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(critique) ONLY GOD FORGIVES
| NICOLAS WINDING REFN | THRILLER | FRA/DAN | 90 MIN | 22 MAI 2013 | RYAN GOSLING, KRISTIN SCOTT-THOMAS |
À BANGKOK, JULIAN, QUI A FUI LA JUSTICE AMÉRICAINE, DIRIGE UN CLUB DE BOXE THAÏLANDAISE SERVANT DE COUVERTURE À SON TRAFIC DE DROGUE. SA MÈRE, CHEF D’UNE VASTE ORGANISATION CRIMINELLE, DÉBARQUE DES ÉTATS-UNIS AFIN DE RAPATRIER LE CORPS DE SON FILS PRÉFÉRÉ, BILLY : LE FRÈRE DE JULIAN VIENT EN EFFET DE SE FAIRE TUER POUR AVOIR SAUVAGEMENT MASSACRÉ UNE JEUNE PROSTITUÉE. IVRE DE RAGE ET DE VENGEANCE, ELLE EXIGE DE JULIAN LA TÊTE DES MEURTRIERS. JULIAN DEVRA ALORS AFFRONTER CHANG, UN ÉTRANGE POLICIER À LA RETRAITE, ADULÉ PAR LES AUTRES FLICS… Auréolé d’un immense succès critique et public avec la bombe Drive - bien plus grand public que ses autres films pourtant très bons – qui avait confirmé son talent époustouflant de metteur en scène et de mixeur de sons et d’images, Nicolas Winding Refn retrouve son acolyte et inséparable complice Ryan Gosling pour un thriller d’arts et d’essais qui porte bien son nom. En effet, Only God Forgives est un véritable film d’art. On ressent le parti pris artistique assumé jusqu’au bout. C’est aussi un film d’essai. Toutefois, celui-ci est raté. Visuellement, le film est un bijou. Chaque plan, chaque séquence est travaillée, soignée et maîtrisée. C’est du travail d’orfèvre concernant la mise en scène et la direction artistique (photographie, musique de Cliff Martinez…). Malheureusement, le long-métrage n’est lui pas à la hauteur, la faute à un manque d’épaisseur et de subtilité assez consternant. Tout est trop pesant dans Only God Forgives : cette absence de rythme handicapante, ce symbolisme oedipien aussi glauque que balourd, ces personnages caricaturaux au possible incarnés sans relief par des acteurs prenant tous systématiquement la pose pour n’être que de vulgaires pantins sous les ordres de NWR.
Disons-le, Only God Forgives est une violente déception. Bien sûr, le talent de Refn suinte de chaque image. Effectivement, le cinéaste danois est un metteur en scène génial et perfectionniste. Problème : son film n’a pas ni corps, ni âme. C’est tout de même le problème lorsque l’on se lance dans une oeuvre presque prophétique ou biblique. Conscient de son génie, NWR use et abuse de ralentis, de plans soignés au millimètres, et fonce droit devant tête baissée, à la façon d’un autiste sûr de son art et de sa réussite. À trop vouloir s’inspirer des outranciers David Lynch et Gaspar Noé, ce brave Nicolas n’en a gardé que leurs insupportables défauts. On se coltine donc d’interminables séquences de Ryan Gosling errant dans des couloirs sombres et glauques, entre rêves prémonitoires, fantasmes et réalités. Dès les premières minutes, on sent que la mayonnaise ne prendra pas et que cette lenteur infernale pénalisera inévitablement un thriller dénué de véritable tension. Vision cauchemardesque de Bangkok, Only God Forgives ne devrait pas offrir une nouvelle récompense au réalisateur danois qui, je l’espère, se remettra plus sérieusement au travail en n’oubliant pas qu’il a aussi des spectateurs et ce qui faisait la force de ses précédentes oeuvres (Valhalla Rising, Bronson, Drive…) quand il ne se reposait pas seulement sur l’excellence de sa mise en scène.
