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(critique) CLIP

Par Wilyrah  //  2013, Assez bon, Made in Europe  //  2 commentaires
MAJA MILOS | DRAMA | SERB | 102 MIN | 17 AVR 2013 | ISIDORA SIMIJONOVIC, VUKASIN JASNIC

JASNA, UNE ADOLESCENTE DE 16 ANS, S’ENNUIE DANS SA PETITE VILLE EN PÉRIPHÉRIE DE BELGRADE, ENTRE LES COURS DU LYCÉE ET LA VIE CHEZ ELLE, OÙ SES PARENTS N’ARRIVENT PLUS À DIALOGUER AVEC ELLE. COMME LES AUTRES JEUNES DE SON ÂGE, SES SEULES PRÉOCCUPATIONS SONT DE FAIRE LA FÊTE, DE RENCONTRER DES GARÇONS ET DE SE FILMER EN PERMANENCE AVEC SON TÉLÉPHONE PORTABLE. JASNA TOMBE FOLLE AMOUREUSE DE DJOLE, UN GARÇON DE SON ÉCOLE. PRÊTE À TOUT POUR LUI PLAIRE, JASNA SOMBRE VITE DANS LES EXCÈS DE L’ALCOOL, DU SEXE ET DE LA DROGUE. Long-métrage serbe sulfureux, Clip suit le quotidien décadent de la jeune Jasna qui passe la majeure partie de son temps portable à la main pour filmer ses moindres faits et gestes, parfois en se mettant en scène de façon ostentatoire. Ce premier film de la belgradoise Maja Milos propose une vision frontale sur le rapport qu’entretient (pour elle) la jeunesse de son pays avec l’alcool, la drogue et le sexe. De nombreuses personnes ont rapproché le travail de la jeune réalisatrice à celui d’un Larry Clark mais seuls les thématiques s’en rapprochent et la comparaison s’arrête là. Maja Milos a choisi de montrer, parfois de façon très crue et explicites, les dérives de cette jeunesse qui se filme en permanence (en soirée mais aussi en plein cours, en plein acte sexuel…) et le film a tout simplement été interdit en Russie. Dans l’hexagone, celui-ci a été interdit aux moins de 16 ans (une interdiction aux mineurs paraissait presque plus judicieuse). Si la démarche paraît louable, le résultat n’est pas forcément bien abouti. Le style est quasi-documentaire et les thématiques abordées (rôle de la famille, de l’école, rapport à la violence, au sexe et aux stupéfiants) imposent davantage un constat alarmant qu’une prise de recul et une réflexion. La volonté était de choquer en montrant, l’objectif semble atteint. Clip restera t’il pour autant dans les annales ? On peut en revanche en douter.   

avr
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(critique) PERFECT MOTHERS

Par Wilyrah  //  2013, A éviter !, Made in France, Mauvais  //  8 commentaires
ANNE FONTAINE | ROMANCE, DRAMA | FRA-AUS | 111 MIN | 3 AVRIL 2013 | ROBIN WRIGHT, NAOMI WATTS

INSÉPARABLES DEPUIS LE PREMIER ÂGE, LIL ET ROZ VIVENT EN PARFAITE OSMOSE AVEC LEURS DEUX ENFANTS, DEUX JEUNES GARÇONS À LA GRÂCE SINGULIÈRE ET QUI SEMBLENT DES PROLONGEMENTS D’ELLES-MÊMES. LES MARIS SONT ABSENTS. INEXPLICABLEMENT, ET POURTANT COMME À L’ÉVIDENCE, CHAQUE FEMME SE RAPPROCHE DU FILS DE L’AUTRE, NOUANT AVEC LUI UNE RELATION PASSIONNELLE.
A L’ABRI DES REGARDS, DANS UN EDEN BALNÉAIRE PRESQUE SURNATUREL, LE QUATUOR VA VIVRE UNE HISTOIRE HORS NORME JUSQU’À CE QUE L’ÂGE VIENNE METTRE UN TERME AU DÉSORDRE. EN APPARENCE, DU MOINS… Adapté d’un roman de Doris Lessing, lui-même inspiré de faits réels, Perfect Mothers est un long-métrage racontant les liaisons croisées de deux amies avec le fils de chacune. Si le thème pouvait inspirer la gêne et faire naître le malaise, le film échoue piteusement en évitant soigneusement toute prise de risque. En effet, Anne Fontaine reste à la surface, évitant tous les obstacles sans audace. Peu courageuse, la réalisatrice française se repose sur le jeu de ses actrices de renom. Chaque moment-clé est à peine traité : quelques larmes, quelques regards dans le vide… et c’est tout. Comment faire naître la compassion et la réflexion chez le spectateur avec un traitement aussi lisse et (surtout) aussi stupide ? Certaines scènes paraissent sorties d’un mauvais soap-opera, avec une musique d’ascenseur érotisante plutôt ringarde en guise de bande sonore. On reprochera donc à la réalisatrice anglophile un manque de courage artistique assez criant, se réfugiant le plus souvent derrière des élipses là où il y avait matière à aller enfin creuser la psychologie et les tourments de ses personnages. Pour ne rien arranger, celle-ci a choisi deux jeunes éphèbes tous droits sortis du calendrier des Dieux du stade.

