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(critique) PROMISED LAND
| GUS VAN SANT | DRAMA ECOLO | USA | 106 MIN | 17 AVRIL 2013 | MATT DAMON, FRANCES McDORMAND |
STEVE BUTLER, REPRÉSENTANT D’UN GRAND GROUPE ÉNERGÉTIQUE, SE REND AVEC SUE THOMASON DANS UNE PETITE VILLE DE CAMPAGNE. LES DEUX COLLÈGUES SONT CONVAINCUS QU’À CAUSE DE LA CRISE ÉCONOMIQUE QUI SÉVIT, LES HABITANTS NE POURRONT PAS REFUSER LEUR LUCRATIVE PROPOSITION DE FORER LEURS TERRES POUR EXPLOITER LES RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES QU’ELLES RENFERMENT. CE QUI S’ANNONÇAIT COMME UN JEU D’ENFANT VA POURTANT SE COMPLIQUER LORSQU’UN ENSEIGNANT RESPECTÉ CRITIQUE LE PROJET, SOUTENU PAR UN ACTIVISTE ÉCOLOGISTE QUI AFFRONTE STEVE AUSSI BIEN SUR LE PLAN PROFESSIONNEL QUE PERSONNEL… Gus Van Sant est un cinéaste qui (me) divise depuis plus d’une décennie. Capable de superbes et marquants longs-métrages tels que Good Will Hunting ou Harvey Milk, celui-ci s’est trop longtemps enfermé dans son cycle pseudo-contemplatif exaspérant sur les tracas de l’adolescence. Récompensé par une Palme d’or injustifié pour le très surestimé Elephant, celui-ci a continué à se la jouer étudiant en arts du spectacle avec Last Days ou (le pire) Paranoïd Park. Heureusement, celui-ci est revenu aux affaires sérieuses et s’est remis au travail en réalisant l’important et très réussi Harvey Milk, drama nécessaire et abouti, avant de retomber dans ses travers avec l’insipide Restless.
Gus Van Sant n’est jamais aussi intéressant que lorsqu’il s’empare de véritables sujets pour véritablement faire du cinéma – plutôt que de s’endormir dans de l’expérimental sans intérêt. Avec Promised Land, celui-ci signe un long-métrage engagé et pédagogique, avec l’aide de son comparse Matt Damon (accompagné de John Krasinski) à la plume. Alors bien sûr, la réalisation de Promised Land est effectivement très formelle et son déroulement plutôt classique. Mais le message (dénonciateur) passe et interpelle, ce qui est bien là l’essentiel du propos. Le film n’en est pas moins divertissant puisqu’on ne voit pas passer la centaine de minutes que dure celui-ci. Gus Van Sant a le mérite d’attirer l’attention avec clarté et éloquence sur l’exploitation du gaz du schiste et les risques liés à celle-ci, bien trop souvent ignorés du grand public ou tournés en dérision par le lobbying. Promised Land est un film modérément engagé mais assurément efficace et pertinent, qui ne cherche pas à trop en faire ou dire, livrant un état des lieux calme (et pourtant bien triste) tout en questionnant chacun d’entre nous sur ce qu’il est prêt à accepter par soumission ou résignation. Mission accomplie.
