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[critique] SKYFALL
| SAM MENDES | USA /UK | 143 MIN | 26 OCTOBRE 2012 | DANIEL CRAIG, JAVIER BARDEM, JUDI DENCH, RALPH FIENNES |
Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…
Hier soir est sorti sur les écrans le 23e volet des aventures de James Bond, SKYFALL. Le plus célèbre espion britannique du monde, inventé par Ian Flemming, fait en effet son retour après plusieurs années d’absence. Il revient sur son 31 avec l’un des plus grands réalisateurs du monde aux manettes : Sam Mendes (American Beauty, Les Sentiers de la perdition, Les noces rebelles…). Pour la première fois, 007 s’offre donc un metteur en scène de génie, un artiste accompagné de son équipe de techniciens orfèvres. Que vaut ce nouveau et très attendu volet ? Parvient-il à surpasser Casino Royale ? Non.
En effet, si Martin Campbell avait dépoussiéré la saga avec Casino Royale, Sam Mendes a laissé s’accumuler la poussière. Certains y verront un hommage pour le 50e anniversaire de James Bond et apprécieront les très nombreux clins d’oeil lancés par le réalisateur britannique. On ressent de façon évidente l’amour de Mendes pour l’espion de sa Majesté. Il se régale et se joue du mythe de 007 en le ramenant sur les terres de son passé, en lui faisant frôler la mort, en menaçant celle qui représente un peu une Mère de substitution pour lui. « Bond meurt pour renaître » ai-je lu quelque part. C’est un peu ça et sa renaissance ne me plait guère. Pendant des années, je me suis désintéressé de l’univers de Bond, lassé par les gadgets, les Bond girls fades et sans intérêt, les grosses explosions, les échanges de coups de feux incessants… Casino Royale avait su rafraîchir la saga en apportant quelque chose de nouveau. Skyfall revient en arrière et nous offre un film-hommage très référentiel, comme une jolie carte postale adressée à tous les fans du héros de Ian Flemming. On s’attendrait presque à voir débarquer Sean Connery pour un caméo dans la dernière partie ! Dernier gros point qui fâche : le scénario. Paresseux et minimaliste, l’intrigue de ce 23e Bond tient sur trois pages à tout casser : un ancien agent devenu rebelle décide de se venger de M qui l’a (selon lui) abandonné il y a quelques années lors d’une mission d’infiltration périlleuse. Ce méchant vilain est interprété par Javier Bardem, affublé d’une tignasse blonde assez ringarde. On regrettera sa faible présence à l’écran même si son personnage – qui s’inspire terriblement du Joker de Nolan – n’avait peut-être pas grand chose de plus intéressant à raconter. Face à lui, Daniel Craig occupe le personnage avec sa présence habituelle et son cynisme encore plus affûté. Son James Bond a quelque chose de (super)héroïque (très Bruce Wayne) dans ses postures, dans son histoire personnelle (orphelin, endeuillé par la disparition de celle qu’il a aimé, propriétaire d’un vieux manoir laissé aux mains d’un ancien employé) et dans sa résurrection. Pas grand chose à dire au sujet des deux Bond girls qui n’ont pas dû trop se fouler pour apprendre leurs textes : Marlohe essaie en vain d’apporter un peu de classe à son personnage qui ne fera pas long feu et Harris sert de bouche trou en début et fin de film, comme deux tranches de pain de mie venant entourer une garniture sympathique mais pas spécialement inoubliable.
La déception est donc présente mais elle doit être relativisée. Si le film s’étire parfois inutilement en longueur et qu’il peine à installer la tension chez le spectateur, il est en revanche une réussite complète au niveau visuel. Plastiquement très soigné et mis en scène avec élégance, Skyfall démontre qu’un gros budget peut aussi servir à soigner la réalisation et la direction artistique. La photographie de Roger Deakins est sublime – les séquences à l’étranger notamment, Hong-Kong, Macau, Ecosse – en jouant sur les éclairages et les couleurs. La première scène du film vient d’ailleurs illustrer le propos de M (« He comes from the shadow ») avec un 007 dont on ne distingue à peine la silhouette avant de le voir avancer dans la pénombre d’un couloir puis de n’apercevoir que son regard (cf image ci-dessus). L’intro du film est d’ailleurs incroyablement maîtrisée offrant une montée en puissance et en spectacle remarquable jusqu’à l’arrivée du générique amenée avec beaucoup de subtilité. Les premières notes de la chanson d’Adele nous donnerait presque des frissons accompagnées de ces images aquatiques d’une incroyable beauté. Pendant les deux heures qui suivent, ce sera un peu les montagnes russes avec quelques fulgurances appréciables – toute la séquence du bunker du MI6 au tribunal – jusqu’à un épilogue shakespearien un brin longuet mais photographiquement superbe.
