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[critique] THE DARK KNIGHT RISES

CHRISTOPHER NOLAN | USA | 164 MIN | 25 JUILLET 2012 | C. BALE, G. OLDMAN, T. HARDY, M. CAINE, J. GORDON-LEVITT

Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S’accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l’arsenal de lois répressif initié par Dent. Mais c’est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l’arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l’exil qu’il s’est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n’est peut-être plus de taille à affronter Bane…

Après un second volet qui avait mis tout le monde d’accord (The Dark Knight) et un thriller dantesque et renversant (Inception), Christopher Nolan boucle sa trilogie Batman avec un troisième et ultime volet sollicitant une attente énorme et déclenchant tous les fantasmes. Ayant pris le soin de revoir la veille Batman Begins (grand bien m’en a pris), je suis fin prêt pour découvrir le conclusion des aventures de Batman. Malgré l’immense déception ressentie après l’annonce du désistement de l’équipe du film imposé par la Warner Bros après les terribles évènements d’Aurora, l’excitation et l’impatience reprenaient progressivement le dessus en fin d’après-midi au milieu des fans enthousiastes et parfois déguisés. Lorsque les lumières s’éteignent enfin – après une présentation sobre et appropriée d’un dirigeant du Grand Rex – le film tant attendu peut enfin commencer.

Après un prologue de haute voltige plutôt spectaculaire, le rythme se fait assez lent et la première demie-heure s’avère assez poussive. La mise en place de l’intrigue, la transition avec le(s) volet(s) précédent(s) et la présentation des nouveaux protagonistes ainsi que leurs rôles et leurs motivations sont un peu denses et confuses, si bien que l’on se demande s’il ne va pas faire les frais de son immense ambition. Heureusement, The Dark Knight Rises trouve progressivement son rythme de croisière et va voir son intensité croître sans cesse jusqu’à la conclusion digne d’une saga maîtrisée par un Christopher Nolan inspiré qui aura su imposer sa patte et sa vision réaliste et contemporaine de l’univers de Batman et du personnage de Bruce Wayne, humain et faillible.

Si ce troisième volet souffre parfois de coupures scénaristiques regrettables car évidentes nous faisant regretter la pression des studios pour le faire tenir en moins de 3h (Nolan affirmait que le film aurait initialement du/pu durer plus de 3h30) et espérer la sortie éventuelle d’une version longue, la multitude des personnages trouve toutefois un équilibre quasi choral où le sort de chacun paraît lié à celui d’autres habitants de Gotham. Nolan se paie même le luxe de ne pas faire apparaître le Caped Crusader avant une bonne heure de film, privilégiant le développement de l’histoire de ses protagonistes.

Bruce Wayne truste donc l’écran, campé par un Christian Bale impeccable et plus intense que dans The Dark Knight. A ses côtés, le vétéran Gary Oldman et le jeune Joseph Gordon-Levitt continuent d’impressionner par la richesse de leurs jeux dans des rôles pourtant assez classiques de (fidèles) lieutenants. Autre vétéran, Michael Caine continue d’être aussi discret que bon et s’affirme à chaque métrage comme un fidèle abonné aux épilogues (inoubliables) de la filmographie de son ami Christopher Nolan. Face à cette équipe de loyaux acolytes, Tom Hardy livre une prestation bestiale assez captivante mais celui-ci souffre non seulement de la comparaison avec l’inqualifiable performance de Heath Ledger en Joker mais également de ce masque buccal qui dissimule une bonne partie de son visage. Côté féminin, on note une bonne et une mauvaise surprise. Le choix d’Anne Hathaway pour incarner Selina Kyle (aka Catwoman) m’avait laissé très sceptique. Force est de constater qu’elle a su s’imposer et relever haut la main sa mission de donner une nouvelle version du personnage après la jouissive prestation de Michelle Pfeiffer dans Batman Returns. Marion Cotillard en revanche, si lumineuse dans le dernier Audiard, manque complètement son coup. Bouffie et maniérée, la française campe une Miranda Tate plutôt fade et aussi peu convaincante que l’évolution de son personnage ou de sa relation avec Bruce Wayne (Nolan et les histoires sentimentales, ça fait deux…).

Côté technique, la mise en scène de Nolan manque parfois d’imagination car trop appliquée à respecter les codes et exigences hollywoodiennes d’une telle franchise. Néanmoins, il conserve les thématiques qui lui sont chères telles que la paranoïa, le pouvoir, les déséquilibres économiques et sociaux de notre société, le sacrifice et la dévotion. Il impose également toujours ses choix en terme d’effets spéciaux toujours aussi confondants de réalisme que de puissance. Son scénario, écrit à nouveau avec la complicité de son frère Jonathan, semble avoir souffert des interventions des exécutifs et comporte quelques éléments que l’on peut deviner ou anticiper (développement de l’intrigue, légende de Batman…) mais il conserve la force et l’efficacité qu’on lui connaît avec une montée en puissance incroyable jusqu’à un final euphorisant pour tout fan de Batman (mythologie, symbolique, filiation…) en forme de climax refermant une boucle épique de façon grandiose – que la salle entière ne manquera de saluer avec une ferveur exceptionnelle pendant que résonne le majestueux thème du Chevalier Noir de Hans Zimmer.

Malgré une comparaison inévitable avec le précédent volet qui fait désormais figure de référence absolue en matière de film de super-héros et quelques élipses scénatistiques maladroites et parfois un peu gênantes (on exige une version longue !), The Dark Knight Rises conclue la trilogie en beauté en offrant un dénouement épique et grandiose à l’aventure Batman que Christopher Nolan aura menée d’une main de maître. Une saga parfois maudite qui marquera à n’en pas douter l’histoire du cinéma et ce début de 21ème siècle.

 THE DARK KNIGHT RISES ●●●

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Elle aura été marquée par de nombreux sentiments. Le stress et l’abnégation pour obtenir le précieux sésame (pas-bravo la Warner). L’excitation de l’attente. Le choc et la déception après les incidents et les annulations. Le ravissement du prologue. Le scepticisme de la première demie-heure un peu molle du genou. Le plaisir de retrouver l’homme chauve-souris (saluée avec allégresse par la foule). Le ravissement des oppositions Batman/Bane et Batman/Selina. La montée en puissance de la dernière heure. Les cinq dernières minutes carrément grisantes où le public s’en donnait à coeur joie. La standing ovation immédiate et fervente avant même le fondu au noir du générique durant lequel chaque nom sera vivement acclamé à l’exception de celui de M. Cotillard (C. Bale, J. G-Levitt et surtout C. Nolan l’emportant à l’applaudimètre). Au final, malgré l’immense déception de la non-présence de l’équipe, ce fut une expérience assez extra-ordinaire au milieu des fans du comics, des gens déguisés, des fans de Nolan, des cinéphiles. Un véritable plaisir – que la triste tuerie américaine aura teinté d’émotion et d’amertume – avec un hommage rendu par les fans ayant déposé des roses et des drapeaux français et américains devant l’écran.

Le bleu du miroir

Critiques détaillées et/ou avis express sur les derniers films vus en salles, avant-premières ou rattrapages DVD.

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