15
[critique] ARGO
| BEN AFFLECK | USA | 120 MIN | 7 NOVEMBRE 2012 | BEN AFFLECK, BRYAN CRANSTON, ALAN ARKIN, JOHN GOODMAN |
Le 4 novembre 1979, au summum de la révolution iranienne, des militants envahissent l’ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Mais au milieu du chaos, six Américains réussissent à s’échapper et à se réfugier au domicile de l’ambassadeur canadien. Sachant qu’ils seront inévitablement découverts et probablement tués, un spécialiste de « l’exfiltration » de la CIA du nom de Tony Mendez monte un plan risqué visant à les faire sortir du pays. Un plan si incroyable qu’il ne pourrait exister qu’au cinéma.
La mission était un film. Le film était leur couverture. Hollywood a acheté le scénar. Ben Affleck en a fait un (très bon) film. Après deux premiers films de bon acabit mais plutôt inégaux (Gone baby gone et The town), Ben Affleck signe un troisième film beaucoup plus abouti avec Argo, tiré d’une histoire vraie s’étant déroulée en 1979 : une douzaine d’Américains sont pris en otages dans leur ambassade en Iran. Six d’entre eux parviennent à s’échapper et à se cacher auprès de l’ambassadeur canadien à Téhéran. La CIA met alors tout en œuvre pour les ramener chez eux, quitte à échafauder de toutes pièces un projet de film de science-fiction comme alibi d’infiltration.
Projeté à Tribeca et déjà précédé d’une réputation élogieuse, le long métrage présenté ce lundi en avant première par l’acteur-réalisateur américain est un thriller politique solide, riche et élégant qui fera très certainement partie des dix films nommés à l’oscar du meilleur film. Fluide, prenant et accessible, le film ne sacrifie pourtant pas l’intelligence et la richesse de son scénario sur l’autel du spectaculaire et du mainstream.
Doté d’un casting de briscards impeccables (Alan Arkin, Bryan Cranston, John Goodman, Zeljko Ivanek…) pour porter avec talent une palette de seconds rôles savoureux outre-atlantique, le film fait aussi la part belle à un Ben Affleck irréprochable qui confirme l’adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ». S’il fut jadis un acteur quelconque et plutôt fade, il confirme qu’il risque d’être un cinéaste sur qui compter au cours des années à venir.
Argo sortira sur les écrans début novembre. Que vous soyez amateurs de thrillers politiques – comme moi – ou passionnés d’histoire, ou simplement cinéphiles, je vous invite à profiter des vacances de la Toussaint et de la pauvre programmation actuelle pour aller découvrir l’un des films incontournables de cet automne 2012 racontant fidèlement l’une des histoires d’espionnages les plus marquantes du siècle dernier.
| ARGO ●●● |
10
[critique] PIÉGÉE
| STEVEN SODERBERGH | USA | 93 MIN | 11 JUILLET 2012 | GINA CARANO, EWAN McGREGOR, MICHAEL FASSBENDER |
Agent d’élite, Mallory Kane est spécialiste des missions dans les endroits les plus risqués de la planète. Après avoir réussi à libérer un journaliste chinois retenu en otage à Barcelone, elle découvre qu’il a été assassiné – et que tous les indices l’accusent. Elle est désormais la cible de tueurs qui semblent en savoir beaucoup trop sur elle… Mallory a été trahie. Mais par qui ? Et pourquoi ?
Après Full Frontal, Bubble ou The Girlfriend Experience, Steven Soderbergh continue de se faire plaisir et d’expérimenter avec des films en forme d’essais stylistiques. Alors qu’il avait réussi l’an passé un thriller bactériologique réussi et réaliste (Contagion), le cinéaste touche-à-tout se noie dans un film terriblement mou du genou, embourbé dans ses effets d’ambiance visuels et sonores – quelle effroyable bande son.