15
(critique) THE PLACE BEYOND THE PINES
| DEREK CIANFRANCE | DRAMA | USA | 140 MIN | 20 MARS 2013 | RYAN GOSLING, BRADLEY COOPER, EVA MENDES |
CASCADEUR À MOTO, LUKE EST RÉPUTÉ POUR SON SPECTACULAIRE NUMÉRO DU «GLOBE DE LA MORT». QUAND SON SPECTACLE ITINÉRANT REVIENT À SCHENECTADY, DANS L’ÉTAT DE NEW YORK, IL DÉCOUVRE QUE ROMINA, AVEC QUI IL AVAIT EU UNE AVENTURE, VIENT DE DONNER NAISSANCE À SON FILS… POUR SUBVENIR AUX BESOINS DE CEUX QUI SONT DÉSORMAIS SA FAMILLE, LUKE QUITTE LE SPECTACLE ET COMMET UNE SÉRIE DE BRAQUAGES. CHAQUE FOIS, SES TALENTS DE PILOTE HORS PAIR LUI PERMETTENT DE S’ÉCHAPPER. MAIS LUKE VA BIENTÔT CROISER LA ROUTE D’UN POLICIER AMBITIEUX, AVERY CROSS, DÉCIDÉ À S’ÉLEVER RAPIDEMENT DANS SA HIÉRARCHIE GANGRENÉE PAR LA CORRUPTION. QUINZE ANS PLUS TARD, LE FILS DE LUKE ET CELUI D’AVERY SE RETROUVENT FACE À FACE, HANTÉS PAR UN PASSÉ MYSTÉRIEUX DONT ILS SONT LOIN DE TOUT SAVOIR… Son premier film, Blue Valentine, était sorti de façon plutôt anonyme dans l’hexagone alors qu’il avait rencontré un certain succès public et critique aux Etats-Unis. Bien qu’inégal et inaboutti, le long métrage bénéficiait de très belles qualités et d’une portée dramatique vraiment intéressante. Ce drama romantique a vu naître une complicité cinématographique entre le cinéaste Derek Cianfrance et son acteur, Ryan Gosling. Ce mercredi sort la seconde collaboration des deux hommes. Souffre t’elle des mêmes symptômes que la première réalisation de Cianfrance ? La réponse à cette question est plutôt positive. En effet, si l’on retrouve à nouveau de très belles qualités (réalisation, mise en scène et direction artistique soignées), on regrette aussi certains défauts évidents qui empêchent l’adhésion totale.
The place beyond the pines est maladroitement coupé en deux, voire en trois, de façon bien trop évidente et gênante. Le problème ne semble pas venir du procédé (qui se défend) mais du manque d’ampleur des second et troisième segments. Si la première heure est vraiment prenante, axée sur le personnage d’un Ryan Gosling à la présence de nouveau magnétique et charismatique, la seconde heure est beaucoup plus poussive car manquant singulièrement de relief. Est-ce la faute du scénariste, du réalisateur ou de l’acteur campant le personnage du flic ? Les trois, à priori. Certes l’interprétation de Bradley Cooper n’aide pas à épaissir un personnage plutôt fade. Ceci dit, son arc scénaristique parait bien moins travaillé et étoffé que ceux qui le précèdent. Ainsi l’intrigue autour du policier puis de son fils peine à susciter l’intérêt ou la surprise. Les deux jeunes acteurs (campant les deux adolescents) sont d’ailleurs peu convaincants, au contraire d’Eva Mendes, qui se révèle être la bonne surprise du film. Outre le sentiment de déception que laisse The Place Beyond the Pines, retenons toutefois de belles qualités qui peuvent motiver le déplacement et le visionnage, notamment une première heure très réussie portée par un Ryan Gosling charismatique et une Eva Mendes très juste et touchante.
1
[critique] LA CHASSE
| THOMAS VINTERBERG | DANEMARK | 111 MIN | 14 NOVEMBRE 2012 | MADS MIKKELSEN, THOMAS BO LARSEN, ANNIKA WEDDERKOPP |
Après un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s’applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s’illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l’hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.
Pour son septième film, l’ami de Lars Von Trier s’intéresse à un sujet fort (la présomption d’innocence dans un cas d’abus sexuel) et livre un long-métrage d’une incroyable maîtrise en forme de miroir de son Festen qui l’avait consacré en 1998. Pourtant accueilli de façon mitigée par la critique de Cannes, La chasse est un quasi sans-faute mené de main de maître par le cinéaste Thomas Vinterberg et bénéficiant d’une interprétation en tous points remarquables du grand Mads Mikkelsen – reparti du Festival avec un prix d’interprétation amplement mérité. L’histoire de cet homme entraîné dans l’engrenage de la suspicion et rejeté par sa communauté après les soupçons d’abus sexuels qu’il aurait provoqué (mais qui ne sont que le fruit de l’imagination d’une enfant et de la maladresse d’adultes aveuglés par le choc et la peur) sonne terriblement juste. Aucune fausse note dans le traitement de ce sujet difficile qui ne tombe jamais dans le sensationnalisme ou le manichéisme. Une réussite sur le fond ET la forme avec une mise en scène soignée, subtile et habile, soulignée par une photographie délicate et une partition musicale discrète et appropriée.
