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(critique) L’ECUME DES JOURS
| MICHEL GONDRY | COMEDIE DRAMATIQUE | FRA | 125 MIN | 24 AVR 2013 | ROMAIN DURIS, AUDREY TAUTOU |
L’HISTOIRE SURRÉELLE ET POÉTIQUE D’UN JEUNE HOMME IDÉALISTE ET INVENTIF, COLIN, QUI RENCONTRE CHLOÉ, UNE JEUNE FEMME SEMBLANT ÊTRE L’INCARNATION D’UN BLUES DE DUKE ELLINGTON. LEUR MARIAGE IDYLLIQUE TOURNE À L’AMERTUME QUAND CHLOÉ TOMBE MALADE D’UN NÉNUPHAR QUI GRANDIT DANS SON POUMON. POUR PAYER SES SOINS, DANS UN PARIS FANTASMATIQUE, COLIN DOIT TRAVAILLER DANS DES CONDITIONS DE PLUS EN PLUS ABSURDES, PENDANT QU’AUTOUR D’EUX LEUR APPARTEMENT SE DÉGRADE ET QUE LEUR GROUPE D’AMIS, DONT LE TALENTUEUX NICOLAS, ET CHICK, FANATIQUE DU PHILOSOPHE JEAN-SOL PARTRE, SE DÉLITE. Me voilà embarqué dans cette salle obscure, prêt à voir en images ce roman de Boris Vian que je n’avais pas vraiment aimé – qui m’a jeté cette chaussure ? Sceptique, mais rapidement envoûté, je me laisse prendre au jeu et reste imprégné dans le film tout du long, sans jamais voir le temps passer. J’ose le dire, j’ai davantage apprécié le film que le livre – ça suffit les chaussures ! On sent la volonté de Michel Gondry de retranscrire l’atmosphère jazzy et absurde du livre, tout en y ajoutant sa propre vision et son excentricité. Comme toute adaptation, des changements ont été effectués et des scènes changées, mais tous ces bouleversements ne trahissent en rien l’histoire et offrent même un supplément de comique et d’absurde. Le choix de Gondry d’utiliser des effets mécaniques au lieu d’effets numériques se justifie parfaitement quand on voit le résultat avec cet univers fantasque, où le jazz est omniprésent. Les couleurs participent à l’ambiance, se métamorphosant au fur et à mesure que le récit avance, très coloré au départ pour finir dans le noir et blanc. Le choix le plus surprenant fut celui du casting. Moi qui ne porte pas Audrey Tautou et Gad Elmaleh dans mon cœur, je dois avouer que je les ai trouvé bons dans leur rôles. Le reste du casting (à commencer par l’excellent Romain Duris) a réussi à donner plus de profondeur aux personnages que dans le livre. Au final, cette adaptation du livre culte de Vian est une véritable réussite, même si elle risque de ne pas combler les amoureux de l’œuvre, ce qui ne sera pas le cas des fans de Gondry. - Critique proposée par Thom Left
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[critique] NOUS YORK
| G. NAKACHE & HERVE MIMRAN | FRANCE | 98 MIN | 7 NOVEMBRE 2012 | GERALDINE NAKACHE, MANU PAYET, LEILA BEKHTI |
Michaël, Nabil et Sylvain, trois trentenaires de Nanterre, débarquent à New York par surprise à l’occasion de l’anniversaire de Samia, leur amie d’enfance. C’est Gabrielle, elle aussi une amie de toujours qui a tout organisé. Les deux copines ont quitté leur cité depuis deux ans pour tenter leurs chances aux États-Unis. Samia est l’assistante personnelle d’une célèbre comédienne avec qui elle partage un sublime appartement. Gabrielle, quant à elle, travaille dans une maison de retraite où elle a lié une relation tendre avec Mme Hazan, une Française placée ici par ses enfants.
