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[critiques] LES BÊTES DU SUD SAUVAGE, ANNA KARENINE, MAIS QUI A RE-TUE PAMELA ROSE ?
| BENH ZEITLIN | USA | 92 MIN | 12 DÉCEMBRE 2012 | QUVENZHANE WALLIS, DWIGHT HENRY |
Hushpuppy, 6 ans, vit dans le bayou avec son père. Brusquement, la nature s’emballe, la température monte, les glaciers fondent, libérant une armée d’aurochs. Avec la montée des eaux, l’irruption des aurochs et la santé de son père qui décline, Hushpuppy décide de partir à la recherche de sa mère disparue.
Reparti de Cannes avec la Caméra d’Or et de Deauville avec le grand prix, Les bêtes du sud sauvage semble faire partout l’unanimité. Il faut dire que le premier film de Benh Zeitlin a de nombreuses qualités et respirent la vie et le cinéma. Toutefois, j’avoue que mon engouement n’a pas été aussi fort que je ne l’imaginais. La caméra à l’épaule donne parfois le tournis, bien qu’elle permette aussi d’être au coeur du film et de suivre cette histoire du point de vue de notre jeune héroïne Husspuppy. Puisque l’on parle de la jeune fille, saluons l’incroyable prestation de la jeune Quvenzhané Wallis, éblouissante du haut de ses neuf ans – à l’époque du tournage. Depuis, elle a bien grandi et devrait probablement bénéficié d’une nomination aux prochains Oscars. De quoi saluer un début de carrière très prometteur. Que dire du jeune cinéaste qui a conquis de nombreuses critiques à travers le monde et est reparti avec multiples récompenses des festivals où il a concouru ? Car son premier long-métrage a les qualités et la force de la jeunesse. Les bêtes du sud sauvage est viscéral, fort, poétique. Il est par contre parfois un peu surchargé. Il manque donc un peu d’enchantement à cette fable terrestre et aquatique porté par un petit bout de fille qui crève l’écran.
| LES BÊTES DU SUD SAUVAGE ●● |
| JOE WRIGHT | UK | 131 MIN | 5 DECEMBRE 2012 | KEIRA KNIGHTLEY, JUDE LAW, ALICIA VIKANDER |
Russie, 1874, la belle et ardente Anna Karénine jouit de tout ce à quoi ses contemporains aspirent : mariée à Karénine, un haut fonctionnaire du gouvernement à qui elle a donné un fils, elle a atteint un éminent statut social à Saint-Pétersbourg. À la réception d’une lettre de son incorrigible séducteur de frère Oblonski, la suppliant de venir l’aider à sauver son mariage avec Dolly, elle se rend à Moscou. Au cours de son voyage, elle rencontre la comtesse Vronski que son fils, un charmant officier de la cavalerie, vient accueillir à la gare.
Joe Wright nous avait ébloui avec ses précédents longs-métrages (Reviens-moi, Orgueil et préjugés) très soignés. Il mélangeait avec un certain savoir-faire classicisme et modernité. Son dernier métrage, beaucoup plus ambitieux, n’est pas à la hauteur la faute à une prétention qui suinte de chaque plan et à une Keira Knightley plus laide et plus insupportable que jamais – alors qu’on pensait qu’on avait atteint l’apogée avec Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare.
Pénible. Voilà le terme qui résume le mieux le sentiment que l’on ressent lors du visionnage. Personnage principal détestable, actrice terriblement irritante, mise en scène affreusement maniérée et pompeuse, avec ses moments chorégraphiés ridicules, musique grandiloquantes, plans certes superbes mais tellement artificiels, rien ne fonctionne dans cette adaptation de Tolstoi qui ressemble tant à un grossier pêché d’orgueil. Seule Alicia Vikander, déjà sublime dans Royal Affair, s’en sort avec les honneurs – elle est le petit rayon de soleil du film. Joe Wright s’est pris pour Baz Luhrmann… mais surtout Joe Wright s’est pris… les pieds dans le tapis.