La chasse sort sur les écrans mi-novembre et je vous le recommande très chaudement. Il s’agit certainement du meilleur film de cette fin d’année.
| LA CHASSE ●●●● |
16
[critique] TOTAL RECALL, MÉMOIRES PROGRAMMÉES
| LEN WISEMAN | USA | 121 MIN | 15 AOÛT 2012 | COLIN FARELL, KATE BECKINSALE, JESSICA BIEL |
Modeste ouvrier, Douglas Quaid rêve de s’évader de sa vie frustrante. L’implantation de souvenirs que propose la société Rekall lui paraît l’échappatoire idéale. S’offrir des souvenirs d’agent secret serait parfait… Mais lorsque la procédure d’implantation tourne mal, Quaid se retrouve traqué par la police. Il ne peut plus faire confiance à personne, sauf peut-être à une inconnue qui travaille pour une mystérieuse résistance clandestine. Très vite, la frontière entre l’imagination et la réalité se brouille. Qui est réellement Quaid, et quel est son destin ?
« Parfois les annonceurs ne mentent pas sur la marchandise ». Phrase pleine de sagesse que j’ai pu entendre à propos du remake de Total Recall en salles depuis hier résumant assez bien la valeur apparente de cette série B sans ambition et… sans intérêt. Dans un monde à mi-chemin entre Matrix et I-Robot, on suit le « modeste ouvrier » Dennis qui s’ennuie passablement dans son boulot de soudeur et dans sa vie conjugale : il faut dire que se taper une MILF esthétiquement très retouchée dans un taudis lugubre, ça te rendrait impuissant et dépressif pas mal de mecs. Un soir où sa belle secouriste est déja profondément endormie, il choisit d’aller trinquer un bon coup avec son poto black dans le pub du coin. Complètement sobre malgré les plusieurs pintes qu’il s’enfile, il prend la meilleure décision de toute sa vie : aller se faire implanter des faux-souvenirs chez Rekall, comme si une agence de voyages te faisait payer cher des vacances que tu ne feras jamais vraiment. On sent déjà à quel point le Dennis est un mec lucide. Pour donner un peu de piment à sa VDM, il choisit de se faire inventer une vie d’espion. Sauf qu’au moment de l’envoyer au pays des rêves, les machines de Rekall indique que le Dennis est déjà un espion. WOW. Quel twist de malade mental n’est ce pas ? S’en suivent une bonne heure et demie de course-poursuite, de bastons, de gunshots, de pseudo-mystères quant à la véritable identité du Farell… Un florilège, un régal, un capharnaüm.
Non. Un film bordélique scénaristiquement et cinématographiquement digne d’un épisode de la saga Underworld - on m’indique dans l’oreille que le Wiseman est déjà responsable de deux opus – avec ses mouvements de caméra superflus semblant rechercher la profondeur de champ [hey dude, ton film il est en 2D] où l’on retrouve l’insipide Colin Farell et l’effroyable créature botoxée Kate Beckinsale qui, débarrassée de sa combinaison de cuir vampirique, n’a plus de raison de tourner au cinéma tellement elle ne sait pas jouer. Len L’homme sage se sent obligé de lui donner du taf par devoir conjugal et il nous impose donc de nombreuses scènes où elle débite sans crédibilité des répliques surfaites et réchauffées en mode badasse. Enfin, Jessica Biel-Timberlake, Bill Nighy sous calmant et Bryan Cranston avec une perruque blonde viennent compléter le casting de ce long métrage douteux.