Après le succès public et critique de Tout ce qui brille qui avait consacré Leila Bekhti avec le César de meilleur espoir féminin, Géraldine Nakache fait son retour derrière la caméra (tout en restant présente devant) avec une nouvelle comédie sur l’amitié et la jeunesse désenchantée. Fausse suite de son précédent métrage, Nous York se laisse suivre assez agréablement malgré un propos et un traitement pas spécialement novateurs. Le scénario est plutôt léger – au sens propre comme au figuré – malgré quelques incartades dramatiques. La mise en scène est plutôt soignée, propre mais lisse, ne permettant jamais vraiment au film de s’envoler. Dans Nous York, il ne faudra donc pas chercher du côté de la poésie ou de l’émotion mais plutôt de l’humour. La plume d’Isabelle Querrioux n’est pas déplaisante même si on sent une certaine paresse et que celle-ci se repose essentiellement sur le jeu de ses acteurs et leur potentiel comique : il faut dire qu’avec Manu Payet et Baptiste Lecaplain on est plutôt bien servis. N’oublions également pas les sarcasmes de Géraldine Nakache – qui s’est gardé le rôle le plus approfondi, si je puis dire – ou encore les vacheries de la sympathique Marthe Villalonga. Si vous ajoutez à cela le charme inévitable de Leila Bekhti – dont la présence à l’écran est plus réduite que les autres – vous obtenez un cocktail rafraîchissant.
Que dire donc de Nous York ? Le voyage est sympathique, les touristes ne sont pas désagréables et quand arrive le moment du départ on se prend à chantonner le célèbre tube de Telephone – ou celui de Frank Sinatra selon vos goûts – avec l’envie de croquer dans la grande pomme. Une comédie amusante sans être mémorable. L’indulgence est de mise mais il faudra approfondir davantage la prochaine fois.
| NOUS YORK ●/●● |
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[critiques] DEUX ROMCOMS D’AOÛT : 5 ANS DE RÉFLEXION, FRIENDS WITH KIDS
| 5 ANS DE RÉFLEXION * NICHOLAS STOLLER | USA | 125 MIN | 1er AOÛT 2012 | JASON SEGEL, EMILY BLUNT, CHRIS PRATT |
De l’avis général, Tom et Violet sont faits l’un pour l’autre et pourraient constituer le couple marié idéal. Lui, star de la haute cuisine de San Francisco, est prêt à rejoindre le gotha de la gastronomie californienne ; elle est une brillante doctorante en psychologie sociale à Berkeley. Deux «winners»… mais voilà que ce mariage imminent devient soudain un problème. Violet, rejetée par l’université dont elle rêvait, se rabat sur celle d’Ann Arbor, dans le Michigan. Tom se sacrifie pour la suivre, pensant que la «noce parfaite» peut attendre quelques mois. Puis d’autres obstacles, inattendus, se profilent, s’enchaînent. Le couple diffère, hésite, tergiverse… les mois passent, puis les années. Promesses en cascade, toujours remises en question… Cinq ans de réflexion…
Drôle mais balourde, amusante mais beaucoup trop longue pour que le charme continue d’opérer sur la durée, sérieusement handicapée par un problème de rythme, la comédie romantique 5 ans de réflexion avec Jason Segel et Emily Blunt ne passe pas loin de la réussite. Malheureusement, les questionnements de ce couple qui cherche à s’accomplir personnellement et professionnellement aux dépens de leur vie de couple et de leur projet de mariage finissent par lasser. De plus, à l’écran ce couple n’est pas toujours convaincant avec un Jason Segel en mode Marshall Erikssen (nounours tendre, paresseux et amusant) et une Emily Blunt aussi pétillante qu’agaçante. Côté second rôle en revanche, Chris Pratt (irrésistible Andy dans Parks & Recreation) s’en donne à coeur joie et Alison Brie n’est pas en reste. Un film sans punch assez peu mémorable, à quelques gags près.
