12
(critique) CLIP
| MAJA MILOS | DRAMA | SERB | 102 MIN | 17 AVR 2013 | ISIDORA SIMIJONOVIC, VUKASIN JASNIC |
JASNA, UNE ADOLESCENTE DE 16 ANS, S’ENNUIE DANS SA PETITE VILLE EN PÉRIPHÉRIE DE BELGRADE, ENTRE LES COURS DU LYCÉE ET LA VIE CHEZ ELLE, OÙ SES PARENTS N’ARRIVENT PLUS À DIALOGUER AVEC ELLE. COMME LES AUTRES JEUNES DE SON ÂGE, SES SEULES PRÉOCCUPATIONS SONT DE FAIRE LA FÊTE, DE RENCONTRER DES GARÇONS ET DE SE FILMER EN PERMANENCE AVEC SON TÉLÉPHONE PORTABLE. JASNA TOMBE FOLLE AMOUREUSE DE DJOLE, UN GARÇON DE SON ÉCOLE. PRÊTE À TOUT POUR LUI PLAIRE, JASNA SOMBRE VITE DANS LES EXCÈS DE L’ALCOOL, DU SEXE ET DE LA DROGUE. Long-métrage serbe sulfureux, Clip suit le quotidien décadent de la jeune Jasna qui passe la majeure partie de son temps portable à la main pour filmer ses moindres faits et gestes, parfois en se mettant en scène de façon ostentatoire. Ce premier film de la belgradoise Maja Milos propose une vision frontale sur le rapport qu’entretient (pour elle) la jeunesse de son pays avec l’alcool, la drogue et le sexe. De nombreuses personnes ont rapproché le travail de la jeune réalisatrice à celui d’un Larry Clark mais seuls les thématiques s’en rapprochent et la comparaison s’arrête là. Maja Milos a choisi de montrer, parfois de façon très crue et explicites, les dérives de cette jeunesse qui se filme en permanence (en soirée mais aussi en plein cours, en plein acte sexuel…) et le film a tout simplement été interdit en Russie. Dans l’hexagone, celui-ci a été interdit aux moins de 16 ans (une interdiction aux mineurs paraissait presque plus judicieuse). Si la démarche paraît louable, le résultat n’est pas forcément bien abouti. Le style est quasi-documentaire et les thématiques abordées (rôle de la famille, de l’école, rapport à la violence, au sexe et aux stupéfiants) imposent davantage un constat alarmant qu’une prise de recul et une réflexion. La volonté était de choquer en montrant, l’objectif semble atteint. Clip restera t’il pour autant dans les annales ? On peut en revanche en douter.
19
(critique) SPRING BREAKERS
| HARMONY KORINE | DRAMA | USA | 92 MIN | 6 MARS 2013 | JAMES FRANCO, SELENA GOMEZ, VANESSA HUDGENS |
POUR FINANCER LEUR SPRING BREAK, QUATRE FILLES AUSSI FAUCHÉES QUE SEXY DÉCIDENT DE BRAQUER UN FAST-FOOD. ET CE N’EST QUE LE DÉBUT… LORS D’UNE FÊTE DANS UNE CHAMBRE DE MOTEL, LA SOIRÉE DÉRAPE ET LES FILLES SONT EMBARQUÉES PAR LA POLICE. EN BIKINI ET AVEC UNE GUEULE DE BOIS D’ENFER, ELLES SE RETROUVENT DEVANT LE JUGE, MAIS CONTRE TOUTE ATTENTE LEUR CAUTION EST PAYÉE PAR ALIEN, UN MALFRAT LOCAL QUI LES PREND SOUS SON AILE… En 2011, Drive avait déconcerté de nombreux spectateurs venus voir un énième produit dérivé de la navrante franchise Fast and Furious. Ayant créé le buzz (plus que légitimement), le film a tout de même trouvé son public et a été adoubé tant par la presse que par les spectateurs – pas ceux qui étaient venus voir un film d’action bourrin, bien évidemment. Il se pourrait bien que Spring Breakers ait le même destin. On lui souhaite, en tout cas, le même succès en France, où il était présenté hier soir en exclusivité mondiale.