Au final, lorsque l’on regarde Perfect Mothers (d’ailleurs, pourquoi ne pas avoir conservé le titre original Two Mothers ?), on a l’impression de suivre un roman-photo désolant, digne d’une lecture de plage. Cela tombe bien, c’est justement sur la plage que les protagonistes passent la majeure partie de leur temps, dans les bons comme dans les mauvais moments. Car c’est bien connu, tout se règle avec une séance de bronzage, un peu de surf et un verre de vin blanc. Anne Fontaine positionne très souvent sa caméra au dessus des vagues, jusqu’à nous donner le mal de mer(e). Sans enjeux, son film reste lui aussi à la surface. Seule Robin Wright semble garder la tête hors de l’eau, peinant à conserver une certaine crédibilité dans ce bouillon fadasse qui tourne progressivement au ridicule – les rires des spectateurs dans la salle n’attestant pas d’un malaise mais bien d’un sentiment que ce qui leur est projeté ne tient absolument pas la route, la faute à des dialogues navrants et à une mise en scène sans âme. Perfect Mothers rencontrera t’il son public ? La question peut se poser. Toutefois, ce pays regorge d’housewives mal-aimées, de spectateurs cherchant à intellectualiser ce qui ne doit pas l’être pour se donner un genre et de personnes limitées cognitivement. Anne Fontaine pourra les remercier si grâce à eux celle-ci peut continuer à nous servir la même soupe en toute impunité.

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15

(critique) THE PLACE BEYOND THE PINES

DEREK CIANFRANCE | DRAMA | USA | 140 MIN | 20 MARS 2013 | RYAN GOSLING, BRADLEY COOPER, EVA MENDES

CASCADEUR À MOTO, LUKE EST RÉPUTÉ POUR SON SPECTACULAIRE NUMÉRO DU «GLOBE DE LA MORT». QUAND SON SPECTACLE ITINÉRANT REVIENT À SCHENECTADY, DANS L’ÉTAT DE NEW YORK, IL DÉCOUVRE QUE ROMINA, AVEC QUI IL AVAIT EU UNE AVENTURE, VIENT DE DONNER NAISSANCE À SON FILS… POUR SUBVENIR AUX BESOINS DE CEUX QUI SONT DÉSORMAIS SA FAMILLE, LUKE QUITTE LE SPECTACLE ET COMMET UNE SÉRIE DE BRAQUAGES. CHAQUE FOIS, SES TALENTS DE PILOTE HORS PAIR LUI PERMETTENT DE S’ÉCHAPPER. MAIS LUKE VA BIENTÔT CROISER LA ROUTE D’UN POLICIER AMBITIEUX, AVERY CROSS, DÉCIDÉ À S’ÉLEVER RAPIDEMENT DANS SA HIÉRARCHIE GANGRENÉE PAR LA CORRUPTION. QUINZE ANS PLUS TARD, LE FILS DE LUKE ET CELUI D’AVERY SE RETROUVENT FACE À FACE, HANTÉS PAR UN PASSÉ MYSTÉRIEUX DONT ILS SONT LOIN DE TOUT SAVOIR… Son premier film, Blue Valentine, était sorti de façon plutôt anonyme dans l’hexagone alors qu’il avait rencontré un certain succès public et critique aux Etats-Unis. Bien qu’inégal et inaboutti, le long métrage bénéficiait de très belles qualités et d’une portée dramatique vraiment intéressante. Ce drama romantique a vu naître une complicité cinématographique entre le cinéaste Derek Cianfrance et son acteur, Ryan Gosling. Ce mercredi sort la seconde collaboration des deux hommes. Souffre t’elle des mêmes symptômes que la première réalisation de Cianfrance ? La réponse à cette question est plutôt positive. En effet, si l’on retrouve à nouveau de très belles qualités (réalisation, mise en scène et direction artistique soignées), on regrette aussi certains défauts évidents qui empêchent l’adhésion totale. 