| ANNA KARENINE ○ |
| KAD & OLIVIER | FRANCE | 90 MIN | 5 DÉCEMBRE 2012 | OLIVIER BAROUX, KAD MERAD, OMAR SY |
Quand il reçoit un appel du shérif de Bornsville lui annonçant que le cercueil de Pamela Rose a été volé, l’agent Douglas Riper voit là une occasion de renouer les liens avec son ancien coéquipier Richard Bullit. Un ex-ami avec lequel il est brouillé, depuis des années, suite à une fâcheuse Cette suite prétexte à une heure trente d’humour absurde est signé Kad et Olivier. Le premier a, depuis son très beau rôle dans Je vais bien ne t’en fais pas, accumulé les rôles dans les daubes françaises en toute impunité. Le second, plus discret, s’est baladé à gauche et à droite. Le tandem se reforme pour redonner vie aux agents Riper et Bullit. Le scénario ne tient sur absolument rien mais quelques gags font mouche. L’humour de répétition, les clins d’oeil et les nombreux jeux de mots, voilà l’atout de cette comédie pas inoubliable mais déjà plus acceptable que le terrible Les seigneurs d’Olivier Dahan.
| MAIS QUI A RE-TUE P. ROSE ? ● |
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[critique] COMME DES FRÈRES
| HUGO GELIN | FRANCE | 104 MIN | 21 NOVEMBRE 2012 | FRANÇOIS XAVIER DEMAISON, NICOLAS DUVAUCHELLE |
Depuis que Charlie n’est plus là, la vie de Boris, Elie et Maxime a volé en éclats. Ces trois hommes que tout sépare avaient pour Charlie un amour singulier. Elle était leur sœur, la femme de leur vie ou leur pote, c’était selon. Sauf que Charlie est morte et que ça, ni Boris, homme d’affaires accompli, ni Elie, scénariste noctambule et ni Maxime, 20 ans toujours dans les jupes de maman, ne savent comment y faire face. Mais parce qu’elle le leur avait demandé, ils décident sur un coup de tête de faire ce voyage ensemble, direction la Corse et cette maison que Charlie aimait tant. Seulement voilà, 900 kilomètres coincés dans une voiture quand on a pour seul point commun un attachement pour la même femme, c’est long… Boris, Elie et Maxime, trois hommes, trois générations, zéro affinité sur le papier, mais à l’arrivée, la certitude que Charlie a changé leur vie pour toujours.
Voilà le film dont tout le monde vante les mérites. Voilà le film qui semble mettre tout le monde d’accord, presse, public et blogosphère. Voilà la comédie qui charme les petits intellos franciliens. Voilà surtout le bon navet bleu-blanc-rouge carrément surestimé !
Du bon gros cliché parisien, en veux-tu, en voilà… L’histoire d’amitié débutant par le biais d’un drame tragique, le buddy-movie / road-trip initiatique qui va faire grandir les trois personnages, la rencontre avec les autochtones de province nourrissant d’encore plus gros préjugés… tout est réuni pour offrir un capital sympathie indéniable pour la populasse de la capitale. Car j’ai du mal à croire qu’on aimera le film en dehors de la région parisienne. Tout ce que le film dépeint de la France de « province » est plutôt consternant et j’ai du mal à croire que les habitants des régions visités par nos protagonistes se reconnaîtront… Mais là n’est pas le plus déplorable.