Harmony Korine (auteur de Kids et Ken Park, dirigés par son comparse Larry Clark) était hier dans la capitale pour présenter au public français son dernier long-métrage avec un casting des plus surprenants. En effet, celui-ci a débauché deux jeunes actrices toutes deux sorties des productions Disney. De nombreuses fans (qui a dit groupies hystériques ?) s’étaient rendues en masse au Grand Rex pour apercevoir ses idoles qui tapissent les murs de leur chambre à coucher. Je n’ai heureusement pas eu à supporter un tel capharnaüm puisqu’un cinéma des Halles proposait lui aussi une projection mais avec la seule présence – plus que suffisante – du réalisateur. Celui-ci, connu pour ses excentricités, n’a pas dérogé à sa réputation et nous a promis une projection digne d’un grand trip sous acides. Je n’avais consommé aucun produit illicite hier et j’ai pourtant été complètement embarqué dans ce qui s’annonce comme l’un des chocs de l’année cinématographique.
Spring Breakers vous plonge dans la vacuité et la débauche. Spring Breakers vous emporte dans un tourbillon sensoriel. Spring Breakers est le délire d’un cinéaste terriblement doué qui n’a jamais froid aux yeux. Harmony Korine n’a pas peur du ridicule lorsqu’il choisit de réunir à l’écran deux teen-starlettes que sont Selena Gomez et Vanessa Hudgens pour les balancer en pleine Floride décadente. Il n’a pas non plus peur du ridicule lorsqu’il transforme James Franco en gangsta sentimental qui ouvre son cœur sur un morceau de pop ringarde – séquence tout simplement géniale. Korine ne s’embarrasse pas non plus lorsqu’il s’agit d’ôter les vêtements de son épouse, qui se prendra d’ailleurs une balle quelques minutes plus tard. Korine c’est un peu Gregg Araki et Larry Clark réunis, il ne recule devant rien.
Il transforme un scénario très minimaliste en pur plaisir cinématographique. Comme pour Drive, le spectateur embarquera (ou non) pour 90 minutes d’une expérience visuelle, sonore et musicale (la pop cheesy, bien employée, ça passe niquel), ressortira hyper enthousiasmé ou plutôt sceptique et se souviendra assurément plusieurs semaines après de ce visionnage haut en couleurs. Enfin, comme pour le long-métrage de Nicolas Winding Refn qui bénéficiait également de la partition sonore de Cliff Martinez, il est quasi-certain que Spring Breakers figurera sur le podium de l’année 2013.
2
[critiques] DEUX ROMCOMS D’AOÛT : 5 ANS DE RÉFLEXION, FRIENDS WITH KIDS
| 5 ANS DE RÉFLEXION * NICHOLAS STOLLER | USA | 125 MIN | 1er AOÛT 2012 | JASON SEGEL, EMILY BLUNT, CHRIS PRATT |
De l’avis général, Tom et Violet sont faits l’un pour l’autre et pourraient constituer le couple marié idéal. Lui, star de la haute cuisine de San Francisco, est prêt à rejoindre le gotha de la gastronomie californienne ; elle est une brillante doctorante en psychologie sociale à Berkeley. Deux «winners»… mais voilà que ce mariage imminent devient soudain un problème. Violet, rejetée par l’université dont elle rêvait, se rabat sur celle d’Ann Arbor, dans le Michigan. Tom se sacrifie pour la suivre, pensant que la «noce parfaite» peut attendre quelques mois. Puis d’autres obstacles, inattendus, se profilent, s’enchaînent. Le couple diffère, hésite, tergiverse… les mois passent, puis les années. Promesses en cascade, toujours remises en question… Cinq ans de réflexion…
Drôle mais balourde, amusante mais beaucoup trop longue pour que le charme continue d’opérer sur la durée, sérieusement handicapée par un problème de rythme, la comédie romantique 5 ans de réflexion avec Jason Segel et Emily Blunt ne passe pas loin de la réussite. Malheureusement, les questionnements de ce couple qui cherche à s’accomplir personnellement et professionnellement aux dépens de leur vie de couple et de leur projet de mariage finissent par lasser. De plus, à l’écran ce couple n’est pas toujours convaincant avec un Jason Segel en mode Marshall Erikssen (nounours tendre, paresseux et amusant) et une Emily Blunt aussi pétillante qu’agaçante. Côté second rôle en revanche, Chris Pratt (irrésistible Andy dans Parks & Recreation) s’en donne à coeur joie et Alison Brie n’est pas en reste. Un film sans punch assez peu mémorable, à quelques gags près.
