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(critique) LE PASSE

Par Wilyrah  //  2013, Made in France, Très bon  //  2 commentaires
ASGHAR FARHADI | DRAME | FRA | 130 MIN | 17 MAI 2013 | BERENICE BEJO, ALI MOSAFFA, TAHAR RAHIM

APRÈS QUATRE ANNÉES DE SÉPARATION, AHMAD ARRIVE À PARIS DEPUIS TÉHÉRAN, À LA DEMANDE DE MARIE, SON ÉPOUSE FRANÇAISE, POUR PROCÉDER AUX FORMALITÉS DE LEUR DIVORCE. LORS DE SON BREF SÉJOUR, AHMAD DÉCOUVRE LA RELATION CONFLICTUELLE QUE MARIE ENTRETIENT AVEC SA FILLE, LUCIE. LES EFFORTS D’AHMAD POUR TENTER D’AMÉLIORER CETTE RELATION LÈVERONT LE VOILE SUR UN SECRET DU PASSÉ. Récompensé d’un Oscar du meilleur film étranger un peu généreux pour le bon mais redondant Une séparation, l’iranien Asghar Farhadi est venu en France tourner son nouveau long-métrage dans lequel il réunit deux acteurs césarisés (Bérenice Bejo et Tahar Rahim) aux côtés de Ali Mosaffa, acteur iranien qui a perfectionné ses notions de français pour le rôle. L’histoire du film Le passé s’articule autour de trois personnages, un futur-ex-mari revenant d’Iran pour officialiser le divorce et un futur-mari ne parvenant pas complètement à tourner la page d’une épouse dans le coma après une tentative de suicide. Farhadi a souhaité exploré chez ses personnages leur rapport au passé. Dans le film, le scénario balance donc toujours entre la loyauté envers le passé et le besoin de se tourner vers l’avenir. Pour celui-ci, « on a beau essayer de se propulser vers l’avant, le poids des événements passés continue de peser sur nous« . C’est ce qu’il cherche à démontrer avec l’histoire de Marie, Ahmad et Samir, ainsi que leurs enfants gravitant autour et essayant de s’adapter par la force des choses à la nouvelle dynamique du présent et du futur. L’une d’elle n’y parvient pas et s’y refuse : il s’agit de Lucie, l’aînée de Marie. Construit comme un thriller psychologique, Le passé dévoile progressivement et très habilement ses mystères. Parfaitement écrit, ce drama familial bénéficie de l’interprétation remarquable des trois comédiens principaux, excellemment dirigés par le cinéaste iranien. Actuellement en sélection au Festival de Cannes, celui-ci fera figure de sérieux candidat à une future récompense, malgré un dernier quart d’heure maladroit malgré toutes les précautions de mise en scène de Farhadi. 

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(critiques) FILMS DE LA SEMAINE : LE DERNIER REMPART, SOMEBODY UP THERE LIKES ME

  LE DERNIER REMPART °/●

Après une opération ratée qui l’a laissé rongé par les remords et les regrets, Ray Owens a quitté son poste à la brigade des stupéfiants de Los Angeles. Il est désormais le shérif de la paisible petite ville de Sommerton Junction, tout près de la frontière mexicaine. Mais sa tranquillité vole en éclats lorsque Gabriel Cortez, le baron de la drogue le plus recherché du monde, réussit une évasion spectaculaire d’un convoi du FBI, semant les cadavres derrière lui… Avec l’aide d’une bande de truands et de mercenaires dirigés par le glacial Burrell, Cortez s’enfuit vers la frontière à 400 km/h dans une Corvette ZR1 spéciale, et il a un otage… Il doit passer par Sommerton Junction, où est massé le gros des forces de police américaines. C’est là que l’agent John Bannister aura une dernière chance de l’intercepter avant qu’il ne franchisse la frontière… I’ll be back, disait-il dans Terminator. He’s back. Arnold the Governator est de retour au cinéma. Pour son come-back, il prend le premier rôle du premier film hollywoodien du talentueux Kim Jee-woon (auteur notamment du génial J’ai rencontré le diable). Malheureusement, on ne pourra pas s’enthousiasmer des masses devant ce film de série B plutôt bidon. L’humour semble être le seul atout de ce bad-ass movie – et encore. Papy Arnold tient la baraque d’une comédie bourrine qui se regarde en déposant son cerveau à l’entrée de la salle. Un film assez quelconque donc, à ne voir que si vous êtes fan ou si vous souhaitez vous changer les idées devant un divertissement (très) facile. En attendant, on espère retrouver le talentueux Kim Jee-woon dans un métrage plus personnel et plus original….