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| FRIENDS WITH KIDS ** JENNIFER WESTFELDT | USA | 106 MIN | 1er AOÛT 2012 | ADAM SCOTT, JENNIFER WESTFELDT, CHRiS O’DOWD |
Julie et Jason, meilleurs amis depuis l’université, célibataires et vivant dans le même immeuble de Manhattan, chérissent leur indépendance. Malgré l’exemple chaotique donné par leurs amis devenus parents, ils décident de faire ensemble un enfant, de partager les responsabilités parentales, sans que chacun renonce à sa liberté sentimentale. La «transaction» acceptée, un bébé vient au monde, et tout semble fonctionner. Du moins jusqu’au jour où Jason fait la connaissance d’une danseuse. Se sentant larguée, Julie redouble d’ardeur dans sa recherche de l’âme sœur, qu’elle croit finalement avoir trouvée en la personne d’un séduisant divorcé. Bientôt, les bouleversements sentimentaux mettent en péril l’entente qui lie les deux amis…
Si Friends with Kids est en somme une romcom plutôt cousue de fil blanc dans son déroulement, elle s’avère suffisamment soignée, élégante dans sa réalisation (cadrages, photographie, montage, ellipses) et dans son écriture pour que le spectateur suive l’histoire de Julie, Jason et leurs amis avec un certain plaisir. L’humour est intelligent et bien senti. Les personnages sont drôles et attachants porté par un casting impeccable. Une alchimie évidente se dégage entre les couples et dans le groupe d’amis, rendant le traitement encore plus naturel et réaliste – donc plus plaisant. La première demie-heure est savoureuse, les situations drôles et tendres s’enchaînant pour notre plus grande satisfaction. Le point culminant du film sera ce dîner dans le chalet – avec une déclaration détournée d’une beauté remarquable – tandis que les cinq dernières minutes seront elles plus maladroites malgré la bonne volonté évidente de la réalisatrice/actrice/scénariste Jennifer Westfeldt de réussir son final. Une romcom de qualité qui ne cherche en rien à se prendre pour ce qu’elle n’est pas et ça fait du bien.
6
[critique] TO ROME WITH LOVE
| WOODY ALLEN | ITA/USA | 111 MIN | 4 JUILLET 2012 | JESSE EISENBERG, ALISON PILL, ELLEN PAGE, ALEC BALDWIN |
To Rome with Love nous fait partir à la découverte de la ville éternelle à travers différentes histoires de personnages, de simples résidents ou de visiteurs pour l’été, mêlant romances, aventures et quiproquos.
Depuis quelques années, je n’attends plus rien d’un réalisateur qui jadis faisait preuve de culot, de dérision et de décalage. Les dernières œuvres de Papy Woody avaient été plutôt décevantes (Whatever Works, Vous allez rencontrer…, Le rêve de Cassandre, etc) et même Midnight in Paris pouvait laisser un amer sentiment de réchauffé entre le pastiche et la carte postale. On sent que le cinéaste ne fait plus beaucoup d’efforts pour se renouveler : du Allen en roue libre. Ce périple romain avait de quoi inquiéter mais au final il s’est avéré être un divertissement plutôt rafraîchissant et sympathique.
Se déroulant dans la capitale italienne (merci l’Office du Tourisme), cette bluette romantico-touristique suit différents protagonistes tous empêtrés dans des histoires un peu farfelues dont Woody a le secret. Un peu téléphoné et paresseux, cette comédie reste néanmoins cocasse et amusante – ce qui est après tout l’ambition du film. Le casting, à nouveau éclectique (comme lors de ses escapades barcelonaises et parisiennes), se laisse emporter par la folie communicative de son metteur en scène (qui revient un peu à l’écran sans toutefois se réinventer) et ses histoires irrésistiblement absurdes. Jesse Eisenberg fait figure d’alter-égo du cinéaste et reprend le flambeau laissé vacant par Larry David et Owen Wilson, Ellen Page succède à Scarlett Johansson, Alison Pill est impeccable en fille de papa-Woody et enfin Alec Baldwin s’interpose en observateur-commentateur pour le plus grand plaisir du spectateur. Le casting italiano-espagnol est haut en couleurs (Penelope Cruz en prostituée, Roberto Begnini en monsieur Toutlemonde, la délicieuse Alessandra Mastronardi en épouse candide, Ricardo Scamarcio en cambrioleur serviable…) apporte la folie latine nécessaire pour immerger complètement. On regrettera toutefois que l’ensemble ne reste assez désinvolte et ainsi plutôt brouillon, les histoires ne s’entrecroisant jamais et se contentant d’être juxtaposées assez grossièrement. Une mécanique classique pour le cinéaste new-yorkais.
To Rome with Love est un Woody paresseux mais cocasse, délirant mais inégal, mais surtout aussi rafraîchissant qu’un bon thé glacé idéal en ce début d’été.
| TO ROME WITH LOVE ●● |
16
[critique] THE VOW – JE TE PROMETS
| MICHAEL SUCSY | 104 MIN | 16 MAI 2012 | RACHEL McADAMS, CHANNING TATUM, SAM NEILL |
Paige et Leo étaient un jeune couple heureux, jusqu’à l’accident… Si Leo s’en sort indemne, Paige se réveille de son coma en ayant tout oublié des cinq dernières années de sa vie. Elle n’a plus aucun souvenir de Leo ni de ce qu’ils ont vécu. Son mari est un inconnu… Paige découvre une vie dont elle ignore tout – la sienne. Elle se croit encore fiancée à Jeremy, un homme d’affaires toujours amoureux d’elle, et a beaucoup de mal à accepter Leo et son style de vie bohème… Incapable d’aider sa femme à retrouver ses souvenirs, Leo va perdre la seule personne qui ait jamais compté pour lui. Prêt à tout, il décide de recommencer à zéro et de reconquérir Paige comme s’ils venaient juste de se rencontrer. Un grand amour peut-il naître deux fois ?