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| FRIENDS WITH KIDS ** JENNIFER WESTFELDT | USA | 106 MIN | 1er AOÛT 2012 | ADAM SCOTT, JENNIFER WESTFELDT, CHRiS O’DOWD |
Julie et Jason, meilleurs amis depuis l’université, célibataires et vivant dans le même immeuble de Manhattan, chérissent leur indépendance. Malgré l’exemple chaotique donné par leurs amis devenus parents, ils décident de faire ensemble un enfant, de partager les responsabilités parentales, sans que chacun renonce à sa liberté sentimentale. La «transaction» acceptée, un bébé vient au monde, et tout semble fonctionner. Du moins jusqu’au jour où Jason fait la connaissance d’une danseuse. Se sentant larguée, Julie redouble d’ardeur dans sa recherche de l’âme sœur, qu’elle croit finalement avoir trouvée en la personne d’un séduisant divorcé. Bientôt, les bouleversements sentimentaux mettent en péril l’entente qui lie les deux amis…
Si Friends with Kids est en somme une romcom plutôt cousue de fil blanc dans son déroulement, elle s’avère suffisamment soignée, élégante dans sa réalisation (cadrages, photographie, montage, ellipses) et dans son écriture pour que le spectateur suive l’histoire de Julie, Jason et leurs amis avec un certain plaisir. L’humour est intelligent et bien senti. Les personnages sont drôles et attachants porté par un casting impeccable. Une alchimie évidente se dégage entre les couples et dans le groupe d’amis, rendant le traitement encore plus naturel et réaliste – donc plus plaisant. La première demie-heure est savoureuse, les situations drôles et tendres s’enchaînant pour notre plus grande satisfaction. Le point culminant du film sera ce dîner dans le chalet – avec une déclaration détournée d’une beauté remarquable – tandis que les cinq dernières minutes seront elles plus maladroites malgré la bonne volonté évidente de la réalisatrice/actrice/scénariste Jennifer Westfeldt de réussir son final. Une romcom de qualité qui ne cherche en rien à se prendre pour ce qu’elle n’est pas et ça fait du bien.
29
[critique] GUILTY OF ROMANCE
| SION SONO | JAPON | 112 MIN | 25 JUILLET 2012 | MEGUMI KAGURAZAKA, MIZI MIZUNO, MAKOTO TOGASHI |
Izumi est mariée à un célèbre romancier romantique mais leur vie semble n’être qu’une simple répétition sans romance. Un jour, elle décide de suivre ses désirs et accepte de poser nue et de mimer une relation sexuelle devant la caméra. Bientôt, elle rencontre un mentor et commence à vendre son corps à des étrangers, mais chez elle, elle reste la femme qu’elle est censée être. Un jour, le corps d’une personne assassinée est retrouvé dans le quartier des « love hôtels ». La police essaie de comprendre ce qui s’est passé.
Sorti le 25 Juillet sur les écrans français, Guilty of Romance est un exercice de style fantaisiste et expérimental à mi-chemin entre le polar et porno kitsch. Si le cinéaste nippon (ni-mauvais) réussit à accrocher le spectateur dans les vingt premières minutes ainsi qu’autour de l’intrigue du meurtre et de la brève enquête policière, la majeure partie du film (suivant la décadence d’une desperate housewife complètement soumise à écrivain de mari mais vite rattrapée par ses pulsions) est beaucoup plus confuse et brouillonne. Si elle n’est pas dénuée d’intérêt – ça partait plutôt bien – on regrette que Sion Sono ne privilégie beaucoup plus la forme que le fond, déconstruisant inutilement sa narration pour masquer l’incroyable banalité (et prévisibilité) de son récit, abusant d’une musique classique éreintante et de couleurs saturées pour créer son ambiance. Quant à la palette de jeu des acteurs, assez réduite, elle paraît bien trop stéréotypée pour faire naître l’empathie du spectateur (les seconds rôles sont tous assez catastrophiques). Au final, au lieu de fasciner, ce Guilty of Romance visuellement assez cheap agace et déçoit par la pauvreté de son propos malgré les efforts de la généreuse Megumi Kagurazaka qui se donne corps et âme.
