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[critique] DARK SHADOWS

Par Wilyrah  //  2012, Made in the US, Moyen  //  27 commentaires

TIM BURTON | 112 MIN | 9 MAI 2012 | JOHNNY DEPP, EVA GREEN, HELENA BONHAM-CARTER

En 1752, Joshua et Naomi Collins quittent Liverpool, en Angleterre, pour prendre la mer avec leur jeune fils Barnabas, et commencer une nouvelle vie en Amérique. Mais même un océan ne parvient pas à les éloigner de la terrible malédiction qui s’est abattue sur leur famille. Vingt années passent et Barnabas a le monde à ses pieds, ou du moins la ville de Collinsport, dans le Maine. Riche et puissant, c’est un séducteur invétéré… jusqu’à ce qu’il commette la grave erreur de briser le cœur d’Angelique Bouchard. C’est une sorcière, dans tous les sens du terme, qui lui jette un sort bien plus maléfique que la mort : celui d’être transformé en vampire et enterré vivant. Deux siècles plus tard, Barnabas est libéré de sa tombe par inadvertance et débarque en 1972 dans un monde totalement transformé…

Ces derniers temps, Tim Burton semble avoir du mal à se renouveler et se réinventer. Le talentueux cinéaste gothique a tendance à s’enfermer dans des films qui sentent depuis quelques temps le réchauffé et à reconduire inlassablement le même casting : Johnny Depp, Helena Bonham-Carter et Christopher Lee. Cette tendance avait tendance à brider l’inspiration d’un réalisateur qui a acquis un statut important avec plusieurs oeuvres majeurs dont le chef d’oeuvre Edward Scissorhands. Ainsi, après avoir suscité l’admiration, Burton commence à attirer les moqueries, parfois très réussies comme ce fameux sketck : Tim Burton’s Secret Formula. De ce fait, alors qu’on annonce deux films de maître Burton pour 2012, l’attente est associée à la crainte du déjà-vu. Qu’en est-il alors de ce Dark Shadows dans lequel il retrouve Michelle Pfeiffer – qu’il avait sublimée dans Batman returns – et introduit la sulfureuse Eva Green ainsi que la très hype Chloe Moretz ?

C’est une demie-réussite. Malgré un savoir-faire et un style évidents, l’histoire de Barnabas n’emballe jamais vraiment le spectateur même si elle se suit sans déplaisir. Devant la caméra, on suit un Johnny Depp qui ne surprend plus depuis dix ans, tout comme il ne se recycle pas plus que son alter-égo derrière la caméra. Heureusement, le salut du film vient de son humour et de ses seconds rôles, plus particulièrement d’une Eva Green plus ravageuse que jamais. Elle campe une sorcière sexy et redoutable dont chaque apparition happe le spectateur. Débarassée de ses minauderies – que lui ont parfois reproché ses détracteurs – l’actrice française rayonne et s’avère être l’atout numéro un de ce Dark Shadows. Ses scènes avec Johnny Depp sont souvent très drôles et bien senties (on profitera d’ailleurs de la première scène de « sexe » réalisée par Burton). Helena Bonham-Carter, Michelle Pfeiffer et la bien-nommée Bella Heathcote se partagent avec honneur les restes dans quelques scènes dont l’intérêt reste très mesuré. Autre atout de ce Dark Shadows : son style visuel et sa bande son. Si la patte esthétique de Burton n’est plus une surprise, si son sens du décor et de la mise en scène reste toujours aussi affuté et personnel, c’est du côté de la bande originale qu’on se régale. Chapeautée par son inséparable comparse Danny Elfman, la partition est égayée de nombreux tubes 70s redoutablement plaisants dont l’entêtant Nights in White Satin.

Si ce Dark Shadows laisse apparaître quelques espoirs d’une inspiration retrouvée, il confirme également que la réussite de ses prochains métrages dépendra d’abord de la variété qu’il saura apporter à ses personnages et à son casting. 

 DARK SHADOWS ●
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L’ACTRICE DU MOIS : EVA GREEN – MAI 2012

Par Wilyrah  //  2012, Acteur/Actrice  //  3 commentaires

Celle qui a été à l’affiche du très beau Perfect Sense de David McKenzie aux côtés d’Ewan McGregor en mars dernier, revient sur les écrans à l’occasion de la sortie du dernier film de Tim Burton, Dark Shadows, dans lequel elle crève l’écran à chacune de ses apparitions. Sexy, menaçante, charismatique, elle est l’atout principal du métrage pas toujours inspiré de Mr Burton.

Boudée par le cinéma français, elle n’a tourné que dans une seule production totalement hexagonale : Arsène Lupin, qui ne fut pas un succès – c’est le moins que l’on puisse dire. Depuis, elle n’a jamais retenté l’expérience (ce n’est pas une question d’envie mais d’opportunités), elle qui a déjà tourné auprès de cinéastes mondialement renommés tels que Ridley Scott, Martin Campbell ou Bernardo Bertollucci (qui n’a pas été marqué par son inoubliable prestation dans The Dreamers ?).

