachel et leur enfant. Mais une nuit, sur la voie rapide, c’est l’accident…

Sous ses allures de Confessions Intimes pour bobos, Voie Rapide est un premier film français qui mérite le coup d’oeil. Alex fait partie de ses jeunes (cons) passionnés de tuning qui consacrent la majorité de leur temps et de leur argent à bichonner leur véhicule plutôt qu’à essayer de s’investir personnellement dans leur vie familiale et professionnelle. Un jour, après avoir passé la soirée à s’amuser avec ses potes – pendant que sa blonde s’occupe comme une bonne poire de leur gamine – notre crâne rasé fauche un jeune homme sur la voie rapide en rentrant chez lui. Si on fait l’impasse sur la raison qui a pu pousser ce crétin de piéton à se promener en pleine nuit sur la route (alcool, suicide, stupidité ? Les trois?) et si l’on accepte le fait que la police est plus compétente pour filer des PV dans le 92 que pour faire son travail d’investigation, alors le déroulement qui suit est intéressant. Malgré un sujet souvent traité au cinéma (la culpabilité), Christophe Sahr apporte un réalisme et une sensibilité qui font de Voie Rapide un joli petit film. Alex est, comme tout bovin macho rejeté par ses parents, un rigide du sentiment. Alors quand celui-ci applique involontairement GTA dans la vraie vie, ses trois neurones et son coeur de manchot affectif ont du mal à gérer l’évènement. Il lui faudra gérer sa culpabilité et s’apprendre à s’ouvrir aux autres, ce qu’il n’arrivera pas forcément à faire avec sa petite-amie ou son meilleur ami plutôt loyal et compréhensif. Fait amusant et petite parenthèse : pour un passionné de bagnoles, le boloss a quand même beaucoup de difficultés à conduire son véhicule tant dans la réalité que dans les jeux vidéos – combien de fois esquinte t’il sa Honda-Maya-l’abeille ou ses bolides virtuels ? 

Plus sérieusement, alors que la blogosphère n’a pas été tendre avec le long-métrage de C. Sahr, l’histoire se laisse suivre sans que l’on ne décroche et malgré quelques passages obligés. On regrettera le manque de charisme de Johan Libéreau qui peine à rendre son personnage plus intéressant, la faute à son regard bovin assez handicapant. Cela n’empêche pas l’émergence de jolies scènes comme le face à face autour de la pizza ou la scène finale du balcon. De son côté, Christa Theret, découverte dans l’acceptable comédie L.O.L, est beaucoup plus convaincante malgré une présence à l’écran plus faible, tout comme Isabelle Candelier (vue récemment dans Adieu Berthe). S’il n’est pas dénué d’imperfections et de choix contestables, tout comme cette affiche et cette logographie douteuses pouvant induire les spectateurs en erreur (certains seront peut-être venu voir un spin-off made in France de Fast & Furious), Voie Rapide vaut le détour même si votre GPS n’indique pas forcément l’entrée de la salle. 

 VOIE RAPIDE ●/●●
août
6

[critique] À PERDRE LA RAISON

Par Wilyrah  //  2012, Bon, Made in France  //  1 commentaire

JOACHIM LAFOSSE | FRANCE | 111 MIN | 22 AOÛT 2012 | EMILIE DEQUENNE, NIELS ARELSTRUP, TAHAR RAHIM

Murielle et Mounir s’aiment passionnément. Depuis son enfance, le jeune homme vit chez le Docteur Pinget, qui lui assure une vie matérielle aisée. Quand Mounir et Murielle décident de se marier et d’avoir des enfants, la dépendance du couple envers le médecin devient excessive. Murielle se retrouve alors enfermée dans un climat affectif irrespirable, ce qui mène insidieusement la famille vers une issue tragique

