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(critique) STOKER
| PARK CHAN WOOK | FANTASTIQUE, THRILLER | USA | 100 MIN | 1ER MAI 2013 | MIA WASIKOWSKA, NICOLE KIDMAN |
APRÈS LA MORT DE SON PÈRE DANS UN ÉTRANGE ACCIDENT DE VOITURE, INDIA, UNE ADOLESCENTE, VOIT UN ONCLE DONT ELLE IGNORAIT L’EXISTENCE, VENIR S’INSTALLER AVEC ELLE ET SA MÈRE. RAPIDEMENT, LA JEUNE FILLE SE MET À SOUPÇONNER L’HOMME D’AVOIR D’AUTRES MOTIVATIONS QUE CELLE DE LES AIDER. LA MÉFIANCE S’INSTALLE, MAIS L’ATTIRANCE AUSSI… Pour son premier métrage sur le sol américain, le talentueux cinéaste sud-coréen Park Chan Wook (Old Boy, Lady Vengeance) porte à l’écran un scénario de Wentworth Miller (oui on parle bien de l’acteur de Prison Break) qui attendait dans les cartons depuis 2010. Force est de constater que l’attente a été récompensée et que la collaboration a été un succès lorsque l’on découvre Stoker, projeté hier en exclusivité pour quelques privilégiés. En effet, dès les premières minutes, on constate que la patte du cinéaste est sublimée par une direction artistique remarquable. Tout est éclatant, soigné et travaillé : photographie somptueuse, mise en scène experte, cadrages exquis nous offrant d’innombrables plans dignes de grands tableaux, générique savamment élaboré d’une fluidité incroyable. Il ne faut que quelques secondes au spectateur pour comprendre qu’il va assister à cent minutes de plaisir cinématographique, un plaisir déviant empreint des douces folies d’un réalisateur qu’on ne présente plus – enfin, un réalisateur qu’on ne devrait plus avoir à présenter.
A l’écran, Mia Wasikowska est excellente. Sa présence captive, fascine et inquiète. Difficile de ne pas voir en elle une Mercredi Adams pré-adulte et farouche, à la sexualité naissante. Son personnage (India) est délicieusement ambigu et complexe. Celle-ci vit quelque peu déconnectée du monde, repliée dans ses pensées et ses fantasmes. Lorsque son oncle débarque après le décès brutal de son père, c’est un mélange de méfiance et d’attraction qui vont la pousser à essayer de percer le mystère de cet homme séduisant et intrigant, campé impeccablement par Matthew Goode (découvert dans le sublime A Single Man ou le savoureux Match Point). Pour former le dernier élément d’un trio malsain, le réalisateur a choisi la décrêpie Nicole Kidman, devenue désormais une parodie d’actrice avec son visage en décomposition, ses lèvres retouchées et sa superbe chevelure rousse – qui sied en revanche parfaitement à l’univers très coloré de Stoker. Il est difficile de parler de Stoker sans trop en dévoiler sur l’intrigue et, pour ne rien gâcher aux amateurs de Park Chan Wook, je ne peux que vous inviter à embarquer pour un voyage étrange, où Hitchcock viendrait s’insinuer dans les obsessions déviantes du cinéma sud-coréen. Un film plaisant, un long-métrage travaillé, une oeuvre fétichiste et esthétique, bourrée d’influences revendiquées, un conte de fées maléfique avec une marâtre dépressive et égoïste, un oncle trop gentil pour être honnête et une jeune et belle princesse en détresse qui cache bien son jeu. Rendez-vous en salles début Mai…
Clip promotionnel de Stoker – song by Emily Wells
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(critique) THE PLACE BEYOND THE PINES
| DEREK CIANFRANCE | DRAMA | USA | 140 MIN | 20 MARS 2013 | RYAN GOSLING, BRADLEY COOPER, EVA MENDES |
