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[critique] TOTAL RECALL, MÉMOIRES PROGRAMMÉES
| LEN WISEMAN | USA | 121 MIN | 15 AOÛT 2012 | COLIN FARELL, KATE BECKINSALE, JESSICA BIEL |
Modeste ouvrier, Douglas Quaid rêve de s’évader de sa vie frustrante. L’implantation de souvenirs que propose la société Rekall lui paraît l’échappatoire idéale. S’offrir des souvenirs d’agent secret serait parfait… Mais lorsque la procédure d’implantation tourne mal, Quaid se retrouve traqué par la police. Il ne peut plus faire confiance à personne, sauf peut-être à une inconnue qui travaille pour une mystérieuse résistance clandestine. Très vite, la frontière entre l’imagination et la réalité se brouille. Qui est réellement Quaid, et quel est son destin ?
« Parfois les annonceurs ne mentent pas sur la marchandise ». Phrase pleine de sagesse que j’ai pu entendre à propos du remake de Total Recall en salles depuis hier résumant assez bien la valeur apparente de cette série B sans ambition et… sans intérêt. Dans un monde à mi-chemin entre Matrix et I-Robot, on suit le « modeste ouvrier » Dennis qui s’ennuie passablement dans son boulot de soudeur et dans sa vie conjugale : il faut dire que se taper une MILF esthétiquement très retouchée dans un taudis lugubre, ça te rendrait impuissant et dépressif pas mal de mecs. Un soir où sa belle secouriste est déja profondément endormie, il choisit d’aller trinquer un bon coup avec son poto black dans le pub du coin. Complètement sobre malgré les plusieurs pintes qu’il s’enfile, il prend la meilleure décision de toute sa vie : aller se faire implanter des faux-souvenirs chez Rekall, comme si une agence de voyages te faisait payer cher des vacances que tu ne feras jamais vraiment. On sent déjà à quel point le Dennis est un mec lucide. Pour donner un peu de piment à sa VDM, il choisit de se faire inventer une vie d’espion. Sauf qu’au moment de l’envoyer au pays des rêves, les machines de Rekall indique que le Dennis est déjà un espion. WOW. Quel twist de malade mental n’est ce pas ? S’en suivent une bonne heure et demie de course-poursuite, de bastons, de gunshots, de pseudo-mystères quant à la véritable identité du Farell… Un florilège, un régal, un capharnaüm.
Non. Un film bordélique scénaristiquement et cinématographiquement digne d’un épisode de la saga Underworld - on m’indique dans l’oreille que le Wiseman est déjà responsable de deux opus – avec ses mouvements de caméra superflus semblant rechercher la profondeur de champ [hey dude, ton film il est en 2D] où l’on retrouve l’insipide Colin Farell et l’effroyable créature botoxée Kate Beckinsale qui, débarrassée de sa combinaison de cuir vampirique, n’a plus de raison de tourner au cinéma tellement elle ne sait pas jouer. Len L’homme sage se sent obligé de lui donner du taf par devoir conjugal et il nous impose donc de nombreuses scènes où elle débite sans crédibilité des répliques surfaites et réchauffées en mode badasse. Enfin, Jessica Biel-Timberlake, Bill Nighy sous calmant et Bryan Cranston avec une perruque blonde viennent compléter le casting de ce long métrage douteux.
Voilà un film qui aurait du se contenter d’une sortie en DTV. Remake paresseux et bruyant, ce Total Recall : Mémoires Programmées ne parvient même pas à vous empêcher de piquer du nez malgré sa débauche incessante de coups de feu, d’explosions et de combats.
| MÉMOIRES PROGRAMMÉES ○ |
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[critique] THE VOW – JE TE PROMETS
| MICHAEL SUCSY | 104 MIN | 16 MAI 2012 | RACHEL McADAMS, CHANNING TATUM, SAM NEILL |
Paige et Leo étaient un jeune couple heureux, jusqu’à l’accident… Si Leo s’en sort indemne, Paige se réveille de son coma en ayant tout oublié des cinq dernières années de sa vie. Elle n’a plus aucun souvenir de Leo ni de ce qu’ils ont vécu. Son mari est un inconnu… Paige découvre une vie dont elle ignore tout – la sienne. Elle se croit encore fiancée à Jeremy, un homme d’affaires toujours amoureux d’elle, et a beaucoup de mal à accepter Leo et son style de vie bohème… Incapable d’aider sa femme à retrouver ses souvenirs, Leo va perdre la seule personne qui ait jamais compté pour lui. Prêt à tout, il décide de recommencer à zéro et de reconquérir Paige comme s’ils venaient juste de se rencontrer. Un grand amour peut-il naître deux fois ?