Librement inspiré d’un fait divers survenu en Belgique en Février 2007, À perdre la raison est la froide et douce descente aux enfers d’une épouse qui sentira l’étau de la vie se refermer autour d’elle. Joachim Lafosse n’a pas souhaité en faire une reconstitution minutieuse, ni prendre parti. Il voyait ce drame comme une tragédie antique et la possibilité d’approfondir ce qu’il avait déjà abordé dans ses précédents métrages : « le trop-plein d’amour, ses conséquences, la dette, le lien pervers, les dysfonctionnements familiaux, la question des limites ». Pour lui, ce drame décrit comme « monstrueux » ne pouvait être le fruit du hasard et il a cherché à questionner le spectateur et poser un certain regard (sélection dans laquelle le film a d’ailleurs été sélectionné à Cannes) sur les circonstances qui ont conduit à celui-ci. On peut, après visionnage du film, dire que l’objectif est atteint. Grâce à une mise en scène sobre et poignante, à des comédiens remarquables – Niels Arelstrup et son incroyable présence à l’écran, Emilie Dequenne remarquable et légitimement récompensée du prix d’interprétation – et à un scénario intelligemment construit, on suit le destin de cette famille recomposée et la lente agonie de cette mère cloisonnée dans le confort de cette vie sans possibilité d’émancipation. Le réalisateur se défend et ne cherche en aucun cas la déresponsabilisation. Il souhaite simplement (s’)interroger sur les raisons qui ont pu pousser cette femme à commettre un tel acte, si ce n’est le fait qu’elle ait progressivement perdu la raison. On regrettera toutefois une lenteur du récit parfois un peu lassante mais le traitement et la construction habiles permettent d’en ressortir avec une impression de réussite à l’image de cette conclusion glaçante évitant tout sensationnalisme. 

 À PERDRE LA RAISON ●●
juin
28

[critique] THE DEEP BLUE SEA

TERENCE DAVIES | UK/USA | 115 MIN | 17 MAI 2012 | RACHEL WEISZ, TOM HIDDLESTON

Hester Collyer, épouse de Sir William Collyer, haut magistrat britannique, mène une vie privilégiée dans le Londres des années 1950. A la grande surprise de son entourage, elle quitte son mari pour Freddie Page, ancien pilote de la Royal Air Force, dont elle s’est éperdument éprise. Sir William refusant de divorcer, Hester doit choisir entre le confort de son mariage et la passion.

Seconde adaptation de la pièce de théâtre éponyme de l’auteur britannique Sir Terrence Rattigan après celle de Anatole Litvak, The Deep Blue Sea nous raconte le destin de Hester, jeune femme passionnée qui se sent à l’étroit dans un mariage matériellement confortable mais terriblement platonique. Au début des années 50, la belle et jeune épouse va s’amouracher d’un séducteur en tous points opposé à son époux. La passion qu’elle ressent à son égard va progressivement la consumer jusqu’à la pousser à commettre l’irréparable – en tout cas à s’y atteler, en vain. Le pitch est assez classique et son exécution également. Soignée mais un brin précautionneuse, le souffle romanesque parvient toutefois à émerger par moments – en grande partie grâce à la sublime interprétation de Rachel Weisz, actrice sous-estimée capable de sublimer de très nombreux rôles (Agora, My blueberry nights, The Constant Gardener, The Fountain), actrice que nous avons hâte de la retrouver dans le dernier film de Fernando Meirelles, 360, avec qui elle collabore pour la seconde fois – critique à venir très prochainement.

Fragile, à fleur de peau, elle donne vit à son personnage malgré une mise en scène un peu trop figée. On sent l’influence que Terence Davies est allé puiser son inspiration chez Hitchcock, son film rappelant parfois le classique Les enchaînés. Hester cherche à définir sa propre vie en dépit des conventions et l’éducation dans lesquelles son père puis son mari l’ont enfermée. Ses deux partenaires ne s’en sortent pas aussi bien et plus spécialement le populaire Tom Hiddleston dont le jeu est parfois trop théâtral pour convaincre complètement.