Affublé d’un titre qui ne ment pas sur la marchandise, Je te promets (The Vow) est une comédie romantique comme on en fait – beaucoup et qui ont souvent Sandra Bullock, Jennifer Aniston ou Meg Ryan comme tête d’affiche. Heureusement, ici c’est la craquante Rachel McAdams qui porte le flambeau (et non pas la chandelle). Plus de naturel, moins de bouclettes et de botox. Cela s’annonce mieux.
Mais les dix premières minutes me font craindre le pire. Les clichés font presque mal aux oreilles, le chapeau de paille de Channing Tatum fait lui véritablement mal aux yeux. Cela s’annonce mal.
Nos deux tourtereaux se kiffent et ça se voit – enfin, on nous l’impose car l’alchimie entre les deux acteurs ne saute pas immédiatement aux yeux. Malheureusement, monsieur Tatum a beaucoup de muscles mais il n’a probablement pas eu le temps de passer son code et son permis. Pendant qu’il bave sur sa chère et à tendre à un feu rouge, un gros camion débarque et là… c’est le drame. Cela s’annonce compliqué.
Heureusement, c’est avec cet accident dramatique que le film va enfin prendre un peu d’allure. Attention, je ne parle pas d’une allure renversante et épique – à la N’oublie jamais - ou d’une allure tonitruante et majestueuse – à la Moulin Rouge. Il s’agit bien d’une rom-com bien balisée qui ne cherche pas à être ce qu’elle n’est pas [oui, il s'agit là de ma plus belle phrase de l'année]. L’histoire se laisse plutôt suivre agréablement et, de façon surprenante, on se prend d’une certaine empathie envers ce gros bovin attentionné que campe Channing Tatum, bien embêté à reconquérir une Paige qui a tout oublié de leur histoire d’amour (quelle ingrate quand même). Le charme pétillant de la belle Rachel McAdams contraste avec l’inexpressivité handicapante de son partenaire masculin et reste un des atouts principaux de cette comédie calibrée pour faire chavirer les coeurs, hormis lorsqu’elle se teint les cheveux et s’habille comme une grognasse BCBG.
Programmé pour plaire aux romantiques, The Vow est un divertissement sentimental acceptable pour occuper une après-midi hivernal. Veillez toutefois à ne pas manger trop de chantilly au repas de midi, sous peine de nausées imminentes.
| THE VOW ● |
25
[critique] PERFECT SENSE
| DAVID MacKENZIE | UK | 92 MIN | 28 MARS 2012 | EWAN McGREGOR, EVA GREEN |
Au milieu d’un monde frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens, un cuisinier et une brillante chercheuse tombent amoureux…
Attendu de pied ferme depuis plus d’un an, Perfect Sense fait partie de ces petits films qui ne vous laissent pas indifférent. Son auteur, David MacKenzie, est capable d’aborder des sujets dérangeants comme l’inceste ou l’adultère – comme ce fut le cas dans Young Adam ou My Name is Hallam Foe- mais le résultat n’est pas toujours à la hauteur. Son dernier métrage, après avoir parcouru de nombreux festivals, sort en France ce mercredi et vaut vraiment le coup d’oeil.
Dans Perfect Sense il y a de belles choses, de vrais instants de poésie et de grâce. Mais il y a aussi certaines choses qui ne fonctionnent pas, comme cette romance entre deux personnages pas forcément très attachants. Pourtant l’alchimie fonctionne très bien entre deux interprètes impeccables : Ewan McGregor, comme toujours d’une justesse incroyable (même dans le pire des navets), et la sublime Eva Green qui peut vous tirer une larme ou un sourire d’un seul de ses regards azur.