Sion Sono signe donc avec Guilty of Romance un semi-polar un brin hystérique et occasionnellement drôle qui mélange psychologie au rabais, tirades pseudo-poétiques et enquête policière secondaire. Les japonais, bien meilleurs pour faire peur que pour explorer les profondeurs de la psyché humaine, ont trop la fâcheuse tendance à tomber dans une orgie de déviances malsaines comme expiatoire foutraque des tabous de leur société. Un grand n’importe quoi tué par ses excès et sa prétention signé par un auteur qui passe malheureusement à côté de son sujet.
| GUILTY OF ROMANCE ● |
9
[concours] GAGNEZ DES COFFRETS DE LA SÉRIE LIP SERVICE
| CRÉÉE PAR HARRIET BRAUN | 45 MIN | SORTIE DVD 6 JUIN 2012 | LAURA FRASER, RUTA GEDMINTAS |
Le quotidien d’un groupe de lesbiennes à Glasgow. Alors qu’elle mène une nouvelle vie depuis deux ans en tant que photographe à New York, Frankie rentre à Glasgow suite au décès de sa tante. Elle y retrouve ses amis et son ex, Cat, qui ne lui a pas pardonné son départ brutal.
A l’occasion de la sortie en DVD de la première saison de LIP SERVICE ce 6 Juin 2012, Le K et Le Bleu du Miroir s’associent pour vous offrir une chance de remporter des coffrets DVD de la série britannique. Pour participer au tirage au sort, envoyez par mail votre réponse à la question et vos coordonnées postales. Les dix gagnants seront tirés au sort parmi les bonnes réponses. La question est la suivante :
Dans quel pays se déroule Lip Service ?
Attention, vous avez jusqu’au 23 Juin 2012 à 23h59 pour participer : contact.lebleudumiroir@gmail.com. Le distributeur se chargera de vous faire parvenir votre gain après tirage au sort.
—————————————————————————
Tirage au sort effectué. Liste des gagnants sur la Page Facebook du site.
Augmentez vos chances en devenant fan du site sur Facebook.
SORTIE DU COFFRET DVD LE 6 JUIN 2012
4
[critique] AMERICAN PIE 4
| JOHN HURWITZ & HAYDEN SCHLOSSBERG | USA | 114 MIN | 2 MAI 2012 | JASON BIGGS, ALYSON HANNIGAN, MENA SUVARI |
Comme le temps passe… Souvenez-vous de cette année 1999 où quatre lycéens d’une petite ville du Michigan décidèrent d’en finir avec… leur virginité. Quête héroïque, burlesque, inoubliable… Une décennie plus tard, Jim (Jason Biggs) et Michelle (Alyson Hannigan) sont mariés, Kevin (Thomas Ian Nicholson) et Vicky (Tara Reid) sont séparés, Oz (Chris Klein) et Heather (Mena Suvari) se sont éloignés à contrecœur, tandis que Finch (Eddie Kaye Thomas) soupire encore après… l’extravagante mère de Stifler (Jennifer Coolidge). Quant à Stifler (Seann William Scott), rien ne le changera jamais. Amis d’hier, amis de toujours, ces jeunes hommes attendaient depuis longtemps de pouvoir se réunir le temps d’un week-end pour se remémorer leurs exploits d’antan et y puiser de nouvelles inspirations. Que la fête commence, l’heure du checkup hormonal a sonné…
Plus de dix ans après le dernier véritable opus (la saga a eu entre temps des suites parallèles sorties directement en DVD), American Pie 4 reprend absolument tous les ingrédients de la recette qui a fait son succès : tous les personnages originaux sont de retour, ils n’ont quasiment pas mûri – malgré ce qu’ils prétendent ou ce qu’on essaie de nous faire croire – et sont toujours aussi obsédés par le sexe. Comme on pouvait s’y attendre, ils retournent faire la fiesta et croisent sur leur chemin quelques chicks aux mœurs légères. L’humour potache et scato est toujours omniprésent et on retrouve en bonus la traditionnelle scène de nudité dans la cuisine. Un vrai copier-coller.