Un peu sage et écrasé par les partitions de violon, le triangle amoureux mis en scène avec élégance et classicisme par Terence Davies est sublimé par la prestation de son actrice principale, la superbe Rachel Weisz. 

 THE DEEP BLUE SEA ●●
mar
16

[critique] OSLO, 31 AOÛT

JOACHIM TRIER | NORV. | 96 MIN | 29 FÉVRIER 2012 | ANDERS DANIELSEN LIE, HANS OLAV BRENNER, INGRID OLAVA

C’est le dernier jour de l’été et Anders, en fin de cure de désintoxication, se rend en ville le temps d’une journée pour un entretien d’embauche. L’occasion d’un bilan sur les opportunités manquées, les rêves de jeunesse envolés, et, peut-être, l’espoir d’un nouveau départ… 

Les films qui se déroulent en une journée sont souvent des oeuvres à part – quand la réussite est au rendez-vous – qui laissent une trace indélébile, plusieurs heures ou jours après le visionnage. Cet Oslo, 31 Août fait partie de ces métrages qui vous embarquent progressivement, vous prennent par la main et vous laissent témoin du sort de son (ses) protagoniste(s).

Le réalisme de l’écriture, de la mise en scène et de l’interprétation de Anders Danielsen Lie rendent l’empathie que l’on ressent encore plus forte envers ce personnage qui se trouve dans une impasse. Lucide et foudroyant, le mal-être d’Anders s’affiche de façon éloquente. Grâce à une sensibilité et une intelligence scénaristique remarquables, on se prend en plein coeur le désarroi et la fatalité de son errance désespérée. La justesse qui émane de cet homme perdu dans Oslo est terrible et elle compense aisément les quelques longueurs du film – qui sont pourtant inévitables et justifiées pour l’impact et la cohérence de l’oeuvre, d’ailleurs dotée d’une bande son superbe qui sait s’effacer ou s’affirmer lorsque c’est nécessaire.

Un film fin, poétique, cruel, adapté librement du Feu Follet de Louis Malle et transposé dans une Norvège contemporaine qui a bien du mal à cacher (ou guérir) le malaise de sa jeunesse. 

 OSLO, 31 AOÛT ●●●
fév
25

[ugc] DOS AU MUR

 ASGER LETH | USA | 102 MIN | 15 FÉVRIER 2012 | SAM WORTHINGTON, JAMIE BELL, ELIZABETH BANKS, ED HARRIS

Ancien flic condamné à la prison pour un vol dont il se dit innocent, Nick Cassidy a réussi à s’évader. Dans un célèbre hôtel de New York, il monte jusqu’à l’un des derniers étages et enjambe la fenêtre. Le voilà dehors, sur la corniche, au bord du vide… Lydia Mercer, négociatrice de la police, est chargée d’essayer de le convaincre de ne pas sauter. Plus la jeune femme tente de dénouer cette situation périlleuse, plus elle prend conscience que Cassidy pourrait bien avoir un autre objectif… Son geste a peut-être un rapport avec le mystérieux projet sur lequel travaille son frère. Pendant que l’ex-flic est au bord du vide et attire l’attention de toute la ville, beaucoup de choses se trament et trop de gens semblent s’intéresser à son cas. Les pièces du puzzle vont se révéler peu à peu, au risque de faire tomber beaucoup plus qu’un seul homme… 