KIM JEE-WOON | COMÉDIE, ACTION| USA | 107 MIN | 23 JAN. 2013 | ARNOLD SCHWARTZENEGGER, FOREST WHITAKER

 

 

 

  SOMEBODY UP THERE LIKES… °/●

Max ne prend pas une ride. Littéralement. Il glisse avec une égale nonchalance sur les vicissitudes de la vie, mariage, divorce, paternité, succès et banqueroutes. Sous l’œil perplexe de sa seconde femme Lyla et de son acolyte Sal, il trimballe à travers l’existence son éternelle jeunesse et une mystérieuse valise en plastique bleue. Que dire de ce film indépendant sorti dans un anonymat quasi-total (à peine une salle le diffusant sur Paris) ? Somebody up there likes me est un film particulier, une comédie douce-amère étrange et rapidement oubliée. Sa courte durée évite que le calvaire ne s’éternise. Les quelques répliques sympathiques – dont la majorité sont distillées par le savoureux Nick Offerman bien connu pour son rôle légendaire de Ron Swanson dans Parks and Recreation – ne suffisent pas à maintenir l’intérêt d’un film épuré et minimaliste. Un film-concept rapidement lassant, qui peut valoir le coup d’oeil à condition d’avoir passé une bonne nuit avant et de vouloir éviter de prendre froid dans le quartier du Panthéon. 

BOB BYINGTON | COMEDIE | USA | 76 MIN | 23 JAN. 2013 | KEITH POULSON, NICK OFFERMAN

 

 

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[critiques] LA TRAVERSÉE, TED & BACHELORETTE

JÉRÔME CORNUAU | FRANCE | 97 MIN | 31 OCTOBRE 2012 | MICHAEL YOUN, EMILIE DEQUENNE, CÉLINE VALETTE

Lola Arendt, une petite fille de 8 ans, disparaît dans une Ile d’Ecosse. Ses parents, Martin et Sarah, brisés, ne résistent pas au drame et se séparent. Deux années plus tard, Lola est retrouvée à l’endroit exact où elle avait disparu. Elle est vivante, apparemment en bonne santé, mais reste plongée dans un étrange mutisme. Martin retourne seul sur l’île pour la chercher et la ramener : Au bonheur des retrouvailles succèdent les interrogations et la peur : Où était Lola ? Que lui est-il arrivé ? Pourquoi ne parle-t-elle pas ?

La semaine avait commencé sous les plus belles hospices avec l’avant-première de La chasse – que je persiste à vous recommander chaudement. Malheureusement, le reste de cette première semaine à cheval sur octobre et novembre n’a été que déception. Commençons par ce thriller à la française qui flirte avec le surnaturel. Dans La traversée, Michael Youn est un père endeuillé par la disparition soudaine et mystérieuse de sa fille Lola. Deux ans plus tard, celle-ci est retrouvée et il retourne la chercher pour la ramener chez eux. Lors du trajet retour, de nombreux éléments vont venir titiller Martin et le questionner sur la véritable raison de l’absence de Lola. Même si l’on ressent une application et une volonté réelle d’offrir au spectateur un thriller soigné et énigmatique, l’intérêt se perd progressivement au fur et à mesure que le mystère s’épaissit et que les indices apparaissent. Nébuleuse voire complètement foireuse, l’intrigue se noie dans les manières jusqu’à l’overdose. Le dénouement – tellement grotesque – finit complètement par achever le film. Michael Youn aura pourtant essayé tant bien que mal de nous faire avaler la pilule mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Une traversée tumultueuse que je déconseille donc fortement, même si vous n’avez pas le mal de mer. 

 LA TRAVERSÉE ○

SETH MACFARLANE | USA | 107 MIN | 10 OCTOBRE 2012 | MARK WAHLBERG, MILA KUNIS

À 8 ans, le petit John Bennett fit le voeu que son ours en peluche de Noël s’anime et devienne son meilleur ami pour la vie, et il vit son voeu exaucé. Presque 30 ans plus tard, l’histoire n’a plus vraiment les allures d’un conte de Noël. L’omniprésence de Ted aux côtés de John pèse lourdement sur sa relation amoureuse avec Lori. Bien que patiente, Lori voit en cette amitié exclusive, consistant principalement à boire des bières et fumer de l’herbe devant des programmes télé plus ringards les uns que les autres, un handicap pour John qui le confine à l’enfance, l’empêche de réussir professionnellement et de réellement s’investir dans leur couple. Déchiré entre son amour pour Lori et sa loyauté envers Ted, John lutte pour devenir enfin un homme, un vrai !