Que dire de cet ultime (?) épisode si ce n’est que la date limite de consommation est dépassée depuis un moment ? Le format est périmé et les gags dégueulasses et prévisibles – ce qui ferait presque passer la bande à Apatow pour des génies –, la musique n’a pas changé – j’ai crû un instant entendre un hit des Sum 41 – et le casting a pris un sacré coup de vieux. En effet, à l’exception de Mena Suvari qui cache ses premières rides derrière sa frange trop longue, les actrices ont bien du mal à paraître encore jeunes derrière leurs kilos en trop et leurs peaux toutes tirées, tandis que les acteurs eux se sont bien empâtés.
Mais ce qui est surtout le gros point faible de ce film de retrouvailles forcées, c’est que personne ne semble y croire (hormis Seann William Scott qui semble n’avoir attendu que ça depuis douze ans, à l’image de son personnage). Chacun est simplement venu prendre son chèque et on nous sert un scénario décousu qui accumule les scènes juxtaposées les unes aux autres pour répondre au cahier des charges et essayer de nous intéresser aux questionnements de ses personnages. Mais on côtoie le degré zéro de la psychologie et de la subtilité – oui, on n’est pas sensé en chercher dans American Pie, je suis au courant – si bien que lorsqu’on nous sert des rapprochements ou des doutes injustifiés et des tirades réchauffées que n’importe qui aurait été capable d’écrire – la palme revient aux superbes dialogues lors du bal de retrouvailles – on ne peut s’empêcher de lever les yeux aux ciels au lieu de se marrer une bonne fois. Même l’apparition de Neil Patrick Harris (aka Barney Stinson) n’y changera rien : même pas un petit « Daddy’s home » qui aurait pourtant été de circonstance…
American Pie : Reunion, une tarte américaine périmée et sans saveur : rien n’a évolué depuis quinze ans, ni l’humour, ni l’écriture, ni l’interprétation de son casting ou la psychologie de ses personnages. Quand à la mise en scène, c’est encore plus regrettable : se mettre à deux pour pondre une comédie aussi prévisible et obsolète, c’est quand même une sacrée perte de temps, d’argent et d’énergie – même si on se demande s’ils en ont vraiment beaucoup dépensé. Vous l’aurez compris, je ne vous encourage pas à aller vous aussi perdre votre temps devant cette daube (ils se sont mis à deux pour la pondre!) et afin d’économiser le déplacement et les 9€50 du ticket à ceux qui voulaient voir du téton, je vous laisse avec un petit cadeau sur lequel les obsédés d’ASBAF ne cracheront pas.
| AMERICAN PIE 4 ○ |
24
[critique] 30 BEATS
| ALEXIS LLOYD | USA | 88 MIN | 21 MARS 2012 | LEE PACE, VAHINA GIOCANTE, PAZ DE LA HUERTA |
New York, en plein été : une vague de chaleur transforme la ville en zone tropicale. Dix personnages sont tour à tour entraînés dans une ronde des amours où chacun se retrouve pris dans une chaîne de séductions, de sentiments et de désirs à fleur de peau.
Film choral se déroulant à New-York, 30 Beats est le premier long-métrage d’Alexis Lloyd. Malheureusement sa ronde érotique tourne à vide, sautant d’une histoire à l’autre, sans que jamais l’intérêt ou l’empathie ne pointe le bout de son nez. Effort louable mais vain de raconter comment le désir peut se créer entre deux êtres lors d’une période estivale propice aux rencontres et aux ébats. Car paradoxalement son œuvre ne dégage aucune sensualité. Nos sens ne sont absolument pas stimulés, malgré quelques efforts de montage et une bande-son jazzy typiquement new-yorkaise. La conclusion marquant les prémices d’une histoire d’amour(ette) ne parvient même pas à produire son effet, la faute à un personnage féminin plus agaçant qu’intrigant – à l’image de cette galerie de protagonistes tous plus maniérés et énervants les uns que les autres. Seule l’apparition Vahina Giocante apporte un peu d’aura à 30 Beats mais l’effet s’estompe aussi rapidement qu’un TicTac fond sur la langue.
| 30 BEATS ○ |
6
[critique] ELLES
| MALGORZATA SZUMOWSKA | FRA/POL | 96 MIN | 1 FÉVRIER 2012 | JULIETTE BINOCHE, ANAIS DEMOUSTIER, JOHANNA KULIG |
Anne, journaliste dans un grand magazine féminin enquête sur la prostitution estudiantine. Alicja et Charlotte, étudiantes à Paris, se confient à elle sans tabou ni pudeur. Ces confessions vont trouver chez Anne un écho inattendu. Et c’est toute sa vie qui va en être bouleversée.