Haywire (aka Piégée) n’est justement qu’un exercice de style au scénario feignant, confus et archi-classique. Vide d’intérêt et de tension, le spectateur traverse le film sans jamais se concerner par le sort des protagonistes ou même saisir un tant soi peu d’enjeu. Le casting est en mode automatique et même les talentueux Ewan McGregor et Michael Fassbender délivrent des prestations sans conviction. Quant à la soi-disant révélation Gina Carano, elle ne livre jamais une performance d’actrice et, malgré sa bonne volonté, ne dépassera pas le statut d’habile fighteuse.
Un Soderbergh récréationnel qui n’a dû amuser que son créateur. Le spectateur, lui, s’ennuie fermement devant ce thriller expérimental soporifique qui se la raconte un peu trop avec sa musique d’ascenseur et ses têtes d’affiche de renom.
| PIÉGÉE ○/● |
19
[critique] LA TAUPE
| TOMAS ALFREDSON | USA | 127 MIN | 8 FÉVRIER 2012 | GARY OLDMAN, COLIN FIRTH, TOM HARDY, JOHN HURT |
1973. La guerre froide empoisonne toujours les relations internationales. Les services secrets britanniques sont, comme ceux des autres pays, en alerte maximum. Suite à une mission ratée en Hongrie, le patron du MI6 se retrouve sur la touche avec son fidèle lieutenant, George Smiley. Pourtant, Smiley est bientôt secrètement réengagé sur l’injonction du gouvernement, qui craint que le service n’ait été infiltré par un agent double soviétique. Epaulé par le jeune agent Peter Guillam, Smiley tente de débusquer la taupe, mais il est bientôt rattrapé par ses anciens liens avec un redoutable espion russe, Karla. Alors que l’identité de la taupe reste une énigme, Ricki Tarr, un agent de terrain en mission d’infiltration en Turquie, tombe amoureux d’une femme mariée, Irina, qui prétend posséder des informations cruciales. Parallèlement, Smiley apprend que son ancien chef a réduit la liste des suspects à cinq noms : l’ambitieux Percy Alleline, Bill Haydon, le charmeur, Roy Bland, qui jusqu’ici, a toujours fait preuve de loyauté, le très zélé Toby Esterhase… et Smiley lui-même.
Après le fabuleux Morse (Let the right one in) qui l’avait révélé, Tomas Alfredson fait ses débuts anglophones avec Tinker Tailor Soldier Spy, assez banalement traduit La Taupe par nos chers distributeurs. Tout était alléchant dans ce projet : un casting en or massif, un film d’espionnage rétro ultra soigné, une intrigue qui s’annonçait passionnante entre les mains d’un réalisateur habile et prometteur.
Mais la déception est immense. Le film devient de plus en plus abscons et ne décolle jamais s’enfermant dans une intrigue brumeuse, une ambiance terne et vieillotte, et surtout une douloureuse absence de rythme. Les personnages manquent tous de vie, malgré des interprètes qui sont dans l’ensemble plutôt bons (dont le magnifique Gary Oldman) et leurs efforts pour leur donner un peu de relief et d’intérêt à ce film désincarné et scolaire, à la mise en scène mollassonne. Un immense gâchis et la première grosse déception de l’année.
| LA TAUPE ● |
2
[ugc] IDENTITÉ SECRÈTE °

Au premier abord, Identité secrète avait absolument tout pour décrocher dans mon TOP le prix de la daube de l’année… Un héros casse-cou et testostéroneux ressemblant vaguement à un acteur plus connu/doué (Matt Damon pour ne pas le citer) qui conduit une moto surpuissante sans casque et serre les dents pour faire gros-dur, CHECK. Un intérêt amoureux couru d’avance pour une cutie (cheerleader) qui traîne dans le coin. CHECK. Des parents cool mais à cheval sur leurs principes pour le bien du fiston, CHECK. Une psy-plus-cool-que-d’hab et ange gardien à ses heures perdues, CHECK. Des potos bien lourdingues qui font de la lutte et qui crient fort pour être plus virils, CHECK. Un pote renoi qui arrondit ses fins de mois en trafiquant des fausses ID, check. Des méchants qui marchent bruyamment pour faire peur et qui portent des tatouages très visibles pour ne laisser aucun doute sur leurs intentions, CHECK. Un thème principal électro passe-partout et quelques lourds riffs de guitare pour informer le spectateur que la scène qu’il regarde devient une scène d’action décoiffante, CHECK. Une taupe travaillant à la CIA, CHECK.