Ted fut le gros succès surprise de l’année aux USA et peut se vanter d’avoir plutôt bien marché dans l’hexagone. Après un visionnage tardif, je ne peux que m’étonner de celui-ci. Enfin, « m’étonner » est un bien grand mot. Quand on voit le succès rencontré par Very Bad Trip et Mes meilleures amies, il semblerait que le potache et le ridicule aient de beaux jours devant eux, outre-atlantique comme en France. Eclats de rire en veux-tu, en voilà… Séquences scatologiques (pipi-caca-prout), gags réchauffés, histoire d’amour à deux balles, répliques potaches voire grossières, les « scénaristes » se lâchent carrément sur les blagues anales depuis un ou deux ans et il semblerait que le box-office leur donne raison. Si Mila Kunis fait de la figuration et offre une prestation aussi banale que dans Sexfriends, on peut se demander ce que Mark Wahlberg est venu chercher dans cette daube hormis un bon petit pactole pour financer son prochain projet – non, je ne porte pas non plus une estime grandiose envers cet acteur convenable, mais tout de même ! Il campe le rôle d’un éternel ado qui ne veut pas grandir, qui préfère garder son doudou et fumer des joints avec lui. La régression dans son plus bel apparat. Soit je suis atteint du syndrome de « jeune vieux con », soit les comédies US dites délurées sont simplement restées grossières et grotesques mais que les responsables marketing ont simplement réussi à faire passer la pilule et que tout le monde court voir ces navets de façon décomplexée. Oui, on en est là !

 TED ○

LESLYE HEADLAND | USA | 87 MIN | 17 OCTOBRE 2012 | KIRSTEN DUNST, REBEL WILSON, LIZZY CAPLAN

Regan, Gena et Katie sont inséparables depuis le lycée. Très cyniques, elles sont stupéfaites d’apprendre que leur amie Becky, adorable mais rondouillette, est la première d’entre elles à se marier ! Alors que Gena et Katie sont toujours célibataires, Regan harcèle Frank, avec qui elle sort depuis quatre ans, pour qu’il la demande en mariage. Lorsque Becky demande à Regan, particulièrement névrosée, de l’aider à préparer la cérémonie et d’être sa demoiselle d’honneur, celle-ci est furieuse. Six mois plus tard, la veille du mariage, Regan, très remontée, tyrannise le personnel et les invités, tandis que Katie et Gena s’apprêtent à faire la fête. Mais tout va de travers. Au moment où les trois amies tentent de noyer leur chagrin au bar, elles tombent sur Clyde, petit ami de Gena à l’époque du lycée. Or, il se trouve qu’ils s’aiment encore… Plus tard, pendant la répétition générale du dîner, Gena, très éméchée, porte un toast et suscite le malaise en racontant que Becky était boulimique quand elle était ado. Et quand Katie oublie d’annuler un strip-teaseur qu’elle avait engagé pour l’enterrement de vie de jeune fille, la mariée s’emporte ! Furieuse, elle demande aux trois amies de ne venir au mariage que si elles ne boivent pas et se comportent en adultes. Ce qui n’empêche pas Regan, Gena et Katie de faire une fête d’enfer toute la nuit jusqu’au lendemain, jour de la cérémonie…

Comme vous le remarquez bien, le synopsis est interminable. Pourquoi avoir besoin d’en dire autant pour vendre le film ? Peut-être pour se donner l’impression d’avoir un intérêt ou d’être original. Je vous rassure, cette comédie ne l’est absolument pas. En effet, Bachelorette est une version encore plus naze et paresseuse des Bridesmaids et The Hangover précédemment cités. On pourrait être trompé par la marchandise et se dire que cette comédie potache sur un énième mariage qui tourne mal vaut le déplacement, ne serait-ce que pour la présence au casting de Kirsten Dunst. On pourrait, comme je l’ai fait, faire ce déplacement. Mais ce serait risquer 87 minutes de torture intellectuelle devant un navet consternant de bêtise et de sexisme. Une nouvelle fois, si vous n’avez pas éteint votre cerveau deux bonnes heures avant la projection, vous risquez de vous retrouver au milieu d’une foule de greluches surexcitées qui lâcheront des rires bien insistants entre deux poignées de pop-corn. Leurs « keums » pour faire bonne figure tâcheront de rigoler ça et là devant les enjeux de cette navrante comédie et des questionnements redoutables de notre bande de pétasses jalouses. 