Si l’on saluera la volonté de Sam Mendes d’apporter une touche de classe indéniable à la saga et à la résurrection de son héros en impliquant ses collaborateurs habituels (Deakins à la photo, Newman à la musique) et en débauchant quelques techniciens de Chris Nolan pour les effets spéciaux, on regrettera que son volet manque d’ambition scénaristique, la faute à un script maintes fois retouché n’offrant au final qu’une intrigue minimaliste rarement enthousiasmante et handicapée par ses invraisemblances.
| SKYFALL ●● |
Retrouvez les photos du tapis rouge de l’avant-première parisienne de Skyfall.
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[critique] DU VENT DANS MES MOLLETS
| CARINE TARDIEU | FRANCE | 89 MIN | 22 AOÛT 2012 | JULIETTE GOMBERT, AGNES JAOUI, ISABELLE CARRE |
Prise en sandwich entre des parents qui la gavent d’amour et de boulettes, Rachel, 9 ans, compte les minutes qui la séparent de la liberté. Jusqu’au jour où son chemin croise celui de l’intrépide Valérie.
Après La tête de maman, la réalisateur Carine Tardieu continue de s’intéresser à ce qui se passe dans la vie des enfants. Celle-ci adapte la bande-dessinée de Raphaële Moussafir avec qui elle a collaboré pour écrire le scénario et les dialogues du film. Se déroulant dans les années 80, Du vent dans mes mollets raconte l’histoire de la jeune et timide Rachel qui voit débarquer l’intrépide et espiègle Valérie dans sa classe. Beaucoup moins réservée et bien plus culottée, elle va permettre à sa camarade de se libérer de ses peurs et de l’emprise étouffante – bien que bienveillante – de ses parents. On suit d’ailleurs également le sort de ces deux parents au passé difficile et à la vie de couple désormais un peu trop monotone. Agnès Jaoui et Denis Podalydès sont impeccables, la première drôle et attachante et le second comme à son habitude attendrissant avec sa mine penaude de brave gars. Les deux gamines ont été particulièrement bien castées parmis 500 candidates avec l’adorable Juliette Gombert pour camper Rachel et la dynamique Anna Lemarchand pour dynamiter cet univers un peu trop figé.
Comme pour La tête de maman, il y a de belles trouvailles et de jolies scènes, un univers visuel et sonore riche et soigné, de l’émotion et des acteurs impeccables avec de jeunes révélations. Comme pour La tête de maman, il y a aussi un rythme et une qualité inégal avec quelques scènes un peu tirées par les cheveux. Sauf que cette fois les péripéties sont plus acceptables car elles appartiennent à une histoire racontée et perçue par une enfant de neuf ans. Il y a de l’innocence, de la curiosité ou de l’incompréhension envers ce monde parfois déconcertant. Carine Tardieu, qui se reconnaît volontiers très fantaisiste, raconte son histoire avec humour et tendresse, permettant de raccrocher le spectateur lorsqu’elle s’égare un peu en cours de route. Du vent dans mes mollets est un joli petit film, pas forcément mémorable, mais terriblement attendrissant et rafraîchissant. Idéal pour cette fin d’été.
| DU VENT DANS MES MOLLETS ●● |
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[critique] BROKEN
| RUFUS NORRIS | UK | 90 MIN | 22 AOÛT 2012 | TIM ROTH, CILLIAN MURPHY, ELOISE LAURENCE |
Après avoir été témoin d’une agression brutale, Skunk se rend compte que la maison où elle vit, son quartier, son école, lui sont devenus étrangers, presque hostiles. Les certitudes rassurantes de l’enfance ont laissé place à l’inconnu et à la peur. Et, alors qu’elle se tourne vers un avenir devenu soudain plus sombre, son innocence n’est plus qu’un souvenir. En cherchant le réconfort dans l’amitié muette de Rick, un garçon doux mais abîmé par la vie, Skunk va se trouver confrontée à un choix. Poursuivre un chemin dans lequel elle ne se reconnaît plus, ou quitter les ruines de son ancienne vie…
Ayant fait l’ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes cette année, Broken est un film choral britannique qu’il ne faudra pas manquer lors de la fin de cet été 2012. Petite merveille sensible, drôle et poignante, écrite par le talentueux scénariste Mark O’Rowe qui avait déjà signé le script du très marquant Boy A en 2009, Broken suit plusieurs personnages, tous voisins ou visiteurs d’un petit quartier qui sera le théâtre de tristes évènements.
