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[critique] PORTRAIT AU CRÉPUSCULE
| ANGELINA NIKONOVA | RUSSIE | 105 MIN | 2012 | OLGA DIHOVICHNAYA, SERGUEI BORISSOV |
Marina, la trentaine, est psychologue pour enfants. Mais elle se cherche encore, dans son travail comme dans son couple. A l’issue d’une journée d’errance, elle se fait agresser par des policiers. Elle n’a dès lors plus qu’une obsession, se venger. Ses armes ne seront pas celles que l’on croit…
Vols, viols, violence, alcoolisme, prostitution, corruption, adultère, misère. Le portrait que livre dans son premier film n’est résolument pas optimiste. Ses personnages semblent abandonnés à la résignation ou la désillusion, errant dans une vie ou un pays sans perspectives autre que l’acceptation fataliste d’un sort morbide. Est-ce un besoin de dénonciation de la situation actuelle de son pays natal ou un exutoire misanthrope et désabusé ?
Son film est frontal, dure, glacial. Ce n’est jamais un problème pour moi. Mais il est aussi assez pénible par moments car bien trop caricatural tant dans la psychologie de ses personnages que dans la nature de ceux qu’ils croisent ou ont croisés sur leur chemin. De plus, si certaines séquences prennent aux tripes, d’autres s’éternisent inutilement dans une langueur qui dessert tant le message que la force du film. La dernière scène ressemblerait même à une imitation du médiocre Somewhereavec ces deux personnages marchant sans but vers la ville. On a saisi le message, pas besoin de nous l’infliger avec des sabots aussi balourds. Ainsi s’achève ce Portrait au crépuscule alarmant et nihiliste, désespéré et saisissant, mais plutôt maladroit et excessif dans ses relents de déterminisme et de misandrie non dissimulés.
| PORTRAIT AU CRÉPUSCULE ●● |
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[critique] A SINGLE MAN

| TOM FORD | USA | 100 MIN | 24 FEVRIER 2008 | COLIN FIRTH, JULIANNE MOORE, NICHOLAS HOULT |
La bande-annonce laissait déjà présager du meilleur. Le film met la barre encore plus haut. Pour sa première réalisation, Tom Ford réalise un long-métrage sublime en tous points de vue. La photographie est exceptionnelle, les plans sont d’une beauté renversante avec des nuances de couleur subtiles et un esthétisme éclatant. Si certains cinéastes confirmés essaient constamment de montrer leur savoir-faire, Tom Ford ne se force pas, il transpire le talent, la classe et la finesse.
Son écriture est éblouissante d’intelligence et de sagacité. Son film a la beauté d’un Wong Kar Waï, la force dramatique et l’esthétisme élégant d’un Pedro Almodovar. Il filme ses acteurs comme s’ils étaient James Dean, Elizabeth Taylor ou Brigitte Bardot. Colin Firth, pas toujours à son aise dans certaines comédies romantiques faciles, est bouleversant, superbe, parfait de sobriété et de retenue. Si l’Academy des Oscars faisait des choix pertinents – ce qui est rarement le cas, elle avait déjà oublié Mickey Rourke l’an dernier – récompenser l’acteur britannique aurait été rien d’autre que logique tellement il incarne magnifiquement ce professeur d’université accablé et brisé depuis la disparition tragique de son compagnon.
Heureusement, la Mostra de Venise aura une fois de plus réparé l’injustice en lui offrant le prix d’interprétation masculine ô combien mérité. Julianne Moore et Nicholas Hoult ne sont pas en reste. La première incarne sa meilleure amie, une femme superbe et pourtant insatisfaite qui s’abîme dans l’alcool, la résignation et l’apitoiement. Le second, inoubliable Tony Stonem dans la série britannique Skins, incarne cet étudiant curieux, culotté et solitaire, qui semble être le seul à percevoir cet insondable désespoir qui envahit l’âme de George. Et enfin, que dire de la partition d’Abel Korzeniowski, si raffinée et poignante, qui compose la plus belle bande originale que j’ai pu entendre ces dernières années. Bref, du travail d’orfèvre à tous les niveaux d’une maîtrise ébouriffante. A single man est au final mon plus gros coup de cœur cinématographique des trois dernières années.
Un grand cinéaste est né. Son premier chef d’œuvre : A single man. Un bijou d’esthétisme, d’intelligence, de subtilité et d’émotion.