La réalisation, elle, est d’un niveau aléatoire. Entre sa volonté d’innover (pourquoi cette steady-cam parkinsonnienne lors des premières minutes quand Ewan McGregor est à vélo ?) ou d’émouvoir (séquences dramatiques appuyées par des violons envahissants), le cinéaste britannique gâche l’ampleur et la superbe de son propos. Quant il revient à un cinéma moins maniéré et plus sincère, à des prises de vue plus classiques ou des plans soignés et esthétiques, il gagne en substance et en force poétique.
Il faut également souligner une ambition et un culot rares avec notamment ses nombreuses minutes de silence absolu, nous immergeant dans la sourdité dans laquelle sombre progressivement l’humanité. Le cinéaste s’arme de circonstance pour utiliser les techniques cinématographiques à sa disposition afin de restituer les pertes olfactives de ses protagonistes – comment traduire la perte du goût ou de l’odeur à l’écran ? Moins évident que l’ouïe ou la vue.
Si Steven Soderbergh n’avait pas craint de tomber dans l’anti-spectaculaire pour décrire de façon quasi-scientifique sa pandémie et son monde sombrant vers l’apocalypse dans Contagion, MacKenzie tente de nous faire vivre l’expérience de façon sensorielle dans son Perfect Sense. Un essai réussi (malgré quelques réserves) qui vaut vraiment le détour, même s’il n’évitera inévitablement pas la comparaison avec Blindness du brillant Fernando Meirelles.
| PERFECT SENSE ●●● |
30
[critique] RESTLESS *

Septembre a commencé par un gros coup de cœur : Drive. Il se termine par un gros coup de gueule [qui ne va pas plaire à tout le monde]. Gus Van Sant est vraiment un cinéaste qui me divise. Capable de bons petits films dans les années 90 (To Die For, Good Will Hunting, pour ne citer qu’eux), il avait pris un virage fortement déplaisant dans les années 2000 avec des films faussement-indés et faussement-contemplatifs (Elephant, Paranoid Park, pour ne citer qu’eux) pourtant mis sur un piédestal par bon nombre de bobos cinéphiles. Heureusement, le réalisateur semblait avoir terminé sa crise adolescente et décidé à refaire du cinéma. Il était temps et Milk vint comme un soulagement réjouissant. Mais aurais-je crié victoire trop tôt ? Tout porte à le croire.
Ce Restless est une grande déception : prévisible, cliché, froid et acidulé. GVS tente tant bien que mal d’apporter une certaine fantaisie à son film mais le charme n’opère pas. Tout semble artificiel et l’émotion ne vient jamais. Il a voulu faire un drama chic, il s’est visiblement planté. Et surtout, il revient à sa tendance « je filme avec les pieds, je me fiche de l’intensité de mon intrigue, du cadrage ou de la netteté de l’image car je fais de l’in-dé-pen-dant moi tu vois ». Quant aux acteurs, ils sont bien mignons mais l’interprétation laisse parfois à désirer. Hopper Junior a un certain charisme mais doit encore travailler quelques bases du métier. Quant à Mia-une-daube-un-bon-film Wasikowska, elle alterne le bon et le moins bon avec un sourire presque aussi agaçant que dans Alice in Wonderland made by Tim Burterdepp.
Un film à l’encéphalogramme aussi plat que son héroïne, dont la plus belle réussite serait certainement sa très belle affiche – très inspirée du Petit Prince.. Mais malheureusement pour faire émerger l’émotion, il est nécessaire d’aller au-delà du papier glacé et des bonnes intentions.
Gus s’était remis au cinoche avec Harvey Milk. Mais faire de vrais bons films nécessite un scénario et de la rigueur et/ou de l’investissement. Il décide donc de revenir à la glande adolescente avec Restless et sa mélancolie mielleuse et surfaite.
| GUS VAN SANT | USA | 95 MIN | 21 SEPTEMBRE 2011 | HENRY HOPPER, MIA WASIKOWSKA |
13
[critique] UN JOUR °
Après le réussi Une éducation, Lone Scherfig fait un grand pas en arrière avec cette comédie romantique fade, prévisible et tire-larmes. Tout ce qui fonctionnait dans son précédent film échoue ici lamentablement dans cette histoire répétitive qui nous laisse complètement de marbre (si l’on excepte le dernier quart d’heure). L’Oscar de la tête à claques revient à : Anne Hathaway avec ses vieilles binocles. Jim Sturgess grimé fait quant à lui concurrence à Radcliffe dans l’épilogue de HP7.