Broken juxtapose tendresse et violence, à l’image d’un cinéma anglais qui parvient souvent à les associer avec réussite (Tyrannosaur, This is England ou Boy A justement) si l’on reste un peu indulgent sur cette fin un brin maladroite. Rufus Norris n’a d’ailleurs pas grand chose à envier à ses illustres ainés et, comme Paddy Considine qui nous avait scotché avec sa première réalisation, le cinéaste sera à surveiller de près. Différence notable, Norris parvient à insufler une certaine malice dans son cinéma – généralement par l’intermédiaire de sa jeune pré-adolescente mais pas seulement – ainsi qu’un humour et une légèreté permettant d’éviter de tomber dans trop de noirceur ou de pathos, apportant un peu d’innocence et de douceur dans cette histoire qui aborde des sujets peu évidents (la parentalité, l’abandon, le handicap mental, la violence scolaire…). Il y a aussi un peu de Little Children dans cette chronique de quartier (où le mensonge et la stigmatisation vont finir par causer de sacrés dégâts) sublimée par une superbe photographie – là encore, c’est aussi un technicien de Boy A, Rob Hardy. On sent dans la mise en scène et la réalisation de Norris ses origines (théâtre, opéra) lui qui allie avec beaucoup d’agilité les images à la musique, qui se joue des décors et des sons et qui dirige impeccablement ses interprètes dont la jeune Eloise Laurence qui crève l’écran pour son tout premier rôle.
Tantôt espiègle et léger, tantôt grave et brutal, Broken est un joli premier film d’un réalisateur britannique à suivre et porté par des comédiens remarquables de justesse dont la jeune révélation Eloise Laurence.
| BROKEN ●●● |
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[critique] MOONRISE KINGDOM
| WES ANDERSON | 94 MIN | 16 MAI 2012 | BRUCE WILLIS, EDWARD NORTON, JARED GILMAN, KARA HAYWARD |
Sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, au cœur de l’été 1965, Suzy et Sam, douze ans, tombent amoureux, concluent un pacte secret et s’enfuient ensemble. Alors que chacun se mobilise pour les retrouver, une violente tempête s’approche des côtes et va bouleverser davantage encore la vie de la communauté.
Après avoir visionné plusieurs oeuvres de la filmographie de Wes Anderson, je restais plutôt sceptique quant à son univers. Rushmore ne m’avait pas vraiment emballé, La famille Tenenbaum contenait de très belles choses qui se noyaient dans un gros fatras agaçant, La vie aquatique ne m’avait absolument pas intéressé et je n’avais même pas pris la peine de me déplacer pour Darjeeling Limited. Tout récemment j’avais pourtant légèrement revu mon jugement, ayant été plutôt charmé par son adaptation de Fantastic Mr Fox. La sortie de son nouveau film, Moonrise Kingdom, allait donc permettre de persévérer dans ce réajustement ou de considérer l’adaptation du bouquin de Dahl comme l’exception.
La bande-annonce était déjà très séduisante… le film l’est encore plus ! Tout ce que vous pouvez apercevoir dans la bande-annonce figure dans ce film : l’énergie, le charme, la magie, l’émotion, l’humour et la beauté. L’énergie, de cette réalisation rythmée et colorée, de cette mise en scène stylisée et géométrique, de ses personnages qui s’agitent comme ils peuvent pour poursuivre leurs idéaux. Le charme, de l’enfance, de l’insouciance, des rêves en couleurs, des années 60, du camping sauvage, des tourne-disques et des paires de jumelles. La magie, de l’amour indéfectible et pur, de l’attachement, de l’aventure, des premiers baisers du bout des lèvres. L’émotion qui nous pince ou nous submerge parfois face aux aléas que l’on rencontre. L’humour, qui naît des situations que Wes Anderson met en place avec son acolyte Roman Coppola au script (est-il le seul de la famille à avoir encore des choses à raconter ?), que ces acteurs aguéris parviennent à apporter à leurs personnages attendrissants dans leur mélancolie et leurs efforts pour être aimés. La beauté, des images, des sentiments, des paysages, des liens qui se font et se défont. Mais il y a aussi d’autres choses tout aussi fortes dans ce Moonrise Kingdom. Il y a la famille. Cette famille que l’on a et qui nous agace bien souvent ou celle que l’on n’a pas et que l’on essaie de se construire.