Anyway… Après s’être mis une grosse race le week-end précédent, notre héros se voit assigné à résidence (la loose!). Le jeunot est bien embêté vu qu’il doit se coltiner sa voisine peu dégueulasse pour un exposé scolaire. Heureusement, maman est cool, elle l’autorise à fermer la porte de sa chambre. Fiston pourra ainsi tranquillement coucher bosser avec elle. Leur sujet : « les enfants disparus ».
Hasard de l’intrigue – et formidable inventivité scénaristique – il s’avère que notre musclé découvre rapidement qu’il ne serait peut-être pas le fils de ses parents (la magie d’internet!). Fausse-maman confirme d’ailleurs cela sans se faire prier (« oops je suis démasquée ») avant de se faire shooter sous ses yeux, n’ayant ainsi pas le temps de lui raconter le pourquoi-du-comment [ le scénariste ne le savait certainement pas lui-même ]. Le jeune prodige adopté prend alors la fuite au volant d’une BMW à portée de main.
Grâce au training de pôpa, notre héros parviendra à protéger sa nana alors qu’il a la CIA et les soviets à ses trousses (enfin, on sait pas trop qui veut quoi et pourquoi, mais on s’en tape). Orphelin mais héroïque, il sera récupéré par sa super-psy et pourra poursuivre son idylle avec sa nouvelle nana pour qui (je cite!!!) « il n’était pas prêt il y a quatre ans ».
Alors pourquoi le film ne figurera t’il pas en dernière place de mon classement final ? Parce que je me suis tellement moqué que je me suis bien marré au visionnage. Je sais ce n’est pas vraiment valable et objectif comme justification. D’ailleurs ce n’est certainement pas intentionnel (les réal hollywoodiens font rarement preuve de second degré), les ficelles étant tellement grosses, les personnages tellement caricaturaux, les répliques et l’intrigue tellement bateaux et la réalisation tellement formatée, le film devient plutôt drôle, divertissant et presque cohérent (dans son incohérence).
Un film d’action d’une bêtise et d’un manque d’inventivité indéniable, un produit formaté feignant et prétexte autour d’une starlette sculptée, mais un divertissement efficace et involontairement drôle. Identité secrète mérite le prix du « film » le moins ambitieux de l’année.
| JOHN SINGLETON | USA | 100 MIN | 28 SEPTEMBRE 2011 | TAYLOR LAUTNER, LILY COLLINS, SIGOURNEY WEAVER |
8
[ugc] CARS 2 *
Cars 2 est la suite guère imaginative des aventures de Flash McQueen et son compère Martin la dépanneuse. Hormis l’habituelle savoir-faire technique, ce divertissement plutôt light côté intrigue et émotion vise uniquement un public jeune, une fois n’est pas coutume chez Pixar.
Elégant et spectaculaire.
Intrigue légère et prétexte. Où est passé le charme du premier volet ? Cible un public (très) jeune. Ca reste une histoire de voitures…
13
[critique] FAIR GAME ***

Valérie Plame, agent de la CIA au département chargé de la non-prolifération des armes, dirige secrètement une enquête sur l’existence potentielles d’armes de destruction massive en Irak. Son mari, le diplomate Joe Wilson, se voit confier la mission d’apporter les preuves d’une supposée vente d’uranium enrichi en provenance du Niger. Mais lorsque l’administration Bush ignore ses conclusions pour justifier le déclenchement de la guerre, Joe Wilson réagit via un éditorial dans le New York Times, déclenchant ainsi la polémique et exposant par la même occasion son épouse à des représailles de sa hiérarchie et des médias.