La prostitution des jeunes femmes est un sujet de plus en plus courant dans l’actualité et au cinéma. Néanmoins, le traitement qui lui est accordé est souvent bien trop simpliste, consensuel ou racoleur. Sleeping Beauty avait été un remarquable échec, malgré ses bonnes intentions, la sauce ne prenait jamais et le métrage australien laissait de marbre autant qu’il ennuyait.
Elles est également le premier film d’une jeune femme souhaitant aborder ce sujet délicat. Malheureusement, celle-ci commet des erreurs comparables, cherchant tellement à soigner la forme qu’elle en néglige véritablement le fond. Il semblerait qu’elle n’ait au final pas grand chose à raconter et espérait, en s’appuyant sur un sujet embarrassant, provoquer l’émoi et le malaise chez son spectateur. Le problème est qu’on ne s’attache jamais aux personnages : ni à cette mère de famille et épouse négligée qui traverse une pseudo crise existentielle dont on ne comprend pas vraiment les tenants et aboutissants, ni à ces deux jeunes femmes se prostituant pour des raisons assez floues. Ce n’est pas faute d’essayer pourtant : Juliette Binoche et Anaïs Demoustier sont comme souvent très convaincantes, tout comme Johanna Kulig – déjà vue dans La Femme du 5e. Dommage que leurs rôles ne soient pas à la hauteur.
Malgré une volonté évidente de bien faire (réalisation élégante) et un trio d’actrices impliqué, ce premier long-métrage n’a jamais la force qu’il souhaite se donner, la faute à un traitement simpliste. Sur le même sujet, préférez le très bon Mes chères études avec Déborah François, bien plus crédible, réussi et dérangeant.
| ELLES ● |
28
[critique] ECHANGE STANDARD

| DAVID DOBKIN | USA | 112 MIN | 28 DÉCEMBRE 2011 | JASON BATEMAN, RYAN REYNOLDS, OLIVIA WILDE |
A l’école primaire, Mitch et Dave étaient deux copains inséparables. Mais au fil des années, leurs chemins se sont petit à petit éloignés. Dave est maintenant un brillant avocat, dévoué à son travail, à sa femme et à leurs trois enfants, alors que Mitch est toujours célibataire, tourne sporadiquement dans des films minables et fuit la moindre responsabilité comme la peste. Pour Mitch, la vie de Dave est un rêve : il a une femme délicieuse, des enfants qui l’adorent et gagne grassement sa vie. Quant à Dave, la vie de Mitch, dénuée d’obligations et de stress, le tenterait volontiers. À l’issue d’une nuit passablement arrosée, l’impossible va se produire : Dave se réveille dans la peau de Mitch, et vice-versa.
Un article pour cette production méprisable semble être une perte de temps (équivalente aux 110 minutes que dure Echange Standard) mais parce que la « réalisation » de David Dobkin atteint des sommets de médiocrité, afin de préserver ma santé mentale, mon médecin m’a prescrit la rédaction de ce billet révolté. Car oui, Echange Standard est dangereux pour la santé. Vous êtes stressés ? Votre femme vous épuise avec ses complaintes incessantes ? Votre belle-mère accumule autant les pincements de lèvres que la cellulite sur ses hanches ? Fumez comme un pompier, sniffez de la colle, frappez le caniche de la voisine. Tout sera préférable au visionnage de cet innommable immondice.