Il faut bien sûr féliciter les différents protagonistes d’une aussi belle oeuvre – qui n’est pas dénuée d’imperfections mais d’une sincérité absolue -aussi remarquable que terriblement attachante. Le casting pour commencer. Tout le monde est parfait. Chaque rôle, même le plus petit, apporte sa pierre à l’édifice : Bruce Willis, policier romantique solitaire « triste et nigaud », Bill Murray, père déconnecté et loufoque, Edward Norton, apprenti chef de camp au coeur tendre, Frances McNormand, mère dépassée et perdue, mais aussi et surtout les deux jeunes acteurs qui forment un ravissant tandem : Jared Gilman et Kara Hayward. Le premier étonne et détonne avec son assurance, sa diction, ses lunettes un peu trop grandes qui complète son allure d’orphelin brillant et mal-aimé qui ne se laisse pas faire. La seconde épate et envoûte du haut de ses douze-treize ans. Sa présence à l’écran est captivante, sa maturité impressionne. Ensemble, ils forment un duo irrésistible de jeunes amoureux inséparables.
Louons également le travail de l’équipe technique. A sa tête, le chef d’orchestre Wes Anderson qui brille aux manettes mais également à la plume aux côtés de Roman Coppola (évoqué ci-dessus), composant avec son équipe de magnifiques tableaux débordant de vie et de couleurs grâce au boulot formidable à la photographie (Robert D. Yeoman), aux décors (Adam Stockhausen), aux costumes (Kasia Walicka-Maimone) et bien entendu à la musique où la partition d’Alexandre Desplat enchante et envoûte.
Décidément, ce 65e Festival de Cannes commence très fort et a déjà de belles choses à nous offrir. En moins de deux jours, il a déjà vu débarquer sur les écrans deux oeuvres magnifiques dont ce Moonrise Kingdom magique qui a fait l’ouverture en donnant le tempo d’une compétition de haut niveau.
| MOONRISE KINGDOM ●●● |
4
[critique] LE SKYLAB **

Après le très amusant Two Days in Paris qui suivait un couple haut en couleurs dans les rues de Paris, Julie Delpy continue à s’amuser du choc des cultures mais cette fois à l’intérieur même d’une grande famille. Et comme pour ce film qui l’opposait à l’hilarant Adam Goldberg, l’actrice-réalisatrice française a conservé cette plume culottée et efficace qui fait souvent mouche. Cette écriture pleine de justesse, d’humour et de tendresse fonctionne ici à nouveau parfaitement malgré quelques petites longueurs. Il faut dire, comme elle nous le confirmera après la projection, que ce n’est pas une mince affaire que d’arriver à rassembler une telle galerie de personnages sans embrouiller un peu les pinceaux par ci par là. Mais l’ensemble est réussi, on s’amuse beaucoup devant ces instants de famille se déroulant un week-end estival. Les repas qui s’éternisent, les débats politiques qui tournent mal, les déconnades entre cousins et cousines, le radotage de mamie, les promenades et les matchs de foot improvisés.
L’ambiance fin 70s est très bien reconstituée tant dans les décors que les costumes. Le casting est plutôt bon (mention spéciale à Valérie Bonneton et Vincent Lacoste, d’ailleurs présents lors de cette avant-première fort sympathique) et malgré une absence d’intrigue revendiquée, Le Skylab se laisse suivre avec un certain plaisir. Le succès devrait être au rendez-vous vu les réactions en salle même si celui-ci ne devrait être mesuré face à la concurrence, pourtant pas toujours de qualité (Bienvenue à bord pour ne citer que ça). La présence d’une partie du casting après la projection permettra d’ailleurs un débriefing intéressant et convivial, qui sera poursuivi brièvement par la suite avec ce cher Neil que je remercie pour sa compagnie.