D’un regard, elle avait fait chavirer Balian dans Kingdom of Heaven – qui avait été la preuve que les miracles existent : Orlando sait presque jouer comme un véritable acteur. Quasiment aussi vite, elle avait fait fondre l’impressionnant James Bond campé par Daniel Craig dans son emblématique rôle de Vesper Lynd dans Casino Royale.

Après cette grosse machine hollywoodienne, la fille de Marlène Jobert s’est tournée vers de petites productions globalement réussies mais restées plutôt confidentielles. Pourtant, ceux qui ont eu la chance de voir Cracks mis en scène par la fille de Ridley Scott, Jordan, ou encore le très beau Womb (encore inédit en France) sauront que ce n’est pas pour leur manque de qualités qu’ils n’ont pas été sous les projecteurs. Espérons que ce rôle de sorcière glamour et redoutable dans Dark Shadows, où elle est dirigée par le célébrissime Tim Burton, lui ouvrira de nouvelles portes et lui offriront dans les années à venir des rôles à la hauteur de son talent et de sa beauté renversante.

mar
25

[critique] PERFECT SENSE

Par Wilyrah  //  2012, Bon, Coup de cœur, Made in the UK  //  19 commentaires

DAVID MacKENZIE | UK | 92 MIN | 28 MARS 2012 | EWAN McGREGOR, EVA GREEN

Au milieu d’un monde frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens, un cuisinier et une brillante chercheuse tombent amoureux… 

Attendu de pied ferme depuis plus d’un an, Perfect Sense fait partie de ces petits films qui ne vous laissent pas indifférent. Son auteur, David MacKenzie, est capable d’aborder des sujets dérangeants comme l’inceste ou l’adultère – comme ce fut le cas dans Young Adam ou My Name is Hallam Foe- mais le résultat n’est pas toujours à la hauteur. Son dernier métrage, après avoir parcouru de nombreux festivals, sort en France ce mercredi et vaut vraiment le coup d’oeil.

Dans Perfect Sense il y a de belles choses, de vrais instants de poésie et de grâce. Mais il y a aussi certaines choses qui ne fonctionnent pas, comme cette romance entre deux personnages pas forcément très attachants. Pourtant l’alchimie fonctionne très bien entre deux interprètes impeccables : Ewan McGregor, comme toujours d’une justesse incroyable (même dans le pire des navets), et la sublime Eva Green qui peut vous tirer une larme ou un sourire d’un seul de ses regards azur.

La réalisation, elle, est d’un niveau aléatoire. Entre sa volonté d’innover (pourquoi cette steady-cam parkinsonnienne lors des premières minutes quand Ewan McGregor est à vélo ?) ou d’émouvoir (séquences dramatiques appuyées par des violons envahissants), le cinéaste britannique gâche l’ampleur et la superbe de son propos. Quant il revient à un cinéma moins maniéré et plus sincère, à des prises de vue plus classiques ou des plans soignés et esthétiques, il gagne en substance et en force poétique.

Il faut également souligner une ambition et un culot rares avec notamment ses nombreuses minutes de silence absolu, nous immergeant dans la sourdité dans laquelle sombre progressivement l’humanité. Le cinéaste s’arme de circonstance pour utiliser les techniques cinématographiques à sa disposition afin de restituer les pertes olfactives de ses protagonistes – comment traduire la perte du goût ou de l’odeur à l’écran ? Moins évident que l’ouïe ou la vue. 

Si Steven Soderbergh n’avait pas craint de tomber dans l’anti-spectaculaire pour décrire de façon quasi-scientifique sa pandémie et son monde sombrant vers l’apocalypse dans Contagion, MacKenzie tente de nous faire vivre l’expérience de façon sensorielle dans son Perfect Sense. Un essai réussi (malgré quelques réserves) qui vaut vraiment le détour, même s’il n’évitera inévitablement pas la comparaison avec Blindness du brillant Fernando Meirelles. 

 PERFECT SENSE ●●●
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14

[critique] CRACKS ***

Par Wilyrah  //  2010, Bon, Coup de cœur, Made in the UK  //  2 commentaires

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Fin décembre sortait sur les écrans français – en tout cas, sur quelques-uns – le premier film de la fille de Ridley Scott. Pour cette première œuvre très personnelle et intimiste, elle a choisi Eva Green pour tenir le rôle principal. Celle-ci interprète une professeure charismatique qui captive l’attention et suscite la fascination chez les jeunes filles de ce pensionnat féminin. Elle est leur mentor, leur modèle et quelque part également une amie, une grande sœur protectrice, une complice. La jeune française livre une performance exceptionnelle et porte le film sur ses épaules avec un talent inouï, tout en nuance, elle est impeccable de bout en bout. Elle inquiète, émeut, fascine dans la peau de ce personnage complexe, touchant et ambigu. Elle est incontestablement l’atout majeur de ce film. Outre le choix pertinent de Jordan Scott pour incarner Miss G, on remarquera avec une certaine satisfaction que la jeune femme possède déjà un certain style et une ambiance visuelle bien à elle – là où elle aurait pu marcher dans les pas de Papa ou Tonton – de la finesse et bien plus d’intelligence et de profondeur qu’il n’y paraît au premier abord. Cracks n’est pas un film parfait – on note ça et là quelques petites maladresses de mise en scène ou de montage – mais s’avère être un film de qualité offrant à Eva Green un rôle grandiose. On ne pourra ainsi que regretter sa sortie discrète dans les salles.