 BACHELORETTE ○
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16

[critique] TOTAL RECALL, MÉMOIRES PROGRAMMÉES

LEN WISEMAN | USA | 121 MIN | 15 AOÛT 2012 | COLIN FARELL, KATE BECKINSALE, JESSICA BIEL

Modeste ouvrier, Douglas Quaid rêve de s’évader de sa vie frustrante. L’implantation de souvenirs que propose la société Rekall lui paraît l’échappatoire idéale. S’offrir des souvenirs d’agent secret serait parfait… Mais lorsque la procédure d’implantation tourne mal, Quaid se retrouve traqué par la police. Il ne peut plus faire confiance à personne, sauf peut-être à une inconnue qui travaille pour une mystérieuse résistance clandestine. Très vite, la frontière entre l’imagination et la réalité se brouille. Qui est réellement Quaid, et quel est son destin ?

« Parfois les annonceurs ne mentent pas sur la marchandise ». Phrase pleine de sagesse que j’ai pu entendre à propos du remake de Total Recall en salles depuis hier résumant assez bien la valeur apparente de cette série B sans ambition et… sans intérêt. Dans un monde à mi-chemin entre Matrix et I-Robot, on suit le « modeste ouvrier » Dennis qui s’ennuie passablement dans son boulot de soudeur et dans sa vie conjugale : il faut dire que se taper une MILF esthétiquement très retouchée dans un taudis lugubre, ça te rendrait impuissant et dépressif pas mal de mecs. Un soir où sa belle secouriste est déja profondément endormie, il choisit d’aller trinquer un bon coup avec son poto black dans le pub du coin. Complètement sobre malgré les plusieurs pintes qu’il s’enfile, il prend la meilleure décision de toute sa vie : aller se faire implanter des faux-souvenirs chez Rekall, comme si une agence de voyages te faisait payer cher des vacances que tu ne feras jamais vraiment. On sent déjà à quel point le Dennis est un mec lucide. Pour donner un peu de piment à sa VDM, il choisit de se faire inventer une vie d’espion. Sauf qu’au moment de l’envoyer au pays des rêves, les machines de Rekall indique que le Dennis est déjà un espion. WOW. Quel twist de malade mental n’est ce pas ? S’en suivent une bonne heure et demie de course-poursuite, de bastons, de gunshots, de pseudo-mystères quant à la véritable identité du Farell… Un florilège, un régal, un capharnaüm.

Non. Un film bordélique scénaristiquement  et cinématographiquement digne d’un épisode de la saga Underworld - on m’indique dans l’oreille que le Wiseman est déjà responsable de deux opus – avec ses mouvements de caméra superflus semblant rechercher la profondeur de champ [hey dude, ton film il est en 2D] où l’on retrouve l’insipide Colin Farell et l’effroyable créature botoxée Kate Beckinsale qui, débarrassée de sa combinaison de cuir vampirique, n’a plus de raison de tourner au cinéma tellement elle ne sait pas jouer. Len L’homme sage se sent obligé de lui donner du taf par devoir conjugal et il nous impose donc de nombreuses scènes où elle débite sans crédibilité des répliques surfaites et réchauffées en mode badasse. Enfin, Jessica Biel-Timberlake, Bill Nighy sous calmant et Bryan Cranston avec une perruque blonde viennent compléter le casting de ce long métrage douteux.  

Voilà un film qui aurait du se contenter d’une sortie en DTV. Remake paresseux et bruyant, ce Total Recall : Mémoires Programmées ne parvient même pas à vous empêcher de piquer du nez malgré sa débauche incessante de coups de feu, d’explosions et de combats.

  MÉMOIRES PROGRAMMÉES ○
juil
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[critique] GUILTY OF ROMANCE

Par Wilyrah  //  2012, Made in Asia, Moyen  //  5 commentaires

SION SONO | JAPON | 112 MIN | 25 JUILLET 2012 | MEGUMI KAGURAZAKA, MIZI MIZUNO, MAKOTO TOGASHI

Izumi est mariée à un célèbre romancier romantique mais leur vie semble n’être qu’une simple répétition sans romance. Un jour, elle décide de suivre ses désirs et accepte de poser nue et de mimer une relation sexuelle devant la caméra. Bientôt, elle rencontre un mentor et commence à vendre son corps à des étrangers, mais chez elle, elle reste la femme qu’elle est censée être. Un jour, le corps d’une personne assassinée est retrouvé dans le quartier des « love hôtels ». La police essaie de comprendre ce qui s’est passé.