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(critique) MAMA
| ANDRES MUSCHIETTI | FANTASTIQUE | ESP-CAN | 100 MIN | 15 MAI 2013 | JESSICA CHASTAIN, NICOLAJ COSTER-WALDAU |
IL Y A CINQ ANS, DEUX SŒURS, VICTORIA ET LILY, ONT MYSTÉRIEUSEMENT DISPARU, LE JOUR OÙ LEURS PARENTS ONT ÉTÉ TUÉS. DEPUIS, LEUR ONCLE LUCAS ET SA PETITE AMIE ANNABEL LES RECHERCHENT DÉSESPÉRÉMENT. TANDIS QUE LES PETITES FILLES SONT RETROUVÉES DANS UNE CABANE DÉLABRÉE ET PARTENT HABITER CHEZ LUCAS, ANNABEL TENTE DE LEUR RÉAPPRENDRE À MENER UNE VIE NORMALE. MAIS ELLE EST DE PLUS EN PLUS CONVAINCUE QUE LES DEUX SŒURS SONT SUIVIES PAR UNE PRÉSENCE MALÉFIQUE… En deux ou trois ans, Jessica Chastain aura su s’imposer à Hollywood et démontré qu’elle savait s’entourer et bien choisir ses rôles. Toujours impeccable, en premier (Zero Dark Thirty) comme en second rôle (La couleur des sentiments, The Tree of Life, Des hommes sans loi, Take Shelter…), lorsque l’on retrouve l’actrice américaine à l’affiche d’un thriller fantastique espagnol produit par Guillermo Del Toro aux côtés du régicide de Game of Thrones, on ne peut que s’attendre à un projet intéressant dans la lignée de L’orphelinat ou du Labyrinthe de Pan. Malheureusement, dès les premières minutes, on voit la catastrophe arriver (autant le naufrage cinématographique que l’accident de voiture du papa dépassé). Affublée d’un look émo-cheap et d’une coiffure ringarde, soi-disant inspirée de la dégaine d’Alice Glass (chanteuse du groupe Crystal Castles), Chastain s’efforce tant bien que mal de faire tenir le film sur ses frêles épaules. Malheureusement, il est difficile de croire en cette histoire de gamines possédées par un esprit malin plutôt possessif (qui s’avèrera être celui d’une mère à qui on avait enlevé son enfant) après avoir été livrées à elle-même pendant plusieurs années, seules au fond d’un cabanon perdu en pleine forêt canadienne. Et pourquoi pas allaitées par un caribou tant qu’on y est ?Malheureusement, le massacre ne s’arrête pas là.Mise en scène, effets spéciaux, musique, photographie, tout est dans Mama est d’une laideur si consternante que même un mauvais téléfilm vraiment daté pourrait facilement l’égaler voire le surpasser. À croire que la sélection de Gerardmer devait réunir seulement quelques étudiants d’arts du spectacle pour que le navet de Muschietti soit récompensé car disons-le clairement, Mama est comme la voiture du père meurtrier : il ne tient pas la route.
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(critique) SOUS SURVEILLANCE
| ROBERT REDFORD | THRILLER | USA | 124 MIN | 8 MAI 2013 | ROBERT REDFORD, SHIA LABEOUF, JULIE CHRISTIE |
EN 1969, UN GROUPE DE MILITANTS RADICAUX APPELÉS WEATHER UNDERGROUND REVENDIQUE UNE VAGUE D’ATTENTATS AUX ETATS-UNIS POUR PROTESTER CONTRE LA GUERRE DU VIETNAM. LA PLUPART DE SES MEMBRES FURENT EMPRISONNÉS, MAIS QUELQUES-UNS DISPARURENT SANS LAISSER DE TRACE… JUSQU’À AUJOURD’HUI. L’ARRESTATION DE SHARON SOLARZ, L’UNE DES ACTIVISTES, REMET CETTE AFFAIRE SUR LE DEVANT DE LA SCÈNE, AU POINT D’ATTISER LA CURIOSITÉ DU JEUNE ET AMBITIEUX REPORTER BEN SCHULBERG. JOUANT DE SES RELATIONS AU FBI, IL RASSEMBLE PETIT À PETIT LES PIÈCES DU PUZZLE, LE MENANT JUSQU’À JIM GRANT, UN AVOCAT APPAREMMENT SANS HISTOIRES… LORSQUE CELUI-CI DISPARAIT BRUSQUEMENT, LE JOURNALISTE SE LANCE SUR SA PISTE, DÉTERMINÉ À LE RETROUVER AVANT LE FBI. Il ne fait pas bon vieillir… À l’image d’un Clint Eastwood qui peine à se réinventer jusqu’à devenir ennuyeusement embarrassant, Robert Redford semble être resté dans les années 70 (période à laquelle débute l’histoire de Sous surveillance) pour mettre en scène ce thriller à mi-chemin entre le survival et l’enquête. En effet, celui-ci nous livre une prestation (devant comme derrière la caméra) qui n’inspire que de la pitié tant celui-ci se fixe une barre qu’il se croit encore capable d’atteindre. Sa mise en scène et sa narration semblent bien fades et obsolètes, tandis que son jeu d’acteur ne suscite rien d’autre qu’un désolant haussement d’épaules. Louable était son intention de montrer qu’il est encore là et qu’il a des choses à dire et des causes à défendre (surtout qu’il vaut toujours mieux faire le gauchiste démago que le vieux con réac). Malheureusement, l’indulgence ne suffit pas à masquer l’ennui – qui s’installe avec insistance après la première demie-heure et qui ne ne quittera quasiment plus jusqu’au générique de fin. Pour lui donner la réplique (le plus souvent de loin ou en retrait), Redford a choisi le jeunot Shia Labeouf qui tient plutôt la route sans faire des miracles. Finalement, pour trouver un véritable motif de satisfaction (mais également et paradoxalement le plus frustrant), il faudra regarder du côté des personnages secondaires avec cette armada exceptionnelle de seconds rôles sous-exploités (Richard Jenkins, Brit Marling, Julie Christie, Nick Nolte, Stanley Tucci, Brendan Gleeson…) qui ne peut que faire regretter au spectateur un scénario aussi convenu. Sous surveillance n’est au final pas vraiment un thriller mais un long-métrage pantouflard et donneur de leçons de la part d’un vieux loup qui n’a pas su s’arrêter avant de commencer à radoter.