The place beyond the pines est maladroitement coupé en deux, voire en trois, de façon bien trop évidente et gênante. Le problème ne semble pas venir du procédé (qui se défend) mais du manque d’ampleur des second et troisième segments. Si la première heure est vraiment prenante, axée sur le personnage d’un Ryan Gosling à la présence de nouveau magnétique et charismatique, la seconde heure est beaucoup plus poussive car manquant singulièrement de relief. Est-ce la faute du scénariste, du réalisateur ou de l’acteur campant le personnage du flic ? Les trois, à priori. Certes l’interprétation de Bradley Cooper n’aide pas à épaissir un personnage plutôt fade. Ceci dit, son arc scénaristique parait bien moins travaillé et étoffé que ceux qui le précèdent. Ainsi l’intrigue autour du policier puis de son fils peine à susciter l’intérêt ou la surprise. Les deux jeunes acteurs (campant les deux adolescents) sont d’ailleurs peu convaincants, au contraire d’Eva Mendes, qui se révèle être la bonne surprise du film. Outre le sentiment de déception que laisse The Place Beyond the Pines, retenons toutefois de belles qualités qui peuvent motiver le déplacement et le visionnage, notamment une première heure très réussie portée par un Ryan Gosling charismatique et une Eva Mendes très juste et touchante.

fév
21

(critique) DIE HARD 5 : UNE BELLE JOURNEE POUR MOURIR

JOHN MOORE | ACTION | USA  | 96 MIN | 20 FEVRIER 2013 | BRUCE WILLIS, MARY ELIZABETH WINSTEAD

JOHN MCCLANE, LE FLIC QUI NE FAIT PAS DANS LA DEMI-MESURE, EST VRAIMENT AU MAUVAIS ENDROIT AU MAUVAIS MOMENT APRÈS S’ÊTRE RENDU À MOSCOU POUR AIDER SON FILS JACK, QU’IL AVAIT PERDU DE VUE. CE QU’IL IGNORE, C’EST QUE JACK EST EN RÉALITÉ UN AGENT HAUTEMENT QUALIFIÉ DE LA CIA EN MISSION POUR EMPÊCHER UN VOL D’ARMES NUCLÉAIRES. AVEC LA MAFIA RUSSE À LEUR POURSUITE ET LA MENACE D’UNE GUERRE IMMINENTE, LES DEUX MCCLANE VONT DÉCOUVRIR QUE LEURS MÉTHODES RADICALEMENT DIFFÉRENTES VONT AUSSI FAIRE D’EUX DES HÉROS QUE RIEN NE PEUT ARRÊTER. Cinquième volet des (mes)aventures de John McClane et sa famille (dans le 4 la fille, dans le 5 le fiston), A good day to Die Hard est une suite sans aucune espèce d’intérêt. Film bourrin et écervelé au scénario affreusement inconsistant et à la mise en scène sans imagination, ce nouveau chapitre est une déception en tous points. Si le 4e volet avait déjà été frustrant en comparaison au premier et au troisième épisode, ce dernier opus est un plantage dans les règles de l’art. Bruce Willis débite ses tirades sans conviction et son fiston manque cruellement d’épaisseur. Leur relation contrariée est mortellement clichée. « Je suis en vacances » répète McClane senior en boucle, comme un vieux radoteur. Peut-être aurait-il bien fait d’y rester, en vacances, car ce médiocrissime volet risque bien d’enterrer la franchise. 

jan
7

(critiques) DÉBUT 2013 : LE MONDE DE CHARLIE, LA STRATÉGIE DE LA POUSSETTE, MANIAC

Par Wilyrah  //  2013, Bon, Made in France, Made in the US, Moyen  //  3 commentaires
  LE MONDE DE CHARLIE ●●

Au lycée où il vient d’arriver, on trouve Charlie bizarre. Sa sensibilité et ses goûts sont en décalage avec ceux de ses camarades de classe. Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige, pour les autres, c’est juste un « loser ». En attendant, il reste en marge – jusqu’au jour où deux terminales, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. Grâce à eux, il va découvrir la musique, les fêtes, le sexe… pour Charlie, un nouveau monde s’offre à luiOn n’est jamais mieux servi que par soi-même. Voilà le crédo que semble avoir suivi Stephen Chbosky en portant lui-même à l’écran le roman qu’il avait écrit et publié en 1999. Le résultat est plutôt satisfaisant puisqu’il nous offre une comédie adolescente touchante, sincère et attachante malgré ses lieux communs. Le trio d’acteurs est la hauteur – on peut d’ailleurs le féliciter, Emma Watson et Ezra Miller étant d’ordinaire plutôt irritants – et le ton de ce récit initiatique reste toujours approprié : on ne tombe jamais dans l’humour lourdingue. Au final, Le monde de Charlie a les qualités et les défauts d’un teen-movie des années 90. Mélancolique et nostalgique, malin mais classique et un brin naïf, les quelques facilités sont aisément compensées par cette histoire qui touche inévitablement nos souvenirs et notre coeur. 