Sorti le 25 Juillet sur les écrans français, Guilty of Romance est un exercice de style fantaisiste et expérimental à mi-chemin entre le polar et porno kitsch. Si le cinéaste nippon (ni-mauvais) réussit à accrocher le spectateur dans les vingt premières minutes ainsi qu’autour de l’intrigue du meurtre et de la brève enquête policière, la majeure partie du film (suivant la décadence d’une desperate housewife complètement soumise à écrivain de mari mais vite rattrapée par ses pulsions) est beaucoup plus confuse et brouillonne. Si elle n’est pas dénuée d’intérêt – ça partait plutôt bien – on regrette que Sion Sono ne privilégie beaucoup plus la forme que le fond, déconstruisant inutilement sa narration pour masquer l’incroyable banalité (et prévisibilité) de son récit, abusant d’une musique classique éreintante et de couleurs saturées pour créer son ambiance. Quant à la palette de jeu des acteurs, assez réduite, elle paraît bien trop stéréotypée pour faire naître l’empathie du spectateur (les seconds rôles sont tous assez catastrophiques). Au final, au lieu de fasciner, ce Guilty of Romance visuellement assez cheap agace et déçoit par la pauvreté de son propos malgré les efforts de la généreuse Megumi Kagurazaka qui se donne corps et âme.

Sion Sono signe donc avec Guilty of Romance un semi-polar un brin hystérique et occasionnellement drôle qui mélange psychologie au rabais, tirades pseudo-poétiques et enquête policière secondaire. Les japonais, bien meilleurs pour faire peur que pour explorer les profondeurs de la psyché humaine, ont trop la fâcheuse tendance à tomber dans une orgie de déviances malsaines comme expiatoire foutraque des tabous de leur société. Un grand n’importe quoi tué par ses excès et sa prétention signé par un auteur qui passe malheureusement à côté de son sujet. 

 GUILTY OF ROMANCE ●
juin
28

[critique] THE DEEP BLUE SEA

TERENCE DAVIES | UK/USA | 115 MIN | 17 MAI 2012 | RACHEL WEISZ, TOM HIDDLESTON

Hester Collyer, épouse de Sir William Collyer, haut magistrat britannique, mène une vie privilégiée dans le Londres des années 1950. A la grande surprise de son entourage, elle quitte son mari pour Freddie Page, ancien pilote de la Royal Air Force, dont elle s’est éperdument éprise. Sir William refusant de divorcer, Hester doit choisir entre le confort de son mariage et la passion.

Seconde adaptation de la pièce de théâtre éponyme de l’auteur britannique Sir Terrence Rattigan après celle de Anatole Litvak, The Deep Blue Sea nous raconte le destin de Hester, jeune femme passionnée qui se sent à l’étroit dans un mariage matériellement confortable mais terriblement platonique. Au début des années 50, la belle et jeune épouse va s’amouracher d’un séducteur en tous points opposé à son époux. La passion qu’elle ressent à son égard va progressivement la consumer jusqu’à la pousser à commettre l’irréparable – en tout cas à s’y atteler, en vain. Le pitch est assez classique et son exécution également. Soignée mais un brin précautionneuse, le souffle romanesque parvient toutefois à émerger par moments – en grande partie grâce à la sublime interprétation de Rachel Weisz, actrice sous-estimée capable de sublimer de très nombreux rôles (Agora, My blueberry nights, The Constant Gardener, The Fountain), actrice que nous avons hâte de la retrouver dans le dernier film de Fernando Meirelles, 360, avec qui elle collabore pour la seconde fois – critique à venir très prochainement.

Fragile, à fleur de peau, elle donne vit à son personnage malgré une mise en scène un peu trop figée. On sent l’influence que Terence Davies est allé puiser son inspiration chez Hitchcock, son film rappelant parfois le classique Les enchaînés. Hester cherche à définir sa propre vie en dépit des conventions et l’éducation dans lesquelles son père puis son mari l’ont enfermée. Ses deux partenaires ne s’en sortent pas aussi bien et plus spécialement le populaire Tom Hiddleston dont le jeu est parfois trop théâtral pour convaincre complètement.

Un peu sage et écrasé par les partitions de violon, le triangle amoureux mis en scène avec élégance et classicisme par Terence Davies est sublimé par la prestation de son actrice principale, la superbe Rachel Weisz. 