Pour sa première création cinématographique, Jordan Scott (fille de Ridley et nièce de Tony) a accompli un film captivant, troublant et fascinant réalisé avec intelligence et subtilité, porté par une Eva Green sublime qui livre une prestation remarquable qui mériterait bien plus d’attention et de reconnaissance qu’elle n’en aura au final. Une œuvre intimiste, envoûtante et très personnelle. Trop personnelle peut-être pour susciter l’engouement du grand public et l’encensement de la presse – qui choisit souvent bien trop superficiellement ou hâtivement ses petits chouchous.  

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nov
25

[critique] CASINO ROYALE ***

MARTIN CAMPBELL | 138 MIN | 22 NOVEMBRE 2012 | DANIEL CRAIG, EVA GREEN, MADS MIKKELSEN, JUDI DENCH

D’un coup de balai Daniel Craig envoie aux oubliettes Pierce Brosnan et son image poussiéreuse de séducteur toujours impeccable et bien coiffé. Ce James Bond là est un casse-cou, robuste mais vulnérable, qui cache derrière sa forte carrure et son arrogance un passé difficile et des origines modestes.

Fraîchement promu « agent double zéro », Bond est un indiscipliné de la veine de Jack Bauer qui ne respecte pas forcément les ordres de ses supérieurs hiérarchiques. Vous l’avez donc compris, Casino Royale est un préquel qui s’intéresse à ce qui fera de James Bond ce qu’il est, à savoir un agent secret froid et efficace, sans états d’âme.

Ce volet réintroductif de la saga 007 lui donne un nouveau souffle avec un scénario qui démarre sur les chapeaux de roue par une séquence en noir et blanc où Craig s’affiche déjà avec un certain charisme. S’ensuit une heure époustouflante au rythme effréné, où les scènes d’actions se succèdent, toutes aussi grandioses les unes que les autres, et, force est de reconnaître que ce James Bond là déménage. De l’ouverture mémorable sur un chantier de Madagascar à la course-poursuite sur une piste de l’aéroport de Miami, on ne décroche pas de l’écran.

La seconde partie du film, elle, est en revanche un peu plus posée. Les parties de cartes où Craig semble à l’étroit dans son costume de bluffeur calculateur cassent un peu le rythme imposé lors de la première partie du film mais paradoxalement le suspens y est plus dense. C’est d’ailleurs à ce moment que la sublime Eva Green est entrée en scène. On découvre ce personnage ambigu et intrigant qu’est Vesper Lynd. Troublante, terriblement séduisante, elle va apporter davantage de profondeur à son partenaire double-zéro.
Alors que la romance entre Lynd et Bond n’évite pas certaines maladresses (dialogues stéréotypés, scène de la plage), un certain humour mêlé de dérision dans les répliques de 007 apporte un second degré bienvenu écorchant quelque peu le mythe du James Bond qui séduit les femmes à coups de champagne-caviar.

N’étant pas particulièrement amateur de l’espion de Ian Fleming, je suis forcé de reconnaître que ce volet là a de quoi convaincre. En comparaison des précédents volets de la saga, on gagne en noirceur et en décapant ce que l’on perd en limpidité et formalité des Bond ennuyeux de Brosnan.

De plus, pour une fois, on appréciera que le personnage féminin ne soit pas une potiche siliconée mais une jeune femme difficile à cerner, plus ambivalente. Le méchant qu’il a face à lui est à la hauteur, campé par le brillant Mads Mikkelsen. Il va déstabiliser l’agent spécial de sa majesté, ce qui le rendra plus attachant : on aime davantage ce James Bond qui n’est pas intouchable. Le casting est une valeur ajoutée indéniable. Outre Daniel Craig (qui fait taire toutes les critiques), Eva Green et Mads Mikkelsen, on retrouve l’irremplaçable Judi Dench dans le rôle désormais mythique de M.

Ce Casino Royale est un reboot réussi. Rythmé, bien ficelé, porté par un casting royal, c’est un coup de poker gagnant que la dernière scène du film confirme avec évidence : bravo Martin Campbell et Paul Haggis. Nous avons hâte de voir la suite.

Le bleu du miroir

Critiques détaillées et/ou avis express sur les derniers films vus en salles, avant-premières ou rattrapages DVD.

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