STEPHEN CHBOSKY | COMÉDIE, DRAME | USA | 103 MIN | 2 JAN. 2013 | LOGAN LERMAN, EMMA WATSON, EZRA MILLER

 

 

 

  LA STRATÉGIE DE LA… ●

Thomas a laissé partir Marie, à force de ne pas s’engager. Un an plus tard, toujours inconsolable, il se retrouve avec un bébé sur les bras. Il va se servir de cet enfant pour reconquérir la femme de sa vie… Après un début entraînant et fantaisiste, La stratégie de la poussette retombe assez rapidement, suivant les rails prévisibles de la comédie à la française. Heureusement, l’humour reste bon enfant et au dessus de la ceinture. On saluera les débuts convenables à l’écran de Camelia Jordana et de Charlotte Miss Meteo Lebon. Une romcom qui se laisse regarder malgré quelques gags réchauffés. Rien de bien enthousiasmant mais pas la catastrophe annoncée et redoutée. A la rigueur… 

CLEMENT MICHEL | COMEDIE, ROMANCE | FRA | 90 MIN | 2 JAN. 2013 | RAPHAËL PERSONNAZ, CHARLOTTE LE BON

 

 

 

  MANIAC ●●

Dans les rues qu’on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps se remet en chasse. Frank est le timide propriétaire d’une boutique de mannequins. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l’aide pour sa nouvelle exposition. Alors que leurs liens se font plus forts, Frank commence à développer une véritable obsession pour la jeune fille. Au point de donner libre cours à une pulsion trop longtemps réfrénée – celle qui le pousse à traquer pour tuer. Remake du classique film d’horreur des années 80 (jadis réalisé par William Lustig), Maniac est cette fois repris par l’équipe d’Alexandre Aja et Thomas Langmann. Aux manettes, c’est Franck Khalfoun. Devant (et derrière la caméra grâce au procédé de caméra subjective), on retrouve le talentueux Elijah Wood qui nous avait déjà bien fichu les jetons dans Sin City. Son personnage inspire autant la pitié que le dégoût et la peur. Un choix payant ! Maniac s’avère être un remake intéressant, revisitant le personnage, et un exercice de style réussi pour un film de genre qui plaira forcément aux amateurs. Mention spéciale à la vibrante bande sonore de ROB du groupe Phoenix. 

FRANCK KHALFOUN | HORREUR | USA | 89 MIN | 2 JAN. 2013 | ELIJAH WOOD, NORA ARNEZEDER

      

nov
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[critique] NOUS YORK

G. NAKACHE & HERVE MIMRAN | FRANCE | 98 MIN | 7 NOVEMBRE 2012 | GERALDINE NAKACHE, MANU PAYET, LEILA BEKHTI

Michaël, Nabil et Sylvain, trois trentenaires de Nanterre, débarquent à New York par surprise à l’occasion de l’anniversaire de Samia, leur amie d’enfance. C’est Gabrielle, elle aussi une amie de toujours qui a tout organisé. Les deux copines ont quitté leur cité depuis deux ans pour tenter leurs chances aux États-Unis. Samia est l’assistante personnelle d’une célèbre comédienne avec qui elle partage un sublime appartement. Gabrielle, quant à elle, travaille dans une maison de retraite où elle a lié une relation tendre avec Mme Hazan, une Française placée ici par ses enfants.

Après le succès public et critique de Tout ce qui brille qui avait consacré Leila Bekhti avec le César de meilleur espoir féminin, Géraldine Nakache fait son retour derrière la caméra (tout en restant présente devant) avec une nouvelle comédie sur l’amitié et la jeunesse désenchantée. Fausse suite de son précédent métrage, Nous York se laisse suivre assez agréablement malgré un propos et un traitement pas spécialement novateurs. Le scénario est plutôt léger – au sens propre comme au figuré – malgré quelques incartades dramatiques. La mise en scène est plutôt soignée, propre mais lisse, ne permettant jamais vraiment au film de s’envoler. Dans Nous York, il ne faudra donc pas chercher du côté de la poésie ou de l’émotion mais plutôt de l’humour. La plume d’Isabelle Querrioux n’est pas déplaisante même si on sent une certaine paresse et que celle-ci se repose essentiellement sur le jeu de ses acteurs et leur potentiel comique : il faut dire qu’avec Manu Payet et Baptiste Lecaplain on est plutôt bien servis. N’oublions également pas les sarcasmes de Géraldine Nakache – qui s’est gardé le rôle le plus approfondi, si je puis dire – ou encore les vacheries de la sympathique Marthe Villalonga. Si vous ajoutez à cela le charme inévitable de Leila Bekhti – dont la présence à l’écran est plus réduite que les autres – vous obtenez un cocktail rafraîchissant.

Que dire donc de Nous York ? Le voyage est sympathique, les touristes ne sont pas désagréables et quand arrive le moment du départ on se prend à chantonner le célèbre tube de Telephone – ou celui de Frank Sinatra selon vos goûts – avec l’envie de croquer dans la grande pomme. Une comédie amusante sans être mémorable. L’indulgence est de mise mais il faudra approfondir davantage la prochaine fois.

 NOUS YORK ●/●●

²²    

sept
17

[critique] CAMILLE REDOUBLE

Par Wilyrah  //  2012, Made in France, Moyen  //  5 commentaires

NOÉMIE LVOVSKY | FRANCE | 115 MIN | 12 SEPTEMBRE 2012 | N. LVOVSKY, S. GUESMI, Y. MOREAU, V. LACOSTE, D. PODALYDES

Camille a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric. Ils s’aiment passionnément et Camille donne naissance à une fille… 25 ans plus tard : Eric quitte Camille pour une femme plus jeune. Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé. Elle a de nouveau seize ans. Elle retrouve ses parents, ses amies, son adolescence… et Eric. Va-t-elle fuir et tenter de changer leur vie à tous deux ? Va-t-elle l’aimer à nouveau alors qu’elle connaît la fin de leur histoire ?