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[critique] BEFORE SUNSET
| RICHARD LINKLATER | USA | 80 MIN | 16 MARS 2005 | ETHAN HAWKE, JULIE DELPY |
Neuf ans auparavant, Jesse et Céline se sont rencontrés par hasard à Vienne, et ont passé une nuit ensemble dans les rues désertes de la ville. En se séparant, quatorze heures plus tard, ils s’étaient promis de se revoir six mois après. Aujourd’hui, il se retrouvent à Paris alors que Jesse est venu présenter son nouveau roman. Ils passent l’après-midi ensemble dans des cafés, des parcs et sur les quais de la Seine, retrouvant instantanément leur ancienne complicité. Comme lors de leur première rencontre, ils ont énormément de choses à se raconter…
Il fallait en vouloir pour voir ce film, la suite de Before Sunrise, plébiscitée par la critique mais diffusée seulement dans dix salles en France. Un petit ciné d’arts et essais, dépourvu de toute enseigne et perdu dans une petite impasse, une salle de 45 sièges à vue d’œil, un caisson de basse et 4 enceintes pour le son et un écran de 6m. x 4m. Cette ambiance bien particulière et ce film l’étant tout autant ont rendu ce moment unique. Bonheur éphémère.
Quel pari risqué que cette suite de Before Sunrise où Céline et Jesse se retrouvent dans la capitale française l’espace d’une heure et demie et rattrape les neufs ans depuis cette nuit magique qu’ils ont partagé à Vienne. Grâce à des dialogues riches et savoureux, à une caméra suivant sur les deux protagonistes arpentant les ruelles du quartier latin, on passe un moment de cinéma rafraîchissant et émouvant. Ce film aux allures de film expérimental, intimiste et minimaliste, interprété par le complice tandem Julie Delpy et Ethan Hawke, est un régal, une petite merveille audiovisuelle.
On ne s’ennuie jamais. On rit, on sourit, on est intrigué et amusé, on est ému par ces retrouvailles. La sincérité des personnages est attendrissante. Leurs regrets, leurs désillusions mais aussi leurs petits bonheurs. Quel plaisir que de les suivre et de partager avec eux ces minutes à promener dans Paris en philosophant. L’alchimie est toujours présente. Les avis fusent, s’embrassent et parfait s’entrechoquent. La nostalgie, le désir, les utopies. Tout est perceptible, à travers leurs mots et leurs regards.
La très controversée Julie Delpy interprète ce bout de femme obstinée qui a décidé d’agir plutôt que de râler contre ce monde qui ne tourne plus très rond. Des petits pas pour faire avancer les choses, contrairement à certains – moi y compris – qui ne font que le constater avec dépit et amertume . Ethan Hawke, lui, tient le rôle de cet homme trentenaire qui tente de rester optimiste mais qui s’ennuie de sa vie familiale et conjugale, qui reste hanté par cette rencontre qu’il a faite neuf ans auparavant – son livre qui vient de sortir en est la preuve la plus évidente. Restent ces regards également, qui en disent bien plus. Puis, sur un petit air composé par Julie Delpy, le film se conclue en points de suspension. A chacun d’interpréter leurs derniers mots comme il l’entendra.
Quel ravissement que de flâner avec Jesse et Céline sur les quais de la Seine, d’entrer dans leur intimité et de sourire de cette complicité artistique à l’écran comme en coulisse qui rend cette oeuvre touchante et personnelle assez atypique et ce regard sur la vie et les relations amoureuses inédit au cinéma. La magie opère d’autant plus. … Un film sur les rêves, les désillusions, la mélancolie, sur le fil de la vie où chacun fait ce qu’il peut pour avancer sans tituber.
| BEFORE SUNSET ●●●●● |
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[critique] PRINTEMPS, ÉTÉ, AUTOMNE, HIVER… ET PRINTEMPS ****

Un vieux moine partage sa solitude avec un enfant. Le temple dans lequel ils vivent est au milieu d’un lac entouré de montagnes. Le rythme des saisons accompagne la vie du jeune disciple.
Au printemps arrive la perte de l’innocence.
Il connaît en été la passion qui consume l’esprit et le sens.
En automne, il découvre la jalousie et les pulsions destructrices qu’elle déclenche.
L’hiver est la saison de la rédemption et de l’expérience.
Et quand le printemps est de retour, le disciple est devenu un maître à son tour…
Sublime. Un film très esthétique, plein de sagesse et d’émotion, parfois dur, avec des plans d’une beauté incroyable, des paysages magnifiques. Après Dolls de Kitano, je m’étais dit que le cinéma asiatique valait qu’on s’y intéresse et qu’il méritait plus de reconnaissance. Voyez ce film, vous en serez également persuadés.
Un vieux moine partage sa solitude avec un enfant. Le temple dans lequel ils vivent est au milieu d’un lac entouré de montagnes. Le rythme des saisons accompagne la vie du jeune disciple. La vie est faite de choses simples, et nous laisse tirer des leçons de nos propres erreurs. La vie comme une boucle, illustré par le titre du film, un cycle, un éternel recommencement. Chef d’oeuvre.





| KIM KI-DUK | COREE DU SUD | 103 MIN | 14 AVRIL 2004 | KIM KI-DUK, OH YOUNG-SU |
Le bleu du miroir
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