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(critique) STOKER
| PARK CHAN WOOK | FANTASTIQUE, THRILLER | USA | 100 MIN | 1ER MAI 2013 | MIA WASIKOWSKA, NICOLE KIDMAN |
APRÈS LA MORT DE SON PÈRE DANS UN ÉTRANGE ACCIDENT DE VOITURE, INDIA, UNE ADOLESCENTE, VOIT UN ONCLE DONT ELLE IGNORAIT L’EXISTENCE, VENIR S’INSTALLER AVEC ELLE ET SA MÈRE. RAPIDEMENT, LA JEUNE FILLE SE MET À SOUPÇONNER L’HOMME D’AVOIR D’AUTRES MOTIVATIONS QUE CELLE DE LES AIDER. LA MÉFIANCE S’INSTALLE, MAIS L’ATTIRANCE AUSSI… Pour son premier métrage sur le sol américain, le talentueux cinéaste sud-coréen Park Chan Wook (Old Boy, Lady Vengeance) porte à l’écran un scénario de Wentworth Miller (oui on parle bien de l’acteur de Prison Break) qui attendait dans les cartons depuis 2010. Force est de constater que l’attente a été récompensée et que la collaboration a été un succès lorsque l’on découvre Stoker, projeté hier en exclusivité pour quelques privilégiés. En effet, dès les premières minutes, on constate que la patte du cinéaste est sublimée par une direction artistique remarquable. Tout est éclatant, soigné et travaillé : photographie somptueuse, mise en scène experte, cadrages exquis nous offrant d’innombrables plans dignes de grands tableaux, générique savamment élaboré d’une fluidité incroyable. Il ne faut que quelques secondes au spectateur pour comprendre qu’il va assister à cent minutes de plaisir cinématographique, un plaisir déviant empreint des douces folies d’un réalisateur qu’on ne présente plus – enfin, un réalisateur qu’on ne devrait plus avoir à présenter.
A l’écran, Mia Wasikowska est excellente. Sa présence captive, fascine et inquiète. Difficile de ne pas voir en elle une Mercredi Adams pré-adulte et farouche, à la sexualité naissante. Son personnage (India) est délicieusement ambigu et complexe. Celle-ci vit quelque peu déconnectée du monde, repliée dans ses pensées et ses fantasmes. Lorsque son oncle débarque après le décès brutal de son père, c’est un mélange de méfiance et d’attraction qui vont la pousser à essayer de percer le mystère de cet homme séduisant et intrigant, campé impeccablement par Matthew Goode (découvert dans le sublime A Single Man ou le savoureux Match Point). Pour former le dernier élément d’un trio malsain, le réalisateur a choisi la décrêpie Nicole Kidman, devenue désormais une parodie d’actrice avec son visage en décomposition, ses lèvres retouchées et sa superbe chevelure rousse – qui sied en revanche parfaitement à l’univers très coloré de Stoker. Il est difficile de parler de Stoker sans trop en dévoiler sur l’intrigue et, pour ne rien gâcher aux amateurs de Park Chan Wook, je ne peux que vous inviter à embarquer pour un voyage étrange, où Hitchcock viendrait s’insinuer dans les obsessions déviantes du cinéma sud-coréen. Un film plaisant, un long-métrage travaillé, une oeuvre fétichiste et esthétique, bourrée d’influences revendiquées, un conte de fées maléfique avec une marâtre dépressive et égoïste, un oncle trop gentil pour être honnête et une jeune et belle princesse en détresse qui cache bien son jeu. Rendez-vous en salles début Mai…