Voilà un film qui aurait du se contenter d’une sortie en DTV. Remake paresseux et bruyant, ce Total Recall : Mémoires Programmées ne parvient même pas à vous empêcher de piquer du nez malgré sa débauche incessante de coups de feu, d’explosions et de combats.
| MÉMOIRES PROGRAMMÉES ○ |
10
[critique] BROKEN
| RUFUS NORRIS | UK | 90 MIN | 22 AOÛT 2012 | TIM ROTH, CILLIAN MURPHY, ELOISE LAURENCE |
Après avoir été témoin d’une agression brutale, Skunk se rend compte que la maison où elle vit, son quartier, son école, lui sont devenus étrangers, presque hostiles. Les certitudes rassurantes de l’enfance ont laissé place à l’inconnu et à la peur. Et, alors qu’elle se tourne vers un avenir devenu soudain plus sombre, son innocence n’est plus qu’un souvenir. En cherchant le réconfort dans l’amitié muette de Rick, un garçon doux mais abîmé par la vie, Skunk va se trouver confrontée à un choix. Poursuivre un chemin dans lequel elle ne se reconnaît plus, ou quitter les ruines de son ancienne vie…
Ayant fait l’ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes cette année, Broken est un film choral britannique qu’il ne faudra pas manquer lors de la fin de cet été 2012. Petite merveille sensible, drôle et poignante, écrite par le talentueux scénariste Mark O’Rowe qui avait déjà signé le script du très marquant Boy A en 2009, Broken suit plusieurs personnages, tous voisins ou visiteurs d’un petit quartier qui sera le théâtre de tristes évènements.
Broken juxtapose tendresse et violence, à l’image d’un cinéma anglais qui parvient souvent à les associer avec réussite (Tyrannosaur, This is England ou Boy A justement) si l’on reste un peu indulgent sur cette fin un brin maladroite. Rufus Norris n’a d’ailleurs pas grand chose à envier à ses illustres ainés et, comme Paddy Considine qui nous avait scotché avec sa première réalisation, le cinéaste sera à surveiller de près. Différence notable, Norris parvient à insufler une certaine malice dans son cinéma – généralement par l’intermédiaire de sa jeune pré-adolescente mais pas seulement – ainsi qu’un humour et une légèreté permettant d’éviter de tomber dans trop de noirceur ou de pathos, apportant un peu d’innocence et de douceur dans cette histoire qui aborde des sujets peu évidents (la parentalité, l’abandon, le handicap mental, la violence scolaire…). Il y a aussi un peu de Little Children dans cette chronique de quartier (où le mensonge et la stigmatisation vont finir par causer de sacrés dégâts) sublimée par une superbe photographie – là encore, c’est aussi un technicien de Boy A, Rob Hardy. On sent dans la mise en scène et la réalisation de Norris ses origines (théâtre, opéra) lui qui allie avec beaucoup d’agilité les images à la musique, qui se joue des décors et des sons et qui dirige impeccablement ses interprètes dont la jeune Eloise Laurence qui crève l’écran pour son tout premier rôle.
Tantôt espiègle et léger, tantôt grave et brutal, Broken est un joli premier film d’un réalisateur britannique à suivre et porté par des comédiens remarquables de justesse dont la jeune révélation Eloise Laurence.
| BROKEN ●●● |
15
[critiques] LES NAVETS DE JUILLET : JANE EYRE, AFTER.LIFE, EFFRACTION
| CARY FUKUNAGA | USA | 115 MIN | 25 JUILLET 2012 | MICHAEL FASSBENDER, MIA WASIKOWSKA, JUDI DENCH |
Jane Eyre est engagée comme gouvernante de la petite Adèle chez le riche Edward Rochester. Cet homme ombrageux ne tarde pas à être sensible aux charmes de la jeune fille. C’est le début d’une folle passion…
… que l’on ne verra jamais. Jane Eyre version 2011 est un modèle de film apathique. Pourtant porté par deux interprètes d’ordinaire plutôt doués (Fassbender et Wasikowska), ce remake sans consistance du célèbre roman de Charlotte Brontë est aussi fade et soporifique qu’inutile. Le tandem est agaçant et maniéré, comme si les deux acteurs étaient sous Lexomil. Et alors que Billy Elliot se paye une fausse barbe, Sally Hawkins et Judi Dench sont les seules à la hauteur dans ce remake superflu à l’encéphalogramme plat – le réal doit tourner lui au Xanax ! Les passages clés n’ont aucune ampleur et sont terriblement survolés.