Affublé d’un titre qui ne ment pas sur la marchandise, Je te promets (The Vow) est une comédie romantique comme on en fait – beaucoup et qui ont souvent Sandra Bullock, Jennifer Aniston ou Meg Ryan comme tête d’affiche. Heureusement, ici c’est la craquante Rachel McAdams qui porte le flambeau (et non pas la chandelle). Plus de naturel, moins de bouclettes et de botox. Cela s’annonce mieux.
Mais les dix premières minutes me font craindre le pire. Les clichés font presque mal aux oreilles, le chapeau de paille de Channing Tatum fait lui véritablement mal aux yeux. Cela s’annonce mal.
Nos deux tourtereaux se kiffent et ça se voit – enfin, on nous l’impose car l’alchimie entre les deux acteurs ne saute pas immédiatement aux yeux. Malheureusement, monsieur Tatum a beaucoup de muscles mais il n’a probablement pas eu le temps de passer son code et son permis. Pendant qu’il bave sur sa chère et à tendre à un feu rouge, un gros camion débarque et là… c’est le drame. Cela s’annonce compliqué.
Heureusement, c’est avec cet accident dramatique que le film va enfin prendre un peu d’allure. Attention, je ne parle pas d’une allure renversante et épique – à la N’oublie jamais - ou d’une allure tonitruante et majestueuse – à la Moulin Rouge. Il s’agit bien d’une rom-com bien balisée qui ne cherche pas à être ce qu’elle n’est pas [oui, il s'agit là de ma plus belle phrase de l'année]. L’histoire se laisse plutôt suivre agréablement et, de façon surprenante, on se prend d’une certaine empathie envers ce gros bovin attentionné que campe Channing Tatum, bien embêté à reconquérir une Paige qui a tout oublié de leur histoire d’amour (quelle ingrate quand même). Le charme pétillant de la belle Rachel McAdams contraste avec l’inexpressivité handicapante de son partenaire masculin et reste un des atouts principaux de cette comédie calibrée pour faire chavirer les coeurs, hormis lorsqu’elle se teint les cheveux et s’habille comme une grognasse BCBG.
Programmé pour plaire aux romantiques, The Vow est un divertissement sentimental acceptable pour occuper une après-midi hivernal. Veillez toutefois à ne pas manger trop de chantilly au repas de midi, sous peine de nausées imminentes.
| THE VOW ● |
4
[critique] LE SKYLAB **

Après le très amusant Two Days in Paris qui suivait un couple haut en couleurs dans les rues de Paris, Julie Delpy continue à s’amuser du choc des cultures mais cette fois à l’intérieur même d’une grande famille. Et comme pour ce film qui l’opposait à l’hilarant Adam Goldberg, l’actrice-réalisatrice française a conservé cette plume culottée et efficace qui fait souvent mouche. Cette écriture pleine de justesse, d’humour et de tendresse fonctionne ici à nouveau parfaitement malgré quelques petites longueurs. Il faut dire, comme elle nous le confirmera après la projection, que ce n’est pas une mince affaire que d’arriver à rassembler une telle galerie de personnages sans embrouiller un peu les pinceaux par ci par là. Mais l’ensemble est réussi, on s’amuse beaucoup devant ces instants de famille se déroulant un week-end estival. Les repas qui s’éternisent, les débats politiques qui tournent mal, les déconnades entre cousins et cousines, le radotage de mamie, les promenades et les matchs de foot improvisés.
L’ambiance fin 70s est très bien reconstituée tant dans les décors que les costumes. Le casting est plutôt bon (mention spéciale à Valérie Bonneton et Vincent Lacoste, d’ailleurs présents lors de cette avant-première fort sympathique) et malgré une absence d’intrigue revendiquée, Le Skylab se laisse suivre avec un certain plaisir. Le succès devrait être au rendez-vous vu les réactions en salle même si celui-ci ne devrait être mesuré face à la concurrence, pourtant pas toujours de qualité (Bienvenue à bord pour ne citer que ça). La présence d’une partie du casting après la projection permettra d’ailleurs un débriefing intéressant et convivial, qui sera poursuivi brièvement par la suite avec ce cher Neil que je remercie pour sa compagnie.