Qu’on veuille faire un film de potes qui ne lésine pas sur les clichés, ça n’a rien de bien original ces temps-ci (le grand Dany ne s’en est pas privé, pourquoi pas d’autres ?). Qu’on veuille ajouter une touche dramatique pour se donner l’impression que notre comédie est plus sensible, plus intellectuelle, et faire chialer le public pour se la jouer Guillaume Canet avec ses petits mouchoirs, là je dis non. Non, tout d’abord parce que ces foutus petits mouchoirs n’ont rien qui ne soit suffisamment bon pour qu’on s’en inspire. Si dans son film, Canet faisait trépasser Dujardin à coup de poids lourd versus scooter, Hugo Gélin opte pour le bon vieux cancer pour faire caner le personnage « ciment » du groupe. Pour l’incarner, il a choisi Mélanie Thierry qui campe Charlie, aka la meuf bien relou que tout le monde adore alors qu’elle crie ou chiale partout et tout l’temps. Là où le troisième long-métrage de Monsieur Cotillard fonctionnait presque deux heures avant de nous offrir un interminable épilogue pathétique (dans tous les sens du terme) tellement lacrymal que c’en devenait ridicule, le film de Gélin, lui, ne fonctionne jamais.
Cette histoire de trois hommes immatures (malgré leurs âges différents) réunis par le décès de l’enquiquineuse précédemment citée ne tient pas la route. La mayonnaise ne prend pas car ce road-trip soudainement improvisé n’a rien de touchant ou de drôle. Il se rate tant dans le versant dramatique que dans le versant comique. On n’y croit jamais : dès cette scène d’introduction factice à en mourir – sans jeu de mots – on sent que les vannes forcées vont polluer le film et que les faciès faussement graves vont sérieusement parasité l’émotion. Je le répète, on n’y croit pas. Les gags sont éculés et répétitifs (sérieux, le gars qui parle dans son sommeil, what’s new with that ?), la recherche du bon mot se fait lourdement sentir dès qu’un personnage se lance dans une longue tirade sur le sens de la vie, de la famille ou de l’amour (sérieux, tu balances comme ça un « je suis adopté » comme un cheveu sur la soupe ?).
Si l’histoire de Comme des frères ne fonctionne pas, c’est aussi la faute de ses personnages, tous plus agaçants les uns que les autres – je ne veux pas être affreusement cynique mais la Charlie est mieux morte que vivante, ça nous fait du repos. Si Comme des frères ne fonctionne pas, c’est également à cause de ses comédiens, tous plus mauvais les uns que les autres – le seul à s’en sortir convenablement est cet insupportable péteux qu’est Nicolas Duvauchelle, c’est dire. Si l’histoire de Comme des frères ne fonctionne vraiment pas, c’est enfin parce que son scénario est cousu de fil blanc – oh, ils vont éparpiller ses cendres en Corse, près de sa maison, que c’est inattendu – et que les dialogues ainsi que le montage en spirale n’amusent, ne surprennent ou n’intéressent pratiquement jamais.
Vous l’aurez compris, et me traiterez à nouveau d’éternel rabat-joie qui n’aime rien (spéciale casse-dédi à mon cher Fred), je ne vous recommande absolument pas Comme des frères – qui porte d’ailleurs bien mal son nom. Réalisé Comme un manche, écrit et joué Comme des pieds et sans subtilité, suivant l’histoire de personnage agissant Comme des niais, le premier film devrait plutôt s’intituler (si l’on se place du point de vue du spectateur dupé par la critique positive ou de l’amateurisme ambiant de cette première réalisation) : Comme des bleus.
| COMME DES FRÈRES ° |
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[critiques] LA TRAVERSÉE, TED & BACHELORETTE
| JÉRÔME CORNUAU | FRANCE | 97 MIN | 31 OCTOBRE 2012 | MICHAEL YOUN, EMILIE DEQUENNE, CÉLINE VALETTE |
Lola Arendt, une petite fille de 8 ans, disparaît dans une Ile d’Ecosse. Ses parents, Martin et Sarah, brisés, ne résistent pas au drame et se séparent. Deux années plus tard, Lola est retrouvée à l’endroit exact où elle avait disparu. Elle est vivante, apparemment en bonne santé, mais reste plongée dans un étrange mutisme. Martin retourne seul sur l’île pour la chercher et la ramener : Au bonheur des retrouvailles succèdent les interrogations et la peur : Où était Lola ? Que lui est-il arrivé ? Pourquoi ne parle-t-elle pas ?