Edit Juillet 2012 : A coup sûr, il passera complètement inaperçu, noyé au milieu de gros blockbusters (TASM, The Dark Knight Rises) et de beaux films d’auteur originaux (360, Laurence Anyways…).
| JANE EYRE ○ |
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| AGNIESZKA WOJTOVICZ-WOSLOO | USA | 104 MIN | 18 JUILLET 2012 | CHRISTINA RICCI, LIAM NEESON, JUSTIN LONG |
Après un grave accident de voiture, Anna se réveille dans une salle des pompes funèbres locales où Eliot Deacon lui explique qu’elle est morte et qu’il doit maintenant préparer son corps pour l’inhumation. Terrifiée, Anna se sent tellement vivante qu’elle ne sait pas si elle doit lui faire confiance pour l’accompagner dans l’autre monde ou s’il a l’intention de l’enterrer vivante…
After.Life est sorti aux States en 2010 et n’a pas rencontré le moindre succès. Cela n’a pas inquiété les distributeurs qui n’ont jamais peur de balancer par la fenêtre leur argent et deux bonnes années plus tard, le film qui réunit Christina Ricci et Liam Neeson – deux anciens bons acteurs désormais abonnés aux séries B feignantes – sort sur les écrans français. Ne perdez ni votre temps, ni votre argent, cette After.life ne mérite pas de seconde vie et ne pourra à peine occuper un dimanche après-midi pluvieux cet automne. Et puis, avec un nom aussi imprononçable, la réalisatrice de cette daube ne mérite même pas l’effort. A moins que vous ne teniez vraiment à voir la Ricci en tenue d’Eve.
| AFTER.LIFE ○ |
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| EFFRACTION ° JOEL SCHUMACHER | USA | 91 MIN | 18 JUILLET 2012 | NICOLE KIDMAN, NICOLAS CAGE |
Alors qu’il est retenu en otage, un couple voit sa situation conjugale, déjà compliquée, s’aggraver, lorsqu’il est question de trahison et de déception…
Effraction est certainement LA plus grosse daube hollywoodienne de cette année 2012 voire des trois dernières années. Je n’ai pas peur des mots (vulgaires) et je vous mets en garde très vivement : c’est une gigantesque merde. Tout est consternant, naze, cheap, surjoué, de mauvais goût. Médiocre serait un bien faible mot pour définir ce film abyssalement nul. Nicole Kidman, plus défigurée que jamais, est terrifiante de niaiserie et de botox. Nicolas Cage atteint un nouveau sommet dans sa carrière déjà jalonnée d’innombrables immondices. Joel Schumacher (déjà responsable du pire Batman de tous les temps) nous sort un ersatz injurieux de Panic Room et réunit deux acteurs has-been passant davantage de temps à se curer aux UV et à compter leur blé qu’à prendre des cours d’interprétation. Effraction devrait être renommé Abomination tellement le qualifier de film serait une injure. Un scénario d’une bêtise sans nom (d’ailleurs, Nicolas Cage lit-il encore les scripts qu’il reçoit avec de tourner dedans ?) pour le plus grand navet des ces dernières années. Non seulement, il s’agit d’un métrage à éviter mais il est surtout à déconseiller, à détruire, à conspuer, à insulter à volonté. Le Schumacher en Formule 1 était un gros tricheur. Celui qui se fait du blé avec le cinoche en est un plus grand.
| EFFRACTION ○ |
7
[critique] L’ENFANT D’EN HAUT
| URSULA MEIER | 97 MIN | 18 AVRIL 2012 | LEA SEYDOUX, KACEY MOTTET KLEIN, GILLIAN ANDERSON |
Simon, 12 ans, emprunte l’hiver venu la petite télécabine qui relie la plaine industrielle où il vit seul avec sa sœur Louise, à l’opulente station de ski qui la surplombe. Là-haut, il vole les skis et l’équipement des riches touristes qu’il revend ensuite aux enfants de son immeuble pour en tirer de petits mais réguliers bénéfices. Louise, qui vient de perdre son travail, profite des trafics de Simon qui prennent de l’ampleur et devient de plus en plus dépendante de lui…
Précédé d’une réputation assez élogieuse, L’enfant d’en haut est pourtant un film d’une banalité certaine et d’un intérêt plus que relatif. L’idée de départ est là mais jamais son développement ne sera à la hauteur. Alors oui il y a bien de brèves séquences qui maintiennent l’intérêt quelques instants, notamment les confrontations du petit Simon avec Mike ou la mère de famille anglaise (campée avec classe par Gillian Anderson). Mais ce n’est pas suffisant. Les aiguilles de l’horloge semblent se figer fréquemment tellement le temps paraît long.