CASCADEUR À MOTO, LUKE EST RÉPUTÉ POUR SON SPECTACULAIRE NUMÉRO DU «GLOBE DE LA MORT». QUAND SON SPECTACLE ITINÉRANT REVIENT À SCHENECTADY, DANS L’ÉTAT DE NEW YORK, IL DÉCOUVRE QUE ROMINA, AVEC QUI IL AVAIT EU UNE AVENTURE, VIENT DE DONNER NAISSANCE À SON FILS… POUR SUBVENIR AUX BESOINS DE CEUX QUI SONT DÉSORMAIS SA FAMILLE, LUKE QUITTE LE SPECTACLE ET COMMET UNE SÉRIE DE BRAQUAGES. CHAQUE FOIS, SES TALENTS DE PILOTE HORS PAIR LUI PERMETTENT DE S’ÉCHAPPER. MAIS LUKE VA BIENTÔT CROISER LA ROUTE D’UN POLICIER AMBITIEUX, AVERY CROSS, DÉCIDÉ À S’ÉLEVER RAPIDEMENT DANS SA HIÉRARCHIE GANGRENÉE PAR LA CORRUPTION. QUINZE ANS PLUS TARD, LE FILS DE LUKE ET CELUI D’AVERY SE RETROUVENT FACE À FACE, HANTÉS PAR UN PASSÉ MYSTÉRIEUX DONT ILS SONT LOIN DE TOUT SAVOIR… Son premier film, Blue Valentine, était sorti de façon plutôt anonyme dans l’hexagone alors qu’il avait rencontré un certain succès public et critique aux Etats-Unis. Bien qu’inégal et inaboutti, le long métrage bénéficiait de très belles qualités et d’une portée dramatique vraiment intéressante. Ce drama romantique a vu naître une complicité cinématographique entre le cinéaste Derek Cianfrance et son acteur, Ryan Gosling. Ce mercredi sort la seconde collaboration des deux hommes. Souffre t’elle des mêmes symptômes que la première réalisation de Cianfrance ? La réponse à cette question est plutôt positive. En effet, si l’on retrouve à nouveau de très belles qualités (réalisation, mise en scène et direction artistique soignées), on regrette aussi certains défauts évidents qui empêchent l’adhésion totale.
The place beyond the pines est maladroitement coupé en deux, voire en trois, de façon bien trop évidente et gênante. Le problème ne semble pas venir du procédé (qui se défend) mais du manque d’ampleur des second et troisième segments. Si la première heure est vraiment prenante, axée sur le personnage d’un Ryan Gosling à la présence de nouveau magnétique et charismatique, la seconde heure est beaucoup plus poussive car manquant singulièrement de relief. Est-ce la faute du scénariste, du réalisateur ou de l’acteur campant le personnage du flic ? Les trois, à priori. Certes l’interprétation de Bradley Cooper n’aide pas à épaissir un personnage plutôt fade. Ceci dit, son arc scénaristique parait bien moins travaillé et étoffé que ceux qui le précèdent. Ainsi l’intrigue autour du policier puis de son fils peine à susciter l’intérêt ou la surprise. Les deux jeunes acteurs (campant les deux adolescents) sont d’ailleurs peu convaincants, au contraire d’Eva Mendes, qui se révèle être la bonne surprise du film. Outre le sentiment de déception que laisse The Place Beyond the Pines, retenons toutefois de belles qualités qui peuvent motiver le déplacement et le visionnage, notamment une première heure très réussie portée par un Ryan Gosling charismatique et une Eva Mendes très juste et touchante.
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[critique] STARBUCK
| KEN SCOTT | CANADA | 109 MIN | 27 JUIN 2012 | PATRICK HUARD, JULIE LE BRETON, ANTOINE BERTRAND |
Alors qu’il s’apprête à être père, David Wosniak, éternel adolescent de 42 ans, découvre être le géniteur anonyme de 533 enfants déterminés à le retrouver.
Le mois de Juin nous a proposé plusieurs comédies made in France, toutes assez banales et quelconques – voire carrément mauvaises. En effet, ni Adieu Berthe ni La clinique de l’Amour (critiques à venir) n’ont réussi à susciter l’amusement et maintenir l’intérêt. Pour trouver la comédie qui faisait mouche, il fallait aller voir de l’autre côté de l’Atlantique. Non pas aux States… Au Canada tabernac ! La comédie de Ken Scott est la très bonne surprise de ce début d’été. Irrésistiblement drôle – les trente premières minutes sont à mourir de rire – et terriblement attachante. Grâce à un scénario construit et écrit avec intelligence, à des répliques savoureuses et à un Patrick Huard aussi drôle que touchant, Starbuck s’avère être LA comédie qu’il faut voir en ce début d’été.