| LONE SCHERFIG | USA | 108 MIN | 24 AOUT 2011 | ANNE HATHAWAY, JIM STURGESS, PATRICIA CLARKSON |
8
[critique] MEDIANERAS ***

| GUSTAVO TARETTO | ARGENTINE | 95 MIN | 01 JUIN2011 | PILAR LOPEZ DE AYALA, INES EFRON |
L’histoire : Martin et Mariana vivent le désespoir de leur génération, seuls dans leur appartement. Entre ordinateur et espoirs déçus, ils s’enferrent dans la déprime et peinent à forcer leur destin. Leur vie n’est ainsi que fuites et tristesse, à l’image d’une Argentine que la crise n’épargna pas. Jusqu’au jour où leurs chemins vont se rencontrer.
Le film débute par une succession de plans de différents building de Buenos Aires, mettant en avant les incohérences de style architecturaux de cette ville surpeuplée. Martin, un web-designer névrosé qui ne met que rarement le pied dehors, habite dans une de ces résidences cubiques où les gens sont entassés les uns sur les autres comme on empilerait les boîtes à chaussures dans un placard. Dans le bâtiment adjacent vit Mariana, une jeune architecte frustrée qui doit se contenter de façonner les vitrines des grands magasins pour gagner sa vie, se remet difficilement de sa récente rupture et ne quitte que rarement son duplex à la déco plutôt moderne.
Dans Medianeras, Gustavo Taretto dissèque de façon savoureuse et ironique les rapports superficiels qui priment dans cette société aliénée par les modes de communication virtuels qui tendent davantage à isoler qu’à rapprocher les gens et dénonce le malaise existentiel que certains peuvent rencontrer : se sentir terriblement seul alors qu’on habite une mégalopole surpeuplée. Mais cette jolie comédie romantique, pleine de charmantes idées et trouvailles, reste bizarrement optimiste et légère jusqu’à un dénouement, aussi sympathique que l’ensemble du film, ponctué par un générique musical en guide d’ultime clin d’œil malicieux à l’égard de notre génération Youtube.
Premier film du réalisateur argentin Gustavo Taretto, Medianeras est une comédie geek et romantique savoureuse qui s’avère être pour l’instant la plus belle surprise de l’année. Un film qui rappelle parfois le cinéma de Klapisch, une oeuvre sociale et sentimentale qui ne manque pas de nous interroger avec pertinence et humour sur l’influence des technologies et de l’architecture urbaine sur les interactions humaines.
15
[critique] BLUE VALENTINE ***

Un couple tente de sauver son mariage après 6 ans de vie commune. Ils se souviennent l’un après l’autre de ces moments magiques comme pour tenter de les faire renaître mais ne font au contraire que mesurer la faille qui existe désormais entre eux et ce joyeux passé.
Toujours attendu de ce côté de l’atlantique, Blue Valentine de Derek Cianfrance est précédé d’une bonne réputation depuis le Festival de Cannes. On le cite souvent – à tort – comme le penchant indé et pessimiste de (500) days of Summer. Multi-nominé aux Golden Globes, il fut moins représenté aux Oscars – qui accumulent les choix illégitimes – mais a eu une carrière plus qu’honorable aux Etats-Unis, ayant conquis à la fois le public et la critique.
L’ayant patiemment attendu depuis plusieurs mois, sa sortie française ayant été plusieurs fois reportée, j’ai finalement craqué et ai contourné le problème pour pouvoir enfin visionner ce joli petit film réunissant l’irrésistible Ryan Gosling et l’actrice montante Michelle Williams. Blue Valentine combine plutôt astucieusement flash-backs et instants présents, moments de bonheur léger et scènes plus douloureuses, pour nous raconter la romance disloquée et déchirante de Dean et Cindy qui ne parviendront pas à sauver leur mariage malgré la bonne volonté de l’un comme de l’autre (enfin, surtout de l’un!).
Leur rencontre est aussi douce, touchante et charmante que leur rupture sera amère et difficile. La complicité et la symbiose des deux acteurs paraissent tellement naturelles qu’elles nous donnent quasiment l’impression d’assister à cette histoire qui se terminera dans un feu d’artifice – au sens propre et non figuré – amenant un générique final juste sublime dont on en ressort plutôt émerveillé, triste et nostalgique, bien qu’un peu frustré après avoir vu un film qui, débarrassé de quelques faiblesses scénaristiques ou de mise en scène, aurait pu être grandiose.