Le film tourne à vide et en rond, malgré les efforts de ses interprètes, et ne sait pas où il va. Pire, il semblerait qu’Ursula Meier ne sache pas comment le conclure. Il faut dire qu’elle se met une sacrée balle dans le pied en cours de parcours avec sa « révélation ». Le minimalisme de son histoire et de son cadre semblent alors devenir trop pesants pour ses personnages si bien qu’elle semble ne pas savoir qu’en faire. L’enfant d’en haut aurait été un très bon court métrage de vingt minutes mais son auteure n’a pas su éviter le piège du long. On s’ennuie donc pendant 1h10.
| L’ENFANT D’EN HAUT ● |
5
[critique] LES INFIDÈLES
| COLLECTIF | FRANCE | 109 MIN | 29 FÉVRIER 2012 | JEAN DUJARDIN, GILLES LELLOUCHE, ALEXANDRA LAMY |
L’infidélité masculine et ses nombreuses variations, vues par sept réalisateurs.
Découvert au cinéma plus d’un mois après sa sortie, le film collectif Les infidèles dont Jean Dujardin et Gilles Lellouche sont les initiateurs et acteurs principaux, est une réussite mitigée et inégale. Tantôt crétin ou trash, parfois plus mélancolique et cynique, ce film à sketchs amuse autant qu’il déconcerte. Il est difficile de se faire une opinion générale tant le film manque de cohérence, chaque segment se différenciant des autres.
Deux parties se détachent néanmoins avec évidence : celles de Michel Hazanavicius (le Séminaire) et de Emmanuelle Bercot. Le réalisateur récemment oscarisé réalise un segment terriblement mélancolique voire pathétique – dans le sens premier du terme. Son personnage, incarné par un Jean Dujardin surprenant de justesse, dégage une solitude existentielle particulièrement pesante. On le retrouve également très touchant dans le segment qu’il partage avec son épouse (à la ville et à l’écran) Alexandra Lamy, elle aussi surprenante de justesse. Si les deux acteurs sont aussi impeccables c’est peut-être également grâce à l’écriture et à la mise en scène subtiles d’Emmanuelle Bercot qui suit ce couple qui se déchire après une question anodine qui va conduire à des révélations déchirantes. Au petit matin, elle saura se contenter de filmer les regards et les non-dits avec beaucoup de finesse plutôt que de tomber dans une conclusion bavarde et maladroite.
Les autres segments sont dans l’ensemble plus dispensables et plus prévisibles. Bien que divertissants et parfois jouissifs, trop de lieux communs affluent progressivement, avec une lourdeur potache un brin lassante. La séquence des « Infidèles anonymes » est même plutôt grossière, tout comme la conclusion de ce film, certes osée et complètement assumée, mais finalement assez stupide.
| LES INFIDÈLES ●● |
26
[actu] BLACK SWAN, BELLE PROPAGANDE ET PLAGIAT INAVOUÉ ?

Je n’ai pas l’habitude de poster pour la polémique. Mais lire partout sur le net des commentaires dithyrambiques sur Black Swan a eu raison de ma patience. A force de lire du « brillant », du « chef d’œuvre » ou de « l’expérience visuelle hors du commun » à toutes les sauces, je pense qu’il serait intéressant de contrebalancer le propos. Non, mon but n’est en aucun cas de forcer les autres à adopter mon point de vue sur cette grande supercherie qu’est Black Swan. Chacun a le droit d’aimer ou pas un film. En revanche, ce métrage qui a été sacralisé « meilleur film de l’année » par nombreux blogueurs et magazines, mérite de tomber de son piedestal.