Starbuck ou comment traiter avec humour et finesse un sujet d’éthique sensible. Une comédie astucieuse, pleine de coeur et riche en situations irrésistibles, portée par ses personnages attachants et cocasses. Gloire au Canada !
| STARBUCK ●●/●●● |
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[critique] EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES
| STEPHEN DALDRY | USA | 128 MIN | 29 FÉVRIER 2012 | THOMAS HORN, TOM HANKS, SANDRA BULLOCK |
Oskar Schell, 11 ans, est un jeune New-Yorkais à l’imagination débordante. Un an après la mort de son père dans les attentats du World Trade Center, le « jour le plus noir », selon l’adolescent, il découvre une clé dans les affaires du défunt. Déterminé à maintenir un lien avec l’homme qui lui a appris à surmonter ses plus grandes angoisses, il se met en tête de trouver la serrure qui correspond à la mystérieuse clé. Tandis qu’il sillonne la ville pour résoudre l’énigme, il croise toutes sortes d’individus qui, chacun à leur façon, sont des survivants. Chemin faisant, il découvre aussi des liens insoupçonnés avec son père qui lui manque terriblement et avec sa mère qui semble si loin de lui, mais aussi avec le monde déconcertant et périlleux qui l’entoure…
Depuis sa consécration obtenue en 2003 avec The Hours, Stephen Daldry semble engager à chaque film une course à l’Oscar. Malheureusement, ce mélodrame n’a ni la grandeur et la fougue d’un Billy Elliot ni d’interprète remarquable pour donner davantage d’ampleur à son métrage – exit Kate Winslet, Nicole Kidman, Meryl Streep ou Julianne Moore… on a droit à Sandra Bullock : cherchez l’erreur. En effet, le gendre idéal de l’Amérique – j’ai nommé Tom Hanks – n’apparaît guère longtemps et remplit parfaitement son rôle de papa-parfait tragiquement disparu dans cet injuste attentat perpétré par des barbus cruels. De son côté, Sandra Butox se contente de quelques scènes où elle passe la majorité de son temps à chialer – la ménagère est sensée s’identifier bordel. Autre spécialiste et désormais abonnée aux films académiques cherchant à faire pleurer dans les chaumières, Viola Davis n’est guère plus marquante dans ce rôle (maintenant systématique) de la black qui en a (un peu) bavé mais qui retire de sa vie une bravoure et une dévotion admirable. Enfin, le vétéran Max Von Sydox, seul acteur du film à avoir obtenu une citation aux Oscars, fait ce qu’il peut dans son rôle de papy muet soi-disant mystérieux – mais ça n’aura pas suffit pour rejoindre Nicole et Kate récompensée pour leur prestation dans The Hours et The Reader.
Le film repose donc sur les jeunes épaules de Thomas Horn. Si le cinéaste britannique avait permis à Jamie Bell de se révéler, crevant l’écran dans le rôle de ce jeune adolescent des quartiers populaires qui rêvait de devenir danseur, il ne renouvelle ici pas l’exploit. Tout juste permait-il au jeune acteur débutant de crever… les tympans du spectateur. Braillard, autoritaire, larmoyant, il s’affirme comme un challenger redoutable à Asa Butterfield (Hugo Cabret) pour truster tous les prochains rôles de « pauvre gamin orphelin/négligé/défavorisé au regard attendrissant » – placé laissée vacante par un Freddie Highmore désormais ravagé par la puberté. Alors pourquoi accorder une étoile à ce film calibré pour les Oscars ? Parce que le support original (le roman de J.S. Foer) contenait suffisamment de belles petites choses que même noyées dans un irritant océan de manières lacrymales, on arrive parfois à être ému par cette quête improbable.