Avec le Skylab, l’actrice-réalisatrice Julie Delpy rend hommage à la [sa] famille et réussit une comédie populaire – dans le bon sens du terme, pas comme la dernière daube avec Dubosc – drôle et attachante.
| JULIE DELPY | FRANCE | 113 MIN |5 OCTOBRE 2011 | LOU ALVAREZ, JULIE DELPY, VINCENT LACOSTE |
21
[critique] TOMBOY ***

| CELINE SCIAMMA | FRANCE | 82 MIN | 20 AVRIL 2011 | ZOE HERAN, JEANNE DISSON |
Second film de la jeune réalisatrice Céline Sciamma, après un Naissance des Pieuvres prometteur, Tomboy raconte l’histoire de Laure, 10 ans et garçon manqué, qui arrive dans un nouveau quartier et fait croire à Lisa et sa bande qu’elle s’appelle Michael. Action ou vérité ? Action. L’été devient un grand terrain de jeu et Laure devient un garçon comme les autres. Suffisamment différent pour attirer l’attention de Lisa qui en tombe amoureuse. Laure profite de sa nouvelle identité comme si la fin de l’été n’allait jamais arriver et révéler son troublant secret.
Un film intimiste, écrit et réalisé avec limpidité et finesse, abordant de façon simple, tendre et parfois drôle un sujet plutôt complexe et troublant qu’est celui de l’identité sexuelle. Mention spéciale à la jeune Zoé Héran, formidable d’ambiguité et de justesse sous la caméra de Céline Sciamma.
26
[critique] SOMEWHERE °

Après une année 2010 pas forcément riche – bien que marquée par deux grands films que sont A Single Man et Inception - on espérait que l’année 2011 allait redresser la barre et pourquoi pas atteindre la qualité d’une année telle que 2009 ou 2006. En attendant les prochaines sorties du très plébiscité Black Swan ou de King’s Speech, on pouvait amorcer cette nouvelle année par un bon petit Sofia Coppola. Celle qui nous avait emballés avec ses deux premiers films, puis déçus avec son très hype et superficiel Marie-Antoinette, ouvre donc le bal des festivités avec Somewhere, récompensé à Venise.
Malheureusement, la scène introductive annonce très vite la couleur. Le quatrième bébé de Sofia est un objet minimaliste soporifique qui « tourne en rond » et qui n’a rien à dire. La fille de Francis Ford, « enfin émancipée » de son célèbre et talentueux papa, a souhaité réalisé une œuvre personnelle sur la solitude et l’ennui de l’acteur entre deux tournages, sur la superficialité d’Hollywood. On attend que le film décolle, que quelques instants de grâce ou quelques scènes touchantes viennent donner un peu de corps à ce métrage. Rien ne vient. Pire encore, on aurait aimé pouvoir saluer au moins une bande-son envoûtante ou une photographie cotonneuse, comme dans ses précédents films, mais Somewhere - en plus d’être creux et sans intérêt véritable – est un film laid, filmé sans le moindre soin et monté comme un vulgaire film indépendant à petit budget. Côté interprétation, rien de bien transcendant : les acteurs n’ont pas grand chose à faire. avec ce script terriblement épuré. Toutefois, Elle Fanning tire plutôt bien son épingle du jeu et fait le travail avec justesse et maturité.
La dernière séquence est à la hauteur de la déception que représente Somewhere : elle s’étire interminablement jusqu’à un dernier plan manquant autant d’inspiration que de finesse et de sens. On est si loin de la Sofia Coppola de Lost In Translation et bien trop proche du nombriliste The Brown Bunnyde Vincent Gallo. Deux constatations s’imposent finalement. La première : l’émancipation de la jeune réalisatrice paraît plus compliquée que prévue. La seconde : Quentin Tarantino fait véritablement un piètre président de jury.