 THE DEEP BLUE SEA ●●
jan
30

[critique] THE DESCENDANTS

Par Wilyrah  //  2012, Made in the US, Moyen  //  16 commentaires

 ALEXANDER PAYNE | USA | 110 MIN | 25 JANVIER 2012 | GEORGE CLOONEY, SHAILENE WOODLEY

A Hawaii, la vie d’une famille bascule. Parce que sa femme vient d’être hospitalisée suite à un accident de bateau, Matt King tente maladroitement de se rapprocher de ses deux filles, Scottie, une gamine de dix ans vive et précoce, et Alexandra, une adolescente rebelle de dix-sept ans. Il se demande aussi s’il doit vendre les terres familiales, les dernières plages tropicales vierges des îles, héritées de ses ancêtres hawaiiens. Quand Alexandra lui révèle que sa mère avait une liaison, le monde de Matt vacille. Avec ses deux filles, il part à la recherche de l’amant de sa femme. Durant une semaine essentielle, au fil de rencontres tour à tour drôles, perturbantes et révélatrices, il va finalement prendre conscience que sa principale préoccupation est de reconstruire sa vie et sa famille…

J’ai déjà évoqué ici les syndromes Scorsese et Swinton qui ne me portent pas chance cinématographiquement, malgré les nombreuses incompréhensions de certains lecteurs. Dans un genre différent, il y a le syndrome Clooney 2000 : film plat/fade et soporifique du 21e siècle avec George Clooney au casting. La liste est malheureusement assez longue et aucun intrus ne vient déroger à la règle : Michael ClaytonLes Marches du pouvoir, Burn After ReadingOcean’s… Tout est lisse et sans saveur dans chaque métrage où apparaît le chouchou des américaines, si bien que son aboutissement le plus appréciable reste à mes yeux la série de spots publicitaires où il vante les mérites d’une boisson caféinée. Malheureusement, le métrage de Alexander Payne – fraîchement récompensé aux Golden Globes et nominé/favori dans la catégorie « meilleur film » aux prochains Oscars – va rejoindre la déjà longue filmographie dangereusement insipide du futur président des Etats Unis.

Il faut dire que le pitch n’est pas vraiment palpitant : un hawaïen guère attachant se prend deux gifles successives lorsqu’il apprend que sa femme, mourante et comateuse, se tapait un promoteur immobilier pour tromper l’ennui et la solitude. Après avoir balancé la news (qu’elle allait casser sa pipe, pas que c’était une housewife infidèle) à ses proches dans un repas absolument pas naturel, il décide de partir à la recherche du-dit empaffé qui s’envoyait cette épouse qu’il ne touchait plus lui-même. Bien sûr, solidarité familiale oblige, ses deux filles l’accompagnent dans ce voyage initiatique palpitant et légitime. Afin de s’assurer un fun maximal lors de ce mémorable voyage, What Else décide de suivre le désormais célèbre adage « quand tu cherches l’amant de ta femme, amène avec toi tes gamines et le teubé que fréquente ton aînée ex-alcoolique-new-fille-idéale« . Je tiens d’ailleurs à applaudir la remarquable intelligence et originalité du scénariste qui nous pond une flopée réjouissante de personnages sans imagination : l’aînée volage qui se transforme soudainement en fille à son papa, la cadette originale qui fait des doigts d’honneur à tour de bras, le jeune boyfriend débile et empoté, le grand-père qui méprise tout le monde sauf sa future-défunte fille et l’amant stupide et égoïste.  

Si la jeune et craquante Shailene Woodley et le placide George Clooney livrent une prestation plutôt honorable – bien que jamais transcendante – ils ne sauvent pas The Descendants de son incroyable banalité et de l’ennui qui s’installe rapidement devant une intrigue aussi convenue et monotone. Rarement drôle, souvent ennuyeux, le « drama » de Payne ne s’offre que quelques secondes de poésie lors des brefs adieux d’un mari absent à sa pénible et mourante épouse. Pas de quoi crier au génie pour autant : une narration plate et prévisible, des personnages artificiels et fades, un rythme et un scénario paresseux, le futur Oscar du meilleur film est la définitive confirmation que pour obtenir une récompense à Hollywood cette année il fallait être sentimental et consensuel.

 THE DESCENDANTS ●
déc
28

[critique] ECHANGE STANDARD

Par Wilyrah  //  2011, A éviter !, Mauvais  //  4 commentaires

DAVID DOBKIN | USA | 112 MIN | 28 DÉCEMBRE 2011 | JASON BATEMAN, RYAN REYNOLDS, OLIVIA WILDE

A l’école primaire, Mitch et Dave étaient deux copains inséparables. Mais au fil des années, leurs chemins se sont petit à petit éloignés. Dave est maintenant un brillant avocat, dévoué à son travail, à sa femme et à leurs trois enfants, alors que Mitch est toujours célibataire, tourne sporadiquement dans des films minables et fuit la moindre responsabilité comme la peste. Pour Mitch, la vie de Dave est un rêve : il a une femme délicieuse, des enfants qui l’adorent et gagne grassement sa vie. Quant à Dave, la vie de Mitch, dénuée d’obligations et de stress, le tenterait volontiers. À l’issue d’une nuit passablement arrosée, l’impossible va se produire : Dave se réveille dans la peau de Mitch, et vice-versa.