Celui qui avait marqué les esprits dès son premier long-métrage (Billy Elliot) est en train de suivre une route extrêmement balisée, incroyablement contrôlée par les patrons d’Hollywood. Ainsi, son dernier métrage est d’un conformisme révoltant, neutralisant toute magie et forçant toute émotion, doté d’un casting en forme de concentré d’acteurs larmoyants (le best-of de ses dernières années qui réjouira la ménagère américaine : Tom Fucking Hanks, la cruche Sandra Butox, une black qui a su s’intégrer, un vieux papy cherchant la rédemption et un adorable rejeton malheureux).
| EXTRÊMEMENT FORT ET… ○ |
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[critique en séries] DEXTER
| SHOWTIME – JAMES MANOS JR. | USA | 12x50MIN | 2006-2012 | MICHAEL C. HALL, JENNIFER CARPENTER |
Brillant expert scientifique du service médico-légal de la police de Miami, Dexter Morgan est spécialisé dans l’analyse de prélèvements sanguins. Mais voilà, Dexter cache un terrible secret : il est également tueur en série. Un serial killer pas comme les autres, avec sa propre vision de la justice.
Arrivée au beau milieu des années 2000, la série Dexter, petit bébé de la chaine américaine Showtime, a provoqué un raz-de-marée infernal, confirmant le talent de Michael C. Hall, déjà exploité dans Six Feet Under, et en montrant qu’on peut allier sang et humour sans faire du Grindhouse ou du trash-comique. L’idée de la série est des plus simples (elle est adaptée d’un roman policier de Jeff Lindsay) : nous suivons les péripéties d’un tueur en série en apparences cinglé, mais qui, lorsque l’on se plonge dans sa vie intime, s’avère être une personne sérieuse, capable (plus ou moins) d’éprouver des sentiments. Ce tueur a besoin de tuer pour vivre. Il n’assassine que les »méchants » et se sort de situations complètement dingues. Le générique de début, magnifique, contenant beaucoup d’allusions au sang, montre que la routine du tueur en série se joint à la notre, avec le rasage, le petit dej’ et tout ce qu’on fait habituellement le matin. Le tueur n’est donc qu’une personne normale, avec, en plus, un besoin vital de tuer.
Pour ce qui est de la série en elle-même, elle est tout simplement parfaite : l’alliance des couleurs, une réalisation nerveuse (surtout dans la saison 1, et qui se fluidifie au fil des années), des acteurs possédés par leurs rôles, une musique thématique assez déstabilisante, un scénario inventif d’épisodes en épisodes, une intrigue qui ne s’essouffle jamais. Vous cherchiez la perfection : on l’a trouvé dans Dexter, tant tous les éléments se rassemblement harmonieusement pour nous régaler. Après, libre à chacun de nous d’accrocher ou pas. Certains épisodes ne sont peut-être pas tous excellents, notamment certains des saisons 2, 3 ou 5, et parfois, on peut trouver le comportement de ce cher Dexter un peu étrange, irrespectueux de ce qu’il était dans la saison 1, première saison qui nous rend nostalgique dès le début de la saison 2. Il est possible de décrocher, mais les cas se fonts rares. Dexter agit comme une drogue dure, si bien que ça devient presque vital d’avoir sa dose chaque semaine. Le suspense, les meurtres, de l’humour noir, et une étude très approfondie des personnages, en font une série complète, qui ne laisse rien au hasard, et frappe par son originalité.
Ce phénomène, armé de 6 saisons de 12 épisodes de 52 minutes chacun (des saisons 7 et 8 sont prévues), se doit d’être développé, analysé en six parties. Il sera demandé à ceux qui n’ont pas vu la série de ne pas lire les textes qui suivent, car la série est essentiellement basée sur un suspense insoutenable, qui nourrit la série à chaque épisode. Connaître certaines clés de l’intrigue serait gâcher le plaisir que pourriez avoir en regardant des épisodes de Dexter.

Saison 1 : « Tonight’s the night… »
Il est absolument impossible de décrire ce qui se passe dans ces 12 premiers épisodes, tant l’entrée en matière est parfaite. Au bout de dix minutes, on est déjà rentré dans l’histoire, les noms des personnages sont rapidement dans nos têtes, et Dexter nous fascine. Une réalisation fiévreuse, transpirante (l’histoire se déroule à Miami, et l’intrigue de la première saison tombe en pleine canicule), la présence inoubliable d’un rouge-sang et d’un noir profond qui s’assemblent et nous percutent, et cette intrigue du Ice Truck Killer, devenue un vrai symbole aujourd’hui, nous rappellent que malgré de futurs exploits, la première saison de Dexter est de loin la plus enivrante, et que notre cœur se rappel encore de la conclusion finale, véritable coup de tonnerre qui ne finira jamais de pétrifier.