Clip promotionnel de Stoker – song by Emily Wells
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(critique) MYSTERY
| LOU YE | THRILLER | CHINE | 98 MIN | 20 MARS 2013 | HAO LEI, QIN HAO, QI XI |
LU JIE EST LOIN D’IMAGINER QUE SON MARI YONGZHAO MÈNE UNE DOUBLE VIE, JUSQU’AU JOUR OU ELLE LE VOIT ENTRER DANS UN HÔTEL AVEC UNE JEUNE FEMME. LA VIE DE LU JIE S’EFFONDRE ALORS, ET CE N’EST QUE LE DÉBUT… LA JEUNE FEMME MEURT RENVERSÉE PAR UNE VOITURE PEU DE TEMPS APRÈS. LE POLICIER EN CHARGE DE L’AFFAIRE REFUSE DE CROIRE À UN ACCIDENT… L’amour qui brûle, l’amour qui blesse, la distance, l’infidélité. Des thèmes récurrents chez Lou Ye, comme on avait déjà pu le remarquer dans Nuits d’ivresse printanière, Love and Bruises ou l’excellent Une jeunesse chinoise. Dans Mystery, co-financé en France, mais à nouveau réalisé sur le territoire chinois après cinq interdiction de tourner dans son pays, on retrouve les enjeux habituels du cinéaste, concentré autour d’un accident de la route mystérieux qui sera le fruit de plusieurs évènements que le spectateur découvre progressivement. Vous l’aurez compris, Mystery repose sans surprise sur un mystère et sur un scénario qui dévoile petit à petit celui-ci. Lou Ye filme son histoire comme il le fait souvent, proche des comédiens, à fleur de peau et de sentiments. A nouveau au coeur d’un triangle amoureux déchirant, ses personnages écorchés, jaloux et manipulateurs, lèvent progressivement le voile sur leurs actes et leurs mensonges sous une pluie intense non expiatoire. Cependant, ce polar amoureux peine à convaincre totalement. Manquant de rythme et de limpidité, le long-métrage perd parfois le spectateur en route, pour heureusement le récupérer in-extremis au moment où les mystères se dévoilent enfin.
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(critique) EFFETS SECONDAIRES
| STEVEN SODERBERGH | DRAMA, SUSPENS | USA | 106 MIN | 3 AVRIL 2013 | ROONEY MARA, JUDE LAW |
LE DOCTEUR JON BANKS EST UN JEUNE PSYCHIATRE AMBITIEUX EN QUÊTE D’UNE OPPORTUNITÉ POUR SE METTRE EN SELLE. QUAND EMILY, UNE NOUVELLE PATIENTE, RÉCLAME SES SERVICES APRÈS UNE APPARENTE TENTATIVE DE SUICIDE, IL LUI PRESCRIT TOUTE LA LISTE DES BONS VIEUX RÉGULATEURS D’HUMEUR. En 2012, Steven Soderbergh avait sorti deux films dans la foulée qui n’étaient pas du niveau du précédent, le très bon et efficace Contagion sorti en 2011. En ce printemps 2013, il nous propose son dernier film en salles (et avant dernier métrage) avec Effets secondaires, pour lequel il retrouve Jude Law qui campait déjà un personnage essentiel de Contagion. Il retrouve également Channing Tatum (déjà présent dans ses deux précédents, Piégée et Magic Mike) même si celui-ci reste moins longtemps à l’écran, ainsi que la comédienne Catherine Zeta-Jones, après un Traffic qui lui avait valu l’Oscar du meilleur réalisateur. La petite nouvelle à collaborer est Rooney Mara, qui avait littéralement crevé l’écran dans le génial Millenium de David Fincher. Celle-ci sera au coeur de l’intrigue de ce Side Effects qui a pour but, selon Soderbergh, de nous offrir un autre regard sur l’usage des médicaments et sur les rouages de l’industrie pharmaceutique.