Ce premier film de l’année est une grosse déception. Il ne se dégage pas grand chose deSomewhere, hormis la vacuité de cette œuvre et la triste constatation que Sofia Coppola a peut-être déjà atteint les limites de son cinéma, après seulement quatre films. S’il fallait ressortir quelque chose de positif de ce film mineur : le joli minois de la décidément prometteuse Elle Fanning.
| SOFIA COPPOLA | USA | 98 MIN | 05 JANVIER 2011 | STEPHEN DORFF, ELLE FANNING |
11
[critique] TOY STORY 3 ***
| LEE UNKRICH | USA | 100 MIN | 14 JUILLET 2010 | |
Les créateurs des très populaires films Toy Story ouvrent à nouveau le coffre à jouets et invitent les spectateurs à retrouver le monde délicieusement magique de Woody et Buzz au moment où Andy s’apprête à partir pour l’université. Délaissée, la plus célèbre bande de jouets se retrouve… à la crèche ! Les bambins déchaînés et leurs petits doigts capables de tout arracher sont une vraie menace pour nos amis ! Il devient urgent d’échafauder un plan pour leur échapper au plus vite. Quelques nouveaux venus vont se joindre à la Grande évasion, dont l’éternel séducteur et célibataire Ken, compagnon de Barbie, un hérisson comédien nommé Larosse, et un ours rose parfumé à la fraise appelé Lotso.
Environ dix ans après la sortie deux premiers volets assez inégaux, Toy Story 3 conclut idéalement la trilogie réunissant le jeune Andy et ses compères de plastique Woody le cowboy, Buzz l’éclair, Mr et Mme Patate, Rex et les autres. Andy a grandi et s’est inévitablement détourné de ses anciens compagnons de jeu. Il va bientôt rentrer à l’université et doit décider – encouragé par sa mère – du sort de ses jouets, qui attendent patiemment dans un coffre une opportunité de retrouver une nouvelle jeunesse et de vivre de nouvelles aventures avec leur fidèle ami. Le pitch est certes assez commun au premier abord. Mais comme souvent, Pixar réussit à faire d’une histoire assez classique un film captivant, hilarant, subtil, touchant et une nouvelle fois visuellement éblouissant. Là où il fallait poser son cerveau et se montrer très indulgent devant un Shrek 4 lourd à l’intrigue prétexte et peu enthousiasmante dès lors qu’on a un âge composé de deux chiffres – ou un Q.I composé de trois -, le dernier né des studios Pixar embarque et conquiert petits et grands. Bourré de petites références et de petites séquences ingénieuses, le film d’animation de Lee Unkrich amuse, surprend, émeut aussi bien les adultes que les enfants.
Au milieu du florilège de divertissements taillés pour l’été au dessus duquel il s’élève sans peine, ce Toy Story 3 est le film idéal à voir en famille, parfait pour conclure une belle journée touristique ou pour faire une petite virée au ciné avec des enfants ou des amis. Un film dont on ressort avec une confortable touche de nostalgie et une gaieté réjouissante et bienvenue.
1
[critique] BOY A ****
| JOHN CROWLEY | USA | 123 MIN | 2009 | ANDREW GARFIELD, PETER MULLAN, KATIE LYONS |
Jack, 24 ans, qui avait été condamné alors qu’il était mineur, est libéré après plusieurs années de prison. Dès sa libération, Terry, assistant social, l’emmène le plus loin possible de ce scandale encore présent dans tous les esprits. Terry lui donne un autre nom, lui trouve un travail, une maison. Dans cette ville d’Angleterre qu’il ne connaît pas, Jack se construit une nouvelle vie à laquelle il tente de se tenir. Mais si l’anonymat est un répit, il est aussi une douloureuse contrainte puisque Jack ne peut révéler à ses nouveaux collègues ou amis, et à la fille dont il tombe amoureux, la vraie nature de son passé. Commence alors pour lui une nouvelle existence, sous une nouvelle identité. Mais comment va-t-il échapper aux ombres de son passé pour assumer sa liberté ?
Le deuxième film de John Crowley a remporté un vif succès au festival de Dinard, tant critique que public. Et on comprend pourquoi. Le début du film est volontairement épuré – le jeune sort de prison, n’a aucune possession, aucun proche ou ami . Quelques plans de Jack, seul dans sa chambre sous les toits, symbolisent ce nouveau départ d’un jeune homme qui n’a pas vécu sa jeunesse, qui découvre la vie hors de sa cellule et qui va essayer de se construire une identité, une histoire, une existence. Mais pour cela, il devra dépasser les fautes qu’il a commise par le passé et apprendre à vivre avec les autres, lui qui, adolescent, n’avait en guise d’ami qu’un gamin perturbé avec qui il vivait en marge des autres.