Un article pour cette production méprisable semble être une perte de temps (équivalente aux 110 minutes que dure Echange Standard) mais parce que la « réalisation » de David Dobkin atteint des sommets de médiocrité, afin de préserver ma santé mentale, mon médecin m’a prescrit la rédaction de ce billet révolté. Car oui, Echange Standard est dangereux pour la santé. Vous êtes stressés ? Votre femme vous épuise avec ses complaintes incessantes ? Votre belle-mère accumule autant les pincements de lèvres que la cellulite sur ses hanches ? Fumez comme un pompier, sniffez de la colle, frappez le caniche de la voisine. Tout sera préférable au visionnage de cet innommable immondice.

Echange Standard réussit l’immense exploit de faire passer le navrant Very Bad Trip pour un chef d’oeuvre du septième art. Prenez deux acteurs médiocres forçant sur la grimace, un pitch con comme le monde tout droit sorti d’un téléfilm Disney avec Lindsey Lohan, ajouter généreusement plusieurs louches désespérantes de potacherie et de scatologie, veillez à régulièrement intégrer les mots « fuck » « pussy » « ass » ou « penis » toutes les trente secondes* avec plusieurs cuillerées de boobs ultra-siliconés. Servez tel quel. Vous obtiendrez la daube la plus consternante de l’année 2011 qui pourrait être responsable d’une crise de foie encore plus sévère que toutes les saletés que vous aurez englouties lors de vos repas de fêtes. Depuis l’incompréhensible succès du film de Todd Philips, les séquelles sont là et irréversibles. Les producteurs donnent carte blanche aux escrocs Scott Moore et Jon Lucas, dépensent sans vergogne leurs millions de dollars dans des « comédies » paresseuses et ignobles qui ont apparemment de beaux jours devant eux avec leurs situations toujours plus saugrenues où l’obscénité et la vulgarité sont reines. Même ce cher Michael Youn est capable d’être plus subtil, c’est dire si Echange Standard touche le fond. Difficile de s’en remettre.

* liste non exhaustive

The Tourist et Rien à déclarer faisaient figure de grands favoris pour décrocher la palme du film le plus consternant de l’année 2011. Mais c’est sur le fil qu’ils se sont fait dérober cette glorieuse récompense par un film d’une grossièreté incomparable et d’une prévisibilité déplorable.


 ECHANGE STANDARD ○
sept
14

[critique] CRAZY, STUPID, LOVE

Par Wilyrah  //  2011, Bon, Made in the US  //  11 commentaires

J. REQUA & G. FICARRA | USA | 118 MIN | 14 SEPT. 2011 | STEVE CARELL, RYAN GOSLING, JULIANNE MOORE, EMMA STONE

Leur première comédie, I love you Phillip Morris avec Ewan McGregor et Jim Carrey, avait déjà été une bonne surprise. John Requa et Glenn Ficcara reviennent sur les écrans avec une nouvelle comédie chorale soignée, elle aussi portée par de très bons acteurs. Crazy Stupid Love suit les déboires sentimentaux de plusieurs personnages (le fraîchement divorcé, la babysitter amoureuse du papa, la jeune femme sérieuse, le pré-ado amoureux de sa babysitter…) Si le pitch n’est pas particulièrement novateur, la comédie du tandem de réal est diablement efficace.

On rit beaucoup la première heure. La confrontation entre le loser quarantenaire Steve Carrel et le tombeur Ryan Gosling – plus séduisant que jamais – est un régal ! Coaching, shopping, relooking, apprentissage des techniques de drague et premiers rencards, chaque scène déclenche le rire. De son côté, Julianne Moore essaie d’aller de l’avant – mais en a t’elle vraiment envie ? – en tant que mère divorcée. Emma Stone, qui croyait avoir une vie bien tracée avec un couple impeccable et un avenir professionnel prometteur, va vite déchanter au plus grand bonheur du spectateur qui va pouvoir profiter du pouvoir comique de la craquante actrice américaine.

La deuxième heure peut paraître plus convenue et laisse davantage la place au sentiment, parfois avec subtilité (appel nocturne du jardin, discussions entre Jacob & Hannah), parfois plutôt malvenu (speech sur l’amour à la remise de diplôme, plus ricain tu meurs!). Mais c’est pour mieux nous surprendre lors d’une séquence de réunion assez dantesque.