Sans rien vous révéler, Effets secondaires est plutôt un thriller efficace malgré son intrigue à tiroirs qui nous rappelle certaines productions plus ou moins récentes. Le scénario de Scott Z. Burns maintient l’intérêt du spectateur en dépit de quelques gros rouages prévisibles, mais c’est surtout la patte de Soderbergh (réalisateur-monteur-directeur de la photographie) qui va faire de ce film un moment de plaisir cinématographique et un divertissement efficace. S’appuyant, comme pour Contagion, sur un montage et une bande-son dynamique (cette fois-ci, c’est le tout aussi talentueux Thomas Newman qui supplante Cliff Martinez) et une mise en scène sophistiquée, Effets Secondaires bénéficie également de la prestation impeccable de ses deux comédiens principaux : Jude Law et Rooney Mara, qui jouent au chat et à la souris pour notre plus grand plaisir. Sexe, mensonges et médocs.
Steven Soderbergh et Jude Law, aux Halles, pour présenter Side Effects.
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(critique) PASSION
| BRIAN DE PALMA | THRILLER | FR/ALL | 101 MIN | 13 FEVRIER 2013 | RACHEL McADAMS, NOOMI RAPACE |
DEUX FEMMES SE LIVRENT À UN JEU DE MANIPULATION PERVERS AU SEIN D’UNE MULTINATIONALE. ISABELLE EST FASCINÉE PAR SA SUPÉRIEURE, CHRISTINE. CETTE DERNIÈRE PROFITE DE SON ASCENDANT SUR ISABELLE POUR L’ENTRAÎNER DANS UN JEU DE SÉDUCTION ET DE MANIPULATION, DE DOMINATION ET DE SERVITUDE. Sorte de thriller erotico-soap, Passion est un film très inégal et frustrant. Le sentiment de voir De Palma s’auto-plagier revient perpétuellement lors de son visionnage. Certes, son savoir-faire est toujours présent, à l’image de ce dernier quart d’heure où la mise en scène met efficacement en emphase le suspens du dénouement. Certes, le réalisateur a envie de s’amuser en tournant son intrigue cousue de fil blanc en dérision. Toutefois, l’ensemble du film n’est pas à la hauteur, semblant toujours flirter entre second degré parodique assumé et premier degré mollasson, avec une mise en scène digne des plus mauvais téléfilms érotiques. Il faut dire que le casting n’aide pas beaucoup non plus avec de très nombreux acteurs pas au niveau ou pas dans le ton. Noomi Rapace, un brin moins agaçante qu’à l’accoutumée, peine toujours à convaincre qu’elle est une véritable actrice. Quel responsable de casting faut-il virer pour ne plus la voir à l’écran ? Les seconds rôles sont pour la plupart assez consternants. Seule Rachel McAdams s’en sort avec les honneurs, ayant visiblement cerné les attentes du réalisateur, du film et du personnage. Cependant, un dernier segment plaisant (tout s’emballe et m’emballe après ce mauvais split-screen), une touche d’Almodovar hitchcockien et une actrice au diapason ne suffiront pas à faire de Passion un long-métrage satisfaisant, pas plus qu’ils ne permettent de digérer la soupe musicale qui nous est servi ou le maniérisme de certaines séquences bien trop appuyées pour ne pas faire éclater de rire de consternation (plutôt que d’amusement).
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[critique] GUILTY OF ROMANCE
| SION SONO | JAPON | 112 MIN | 25 JUILLET 2012 | MEGUMI KAGURAZAKA, MIZI MIZUNO, MAKOTO TOGASHI |
Izumi est mariée à un célèbre romancier romantique mais leur vie semble n’être qu’une simple répétition sans romance. Un jour, elle décide de suivre ses désirs et accepte de poser nue et de mimer une relation sexuelle devant la caméra. Bientôt, elle rencontre un mentor et commence à vendre son corps à des étrangers, mais chez elle, elle reste la femme qu’elle est censée être. Un jour, le corps d’une personne assassinée est retrouvé dans le quartier des « love hôtels ». La police essaie de comprendre ce qui s’est passé.
Sorti le 25 Juillet sur les écrans français, Guilty of Romance est un exercice de style fantaisiste et expérimental à mi-chemin entre le polar et porno kitsch. Si le cinéaste nippon (ni-mauvais) réussit à accrocher le spectateur dans les vingt premières minutes ainsi qu’autour de l’intrigue du meurtre et de la brève enquête policière, la majeure partie du film (suivant la décadence d’une desperate housewife complètement soumise à écrivain de mari mais vite rattrapée par ses pulsions) est beaucoup plus confuse et brouillonne. Si elle n’est pas dénuée d’intérêt – ça partait plutôt bien – on regrette que Sion Sono ne privilégie beaucoup plus la forme que le fond, déconstruisant inutilement sa narration pour masquer l’incroyable banalité (et prévisibilité) de son récit, abusant d’une musique classique éreintante et de couleurs saturées pour créer son ambiance. Quant à la palette de jeu des acteurs, assez réduite, elle paraît bien trop stéréotypée pour faire naître l’empathie du spectateur (les seconds rôles sont tous assez catastrophiques). Au final, au lieu de fasciner, ce Guilty of Romance visuellement assez cheap agace et déçoit par la pauvreté de son propos malgré les efforts de la généreuse Megumi Kagurazaka qui se donne corps et âme.