Tout d’abord, la Portman. Miss Perfect, enceinte jusqu’au cou, a reçu le mois dernier son ptit n’oscar pour son rôle de Nina dans le Black Swan de Aronofski. Après une grande campagne vantant les mérites et l’implication de la jeune actrice – enfin, jeune, elle a 30 ans la nana désormais – qui était devenu une danseuse étoile à force de travail pendant un an et demi, elle était couronnée meilleure actrice. Dans son discours de remerciement, elle parlait du rôle de sa vie et du challenge qui l’attendait désormais avec la naissance de son premier enfant « Creating life will be the most important role of my life ». Mais pas un mot pour sa (ses) doublure(s). Cet Oscar était le fruit, non pas d’un travail acharné dans les salles de danse, mais d’une vaste campagne pour permettre à Portman d’obtenir la statuette. Voyons… Elle n’allait pas dévoiler la supercherie devant des millions de téléspectateurs ! Car oui, je m’adresse à vous les adorateurs de Princess Portman. Portman est une Sainte à vos yeux et sa prestation de danseuse étoile est amazing. Il est temps que vous appreniez la vérité. Santa doesn’t exist ! Dans 85% du film, ce n’est pas Portman qui danse mais sa doublure, la danseuse étoile Sarah Lane :
Les producteurs ont voulu faire croire aux gens que Natalie avait un don naturel pour la danse et qu’elle avait vraiment travaillé dur pendant un an et demi pour jouer cette ballerine. Ils ont monté cette histoire de toutes pièces parce qu’ils n’avaient qu’une idée en tête : décrocher l’Oscar à tout prix. Mais cette supercherie c’est vraiment une insulte à notre profession. Moi, je suis danseuse depuis 22 ans… D’un point de vue professionnel, Natalie Portman n’a absolument rien d’une danseuse de ballet. Sur toutes les scènes où on voit Nina [le personnage incarné par NP] danser en pieds, je dirais que 5% ont été tournées par Natalie Portman », explique Sarah Lane, danseuse à l’American Ballet Theatre. « Tout le reste, c’est moi. Natalie Portman est une bonne actrice. Elle a perdu beaucoup de poids pour le rôle et beaucoup travaillé pour comprendre le ressenti des danseuses de ballet. Je sais que ce n’est pas contre moi et que tout ça est politique au final. » (sources : Excessif, Les Inrocks, Entertainment Weekly, etc).
En effet, le reste des séquences de ballet a été dansé par Sarah Lane, dont le visage fut remplacé digitalement par celui de NP. Voici une vidéo qui explique le procédé : Regardez la première vidéo, à partir de 2’59. On peut accuser Sarah Lane d’être remplie d’aigreur et de jalousie – ce qui pourrait se comprendre – mais on peut difficilement remettre en question sa parole lorsque l’on voit ce reportage sur les retouches numériques où l’on constate qu’en effet Perfect Princess Portman n’a sûrement pas dansé tant que ça.
Voilà pour ce qui est de l’actrice et de cette belle propagande pour les Oscars. Maintenant, le réalisateur. On a vanté ses talents, son génie. Je le trouve moi-même plutôt doué. The Wrestler est un excellent film, Requiem for a Dream un film marquant (bien que doté de quelques défauts de jeunesse). Mais Black Swan est en revanche de mon point de vue un métrage grossier et décevant par bien des aspects. A ce niveau, ce n’est qu’une opinion. En revanche, on peut sérieusement s’interroger sur le contenu et la forme, Black Swan rappelant de façon assez flagrante un film asiatique, Perfect Blue. Plagiat ou grosse inspiration ? Faites votre choix :
Trailer Black Swan – Perfect Blue
Le cinéaste, interrogé sur la question, a nié toute inspiration, malgré des ressemblances évidentes : « Not really, there are similarities between the films, but it wasn’t influenced by it ». On aurait aimé qu’il soit plus honnête et reconnaisse s’en être inspiré, lui qui avait fait déjà fait de même pour Requiem for a Dream.
Au final, on peut vanter les qualités de Black Swan (si on lui en trouve). Mais ces deux doutes majeurs sur le film soulèvent de grosses interrogations d’éthique et d’honnêteté de la part de l’équipe technique et de la production. Cette histoire de cygne ne casse de toute façon pas trois pattes à un canard.
Le bleu du miroir
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