La semaine avait commencé sous les plus belles hospices avec l’avant-première de La chasse – que je persiste à vous recommander chaudement. Malheureusement, le reste de cette première semaine à cheval sur octobre et novembre n’a été que déception. Commençons par ce thriller à la française qui flirte avec le surnaturel. Dans La traversée, Michael Youn est un père endeuillé par la disparition soudaine et mystérieuse de sa fille Lola. Deux ans plus tard, celle-ci est retrouvée et il retourne la chercher pour la ramener chez eux. Lors du trajet retour, de nombreux éléments vont venir titiller Martin et le questionner sur la véritable raison de l’absence de Lola. Même si l’on ressent une application et une volonté réelle d’offrir au spectateur un thriller soigné et énigmatique, l’intérêt se perd progressivement au fur et à mesure que le mystère s’épaissit et que les indices apparaissent. Nébuleuse voire complètement foireuse, l’intrigue se noie dans les manières jusqu’à l’overdose. Le dénouement – tellement grotesque – finit complètement par achever le film. Michael Youn aura pourtant essayé tant bien que mal de nous faire avaler la pilule mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Une traversée tumultueuse que je déconseille donc fortement, même si vous n’avez pas le mal de mer.
| LA TRAVERSÉE ○ |
| SETH MACFARLANE | USA | 107 MIN | 10 OCTOBRE 2012 | MARK WAHLBERG, MILA KUNIS |
À 8 ans, le petit John Bennett fit le voeu que son ours en peluche de Noël s’anime et devienne son meilleur ami pour la vie, et il vit son voeu exaucé. Presque 30 ans plus tard, l’histoire n’a plus vraiment les allures d’un conte de Noël. L’omniprésence de Ted aux côtés de John pèse lourdement sur sa relation amoureuse avec Lori. Bien que patiente, Lori voit en cette amitié exclusive, consistant principalement à boire des bières et fumer de l’herbe devant des programmes télé plus ringards les uns que les autres, un handicap pour John qui le confine à l’enfance, l’empêche de réussir professionnellement et de réellement s’investir dans leur couple. Déchiré entre son amour pour Lori et sa loyauté envers Ted, John lutte pour devenir enfin un homme, un vrai !
Ted fut le gros succès surprise de l’année aux USA et peut se vanter d’avoir plutôt bien marché dans l’hexagone. Après un visionnage tardif, je ne peux que m’étonner de celui-ci. Enfin, « m’étonner » est un bien grand mot. Quand on voit le succès rencontré par Very Bad Trip et Mes meilleures amies, il semblerait que le potache et le ridicule aient de beaux jours devant eux, outre-atlantique comme en France. Eclats de rire en veux-tu, en voilà… Séquences scatologiques (pipi-caca-prout), gags réchauffés, histoire d’amour à deux balles, répliques potaches voire grossières, les « scénaristes » se lâchent carrément sur les blagues anales depuis un ou deux ans et il semblerait que le box-office leur donne raison. Si Mila Kunis fait de la figuration et offre une prestation aussi banale que dans Sexfriends, on peut se demander ce que Mark Wahlberg est venu chercher dans cette daube hormis un bon petit pactole pour financer son prochain projet – non, je ne porte pas non plus une estime grandiose envers cet acteur convenable, mais tout de même ! Il campe le rôle d’un éternel ado qui ne veut pas grandir, qui préfère garder son doudou et fumer des joints avec lui. La régression dans son plus bel apparat. Soit je suis atteint du syndrome de « jeune vieux con », soit les comédies US dites délurées sont simplement restées grossières et grotesques mais que les responsables marketing ont simplement réussi à faire passer la pilule et que tout le monde court voir ces navets de façon décomplexée. Oui, on en est là !