Avec le Skylab, l’actrice-réalisatrice Julie Delpy rend hommage à la [sa] famille et réussit une comédie populaire – dans le bon sens du terme, pas comme la dernière daube avec Dubosc – drôle et attachante.
| JULIE DELPY | FRANCE | 113 MIN |5 OCTOBRE 2011 | LOU ALVAREZ, JULIE DELPY, VINCENT LACOSTE |
26
[critique] SOMEWHERE °

Après une année 2010 pas forcément riche – bien que marquée par deux grands films que sont A Single Man et Inception - on espérait que l’année 2011 allait redresser la barre et pourquoi pas atteindre la qualité d’une année telle que 2009 ou 2006. En attendant les prochaines sorties du très plébiscité Black Swan ou de King’s Speech, on pouvait amorcer cette nouvelle année par un bon petit Sofia Coppola. Celle qui nous avait emballés avec ses deux premiers films, puis déçus avec son très hype et superficiel Marie-Antoinette, ouvre donc le bal des festivités avec Somewhere, récompensé à Venise.
Malheureusement, la scène introductive annonce très vite la couleur. Le quatrième bébé de Sofia est un objet minimaliste soporifique qui « tourne en rond » et qui n’a rien à dire. La fille de Francis Ford, « enfin émancipée » de son célèbre et talentueux papa, a souhaité réalisé une œuvre personnelle sur la solitude et l’ennui de l’acteur entre deux tournages, sur la superficialité d’Hollywood. On attend que le film décolle, que quelques instants de grâce ou quelques scènes touchantes viennent donner un peu de corps à ce métrage. Rien ne vient. Pire encore, on aurait aimé pouvoir saluer au moins une bande-son envoûtante ou une photographie cotonneuse, comme dans ses précédents films, mais Somewhere - en plus d’être creux et sans intérêt véritable – est un film laid, filmé sans le moindre soin et monté comme un vulgaire film indépendant à petit budget. Côté interprétation, rien de bien transcendant : les acteurs n’ont pas grand chose à faire. avec ce script terriblement épuré. Toutefois, Elle Fanning tire plutôt bien son épingle du jeu et fait le travail avec justesse et maturité.
La dernière séquence est à la hauteur de la déception que représente Somewhere : elle s’étire interminablement jusqu’à un dernier plan manquant autant d’inspiration que de finesse et de sens. On est si loin de la Sofia Coppola de Lost In Translation et bien trop proche du nombriliste The Brown Bunnyde Vincent Gallo. Deux constatations s’imposent finalement. La première : l’émancipation de la jeune réalisatrice paraît plus compliquée que prévue. La seconde : Quentin Tarantino fait véritablement un piètre président de jury.
Ce premier film de l’année est une grosse déception. Il ne se dégage pas grand chose deSomewhere, hormis la vacuité de cette œuvre et la triste constatation que Sofia Coppola a peut-être déjà atteint les limites de son cinéma, après seulement quatre films. S’il fallait ressortir quelque chose de positif de ce film mineur : le joli minois de la décidément prometteuse Elle Fanning.
| SOFIA COPPOLA | USA | 98 MIN | 05 JANVIER 2011 | STEPHEN DORFF, ELLE FANNING |
12
[critique] A SINGLE MAN

| TOM FORD | USA | 100 MIN | 24 FEVRIER 2008 | COLIN FIRTH, JULIANNE MOORE, NICHOLAS HOULT |
La bande-annonce laissait déjà présager du meilleur. Le film met la barre encore plus haut. Pour sa première réalisation, Tom Ford réalise un long-métrage sublime en tous points de vue. La photographie est exceptionnelle, les plans sont d’une beauté renversante avec des nuances de couleur subtiles et un esthétisme éclatant. Si certains cinéastes confirmés essaient constamment de montrer leur savoir-faire, Tom Ford ne se force pas, il transpire le talent, la classe et la finesse.