Après Les sentiments qui réunissait un quatuor d’acteurs français de luxe (Bacri, Baye, Carré, Poupaud) qui traitait de l’adultère et de l’usure du couple avec humour et finesse, Noémie Lvovsky retrouve l’adolescence et ses premiers émois avec une vitalité et une nostalgie qui envahissent l’écran. Vieux walkman K7, vieux tubes disco (Walking on sunshine), vieilles doudounes bibindome et collants de laine aux couleurs bien tapantes, grosses permanentes douteuses, etc. Elle retrouve aussi et surtout ses parents, qui ne sont alors pas encore décédés, et celui qui sera l’homme de sa vie (avant qu’il ne la quitte vingt cinq ans plus tard).

Beaucoup saluent l’humour du film, indéniable. J’en retiens surtout la mélancolie qu’il dégage et qui nous suit longtemps après la projection : le manque de ceux qui nous ont quitté, les regrets, l’acceptation de ces choix et erreurs qui nous ont forgé. Si le postulat de départ est déjà vu, le traitement est plutôt subtil et sympathique avec une ambiance générale qui nous laisse un mélange de satisfaction et de tristesse comme si l’on repensait nous aussi à notre adolescence. Côté casting, outre la performance impeccable dans le rôle principal de l’actrice-réalisatrice, on regrette des seconds rôles pas toujours à la hauteur – surtout du côté des jeunes. Chez les « vieux », on saluera la belle prestation de Yolande Moreau qui, débarrassée de son infâme chevelure, devient soudainement un personnage très attachant. Denis Podalydès n’est pas non plus en reste, même si sa dernière séquence frôle le grotesque – sans que la responsabilité lui soit imputable. 

Un film personnel, sensible et lesté d’une nostalgie parfois presque bouleversante bien que le métrage accuse en chemin quelques longueurs qui laissent l’enchantement s’évaporer avant qu’il ne se conclue par une séquence d’une finesse et d’une justesse caractéristique du cinéma de son auteure : réalisme, optimisme, fatalisme et émotion.  

 CAMILLE REDOUBLE ●
août
10

[critique] BROKEN

RUFUS NORRIS | UK | 90 MIN | 22 AOÛT 2012 | TIM ROTH, CILLIAN MURPHY, ELOISE LAURENCE

Après avoir été témoin d’une agression brutale, Skunk se rend compte que la maison où elle vit, son quartier, son école, lui sont devenus étrangers, presque hostiles. Les certitudes rassurantes de l’enfance ont laissé place à l’inconnu et à la peur. Et, alors qu’elle se tourne vers un avenir devenu soudain plus sombre, son innocence n’est plus qu’un souvenir. En cherchant le réconfort dans l’amitié muette de Rick, un garçon doux mais abîmé par la vie, Skunk va se trouver confrontée à un choix. Poursuivre un chemin dans lequel elle ne se reconnaît plus, ou quitter les ruines de son ancienne vie…

Ayant fait l’ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes cette année, Broken est un film choral britannique qu’il ne faudra pas manquer lors de la fin de cet été 2012. Petite merveille sensible, drôle et poignante, écrite par le talentueux scénariste Mark O’Rowe qui avait déjà signé le script du très marquant Boy A en 2009, Broken suit plusieurs personnages, tous voisins ou visiteurs d’un petit quartier qui sera le théâtre de tristes évènements.

Broken juxtapose tendresse et violence, à l’image d’un cinéma anglais qui parvient souvent à les associer avec réussite (TyrannosaurThis is England ou Boy A justement) si l’on reste un peu indulgent sur cette fin un brin maladroite. Rufus Norris n’a d’ailleurs pas grand chose à envier à ses illustres ainés et, comme Paddy Considine qui nous avait scotché avec sa première réalisation, le cinéaste sera à surveiller de près. Différence notable, Norris parvient à insufler une certaine malice dans son cinéma – généralement par l’intermédiaire de sa jeune pré-adolescente mais pas seulement – ainsi qu’un humour et une légèreté permettant d’éviter de tomber dans trop de noirceur ou de pathos, apportant un peu d’innocence et de douceur dans cette histoire qui aborde des sujets peu évidents (la parentalité, l’abandon, le handicap mental, la violence scolaire…). Il y a aussi un peu de Little Children dans cette chronique de quartier (où le mensonge et la stigmatisation vont finir par causer de sacrés dégâts) sublimée par une superbe photographie – là encore, c’est aussi un technicien de Boy A, Rob Hardy. On sent dans la mise en scène et la réalisation de Norris ses origines (théâtre, opéra) lui qui allie avec beaucoup d’agilité les images à la musique, qui se joue des décors et des sons et qui dirige impeccablement ses interprètes dont la jeune Eloise Laurence qui crève l’écran pour son tout premier rôle.  