| TED ○ |
| LESLYE HEADLAND | USA | 87 MIN | 17 OCTOBRE 2012 | KIRSTEN DUNST, REBEL WILSON, LIZZY CAPLAN |
Regan, Gena et Katie sont inséparables depuis le lycée. Très cyniques, elles sont stupéfaites d’apprendre que leur amie Becky, adorable mais rondouillette, est la première d’entre elles à se marier ! Alors que Gena et Katie sont toujours célibataires, Regan harcèle Frank, avec qui elle sort depuis quatre ans, pour qu’il la demande en mariage. Lorsque Becky demande à Regan, particulièrement névrosée, de l’aider à préparer la cérémonie et d’être sa demoiselle d’honneur, celle-ci est furieuse. Six mois plus tard, la veille du mariage, Regan, très remontée, tyrannise le personnel et les invités, tandis que Katie et Gena s’apprêtent à faire la fête. Mais tout va de travers. Au moment où les trois amies tentent de noyer leur chagrin au bar, elles tombent sur Clyde, petit ami de Gena à l’époque du lycée. Or, il se trouve qu’ils s’aiment encore… Plus tard, pendant la répétition générale du dîner, Gena, très éméchée, porte un toast et suscite le malaise en racontant que Becky était boulimique quand elle était ado. Et quand Katie oublie d’annuler un strip-teaseur qu’elle avait engagé pour l’enterrement de vie de jeune fille, la mariée s’emporte ! Furieuse, elle demande aux trois amies de ne venir au mariage que si elles ne boivent pas et se comportent en adultes. Ce qui n’empêche pas Regan, Gena et Katie de faire une fête d’enfer toute la nuit jusqu’au lendemain, jour de la cérémonie…
Comme vous le remarquez bien, le synopsis est interminable. Pourquoi avoir besoin d’en dire autant pour vendre le film ? Peut-être pour se donner l’impression d’avoir un intérêt ou d’être original. Je vous rassure, cette comédie ne l’est absolument pas. En effet, Bachelorette est une version encore plus naze et paresseuse des Bridesmaids et The Hangover précédemment cités. On pourrait être trompé par la marchandise et se dire que cette comédie potache sur un énième mariage qui tourne mal vaut le déplacement, ne serait-ce que pour la présence au casting de Kirsten Dunst. On pourrait, comme je l’ai fait, faire ce déplacement. Mais ce serait risquer 87 minutes de torture intellectuelle devant un navet consternant de bêtise et de sexisme. Une nouvelle fois, si vous n’avez pas éteint votre cerveau deux bonnes heures avant la projection, vous risquez de vous retrouver au milieu d’une foule de greluches surexcitées qui lâcheront des rires bien insistants entre deux poignées de pop-corn. Leurs « keums » pour faire bonne figure tâcheront de rigoler ça et là devant les enjeux de cette navrante comédie et des questionnements redoutables de notre bande de pétasses jalouses.
| BACHELORETTE ○ |
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[critique] LÉON, DIRECTOR’S CUT
| LUC BESSON | FRA:USA | 133 MIN | 1994/1996 | JEAN RENO, GARY OLDMAN, NATALIE PORTMAN, DANNY AIELLO |
Un tueur à gages répondant au nom de Léon prend sous son aile Mathilda, une petite fille de douze ans, seule rescapée du massacre de sa famille. Bientôt, Léon va faire de Mathilda une « nettoyeuse », comme lui. Ainsi Mathilda pourra venger son petit frère.
Il fut un temps où Luc Besson et Jean Reno étaient des personnages cinématographiques respectables. Le premier était un cinéaste doté d’un savoir-faire intéressant et d’une passion pour le septième art assez évidente avant que sa démarche ne devienne progressivement que pécuniaire. Le second, aujourd’hui sarkozyste accompli, a vu sa carrière décliner vertigineusement, accumulant les navets depuis plus de quinze ans. Sa filmographie ressemble aujourd’hui à un champ de ruines au milieu duquel subsiste un seul et vrai grand rôle : celui de Léon le nettoyeur.