Saison 2 : « Jesus Christ Morgan ! You are the Bay Harbor Butcher ! »
Après l’électrochoc de la saison précédente, il fallait se détacher du livre de Lindsay, montrer que Dexter est un personnage de télé, et non de livre. La saison 2 est peut-être la plus dense niveau évènements (il s’y passe beaucoup de choses), mais trop de twist tue le twist, ce qui fait de la saison 2 la moins bonne de toute la série. Seulement, le personnage de Dexter devient plus proche de nous, notamment lorsque des plongeurs retrouvent les cadavres issus de ses propres meurtres dans les fond de la baie de Miami. Il se remet en question, et montre des faiblesses. L’arrivée du personnage de Lila marque un tournant dans la série : Dexter manipule la police, mais devient vulnérable face à une fille qui a usé de ses charmes pour mieux le contrôler. Et même si tout redevient normal à la fin de la saison, on sent que notre tueur perd de l’altitude. Son attitude naïve durant les 12 épisodes de cette saison en sont la preuve.
Saison 3 : « I killed my brother. I killed yours, too. »
La naïveté de Dexter a laissé des traces, si bien qu’il se retrouve d’entrée à assassiner une personne qu’il n’avait pas prévu de tuer. Dexter a retrouvé sa vie de famille avec Rita et s’est même trouvé un ami. Mais peut-il faire confiance à tout le monde ? Ce jeune loup solitaire (de nombreux flashbacks sont là pour en témoigner) peut-il se munir d’amis, et même, partager son secret avec quelqu’un en toute confiance ? La saison 3 pose les bonnes question, et apporte des réponses convaincantes. Les douze épisodes ne se valent pas tous, mais la conclusion est glaçante. Dexter ne peut donc pas partager son secret. Miguel Prado fût donc le troisième à connaître la nature de tueur de Dexter, et fût, comme les deux autres, emballé dans du plastique, tué à l’arme blanche, et jeté en petits morceaux dans la mer. Cruelle vérité d’un serial-killer en apparences seul, qui finira par se marier et être papa.
Saison 4 : « Born in blood… both of us. »
La saison 4 est celle du changement. Dexter doit faire face à un tueur plus fort que lui. Déterminé à être un meilleur père de famille tout en continuant ses activités meurtrières, il prend des risques considérables, qui courront à sa perte, lors d’un ultime épisode qui hantera toute une génération pendant des années. Le changement se fait dans la réalisation, devenue très conventionnelle : la routine s’installe, Dexter tue moins (le premier épisode, où Dexter n’arrive pas à tuer sa nouvelle cible, à cause de son fils qui ne dort pas, nous le montre). L’arrivée du Trinity Killer vient nous réveiller, plongeant la saison dans un joyeux bordel qui jouera avec nos nerfs jusqu’à la dernière seconde. Parfaitement maitrisée, la saison choisit de nous montrer le tueur dès le premier épisode, à l’inverse d’une saison 1 où le visage du serial-killer n’était dévoilé qu’en fin de saison.
Saison 5 : « I’m someone different (…) I’m not a monster »
Dexter sauve la vie d’une personne qui a manqué de se faire tuer, et sa vie bascule. Dexter doit survivre au choc qu’il vient de se prendre en pleine gueule (cf : fin de la saison 4), et s’en sort royalement bien, malgré quelques instants de faiblesses (certains innocents seront tués lors de cette cinquième saison). Cette saison se voit monter jusqu’au sommet lors du meilleur épisode de toute la série, celui où il se sort miraculeusement d’une chasse à l’homme, tout en tuant sa proie en prononçant le mythique « Die die ! ». La saison est tout de même hétérogène, et est la moins étonnante (un final un peu raté), mais Dexter change, et nous le suivons avec joie.