Sion Sono signe donc avec Guilty of Romance un semi-polar un brin hystérique et occasionnellement drôle qui mélange psychologie au rabais, tirades pseudo-poétiques et enquête policière secondaire. Les japonais, bien meilleurs pour faire peur que pour explorer les profondeurs de la psyché humaine, ont trop la fâcheuse tendance à tomber dans une orgie de déviances malsaines comme expiatoire foutraque des tabous de leur société. Un grand n’importe quoi tué par ses excès et sa prétention signé par un auteur qui passe malheureusement à côté de son sujet.
| GUILTY OF ROMANCE ● |
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[critique en séries] DEXTER
| SHOWTIME – JAMES MANOS JR. | USA | 12x50MIN | 2006-2012 | MICHAEL C. HALL, JENNIFER CARPENTER |
Brillant expert scientifique du service médico-légal de la police de Miami, Dexter Morgan est spécialisé dans l’analyse de prélèvements sanguins. Mais voilà, Dexter cache un terrible secret : il est également tueur en série. Un serial killer pas comme les autres, avec sa propre vision de la justice.
Arrivée au beau milieu des années 2000, la série Dexter, petit bébé de la chaine américaine Showtime, a provoqué un raz-de-marée infernal, confirmant le talent de Michael C. Hall, déjà exploité dans Six Feet Under, et en montrant qu’on peut allier sang et humour sans faire du Grindhouse ou du trash-comique. L’idée de la série est des plus simples (elle est adaptée d’un roman policier de Jeff Lindsay) : nous suivons les péripéties d’un tueur en série en apparences cinglé, mais qui, lorsque l’on se plonge dans sa vie intime, s’avère être une personne sérieuse, capable (plus ou moins) d’éprouver des sentiments. Ce tueur a besoin de tuer pour vivre. Il n’assassine que les »méchants » et se sort de situations complètement dingues. Le générique de début, magnifique, contenant beaucoup d’allusions au sang, montre que la routine du tueur en série se joint à la notre, avec le rasage, le petit dej’ et tout ce qu’on fait habituellement le matin. Le tueur n’est donc qu’une personne normale, avec, en plus, un besoin vital de tuer.
Pour ce qui est de la série en elle-même, elle est tout simplement parfaite : l’alliance des couleurs, une réalisation nerveuse (surtout dans la saison 1, et qui se fluidifie au fil des années), des acteurs possédés par leurs rôles, une musique thématique assez déstabilisante, un scénario inventif d’épisodes en épisodes, une intrigue qui ne s’essouffle jamais. Vous cherchiez la perfection : on l’a trouvé dans Dexter, tant tous les éléments se rassemblement harmonieusement pour nous régaler. Après, libre à chacun de nous d’accrocher ou pas. Certains épisodes ne sont peut-être pas tous excellents, notamment certains des saisons 2, 3 ou 5, et parfois, on peut trouver le comportement de ce cher Dexter un peu étrange, irrespectueux de ce qu’il était dans la saison 1, première saison qui nous rend nostalgique dès le début de la saison 2. Il est possible de décrocher, mais les cas se fonts rares. Dexter agit comme une drogue dure, si bien que ça devient presque vital d’avoir sa dose chaque semaine. Le suspense, les meurtres, de l’humour noir, et une étude très approfondie des personnages, en font une série complète, qui ne laisse rien au hasard, et frappe par son originalité.
Ce phénomène, armé de 6 saisons de 12 épisodes de 52 minutes chacun (des saisons 7 et 8 sont prévues), se doit d’être développé, analysé en six parties. Il sera demandé à ceux qui n’ont pas vu la série de ne pas lire les textes qui suivent, car la série est essentiellement basée sur un suspense insoutenable, qui nourrit la série à chaque épisode. Connaître certaines clés de l’intrigue serait gâcher le plaisir que pourriez avoir en regardant des épisodes de Dexter.