Echange Standard réussit l’immense exploit de faire passer le navrant Very Bad Trip pour un chef d’oeuvre du septième art. Prenez deux acteurs médiocres forçant sur la grimace, un pitch con comme le monde tout droit sorti d’un téléfilm Disney avec Lindsey Lohan, ajouter généreusement plusieurs louches désespérantes de potacherie et de scatologie, veillez à régulièrement intégrer les mots « fuck » « pussy » « ass » ou « penis » toutes les trente secondes* avec plusieurs cuillerées de boobs ultra-siliconés. Servez tel quel. Vous obtiendrez la daube la plus consternante de l’année 2011 qui pourrait être responsable d’une crise de foie encore plus sévère que toutes les saletés que vous aurez englouties lors de vos repas de fêtes. Depuis l’incompréhensible succès du film de Todd Philips, les séquelles sont là et irréversibles. Les producteurs donnent carte blanche aux escrocs Scott Moore et Jon Lucas, dépensent sans vergogne leurs millions de dollars dans des « comédies » paresseuses et ignobles qui ont apparemment de beaux jours devant eux avec leurs situations toujours plus saugrenues où l’obscénité et la vulgarité sont reines. Même ce cher Michael Youn est capable d’être plus subtil, c’est dire si Echange Standard touche le fond. Difficile de s’en remettre.
* liste non exhaustive
The Tourist et Rien à déclarer faisaient figure de grands favoris pour décrocher la palme du film le plus consternant de l’année 2011. Mais c’est sur le fil qu’ils se sont fait dérober cette glorieuse récompense par un film d’une grossièreté incomparable et d’une prévisibilité déplorable.
| ECHANGE STANDARD ○ |
25
[critique] SHAME
| STEVE McQUEEN | USA-UK | 99 MIN | 7 DÉCEMBRE 2011 | MICHAEL FASSBENDER, CAREY MULLIGAN |
Brandon est un trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Son quotidien est dévoré par une seule obsession : le sexe. Quand sa soeur Sissy, chanteuse un peu paumée, arrive sans prévenir à New-York pour s’installer dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie.
Contrairement à la critique et à de nombreux blogueurs, je n’avais pas été spécialement emballé par Hunger que je trouvais un peu trop froid et lent pour maintenir l’intérêt pendant plus d’une heure quarante. C’est donc avec un mélange d’appréhension et de curiosité que j’assiste à l’avant-première du dernier film de Steve McQueen (II), Shame, reparti de Venise avec des éloges et quelques récompenses.
La réputation était donc déjà très solide et la presse semblait quasi-unanime. Voilà une raison pour moi d’appréhender davantage, n’ayant été guère en accord avec les films plébiscités cette année. La « patte » de McQueen est reconnaissable dès les premiers instants. Mise en scène un peu figée, rythme lent, photo et couleurs assez froides et un Michael Fassbender filmé sous toutes les coutures. Rien de surprenant à ce niveau. Toutefois, ce qui avait – pour moi – été un gros handicap à son film précédent devient ici presque un atout.
On découvre progressivement la vacuité de l’existence de Brandon (Fassbender), qui semble seul et impassible dans l’immensité de New-York. Son luxueux et spacieux appartement manque de vie, de présence. Pour tuer l’ennui et probablement se sentir vivant, il accumule les coups d’un soir et les plaisirs onanistes, voit défiler les prostituées et stocke chez lui une quantité de pornos assez vertigineuse. Shame. Cet homme-là ne sait comment exister.
L’arrivée de sa soeur, devenue sdf depuis qu’elle s’est fait plaquée comme une mal-propre, va être l’évènement perturbateur et l’élément catalyseur d’une réalité qu’il renie de tout son corps. McQueen filme sans détour l’addiction de son personnage, campé par un Michael Fassbender ahurissant de justesse, secondé par une Carey Mulligan décidément dans tous les bons coups cinématographiques cette année. On sentira derrière l’impassibilité de Brandon une colère refoulée immense, une solitude déchirante et un rejet maladif d’une soeur paumée et auto-destructrice. Alors que cette dernière tentera désespérément de reconstruire leur lien fraternel et de s’aider en l’aidant, celui-ci ne se renfermera que davantage dans ses déviances compulsives.
Si cette exploration de l’isolement et de la dépendance souffre parfois de sa mise en scène trop statique, elle offre à Michael Fassbender un rôle extraordinaire dans lequel on sent le comédien terriblement investi corps et âme. Il est d’ailleurs fort probable qu’il figure parmi les nominés aux prochains Oscars au côté d’un certain Ryan Gosling, tant ces deux acteurs ont livré les performances les plus emblématiques cette année.