Son écriture est éblouissante d’intelligence et de sagacité. Son film a la beauté d’un Wong Kar Waï, la force dramatique et l’esthétisme élégant d’un Pedro Almodovar. Il filme ses acteurs comme s’ils étaient James Dean, Elizabeth Taylor ou Brigitte Bardot. Colin Firth, pas toujours à son aise dans certaines comédies romantiques faciles, est bouleversant, superbe, parfait de sobriété et de retenue. Si l’Academy des Oscars faisait des choix pertinents – ce qui est rarement le cas, elle avait déjà oublié Mickey Rourke l’an dernier – récompenser l’acteur britannique aurait été rien d’autre que logique tellement il incarne magnifiquement ce professeur d’université accablé et brisé depuis la disparition tragique de son compagnon.
Heureusement, la Mostra de Venise aura une fois de plus réparé l’injustice en lui offrant le prix d’interprétation masculine ô combien mérité. Julianne Moore et Nicholas Hoult ne sont pas en reste. La première incarne sa meilleure amie, une femme superbe et pourtant insatisfaite qui s’abîme dans l’alcool, la résignation et l’apitoiement. Le second, inoubliable Tony Stonem dans la série britannique Skins, incarne cet étudiant curieux, culotté et solitaire, qui semble être le seul à percevoir cet insondable désespoir qui envahit l’âme de George. Et enfin, que dire de la partition d’Abel Korzeniowski, si raffinée et poignante, qui compose la plus belle bande originale que j’ai pu entendre ces dernières années. Bref, du travail d’orfèvre à tous les niveaux d’une maîtrise ébouriffante. A single man est au final mon plus gros coup de cœur cinématographique des trois dernières années.
Un grand cinéaste est né. Son premier chef d’œuvre : A single man. Un bijou d’esthétisme, d’intelligence, de subtilité et d’émotion.





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[critique] THE NOTEBOOK – N’OUBLIE JAMAIS
| NICK CASSAVETES | USA | 123 MIN | 8 SEPTEMBRE 2004 | RYAN GOSLING, RACHEL McADAMS |
La réputation fait parfois du bien (ou du mal) à un film, sans qu’on l’explique. The Notebook (pitoyablement et discrètement sorti en France sous le titre N’oublie jamais) est un film adapté du roman du même nom signé Nicholas Sparks. Nick Cassavetes, fils du fameux John, s’attaque donc à ce best-seller. À la lecture du synopsis ou en voyant les quelques affiches de promo, on peut rapidement craindre un énième film à l’eau de rose comme Hollywood sait si mal les faire. L’occasion de le voir s’était présenté plusieurs fois auparavant, et chaque fois, j’avais décliné l’invitation, à cause des aprioris énoncés plus haut. Malgré tout, l’histoire avait ce petit quelque chose qui me tentait. J’ai fini par me lancer, et je ne le regrette pas.
Un thème vieux comme le monde et des ficelles assez classiques… c’est assumé. Surtout, The Notebook se distingue des productions du genre, grâce à une certaine retenue, de beaux et riches dialogues, des acteurs remarquables - d’ailleurs, bien dirigés – et une réalisation toute en délicatesse. Rachel McAdams est formidable, tout comme Ryan Gosling qui me convainc davantage film après film.
On imaginait le pire, Nick Cassavetes surprend avec un certain talent, conservant le côté poignant et romanesque – certainement contenu dans le livre – pour nous raconter cette histoire d’amour à travers le temps capable de défier de nombreuses choses comme la distance, la mémoire qui défaille avec l’âge et la médecine elle-même. Ryan Gosling et Rachel McAdams y sont également pour beaucoup tellement le couple qu’ils forment et leur histoire sonnent vrais ( et quelle alchimie entre les deux acteurs ! ). Un film émouvant, avec seules quelques petites imperfections, qui s’imprime en nous plusieurs heures (jours?) après son visionnage.
| N’OUBLIE JAMAIS ●●●● |
Sorti discrètement en 2004 et souffrant d’une réputation plus que sévère chez certains cinéphiles, The Notebook est un pourtant film magnifique, humble et tout en retenu, qui m’a personnellement beaucoup ému (à ma plus grande surprise). Un des plus beaux films sur l’amour qu’il m’ait été donné de voir et que j’assume complètement d’avoir beaucoup apprécié.
Le bleu du miroir
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