Porté par deux acteurs excellents – Naomi Watts et Sean Penn – et un scénario brillant qui n’a rien à envier à celui de Aaron Sorkin (The Social Network), Fair Game pointe avec fluidité et concision, par le biais de l’affaire Valérie Plame, toutes les magouilles orchestrées par l’administration Bush pour déclencher la guerre en Irak. Le film de Doug Liman est à ce jour le meilleur film qu’il m’ait été donné de voir sur l’engagement américain en Irak, bien meilleur que Green Zone et Démineurs pour ne citer qu’eux.
| DOUG LIMAN | USA | 106 MIN | 03 NOVEMBRE 2011 | NAOMI WATTS, SEAN PENN |
25
[critique] CASINO ROYALE ***
| MARTIN CAMPBELL | 138 MIN | 22 NOVEMBRE 2012 | DANIEL CRAIG, EVA GREEN, MADS MIKKELSEN, JUDI DENCH |
D’un coup de balai Daniel Craig envoie aux oubliettes Pierce Brosnan et son image poussiéreuse de séducteur toujours impeccable et bien coiffé. Ce James Bond là est un casse-cou, robuste mais vulnérable, qui cache derrière sa forte carrure et son arrogance un passé difficile et des origines modestes.
Fraîchement promu « agent double zéro », Bond est un indiscipliné de la veine de Jack Bauer qui ne respecte pas forcément les ordres de ses supérieurs hiérarchiques. Vous l’avez donc compris, Casino Royale est un préquel qui s’intéresse à ce qui fera de James Bond ce qu’il est, à savoir un agent secret froid et efficace, sans états d’âme.
Ce volet réintroductif de la saga 007 lui donne un nouveau souffle avec un scénario qui démarre sur les chapeaux de roue par une séquence en noir et blanc où Craig s’affiche déjà avec un certain charisme. S’ensuit une heure époustouflante au rythme effréné, où les scènes d’actions se succèdent, toutes aussi grandioses les unes que les autres, et, force est de reconnaître que ce James Bond là déménage. De l’ouverture mémorable sur un chantier de Madagascar à la course-poursuite sur une piste de l’aéroport de Miami, on ne décroche pas de l’écran.
La seconde partie du film, elle, est en revanche un peu plus posée. Les parties de cartes où Craig semble à l’étroit dans son costume de bluffeur calculateur cassent un peu le rythme imposé lors de la première partie du film mais paradoxalement le suspens y est plus dense. C’est d’ailleurs à ce moment que la sublime Eva Green est entrée en scène. On découvre ce personnage ambigu et intrigant qu’est Vesper Lynd. Troublante, terriblement séduisante, elle va apporter davantage de profondeur à son partenaire double-zéro.
Alors que la romance entre Lynd et Bond n’évite pas certaines maladresses (dialogues stéréotypés, scène de la plage), un certain humour mêlé de dérision dans les répliques de 007 apporte un second degré bienvenu écorchant quelque peu le mythe du James Bond qui séduit les femmes à coups de champagne-caviar.
N’étant pas particulièrement amateur de l’espion de Ian Fleming, je suis forcé de reconnaître que ce volet là a de quoi convaincre. En comparaison des précédents volets de la saga, on gagne en noirceur et en décapant ce que l’on perd en limpidité et formalité des Bond ennuyeux de Brosnan.
De plus, pour une fois, on appréciera que le personnage féminin ne soit pas une potiche siliconée mais une jeune femme difficile à cerner, plus ambivalente. Le méchant qu’il a face à lui est à la hauteur, campé par le brillant Mads Mikkelsen. Il va déstabiliser l’agent spécial de sa majesté, ce qui le rendra plus attachant : on aime davantage ce James Bond qui n’est pas intouchable. Le casting est une valeur ajoutée indéniable. Outre Daniel Craig (qui fait taire toutes les critiques), Eva Green et Mads Mikkelsen, on retrouve l’irremplaçable Judi Dench dans le rôle désormais mythique de M.
Ce Casino Royale est un reboot réussi. Rythmé, bien ficelé, porté par un casting royal, c’est un coup de poker gagnant que la dernière scène du film confirme avec évidence : bravo Martin Campbell et Paul Haggis. Nous avons hâte de voir la suite.
Le bleu du miroir
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