Saison 1 : « Tonight’s the night… »
Il est absolument impossible de décrire ce qui se passe dans ces 12 premiers épisodes, tant l’entrée en matière est parfaite. Au bout de dix minutes, on est déjà rentré dans l’histoire, les noms des personnages sont rapidement dans nos têtes, et Dexter nous fascine. Une réalisation fiévreuse, transpirante (l’histoire se déroule à Miami, et l’intrigue de la première saison tombe en pleine canicule), la présence inoubliable d’un rouge-sang et d’un noir profond qui s’assemblent et nous percutent, et cette intrigue du Ice Truck Killer, devenue un vrai symbole aujourd’hui, nous rappellent que malgré de futurs exploits, la première saison de Dexter est de loin la plus enivrante, et que notre cœur se rappel encore de la conclusion finale, véritable coup de tonnerre qui ne finira jamais de pétrifier.
Saison 2 : « Jesus Christ Morgan ! You are the Bay Harbor Butcher ! »
Après l’électrochoc de la saison précédente, il fallait se détacher du livre de Lindsay, montrer que Dexter est un personnage de télé, et non de livre. La saison 2 est peut-être la plus dense niveau évènements (il s’y passe beaucoup de choses), mais trop de twist tue le twist, ce qui fait de la saison 2 la moins bonne de toute la série. Seulement, le personnage de Dexter devient plus proche de nous, notamment lorsque des plongeurs retrouvent les cadavres issus de ses propres meurtres dans les fond de la baie de Miami. Il se remet en question, et montre des faiblesses. L’arrivée du personnage de Lila marque un tournant dans la série : Dexter manipule la police, mais devient vulnérable face à une fille qui a usé de ses charmes pour mieux le contrôler. Et même si tout redevient normal à la fin de la saison, on sent que notre tueur perd de l’altitude. Son attitude naïve durant les 12 épisodes de cette saison en sont la preuve.
Saison 3 : « I killed my brother. I killed yours, too. »
La naïveté de Dexter a laissé des traces, si bien qu’il se retrouve d’entrée à assassiner une personne qu’il n’avait pas prévu de tuer. Dexter a retrouvé sa vie de famille avec Rita et s’est même trouvé un ami. Mais peut-il faire confiance à tout le monde ? Ce jeune loup solitaire (de nombreux flashbacks sont là pour en témoigner) peut-il se munir d’amis, et même, partager son secret avec quelqu’un en toute confiance ? La saison 3 pose les bonnes question, et apporte des réponses convaincantes. Les douze épisodes ne se valent pas tous, mais la conclusion est glaçante. Dexter ne peut donc pas partager son secret. Miguel Prado fût donc le troisième à connaître la nature de tueur de Dexter, et fût, comme les deux autres, emballé dans du plastique, tué à l’arme blanche, et jeté en petits morceaux dans la mer. Cruelle vérité d’un serial-killer en apparences seul, qui finira par se marier et être papa.
Saison 4 : « Born in blood… both of us. »
La saison 4 est celle du changement. Dexter doit faire face à un tueur plus fort que lui. Déterminé à être un meilleur père de famille tout en continuant ses activités meurtrières, il prend des risques considérables, qui courront à sa perte, lors d’un ultime épisode qui hantera toute une génération pendant des années. Le changement se fait dans la réalisation, devenue très conventionnelle : la routine s’installe, Dexter tue moins (le premier épisode, où Dexter n’arrive pas à tuer sa nouvelle cible, à cause de son fils qui ne dort pas, nous le montre). L’arrivée du Trinity Killer vient nous réveiller, plongeant la saison dans un joyeux bordel qui jouera avec nos nerfs jusqu’à la dernière seconde. Parfaitement maitrisée, la saison choisit de nous montrer le tueur dès le premier épisode, à l’inverse d’une saison 1 où le visage du serial-killer n’était dévoilé qu’en fin de saison.
Saison 5 : « I’m someone different (…) I’m not a monster »
Dexter sauve la vie d’une personne qui a manqué de se faire tuer, et sa vie bascule. Dexter doit survivre au choc qu’il vient de se prendre en pleine gueule (cf : fin de la saison 4), et s’en sort royalement bien, malgré quelques instants de faiblesses (certains innocents seront tués lors de cette cinquième saison). Cette saison se voit monter jusqu’au sommet lors du meilleur épisode de toute la série, celui où il se sort miraculeusement d’une chasse à l’homme, tout en tuant sa proie en prononçant le mythique « Die die ! ». La saison est tout de même hétérogène, et est la moins étonnante (un final un peu raté), mais Dexter change, et nous le suivons avec joie.