Boy A parle de la quête de rédemption d’une jeune homme de 24 ans qui va se lier d’amitié, connaître une relation amoureuse intense, et qui sera accompagné par un cinquantenaire attachant s’occupant d’aider à la réinsertion des anciens détenus. Andrew Garfield incarne, avec talent et sensibilité, ce « nouveau-né » dans une société pas toujours prête à donner une deuxième chance à quelqu’un qui a commis un crime. Le réalisateur ne cherche pas à disculper le jeune homme de son acte. Il essaie seulement – avec succès – de montrer combien la société n’aide pas ses personnes à la réintégrer. Et cela apparaît comme plus cruel encore lorsqu’on voit le courage, la persévérance et la volonté de Jack, qui finalement n’était qu’un gamin désorienté et esseulé lorsqu’il a été condamné. Plusieurs flash-back, habilement insérés à l’histoire, permettent de rassembler les pièces du puzzle et de connaître progressivement les circonstances du crime que lui et son jeune acolyte ont perpétré vers l’âge de 12 ans.
Le film soulève de nombreuses questions. Ce gosse était-il responsable de l’atrocité du meurtre qu’il a commis ? Et s’il l’était, ne mériterait-il pas une seconde chance, lui qui n’a que 24 ans à sa sortie de prison ? N’est-il pas une toute autre personne désormais, capable d’empathie, de loyauté et de courage ? On est touché par ce personnage qui essaie d’apprendre à vivre avec le terrible poids du passé, qu’il parvient toutefois à mettre de côté, hormis lorsqu’ils reviennent le hanter dans ses songes ou dans les médias.
Boy A est un film intelligent et brillamment construit, dont les dernières minutes bouleversantes vous scotchent au fauteuil et vous laissent immobiles et sans voix lors du générique. Le film marquant de ce début d’année 2009.
29
[critique] LES MOTS BLEUS *

Les mots bleus ces mots qu’on dit avec les images…
Montrer sans dire. Voilà comment fonctionnent les personnes muettes. Montrer sans dire. Voilà comment fonctionne ce film. En effet, le, réalisateur a délibérément choisi de passer sous silence la psychologie de Clara, et de laisser le spectateur essayer de comprendre qui est cette mère qui a un problème avec l’écriture et la lecture. Montrer sans dire c’est aussi le moyen qu’utilise la jeune Anna, qui ne parle pas depuis sa naissance, pour communiquer avec les autres, grâce à son éducateur, qui lui se réfugie dans l’aide aux enfants sourds et muets pour fuir le monde et se sentir utile.
L’image est esthétique et colorée, à l’instar du titre. « Les mots bleus, ces mots qu’on dit avec les yeux » parce que c’est trop dur de les dire.
Même s’il nous est difficile d’arriver à voir ce film comme une fiction plutôt que comme un documentaire, on croirait que le réalisateur filme du vrai et comme les acteurs sont plutôt doués, on est intrigué par cette fillette qui s’enferme dans le silence, par cette mère qui se rassure dans celui-ci pour éviter que les mots ne la trahissent et un Vincent, homme seul blessé par les circonstances de la mort de son père qui n’a plus que les enfants du centre et sa soeur.
La fin du film est certes prévisible mais néanmois touchante et belle. On reste fixé sur les yeux bleus de cette petite enfant muette, un ange déchu de parole, et de sa mère qui a en fait plus peur qu’un enfant. Et c’est le personnage de Sergi Lopez qui va les ouvrir aux autres et au monde, et rétablir la communication entre une mère et sa fille.
Pour conclure, je dirais que c’est un bon film mais je n’ai pas vraiment accroché. Belle histoire mais trop plate. Bons acteurs mais trop classiques interprétations. Jolis plans mais trop banals. Du coup, on a du mal à y croire. Pour ceux qui seraient tentés, le jeu de Sylvie Testud peut valoir le détour et le visage angélique de la jeune Camille Gauthier peuvent suffir à être des bonnes raisons.
Ce film fait dans la suggestion, il laisse les personnages dans une sorte de pudeur, qui malheureusement empêche toute émotion. Je reste frustré par ce qui est trop imprévisible, trop implicite pour être compris et qui m’ont empêché d’apprécier vraiment un film qui se voulait sincère et pur.





| ALAIN CORNEAU | FRANCE | 114 MIN | 23 MARS 2005 | SYLVIE TESTUD, SERGI LOPEZ, CAMILLE GAUTHIER |
Le bleu du miroir
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