Tantôt espiègle et léger, tantôt grave et brutal, Broken est un joli premier film d’un réalisateur britannique à suivre et porté par des comédiens remarquables de justesse dont la jeune révélation Eloise Laurence. 

 BROKEN ●●●
août
6

[critique] À PERDRE LA RAISON

Par Wilyrah  //  2012, Bon, Made in France  //  1 commentaire

JOACHIM LAFOSSE | FRANCE | 111 MIN | 22 AOÛT 2012 | EMILIE DEQUENNE, NIELS ARELSTRUP, TAHAR RAHIM

Murielle et Mounir s’aiment passionnément. Depuis son enfance, le jeune homme vit chez le Docteur Pinget, qui lui assure une vie matérielle aisée. Quand Mounir et Murielle décident de se marier et d’avoir des enfants, la dépendance du couple envers le médecin devient excessive. Murielle se retrouve alors enfermée dans un climat affectif irrespirable, ce qui mène insidieusement la famille vers une issue tragique

Librement inspiré d’un fait divers survenu en Belgique en Février 2007, À perdre la raison est la froide et douce descente aux enfers d’une épouse qui sentira l’étau de la vie se refermer autour d’elle. Joachim Lafosse n’a pas souhaité en faire une reconstitution minutieuse, ni prendre parti. Il voyait ce drame comme une tragédie antique et la possibilité d’approfondir ce qu’il avait déjà abordé dans ses précédents métrages : « le trop-plein d’amour, ses conséquences, la dette, le lien pervers, les dysfonctionnements familiaux, la question des limites ». Pour lui, ce drame décrit comme « monstrueux » ne pouvait être le fruit du hasard et il a cherché à questionner le spectateur et poser un certain regard (sélection dans laquelle le film a d’ailleurs été sélectionné à Cannes) sur les circonstances qui ont conduit à celui-ci. On peut, après visionnage du film, dire que l’objectif est atteint. Grâce à une mise en scène sobre et poignante, à des comédiens remarquables – Niels Arelstrup et son incroyable présence à l’écran, Emilie Dequenne remarquable et légitimement récompensée du prix d’interprétation – et à un scénario intelligemment construit, on suit le destin de cette famille recomposée et la lente agonie de cette mère cloisonnée dans le confort de cette vie sans possibilité d’émancipation. Le réalisateur se défend et ne cherche en aucun cas la déresponsabilisation. Il souhaite simplement (s’)interroger sur les raisons qui ont pu pousser cette femme à commettre un tel acte, si ce n’est le fait qu’elle ait progressivement perdu la raison. On regrettera toutefois une lenteur du récit parfois un peu lassante mais le traitement et la construction habiles permettent d’en ressortir avec une impression de réussite à l’image de cette conclusion glaçante évitant tout sensationnalisme. 

 À PERDRE LA RAISON ●●
août
2

[critiques] DEUX ROMCOMS D’AOÛT : 5 ANS DE RÉFLEXION, FRIENDS WITH KIDS

Par Wilyrah  //  2012, Assez bon, Made in the US, Moyen  //  4 commentaires

5 ANS DE RÉFLEXION * NICHOLAS STOLLER | USA | 125 MIN | 1er AOÛT 2012 | JASON SEGEL, EMILY BLUNT, CHRIS PRATT

De l’avis général, Tom et Violet sont faits l’un pour l’autre et pourraient constituer le couple marié idéal. Lui, star de la haute cuisine de San Francisco, est prêt à rejoindre le gotha de la gastronomie californienne ; elle est une brillante doctorante en psychologie sociale à Berkeley. Deux «winners»… mais voilà que ce mariage imminent devient soudain un problème. Violet, rejetée par l’université dont elle rêvait, se rabat sur celle d’Ann Arbor, dans le Michigan. Tom se sacrifie pour la suivre, pensant que la «noce parfaite» peut attendre quelques mois. Puis d’autres obstacles, inattendus, se profilent, s’enchaînent. Le couple diffère, hésite, tergiverse… les mois passent, puis les années. Promesses en cascade, toujours remises en question… Cinq ans de réflexion…

Drôle mais balourde, amusante mais beaucoup trop longue pour que le charme continue d’opérer sur la durée, sérieusement handicapée par un problème de rythme, la comédie romantique 5 ans de réflexion avec Jason Segel et Emily Blunt ne passe pas loin de la réussite. Malheureusement, les questionnements de ce couple qui cherche à s’accomplir personnellement et professionnellement aux dépens de leur vie de couple et de leur projet de mariage finissent par lasser. De plus, à l’écran ce couple n’est pas toujours convaincant avec un Jason Segel en mode Marshall Erikssen (nounours tendre, paresseux et amusant) et une Emily Blunt aussi pétillante qu’agaçante. Côté second rôle en revanche, Chris Pratt (irrésistible Andy dans Parks & Recreation) s’en donne à coeur joie et Alison Brie n’est pas en reste. Un film sans punch assez peu mémorable, à quelques gags près. 