Introspectif et contemplatif, malsain et lancinant, Shame est le portrait intense et glaçant d’un homme seul face à ses blessures et ses vices, porté par un Michael Fassbender magistral.
| SHAME ●●●● |
16
[critique] SLEEPING BEAUTY °
Voilà un film qui a beaucoup fait parler de lui ces dernières semaines. Pas pour la qualité de celui-ci mais pour l’interdiction aux moins de 16 ans dont il a été l’objet. Motif : incitation à la prostitution. Voilà une justification bien mollassonne et surtout peu pertinente. Autant censurer Pretty Woman tant qu’on y est. Dans ce film Julia (Roberts) campait une prostituée bien dans sa peau rencontrant le prince charmant plein aux as. Dans Sleeping Beauty, Julia (Leigh) suit la jeune Lucy qui n’arrive pas à boucler les fins de mois et décide finalement de s’offrir à des hommes sous certaines conditions.
Mais il n’y a absolument rien d’incitant dans ce film qui pourrait justifier le motif d’interdiction du conseil de visionnage. On pourrait presque suspecter ses membres d’avoir – comme nous – énormément somnolé devant ce bien décevant métrage si bien qu’après la séance ils ne se souvenaient plus que du synopsis. Le film tourne en rond pendant une centaine de minutes, sans jamais prendre la moindre ampleur la faute à une mise en scène froide et figée, ainsi qu’à un scénario aussi étoffé que la garde-robe de son héroïne. Les acteurs font ce qu’ils peuvent, à commencer par Emily Browning, presque obligée de tomber la culotte pour essayer de réveiller les spectateurs à moitié assoupis. Définitivement, Sleeping Beauty fait partie de ces films arty qui se regardent le nombril, qui font beaucoup parler d’eux pour pas grand chose (genre l’Apollonide…) et qui n’a absolument rien à dire. Que de promesses non tenues.
Sleeping Beauty réussit l’exploit de rendre Eyes Wide Shut presque meilleur dans notre mémoire tellement ce premier film manque de tout : d’écriture, de mise en scène, de substance, d’inventivité, de personnalité. Terriblement plat sur la forme, terriblement vide sur le fond. Soporifique.
| JULIA LEIGH | AUSTRALIE | 101 MIN | 16 NOVEMBRE 2011 | EMILY BROWNING, RACHAEL BLAKE |
29
[ciné] BRÈVES D’OCTOBRE 2011
Pour les films visionnés et non-chroniqués, voici une nouvelle section qui paraîtra chaque mois dans les derniers jours pour faire un bilan des films vus en salles. On commence donc avec les brèves d’octobre et un petit rattrapage de septembre.
La guerre est déclarée, Valérie Donzelli, 2011 




Un film plein de vitalité et d’optimisme malgré un sujet difficile. Si la mise en scène pêche parfois, créant un côté trop artificiel, c’est aisément compensé par le jeu de Donzelli et Elkaïm, plus vrais que nature (forcément!) et un couple véritablement touchant et admirable. Ce film mérite autant sa place aux Oscars pour représenter la France que The Artist, malgré l’affection que je lui porte.
Un Monstre à Paris, Eric Bergeron, 2011




Hormis deux séquences musicales inspirées, entraînantes et visuellement réussies, le film d’animation d’Eric Bergeron ne tient pas la longueur, la faute à un scénario pas du tout à la hauteur. Il devrait néanmoins ravir les plus petits, mais les plus grands – à moins d’être fan de -M- ou Vanessa Paradis – devraient généralement trouver le temps long.
The Thing, Matthijs van Heijningen, 2011 




Un remake-préquel peu enthousiasmant malgré une première demie-heure prenante et une Mary-Elizabeth Winstead plutôt bonne dans le rôle principal. J’aurais dû privilégier le visionnage de l’original de Carpenter.
L’apollonide, Bertrand Bonello, 2011 




Redondant et plutôt vide, ce film a pourtant la côte chez les critiques français. Décidément cette année, on a le cocorico facile et on décrète chaque semaine qu’un film est le film de l’année. Pour La guerre est déclarée, on peut encore comprendre l’engouement chauvin. Pour ce clip racoleur et vain en revanche, c’est plus difficile à expliquer. Il se conclue même sur une énorme faute de goût grotesque (les larmes de…) typiquement intello français. Bref, j’en retiens un ennui immense pour moi devant ce film glauque-branché à la mise en scène molle du genou.
Le bleu du miroir
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