A l’origine, le personnage imaginé par Luc Besson était déjà apparu sous un autre nom (Victor) dans le film Nikita. Mais son intervention était assez limitée. Jean Reno a tout de suite senti qu’il y avait quelque chose à tirer de ce nettoyeur et a suggéré à son ami cinéaste d’écrire une histoire plus approfondie sur celui-ci. Le fantasme a évolué en projet concret et enthousiasmant dès lors que le réalisateur français a réussi à engager l’imprévisible et grandiose Gary Oldman pour incarner le policier corrompu qui allait causer la chute du tueur à gages qu’est Léon. Viendront s’ajouter l’acteur italien Danny Aïello et la jeune actrice débutante que l’on ne présente désormais plus Natalie Portman. Le tournage durera environ dix-sept semaines réparties entre New-York (parfois clandestinement) et les studios d’Epinay, dans la région parisienne.
Sorti en salles en septembre 1994, Léon avait été amputé de 25 minutes en raison de certaines scènes jugées trop ambiguës ou violentes par les distributeurs américains. Le film bénéficie finalement d’une sortie director’s cut (version longue) deux ans plus tard, plus fidèle à la vision et à la volonté de Luc Besson. Plus intense et plus émouvante, cette version longue gagne en profondeur et les scènes supplémentaires se révèlent vite indispensables. Je vous recommande bien entendu de (re)découvrir ce film qui reste à l’heure d’aujourd’hui le meilleur métrage de Besson et l’un des films qui aura marqué ma jeunesse et qui a toujours à mes yeux un statut particulier.
Le film s’ouvre par un travelling avant survolant Central Park, nous faisant entrer d’emblée dans Manhattan, quartier où se déroulera l’histoire de Léon et de celle qui croisera son chemin, Mathilda. Dès la première séquence chez Tony (Danny Aiello), on réalise combien Besson fut un putain de cinéaste. Son savoir-faire et son amour cinématographique dévorent l’écran : plans rapprochés, cadrages soignés, utilisation des champs redoutable, éclairages et photographie bichonnés, dialogues tranchants et indélébiles, univers sonore faste et musique entêtante (merci Eric, Bjork et Sting), personnages emblématiques. La séquence suivante montre avec une efficacité imparable combien Léon est un professionnel redoutable. C’est en rentrant chez lui qu’on découvre qui est véritablement Léon : un être solitaire, naïf, introverti, presque invisible, qui n’a pour compagnon que sa plante verte qu’il soigne méticuleusement. Apparaît alors une jeune fille d’une douzaine d’années qui va bouleverser son quotidien et son existence : Mathilda. Interprétée par une Natalie Portman que Besson aura dénichée et révélée par ce rôle, la gamine crève l’écran. Malmenée par une vie de famille délabrée et une scolarité tumultueuse, l’enfant accroche l’attention du tueur d’origine italienne. Un lien indéfectible va progressivement se créer entre eux. Une histoire d’une tendresse bouleversante qui reste imprégnée dans nos souvenirs de longues heures (pour moi ce serait le terme « années » qui conviendrait le mieux) après le visionnage. Deux êtres oubliés, boiteux, détruits trop jeunes par la vie, qui vont s’apporter mutuellement ce qu’ils n’avaient pas ou plus connu jusqu’alors : l’amour. Car Léon est avant tout une histoire intimiste plus qu’un film d’action – même si les trois segments d’action sont un modèle de construction, le dernier offrant un climax incroyable qui vous déchirera le coeur. Elle suit ce tandem extraordinaire dans les rues de New-York, parcourant les couloirs d’immeubles (et leurs toits) pour remplir sa mission et poursuivre l’objectif de Mathilda : apprendre à tuer pour venger la mort de son frère.