Pas inintéressant pendant la première heure malgré une intrigue pas vraiment renversante et des personnages caricaturaux au possible, ce thriller de série B remplit plutôt son contrat jusqu’alors. Mais c’était sans compter sur un dénouement aussi rocambolesque qu’invraisemblable multipliant les scènes et les twists tous moins crédibles les uns que les autres. La dernière demie-heure qui livre progressivement les secrets de la « machination » dont Nick Cassidy a été victime sont aberrantes d’invraisemblance. L’escalade du grotesque ne s’arrête pas là avec le pseudo-casse navrant et surtout cette scène grandiose de ridicule où Nick saute finalement dans le vide – non pas pour se suicider mais pour rattraper le grand vilain méchant qui les avait entubé au départ. Oui, je spoile sans aucun scrupule mais c’est d’intérêt public. Visiteur, si tu me lis, économises 9€50 et deux heures de ton temps en n’allant pas voir cette croûte. Si vraiment tu veux te faire du mal, attends qu’il sorte en Divx (ou DVD si tu aimes la légalité) pour te farcir un dimanche aprèm ce métrage bovin certainement écrit et réalisé par un adolescent de quinze ans qui aura regardé en boucle Phone Game de Joel Schumacher.  

 DOS AU MUR ○
sept
21

[exclu] DE BON MATIN *

Après La fabrique des sentiments, Jean-Marc Moutout choisit de mettre en image un fait-divers pour illustrer la cruauté d’un système ne se préoccupant guère de l’humain derrière ce maillon de la chaîne que l’on veut mettre au placard avec vingt ans de services rendus. Cette absence de considération qui peut en pousser certains à commettre l’irréparable.


JEAN-JACQUES MOUTOUT | FRANCE | 92 MIN | 5 OCTOBRE 2011 | JEAN-PIERRE DAROUSSIN
mar
12

[critique] A SINGLE MAN

50760671

TOM FORD | USA | 100 MIN | 24 FEVRIER 2008 | COLIN FIRTH, JULIANNE MOORE, NICHOLAS HOULT

La bande-annonce laissait déjà présager du meilleur. Le film met la barre encore plus haut. Pour sa première réalisation, Tom Ford réalise un long-métrage sublime en tous points de vue. La photographie est exceptionnelle, les plans sont d’une beauté renversante avec des nuances de couleur subtiles et un esthétisme éclatant. Si certains cinéastes confirmés essaient constamment de montrer leur savoir-faire, Tom Ford ne se force pas, il transpire le talent, la classe et la finesse.

Son écriture est éblouissante d’intelligence et de sagacité. Son film a la beauté d’un Wong Kar Waï, la force dramatique et l’esthétisme élégant d’un Pedro Almodovar. Il filme ses acteurs comme s’ils étaient James Dean, Elizabeth Taylor ou Brigitte Bardot. Colin Firth, pas toujours à son aise dans certaines comédies romantiques faciles, est bouleversant, superbe, parfait de sobriété et de retenue. Si l’Academy des Oscars faisait des choix pertinents – ce qui est rarement le cas, elle avait déjà oublié Mickey Rourke l’an dernier – récompenser l’acteur britannique aurait été rien d’autre que logique tellement il incarne magnifiquement ce professeur d’université accablé et brisé depuis la disparition tragique de son compagnon.

Heureusement, la Mostra de Venise aura une fois de plus réparé l’injustice en lui offrant le prix d’interprétation masculine ô combien mérité. Julianne Moore et Nicholas Hoult ne sont pas en reste. La première incarne sa meilleure amie, une femme superbe et pourtant insatisfaite qui s’abîme dans l’alcool, la résignation et l’apitoiement. Le second, inoubliable Tony Stonem dans la série britannique Skins, incarne cet étudiant curieux, culotté et solitaire, qui semble être le seul à percevoir cet insondable désespoir qui envahit l’âme de George. Et enfin, que dire de la partition d’Abel Korzeniowski, si raffinée et poignante, qui compose la plus belle bande originale que j’ai pu entendre ces dernières années. Bref, du travail d’orfèvre à tous les niveaux d’une maîtrise ébouriffante. A single man est au final mon plus gros coup de cœur cinématographique des trois dernières années.

Un grand cinéaste est né. Son premier chef d’œuvre : A single man. Un bijou d’esthétisme, d’intelligence, de subtilité et d’émotion.

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Le bleu du miroir

Critiques détaillées et/ou avis express sur les derniers films vus en salles, avant-premières ou rattrapages DVD.

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