Saison 6 : « I’m a father, a son, and a serial killer »
Dans une saison 6 basée quasi-totalement sur Dieu, Dexter s’écrie « Oh God ! » lors d’un final inattendu. Dexter est de moins en moins prudent, tue à la fourche et au harpon sans préméditations, va coucher avec une gérante de station-service pour lui voler son flingue, se fait »pomper l’instrument » par une ancienne camarade de lycée. L’enfant méticuleux et sage s’émancipe, profite de la vie. Il s’interroge sur ses croyances. Dexter devient un véritable adulte irresponsable. L’absence de présence féminine dans sa vie lui empêche véritablement de se contrôler. Laguerta est de plus en plus insupportable, Deb devient presque le personnage principal et Batista et Quinn sont relégués au second plan. Mais dans une saison riche en rebondissements et émotions, le final vient en rajouter une couche, si bien qu’exprimer l’envie que l’on a de voir la saison 7 est rigoureusement impossible.
Critique en série(s) proposée par Copa738
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[critique en séries] SHAMELESS U.S.
| SHOWTIME – PAUL ABBOTT & JOHN WELLS | USA | 12×50 MIN | 2011-12 | WILLIAM H. MACY, EMMY ROSSUM |
Remake de la série britannique du même nom, Shameless suit la famille de Frank Gallagher, un homme irresponsable qui passe son temps à boire et à tenter de profiter du système. Il est le père de six enfants qu’il a eus avec leur mère. Elle abandonna sa famille en laissant ses enfants à leur père, c’est-à-dire livrés à eux-mêmes. Ils apprennent à se débrouiller et à subvenir a leurs besoins ensemble sous les commandes de Fiona, l’aînée, qui apprend les difficultés de diriger une maison de deux adolescents, Lip et Ian, deux enfants, Carl et Debbie, et un bébé, Liam. Elle est aidée par ses voisins et amis Veronica et Kev, dont ce dernier est barman dans le bar préféré de Franck.
Pour ceux qui ne connaissent pas cette série, il s’agit en fait de l’adaptation américaine d’une série britannique. Elle est signée Paul Abbott et John Wells et raconte la vie d’une famille de 6 enfants, allant de 3 à 20 ans, totalement livrés à eux-mêmes. En effet, depuis leur plus jeune âge, ils doivent faire face à l’absence de leur mère et à l’alcoolisme de leur père. Ce dernier étant la plupart du temps fourré dans les bars au lieu de chercher du travail pour subvenir aux besoins de sa famille.
Vous l’aurez compris, le casting est donc majoritairement jeune et ne comporte pas de grands noms à l’exception de 3 acteurs que j’avais personnellement eu l’occasion de voir préalablement au cinéma. Il s’agit de William H. Macy (Frank Gallagher) que j’ai découvert dans Magnolia et que j’ai revu récemment dans La Défense Lincoln. De Justin Chatwin (Steve Lishman) que j’ai découvert dans La Guerre des Mondes où il jouait le fils de Tom Cruise. Et enfin de Emmy Rossum (Fiona Gallagher) que j’ai vu pour la première fois dans Le jour d’après. A leurs côtés, on peut notamment citer Shanola Hampton (Veronica Fisher), Cameron Monaghan (Ian Gallagher), Jeremy Allen White (Lip Gallagher) et Steve Howey (Kevin Ball).
Présenté comme ça, je reconnais que l’histoire peut paraître banale et inintéressante mais ce n’est vraiment pas le cas car tous les personnages sont attachants, même le père dont l’attitude est assez détestable à première vue. C’est pour moi la grande force de la série, cette faculté qu’elle a de rendre tous les personnages intéressants (car pas du tout caricaturaux) et attachants. Certes il faut quelques épisodes pour les installer véritablement car ils sont malgré tout relativement nombreux mais une fois que c’est fait, c’est du pur bonheur. Effectivement, contrairement à d’autres séries qui délaissent parfois les personnages secondaires pour se concentrer sur une ou deux figures emblématiques, Shameless (US) fait le pari de mettre tous les personnages sur le même pied d’égalité et de tous les développer comme ils le méritent. Ce qui n’empêche pas d’avoir ses préférences car les membres de la famille étant tous assez différents, on peut facilement s’identifier à certains d’entre eux, ou du moins en partie. Je ne dis pas là qu’on comprend parfaitement ce qu’ils traversent car je pense qu’une telle situation est quand même assez unique mais on éprouve en tout cas suffisamment d’empathie pour chacun d’entre eux que pour se mettre à leur place deux minutes et imaginer ce que cela peut être.