Je ne révélerais rien de plus sur l’intrigue et l’évolution de l’histoire de ces deux personnages embarqués dans une affaire de vengeance et de mafia italo-new-yorkaise. Il ne faut pas oublier la talentueuse équipe technique qui y est également pour beaucoup dans la réussite d’une telle oeuvre : le directeur de la photographie Thierry Arbogast, le chef-décorateur Dan Weil et la monteuse Sylvie Landra ne sont pas étrangers à la fluidité et la beauté du long-métrage le plus abouti de la carrière de Luc Besson. Il ne me reste qu’à vous inciter à découvrir l’un des plus beaux films des années 1990, un travail d’orfèvres porté par un casting exceptionnel dont les vingt-six minutes supplémentaires offrent une dimension nouvelle à ce classique du cinéma réunissant les meilleurs atouts des polars français et des productions américaines. Une oeuvre addictive, généreuse, mélancolique, tendre, soignée, qui marquera la carrière de ses trois interprètes principaux (et qui aurait dû permettre de consacrer l’immense Gary Oldman) ainsi que celle de son talentueux cinéaste devenu paresseux producteur.
| LÉON ●●●●● |
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[critique] TYRANNOSAUR
| PADDY CONSIDINE | 91 MIN | 25 AVRIL 2012 | PETER MULLAN, OLIVIA COLMAN, EDDIE MARSAN |
Dans un quartier populaire de Glasgow, Joseph est en proie à de violents tourments à la suite de la disparition de sa femme. Un jour, il rencontre Hannah. Très croyante, elle tente de réconforter cet être sauvage. Mais derrière son apparente sérénité se cache un lourd fardeau : elle a sans doute autant besoin de lui, que lui d’elle.
Après avoir rencontré un immense succès au Festival du Film de Dinard – qui chaque année révèle de merveilleux métrages britanniques tels que Boy A, Hallam Foe, Billy Elliot pour ne citer qu’eux – en repartant avec la récompense suprême, le Hitchcock d’Or, mais également celle du meilleur scénario, Tyrannosaur de Paddy Considine (acteur que vous avez pu apercevoir dans Submarine, Red Riding, Hot Fuzz, La vengeance dans la peau…) sort enfin sur les écrans français, précédé d’une élogieuse réputation.
Force est de constater (très rapidement) que celle-ci n’est pas usurpée. Dès les premières minutes, on est happé par ce film qui dégage une force viscérale incroyable. Alors bien sûr le sujet n’est pas facile, et les thématiques abordées n’ont rien de joyeux : violence conjugale, deuil, solitude, foi… Mais paradoxalement, c’est un film plein d’humanité, de tendresse et d’espoir.
Avec son scénario d’une remarquable intelligence et ses deux acteurs éblouissants de justesse, Tyrannosaur vous prend aux tripes. Considine réussit à trouver l’équilibre délicat sans sombrer dans la complaisance, le pathos ou le misérabilisme, évitant les clichés et concluant son histoire sur une note mesurée d’espoir avec beaucoup de finesse et d’habileté.
Mais si le film atteint un tel niveau de qualité, c’est aussi grâce à Peter Mullan et Olivia Colman qui portent leur personnage avec un talent monstre. Jo et Hannah sont deux êtres en pleine errance, vivant leurs combats à leur propre façon – l’une se réfugiant dans la foi et la dévotion pendant que l’autre noie son chagrin dans l’alcool et la violence – dont les chemins vont finir par se croiser.