Blue Valentine, tragédie romantique et charnelle, où le spectateur ressent avec énormément d’empathie tant la légèreté du sentiment amoureux que la douleur déchirante et intime d’une histoire qui va dans le mur. Un film de cœurs brisés bouleversant, que le réalisateur réussit à rendre presque universel pour ce qui ressemble assez au pendant américain de Ça commence par la fin.
| DEREK CIANFRANCE | USA | 114 MIN | 15 JUIN 2011 | RYAN GOSLING, MICHELLE WILLIAMS |
16
[critique] GIGANTIC **
| MATT ASELTON | USA | 97 MIN | 6 JANVIER 2010 | PAUL DANO, ZOOEY DESCHANEL |
Brian Weathersby est un jeune homme ordinaire : célibataire, employé dans un magasin de literie. Enfant né tardivement, Brian ne se sent pas à la hauteur face à ses deux grands frères qui ont brillamment réussi, il n’en demeure pas moins le petit dernier chéri de toute la famille. En réalité, Brian n’aime pas sa vie et passe son temps à poursuivre son rêve d’enfance : adopter un bébé en Chine. Il fait un jour la rencontre de Al Lolly, personnage certes riche mais bourru venu acheter un lit, précisant qu’une personne viendra se charger de la livraison. C’est ainsi qu’il rencontre Harriet, fille de Al, venue s’occuper de la livraison, endormie sur le fameux lit.
Première réalisation pleine de tendresse et d’humour – assez décalé parfois mais franchement amusant - Gigantic réunit des personnages tous un peu marginaux et terriblement attachants (une première pour Paul-freaking-Dano). N’hésitez pas à aller voir ce film qui sort enfin en France début 2010, vous passerez un très bon moment de détente en compagnie de Paul Dano et de la craquante Zooey Deschanel. Un plaisir quasi-gigantic.
16
[critique] THE NOTEBOOK – N’OUBLIE JAMAIS
| NICK CASSAVETES | USA | 123 MIN | 8 SEPTEMBRE 2004 | RYAN GOSLING, RACHEL McADAMS |
La réputation fait parfois du bien (ou du mal) à un film, sans qu’on l’explique. The Notebook (pitoyablement et discrètement sorti en France sous le titre N’oublie jamais) est un film adapté du roman du même nom signé Nicholas Sparks. Nick Cassavetes, fils du fameux John, s’attaque donc à ce best-seller. À la lecture du synopsis ou en voyant les quelques affiches de promo, on peut rapidement craindre un énième film à l’eau de rose comme Hollywood sait si mal les faire. L’occasion de le voir s’était présenté plusieurs fois auparavant, et chaque fois, j’avais décliné l’invitation, à cause des aprioris énoncés plus haut. Malgré tout, l’histoire avait ce petit quelque chose qui me tentait. J’ai fini par me lancer, et je ne le regrette pas.
Un thème vieux comme le monde et des ficelles assez classiques… c’est assumé. Surtout, The Notebook se distingue des productions du genre, grâce à une certaine retenue, de beaux et riches dialogues, des acteurs remarquables - d’ailleurs, bien dirigés – et une réalisation toute en délicatesse. Rachel McAdams est formidable, tout comme Ryan Gosling qui me convainc davantage film après film.
On imaginait le pire, Nick Cassavetes surprend avec un certain talent, conservant le côté poignant et romanesque – certainement contenu dans le livre – pour nous raconter cette histoire d’amour à travers le temps capable de défier de nombreuses choses comme la distance, la mémoire qui défaille avec l’âge et la médecine elle-même. Ryan Gosling et Rachel McAdams y sont également pour beaucoup tellement le couple qu’ils forment et leur histoire sonnent vrais ( et quelle alchimie entre les deux acteurs ! ). Un film émouvant, avec seules quelques petites imperfections, qui s’imprime en nous plusieurs heures (jours?) après son visionnage.
| N’OUBLIE JAMAIS ●●●● |
Sorti discrètement en 2004 et souffrant d’une réputation plus que sévère chez certains cinéphiles, The Notebook est un pourtant film magnifique, humble et tout en retenu, qui m’a personnellement beaucoup ému (à ma plus grande surprise). Un des plus beaux films sur l’amour qu’il m’ait été donné de voir et que j’assume complètement d’avoir beaucoup apprécié.
Le bleu du miroir
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