Le grand nombre de personnages ainsi que leur grande diversité donne à la série beaucoup de richesses car elle peut ainsi aborder une multitude de thèmes, certains étant évidemment plus anecdotiques que d’autres. Mais au-delà des thèmes évoqués, c’est surtout leur traitement qui est intéressant car il est très sincère. A l’image de la mise en scène qui peut paraître un peu brute et grossière à première vue mais qui nous immerge totalement au sein de cette famille si particulière.
Ce qui nous permet de ressentir au mieux toutes leurs joies et leurs peines. C’est aussi ça que j’apprécie dans cette série, le fait qu’elle ne se positionne pas dans un seul genre. Certes, on rigole beaucoup et à ce titre la série pourrait être qualifiée de comédie. Mais les moments intenses de pure émotion ne sont pas négligés pour autant car la famille toute entière rencontre son lot de malheurs. C’est donc une sorte de comédie dramatique ne ressemblant à aucune autre série que j’ai pu voir jusqu’ici. Ça peut paraître un peu idiot mais voir une bande de frères et soeurs se serrer les coudes pour survivre au lieu de s’apitoyer sur leur sort, ça me touche. D’autant plus que malgré toutes leurs disputes, on voit clairement qu’ils ne trichent pas et qu’ils s’aiment terriblement.
Mais très honnêtement, si j’ai autant accroché à cette série, c’est véritablement grâce aux acteurs qui sont tous géniaux malgré leur jeune âge et leur relatif manque d’expérience. A commencer par Emmy Rossum qui ne m’avait déjà pas laissé indifférent dans Le jour d’après et dont je suis littéralement tombé sous le charme avec Shameless (US). Je ne sais pas comment l’expliquer mais je trouve qu’il se dégage de cette actrice une grande sincérité qui me touche particulièrement. Elle peut passer des rires aux larmes en quelques secondes et même sans rien dire, elle est capable de transmettre beaucoup d’émotion juste avec son regard. A ce titre, cette série est juste parfaite pour elle car elle peut vraiment y démontrer tout son talent. Dans un tout autre registre, William H. Macy est lui aussi à son aise dans le rôle de Frank Gallagher tant il réussit à s’approprier le personnage. A croire qu’il a joué des ivrognes rigolo toute sa vie. Et malgré les apparences, je crois que c’est un personnage qui a encore pas mal de choses à montrer et nul doute qu’il le fera au cours des prochaines saisons. Je ne vais pas décrire toutes les performances dans le détail mais je trouve que chacun des acteurs parvient vraiment à donner le maximum et le résultat général n’en est que meilleur. Qui plus est, il y a une vraie alchimie entre tous les protagonistes, ce qui est toujours très appréciable pour ce genre de série qui mise beaucoup sur les relations entre les personnages.
En définitive, Shameless (US) est une série vraiment unique en son genre que je vous encourage vivement à découvrir. Certes elle ne dispose pas d’une intrigue haletante capable de vous tenir en haleine d’une semaine à l’autre mais les personnages sont tellement attachants et leurs aventures tellement farfelues qu’on attend tout de même chaque épisodes avec impatience.
| SHAMELESS (US) ●●● |
critique en série(s) proposée par Michael S. (cinerama7art)
12
[avp] LA FEMME DU Ve °
Après My Summer of Love, petit film britannique qui lui avait valu un Bafta, Pawel Palikowski adapte librement le roman de Douglas Kennedy La Femme du Vème. Porté par un Ethan Hawke excellent, ce thriller brumeux et minimaliste ne captive pas toujours. Les mystères autour du personnage qu’il campe finissent par lasser jusqu’à un dénouement aussi vague que décevant. La présence magnétique de Kristin Scott Thomas épaissit un mystère qui ne se lève que partiellement et une intrigue manquant de densité.
La femme du Vème cherche à créer le trouble autour du personnage principal interprété par un Ethan Hawke remarquable. Mais le thriller épuré du cinéaste polonais ne suscite progressivement que l’ennui et l’incompréhension.
| PAWEL PALIKOWSKI | FRA/POL | 85 MIN | 16 NOVEMBRE 2011 | ETHAN HAWKE, KRISTIN SCOTT THOMAS |
30
[critique] LITTLE CHILDREN ****
| TODD FIELD | USA | 130 MIN | 24 JANVIER 2007 | KATE WINSLET, PATRICK WILSON, JENNIFER CONNELLY |
Little Children entrecroise les vies, les destinées contrariées, les secrets, les rêves, les fantasmes et les angoisses de personnages dans la quiétude trompeuse d’une banlieue bourgeoise de la côte Est.