Saison 6 : « I’m a father, a son, and a serial killer »
Dans une saison 6 basée quasi-totalement sur Dieu, Dexter s’écrie « Oh God ! » lors d’un final inattendu. Dexter est de moins en moins prudent, tue à la fourche et au harpon sans préméditations, va coucher avec une gérante de station-service pour lui voler son flingue, se fait »pomper l’instrument » par une ancienne camarade de lycée. L’enfant méticuleux et sage s’émancipe, profite de la vie. Il s’interroge sur ses croyances. Dexter devient un véritable adulte irresponsable. L’absence de présence féminine dans sa vie lui empêche véritablement de se contrôler. Laguerta est de plus en plus insupportable, Deb devient presque le personnage principal et Batista et Quinn sont relégués au second plan. Mais dans une saison riche en rebondissements et émotions, le final vient en rajouter une couche, si bien qu’exprimer l’envie que l’on a de voir la saison 7 est rigoureusement impossible.
Critique en série(s) proposée par Copa738
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[critique] BULLHEAD
| MICHAEL R. ROSKAM | BELGIQUE | 129 MIN | 22 FÉVRIER 2012 | MATTHIAS SCHOENAERTS, JEROEN PERCEVAL, JEANNE DANDOY |
Jacky est issu d’une importante famille d’agriculteurs et d’engraisseurs du sud du Limbourg. A 33 ans, il apparaît comme un être renfermé et imprévisible, parfois violent… Grâce à sa collaboration avec un vétérinaire corrompu, Jacky s’est forgé une belle place dans le milieu de la mafia des hormones. Alors qu’il est en passe de conclure un marché exclusif avec le plus puissant des trafiquants d’hormones de Flandre occidentale, un agent fédéral est assassiné. C’est le branle-bas de combat parmi les policiers. Les choses se compliquent pour Jacky et tandis que l’étau se resserre autour de lui, tout son passé, et ses lourds secrets, ressurgissent…
Nominé aux Oscars dans la catégorie Meilleur film étranger, Bullhead (aka Rundskop) est le film choc et incontournable de ce début d’année. Rappelant la filmographie de Nicolas Winding Refn (avec son personnage principal charismatique, peu bavard, aux accès de violence incontrôlables, sa mise en scène tendue et soignée, son utilisation de la musique…), ce long-métrage belge écrit et réalisé par Michael R. Roskam est une claque inattendue qui ne vous laissera pas insensible.
Malgré quelques petites longueurs ça et là, ce « premier » film du cinéaste dégage une puissance et une maîtrise surprenantes. Parfois drôle ou grotesque, Bullhead suit le destin tragique de Jacky Vanmarsenille, jeune agriculteur aux fréquentations douteuses et accro aux hormones de croissance. Si l’on n’avait aucun doute sur la vitalité créative de l’autre côté de la frontière (quand ils ne viennent pas de Suède, les meilleurs groupes indé sont belges), Michael R. Roskam prouve – à l’image de ses illustres ainés – qu’il sera dorénavant un cinéaste à suivre de (très) près.
Bullhead, polar agricole noir, intense et dérangeant, méritait la consécration (en lieu et place du redondant Une séparation) et révèle deux nouveaux acteurs majeurs du cinéma européen qu’il faudra désormais suivre avec attention : le talentueux cinéaste Michael R. Roskam et son éblouissant comédien Matthias Schoenaerts.
| BULLHEAD ●●● |
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[critique] WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN °
Eva a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin. La communication entre mère et fils s’avère d’emblée très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, il commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire.
Un film vaniteux, maniéré et simpliste construit de manière inutilement alambiquée pour rendre son métrage plus intelligent qu’il ne l’est. Difficile de supporter l’accumulation de symboliques lourdingues et d’énormes clichés peu subtils. Tous les acteurs interprétant Kévin surjouent lamentablement, ce qui n’aide pas à rendre ce film plus crédible. L’interprétation irréprochable de Tilda Swinton ne suffit pas à sauver ce film de l’ennui et de l’agacement qu’il provoque.
| LYNNE RAMSAY | UK/USA | 110 MIN | 28 SEPTEMBRE 2011 | TILDA SWINTON, JOHN C. REILLY |
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[exclu] DE BON MATIN *
Après La fabrique des sentiments, Jean-Marc Moutout choisit de mettre en image un fait-divers pour illustrer la cruauté d’un système ne se préoccupant guère de l’humain derrière ce maillon de la chaîne que l’on veut mettre au placard avec vingt ans de services rendus. Cette absence de considération qui peut en pousser certains à commettre l’irréparable.
| JEAN-JACQUES MOUTOUT | FRANCE | 92 MIN | 5 OCTOBRE 2011 | JEAN-PIERRE DAROUSSIN |
Le bleu du miroir
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