Dotée d’un casting trois étoiles qui contribue grandement à sa réussite et à son charme, Crazy, Stupid, Love est la comédie sentimentale (aka « romcom ») de la rentrée, idéale pour se changer les idées seul ou entre amis sans pour autant s’abrutir devant des gags potaches ou scatos (suivez mon regard).

 CRAZY, STUPID, LOVE ●●
août
20

[critique] MELANCHOLIA *

Par Wilyrah  //  2011, Moyen  //  24 commentaires

Melancholia serait-il le jumeau maléfique de The Tree of Life ? Tout aussi mégalo et pompeux et pourtant tout aussi brillant parfois, le film de Lars Von Trier est lui beaucoup trop exaspérant et plombant pour subjuguer. On est bien loin de l’intensité dramatique époustouflante deDogville et Dancer in the Dark.


LARS VON TRIER | DAN/ALL | 130 MIN | 10 AOUT 2011 | KIRSTEN DUNST, KIEFER SUTHERLAND, CHARLOTTE GAINSBOURG
mai
14

[critique] MIDNIGHT IN PARIS **

Un jeune couple d’américains dont le mariage est prévu à l’automne se rend pour quelques jours à Paris. La magie de la capitale ne tarde pas à opérer, particulièrement sur le jeune homme amoureux de la Ville-lumière et qui aspire à une autre vie que la sienne.

Son dernier film m’avait amené à prier pour que le vieux réalisateur new-yorkais binoclard prenne sa retraite en même temps que Nicolas et Carlita. Celui qui nous faisait autrefois beaucoup rire, nous surprenait et nous charmait avec son cinéma était devenu un vieux radoteur qui refait toujours la même soupe dans le même chaudron et avec les mêmes ingrédients. C’est donc avec une certaine crainte que je me suis rendu à une projection de son dernier (et non ultime) métrage dont tout le monde – surtout à Paris et à Cannes – parle. Une heure et demie plus tard, je ressors de la salle plutôt partagé.

Pour une fois, je ne pourrais reprocher à Allen d’avoir fait un film ultra-prévisible – même s’il ne se renouvelle pas du tout. Après 25 minutes complètement inintéressantes où l’on nous vend un Paris fantasmé en long et en large, puis où l’on suit un jeune couple bourgeois fraîchement fiancé (Owen Wilson et Rachel McAdams) qui joue aux touristes (avec ce que ça implique : restaurants chics, visites de musées, dégustation de vin) et qui débat autour de problématiques dont on se contrefout royalement, le film prend un virage plutôt inattendu. Moi qui n’avais pas lu ou entendu grand chose à propos deMidnight in Paris - en dehors de l’enjeu principal du film : la Première Conne de France sera t’elle coupée au montage ? – j’ai été assez étonné de la tournure des évènements. Toutefois, au départ, je dois avouer que l’effet de surprise était plutôt accompagné d’incompréhension et d’ennui voire même d’une certaine indifférence, bien que le titre et l’affiche prennent peu à peu tout leur sens. Puis finalement, entre deux références intello-artistiques, la magie commence à fonctionner et l’on embarque dans ce voyage-surprise teinté de nostalgie et d’illusions, avec lesquels Woody Allen va s’amuser pendant une petite heure.

Cet improbable petit jeu autour de l’irritable consensus « c’était bien mieux avant » s’avère au final plutôt charmant, guère plus. Cette excursion fantasmatique permettra à notre protagoniste principal de rencontrer une galerie de personnages (célèbres) hauts en couleurs, interprétés notamment par Alison Pill, Kathy Bates, Marion Cotillard ou encore Adrian Brody (très drôle, bien que complètement inutile). Certains moments sont plus plaisants et utiles que d’autres lors desquels on reste davantage hermétique. Au final Midnight in Paris reste audacieux par certains aspects mais bien trop facile et répétitif par d’autres (monsieur ne se foule pas trop pour écrire ses personnages, choisir les thèmes de ses films ou trouver une morale plus aboutie).

Le Woody Allen 2011, Midnight in Paris, est un petit mais honorable Woody Allen. Un crû agréable moyennement corsé, un brin amer et teinté de nostalgie, qui évolue en bouche jusqu’à laisser un arrière goût plutôt doux et satisfaisant – bien que peu mémorable. Il a d’ailleurs bien plus de saveur que ce fade beaujolais sans envergure qu’il nous avait servi l’an dernier avec son bel et sombre inconnu.


WOODY ALLEN | USA | 94 MIN | 11 MAI 2011 | OWEN WILSON, RACHEL MCADAMS, MARION COTILLARD

Le bleu du miroir

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