Entre American Beauty et Desperate Housewives, ce film de moeurs introduit sans complaisance des personnages issus de la middle-class américaine qui s’ennuient dans leur petite vie bien rangée. Cette fable moderne, subtile et maîtrisée, où la tension va croissante, suit ses protagonistes au bord de l’explosion qui tentent de vivre leur vie entre convenances et véritables désirs. Todd Field réussit à capter les faux-semblants au milieu de cette hypocrisie bourgeoise qui s’offusque de tout ce qui n’est pas socialement et politiquement correct, et qui s’affole lorsque la petite vie tranquille du quartier est menacée par l’emménagement d’un quadragénaire, condamné pour exhibitionnisme.
Ce pestiféré, montré du doigt et tourmenté par ses pulsions, va chercher à se construire une vie au milieu des doigts tendus, des regards inquiets et des tracts. Bouc-émissaire d’un flic un peu bourru qui va le harceler, et bien que conscient de ses troubles comportementaux, il s’efforcera de rentrer dans le droit chemin, poussé par sa vieille mère qui fait tout son possible pour l’y encourager, à commencer par lui chercher une petite amie « de son âge ». Cela donnera lieu à des scènes dures, parfois insoutenables, où l’on peut être épris d’un sentiment de compassion avant d’être horrifié par le désarroi incontrôlable du personnage.
Sarah, mariée à un homme qui ne quitte le boulot que pour retrouver le bureau du grenier une fois rentré, cherche sa place au milieu de toutes ces mères parfaites, dont le seul loisir est de fantasmer sur Brad, un père au foyer qui accompagne son bambin chaque après-midi au square. Mais ce « roi de la promo » muté en « papa poule », enfermé dans un couple dont l’épouse castratrice contrôle la vie, va faire connaissance de Sarah qui ne cherchait pas mieux qu’un alibi pour s’arracher aux banalités de ses voisines. Elle trouvera en lui quelqu’un qui lui permettra d’échapper à son sort sans issue d’épouse délaissée et mère débordée en passant ses après-midi estivales au bord de la piscine municipale à ses côtés, gardant à l’oeil leur progéniture. A la suite d’un orage, entre les vêtements qui sèchent et les petits qui font la sieste, ils vont franchir ce pas que la communauté interdit afin de dépasser leurs frustrations personnelles et conjugales.
Kate Winslet prouve une fois de plus son formidable talent dans ce rôle à la Erin Brokovich, saupoudré d’une touche de Mme Bovary contemporaine. Jennifer Connelly, de son côté, réussit à nous faire ressentir cet étouffement que subit Brad par cette femme conformément parfaite – dynamique et affirmée, comme un symbole du changement de cette société dans laquelle la femme a le pouvoir, fait attention à sa ligne et entretient son mari – chaperonnant le moindre moment de sa vie.
Bien que l’on se serait volontiers passé de la morale un peu lourdingue énoncée par la voix-off lors des dernières secondes, la rencontre de ces deux âmes en perdition est traitée avec suffisamment de subtilité, et ce qu’il faut de psychologie, pour faire de ce film une véritable réussite qui réussit à nous captiver sur plus de deux heures alors qu’on ne donne pas cher de l’avenir de leur histoire. Il faudra enfin préciser pour conclure que l’on n’attend toutefois par l’inégalable magie du film de Sam Mendes, qui, lui, est un chef d’oeuvre.
Une comédie satyrique, dérangeante, où l’ambiance pesante de ce milieu oppresant d’hyprocrisie et de conventions est parfois allégée par des séquences narrées par une voix-off cynique dont n’abuse heureusement pas trop son auteur. Portée par d’excellents comédiens, naturels et sans pudeur, ce film cruel évite de tomber lourdement dans les clichés grace à un scénario bien construit et une mise en scène remarquable.
Le bleu du miroir
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