14
[critique] CRAZY, STUPID, LOVE
| J. REQUA & G. FICARRA | USA | 118 MIN | 14 SEPT. 2011 | STEVE CARELL, RYAN GOSLING, JULIANNE MOORE, EMMA STONE |
Leur première comédie, I love you Phillip Morris avec Ewan McGregor et Jim Carrey, avait déjà été une bonne surprise. John Requa et Glenn Ficcara reviennent sur les écrans avec une nouvelle comédie chorale soignée, elle aussi portée par de très bons acteurs. Crazy Stupid Love suit les déboires sentimentaux de plusieurs personnages (le fraîchement divorcé, la babysitter amoureuse du papa, la jeune femme sérieuse, le pré-ado amoureux de sa babysitter…) Si le pitch n’est pas particulièrement novateur, la comédie du tandem de réal est diablement efficace.
On rit beaucoup la première heure. La confrontation entre le loser quarantenaire Steve Carrel et le tombeur Ryan Gosling – plus séduisant que jamais – est un régal ! Coaching, shopping, relooking, apprentissage des techniques de drague et premiers rencards, chaque scène déclenche le rire. De son côté, Julianne Moore essaie d’aller de l’avant – mais en a t’elle vraiment envie ? – en tant que mère divorcée. Emma Stone, qui croyait avoir une vie bien tracée avec un couple impeccable et un avenir professionnel prometteur, va vite déchanter au plus grand bonheur du spectateur qui va pouvoir profiter du pouvoir comique de la craquante actrice américaine.
La deuxième heure peut paraître plus convenue et laisse davantage la place au sentiment, parfois avec subtilité (appel nocturne du jardin, discussions entre Jacob & Hannah), parfois plutôt malvenu (speech sur l’amour à la remise de diplôme, plus ricain tu meurs!). Mais c’est pour mieux nous surprendre lors d’une séquence de réunion assez dantesque.
Dotée d’un casting trois étoiles qui contribue grandement à sa réussite et à son charme, Crazy, Stupid, Love est la comédie sentimentale (aka « romcom ») de la rentrée, idéale pour se changer les idées seul ou entre amis sans pour autant s’abrutir devant des gags potaches ou scatos (suivez mon regard).
| CRAZY, STUPID, LOVE ●● |
22
[critique] TOUT VA BIEN, THE KIDS ARE ALL RIGHT ***
| LISA CHOLODENKO | USA | 104 MIN | 6 OCTOBRE 2010 | JULIANNE MOORE, ANNETTE BENING, MIA WASIJOWSKA |
Maintenant que Joni a l’âge légal pour accéder à leur dossier à la banque du sperme, son frère et elle décident de retrouver le donneur dont ils sont tous deux issus. Papa-donneur est rapidement séduit par les deux adolescents qui frappent à sa porte.
Lisa Cholodenko signe une comédie savoureuse, terriblement drôle et attachante, portée par un casting impeccable et une écriture pétillante et soignée. On retrouve une Julianne Moore aussi à l’aise dans un registre comique qu’elle ne peut l’être dans des rôles plus dramatiques, ainsi qu’une Annette Bening formidable, qu’on n’avait pas vu aussi excellente depuis American Beauty (et qu’on attend de voir très prochainement dans Mother & Child).
12
[critique] A SINGLE MAN

| TOM FORD | USA | 100 MIN | 24 FEVRIER 2008 | COLIN FIRTH, JULIANNE MOORE, NICHOLAS HOULT |
La bande-annonce laissait déjà présager du meilleur. Le film met la barre encore plus haut. Pour sa première réalisation, Tom Ford réalise un long-métrage sublime en tous points de vue. La photographie est exceptionnelle, les plans sont d’une beauté renversante avec des nuances de couleur subtiles et un esthétisme éclatant. Si certains cinéastes confirmés essaient constamment de montrer leur savoir-faire, Tom Ford ne se force pas, il transpire le talent, la classe et la finesse.
Son écriture est éblouissante d’intelligence et de sagacité. Son film a la beauté d’un Wong Kar Waï, la force dramatique et l’esthétisme élégant d’un Pedro Almodovar. Il filme ses acteurs comme s’ils étaient James Dean, Elizabeth Taylor ou Brigitte Bardot. Colin Firth, pas toujours à son aise dans certaines comédies romantiques faciles, est bouleversant, superbe, parfait de sobriété et de retenue. Si l’Academy des Oscars faisait des choix pertinents – ce qui est rarement le cas, elle avait déjà oublié Mickey Rourke l’an dernier – récompenser l’acteur britannique aurait été rien d’autre que logique tellement il incarne magnifiquement ce professeur d’université accablé et brisé depuis la disparition tragique de son compagnon.
Heureusement, la Mostra de Venise aura une fois de plus réparé l’injustice en lui offrant le prix d’interprétation masculine ô combien mérité. Julianne Moore et Nicholas Hoult ne sont pas en reste. La première incarne sa meilleure amie, une femme superbe et pourtant insatisfaite qui s’abîme dans l’alcool, la résignation et l’apitoiement. Le second, inoubliable Tony Stonem dans la série britannique Skins, incarne cet étudiant curieux, culotté et solitaire, qui semble être le seul à percevoir cet insondable désespoir qui envahit l’âme de George. Et enfin, que dire de la partition d’Abel Korzeniowski, si raffinée et poignante, qui compose la plus belle bande originale que j’ai pu entendre ces dernières années. Bref, du travail d’orfèvre à tous les niveaux d’une maîtrise ébouriffante. A single man est au final mon plus gros coup de cœur cinématographique des trois dernières années.
Un grand cinéaste est né. Son premier chef d’œuvre : A single man. Un bijou d’esthétisme, d’intelligence, de subtilité et d’émotion.





Le bleu du miroir
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