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FRIENDS WITH KIDS ** JENNIFER WESTFELDT | USA | 106 MIN | 1er AOÛT 2012 | ADAM SCOTT, JENNIFER WESTFELDT, CHRiS O’DOWD

Julie et Jason, meilleurs amis depuis l’université, célibataires et vivant dans le même immeuble de Manhattan, chérissent leur indépendance. Malgré l’exemple chaotique donné par leurs amis devenus parents, ils décident de faire ensemble un enfant, de partager les responsabilités parentales, sans que chacun renonce à sa liberté sentimentale. La «transaction» acceptée, un bébé vient au monde, et tout semble fonctionner. Du moins jusqu’au jour où Jason fait la connaissance d’une danseuse. Se sentant larguée, Julie redouble d’ardeur dans sa recherche de l’âme sœur, qu’elle croit finalement avoir trouvée en la personne d’un séduisant divorcé. Bientôt, les bouleversements sentimentaux mettent en péril l’entente qui lie les deux amis…

Si Friends with Kids est en somme une romcom plutôt cousue de fil blanc dans son déroulement, elle s’avère suffisamment soignée, élégante dans sa réalisation (cadrages, photographie, montage, ellipses) et dans son écriture pour que le spectateur suive l’histoire de Julie, Jason et leurs amis avec un certain plaisir. L’humour est intelligent et bien senti. Les personnages sont drôles et attachants porté par un casting impeccable. Une alchimie évidente se dégage entre les couples et dans le groupe d’amis, rendant le traitement encore plus naturel et réaliste – donc plus plaisant. La première demie-heure est savoureuse, les situations drôles et tendres s’enchaînant pour notre plus grande satisfaction. Le point culminant du film sera ce dîner dans le chalet – avec une déclaration détournée d’une beauté remarquable – tandis que les cinq dernières minutes seront elles plus maladroites malgré la bonne volonté évidente de la réalisatrice/actrice/scénariste Jennifer Westfeldt de réussir son final. Une romcom de qualité qui ne cherche en rien à se prendre pour ce qu’elle n’est pas et ça fait du bien.  

juil
13

[critique] STARBUCK

Par Wilyrah  //  2012, Bon, Coup de cœur, Made in Canada  //  3 commentaires

KEN SCOTT | CANADA | 109 MIN | 27 JUIN 2012 | PATRICK HUARD, JULIE LE BRETON, ANTOINE BERTRAND

Alors qu’il s’apprête à être père, David Wosniak, éternel adolescent de 42 ans, découvre être le géniteur anonyme de 533 enfants déterminés à le retrouver.

Le mois de Juin nous a proposé plusieurs comédies made in France, toutes assez banales et quelconques – voire carrément mauvaises. En effet, ni Adieu Berthe ni La clinique de l’Amour (critiques à venir) n’ont réussi à susciter l’amusement et maintenir l’intérêt. Pour trouver la comédie qui faisait mouche, il fallait aller voir de l’autre côté de l’Atlantique. Non pas aux States… Au Canada tabernac ! La comédie de Ken Scott est la très bonne surprise de ce début d’été. Irrésistiblement drôle – les trente premières minutes sont à mourir de rire – et terriblement attachante. Grâce à un scénario construit et écrit avec intelligence, à des répliques savoureuses et à un Patrick Huard aussi drôle que touchant, Starbuck s’avère être LA comédie qu’il faut voir en ce début d’été. 

Starbuck ou comment traiter avec humour et finesse un sujet d’éthique sensible. Une comédie astucieuse, pleine de coeur et riche en situations irrésistibles, portée par ses personnages attachants et cocasses. Gloire au Canada !

 STARBUCK ●●/●●●
juin
18

[critique] LÉON, DIRECTOR’S CUT

LUC BESSON | FRA:USA | 133 MIN | 1994/1996 | JEAN RENO, GARY OLDMAN, NATALIE PORTMAN, DANNY AIELLO

Un tueur à gages répondant au nom de Léon prend sous son aile Mathilda, une petite fille de douze ans, seule rescapée du massacre de sa famille. Bientôt, Léon va faire de Mathilda une « nettoyeuse », comme lui. Ainsi Mathilda pourra venger son petit frère.

Il fut un temps où Luc Besson et Jean Reno étaient des personnages cinématographiques respectables. Le premier était un cinéaste doté d’un savoir-faire intéressant et d’une passion pour le septième art assez évidente avant que sa démarche ne devienne progressivement que pécuniaire. Le second, aujourd’hui sarkozyste accompli, a vu sa carrière décliner vertigineusement, accumulant les navets depuis plus de quinze ans. Sa filmographie ressemble aujourd’hui à un champ de ruines au milieu duquel subsiste un seul et vrai grand rôle : celui de Léon le nettoyeur. 

A l’origine, le personnage imaginé par Luc Besson était déjà apparu sous un autre nom (Victor) dans le film Nikita. Mais son intervention était assez limitée. Jean Reno a tout de suite senti qu’il y avait quelque chose à tirer de ce nettoyeur et a suggéré à son ami cinéaste d’écrire une histoire plus approfondie sur celui-ci. Le fantasme a évolué en projet concret et enthousiasmant dès lors que le réalisateur français a réussi à engager l’imprévisible et grandiose Gary Oldman pour incarner le policier corrompu qui allait causer la chute du tueur à gages qu’est Léon. Viendront s’ajouter l’acteur italien Danny Aïello et la jeune actrice débutante que l’on ne présente désormais plus Natalie Portman. Le tournage durera environ dix-sept semaines réparties entre New-York (parfois clandestinement) et les studios d’Epinay, dans la région parisienne.

Sorti en salles en septembre 1994, Léon avait été amputé de 25 minutes en raison de certaines scènes jugées trop ambiguës ou violentes par les distributeurs américains. Le film bénéficie finalement d’une sortie director’s cut (version longue) deux ans plus tard, plus fidèle à la vision et à la volonté de Luc Besson. Plus intense et plus émouvante, cette version longue gagne en profondeur et les scènes supplémentaires se révèlent vite indispensables. Je vous recommande bien entendu de (re)découvrir ce film qui reste à l’heure d’aujourd’hui le meilleur métrage de Besson et l’un des films qui aura marqué ma jeunesse et qui a toujours à mes yeux un statut particulier.

Le film s’ouvre par un travelling avant survolant Central Park, nous faisant entrer d’emblée dans Manhattan, quartier où se déroulera l’histoire de Léon et de celle qui croisera son chemin, Mathilda. Dès la première séquence chez Tony (Danny Aiello), on réalise combien Besson fut un putain de cinéaste. Son savoir-faire et son amour cinématographique dévorent l’écran : plans rapprochés, cadrages soignés, utilisation des champs redoutable, éclairages et photographie bichonnés, dialogues tranchants et indélébiles, univers sonore faste et musique entêtante (merci Eric, Bjork et Sting), personnages emblématiques. La séquence suivante montre avec une efficacité imparable combien Léon est un professionnel redoutable. C’est en rentrant chez lui qu’on découvre qui est véritablement Léon : un être solitaire, naïf, introverti, presque invisible, qui n’a pour compagnon que sa plante verte qu’il soigne méticuleusement. Apparaît alors une jeune fille d’une douzaine d’années qui va bouleverser son quotidien et son existence : Mathilda. Interprétée par une Natalie Portman que Besson aura dénichée et révélée par ce rôle, la gamine crève l’écran. Malmenée par une vie de famille délabrée et une scolarité tumultueuse, l’enfant accroche l’attention du tueur d’origine italienne. Un lien indéfectible va progressivement se créer entre eux. Une histoire d’une tendresse bouleversante qui reste imprégnée dans nos souvenirs de longues heures (pour moi ce serait le terme « années » qui conviendrait le mieux) après le visionnage. Deux êtres oubliés, boiteux, détruits trop jeunes par la vie, qui vont s’apporter mutuellement ce qu’ils n’avaient pas ou plus connu jusqu’alors : l’amour. Car Léon est avant tout une histoire intimiste plus qu’un film d’action – même si les trois segments d’action sont un modèle de construction, le dernier offrant un climax incroyable qui vous déchirera le coeur. Elle suit ce tandem extraordinaire dans les rues de New-York, parcourant les couloirs d’immeubles (et leurs toits) pour remplir sa mission et poursuivre l’objectif de Mathilda : apprendre à tuer pour venger la mort de son frère.

Je ne révélerais rien de plus sur l’intrigue et l’évolution de l’histoire de ces deux personnages embarqués dans une affaire de vengeance et de mafia italo-new-yorkaise. Il ne faut pas oublier la talentueuse équipe technique qui y est également pour beaucoup dans la réussite d’une telle oeuvre : le directeur de la photographie Thierry Arbogast, le chef-décorateur Dan Weil et la monteuse Sylvie Landra ne sont pas étrangers à la fluidité et la beauté du long-métrage le plus abouti de la carrière de Luc Besson. Il ne me reste qu’à vous inciter à découvrir l’un des plus beaux films des années 1990, un travail d’orfèvres porté par un casting exceptionnel dont les vingt-six minutes supplémentaires offrent une dimension nouvelle à ce classique du cinéma réunissant les meilleurs atouts des polars français et des productions américaines. Une oeuvre addictive, généreuse, mélancolique, tendre, soignée, qui marquera la carrière de ses trois interprètes principaux (et qui aurait dû permettre de consacrer l’immense Gary Oldman) ainsi que celle de son talentueux cinéaste devenu paresseux producteur. 

 LÉON ●●●●●

Le bleu du miroir

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