Si le cinéma britannique ne manque pas de cinéastes affûtés (Loach, Leigh, Daldry…), avec son marquant premier long-métrage Tyrannosaur, Paddy Considine entre de manière magistrale dans cette catégorie de réalisateurs de drames sociaux brillants, âpres et terriblement humains. L’oeuvre la plus marquante de ce début d’année.
| TYRANNOSAUR ●●●● |
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[critique] NOUVEAU DÉPART
| CAMERON CROWE | USA | 123 MIN | 18 AVRIL 2012 | MATT DAMON, SCARLETT JOHANSSON, ELLE FANNING |
Père célibataire, Benjamin Mee a bien du mal à élever ses deux jeunes enfants. Espérant resserrer les liens familiaux, il décide de prendre un nouveau départ, plaque son travail et achète une vieille maison sur une immense propriété, qui a la particularité d’abriter un zoo délabré. Plusieurs dizaines d’animaux, ours, tigres et bien d’autres, vivent en effet au Rosemoor Animal Park, où la gardienne Kelly Foster et son équipe dévouée tentent de maintenir les installations tant bien que mal. Sans la moindre expérience, avec très peu de temps et d’argent, Benjamin Mee et les siens vont tout mettre en œuvre pour réhabiliter le zoo et vivre ainsi leur plus grande aventure…
Il y a des films qui ne mangent pas le pain, qui s’annoncent plutôt prévisibles et attendus – avec leur titre générique, leur bande-annonce gentillette et leur affiche chaleureusement formatée – qui comportent toutes les recettes et ficelles classiques du divertissement tout public bien américain, et qui pourtant parviennent à éviter l’overdose de guimauve et de scènes tire-larmes. Ce Nouveau Départ en fait partie.
Son atout majeur relève de la direction d’acteurs sincère, juste et généreuse. Matt Damon, à l’image d’un bon vin, gagne proportionnellement en variété et en qualité d’interprétation ce qu’il a pris en âge et en poids. Scarlett Johansson, jamais aussi belle que naturelle, est plutôt bien également dans ce rôle de jeune femme touchante et un brin caractérielle. Enfin, Elle Fanning livre une prestation une nouvelle fois impeccable aux côtés du jeune Colin Ford et de l’adorable Maggie Elizabeth Jones.
Si le scénario n’évite ni certains lieux communs ni quelques classiques scènes de discussion familiale (dispute, réconfort, réconciliation…) ou d’intérêt sentimental, les acteurs apportent ce qu’il faut de charme et de corps à leur personnage avec une justesse appréciable. La musique est également une véritable valeur ajoutée de ce faux drama indé offrant ainsi une dose de plaisir supplémentaire à toute personne un brin mélomane (avec des morceaux de Jonsi, Bon Iver, Sigur Ros ou Temple of the Dog pour ne citer qu’eux).
Entre comédie et drama familial, Nouveau Départ est l’exemple parfait de ce qui serait supposé s’appeler le « feel-good movie » – qualificatif que j’execre d’ordinaire. Comportant ce qu’il faut d’émotion, d’humour et de tendresse, ce film assez classique dans sa forme ne tombe jamais véritablement dans le pathos ou le sentimentalisme irritant. Un moment de divertissement agréable, porté par des comédiens plutôt justes et attachants, qui vaut davantage le détour et le visionnage que le bien fade et surestimé The Descendants.
| NOUVEAU DÉPART ●● |
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[critique] LA DAME EN NOIR
| JAMES WATKINS | UK | 95 MIN | 14 MARS 2012 | DANIEL RADCLIFFE, CIARAN HINDS |
Arthur Kipps, jeune notaire à Londres, est obligé de se rendre dans le petit village perdu de Crythin Gifford pour régler la succession d’une cliente récemment décédée. Dans l’impressionnant manoir de la défunte, il ne va pas tarder à découvrir d’étranges signes qui semblent renvoyer à de très sombres secrets. Face au passé enfoui des villageois, face à la mystérieuse femme en noir qui hante les lieux et s’approche chaque jour davantage, Arthur va basculer dans le plus épouvantable des cauchemars…
Annoncé comme le fer de lance de la résurrection de la Hammer (célèbre maison de production des années 50-60), La Dame en Noir de James Watkins marque le retour bienvenu aux grands classiques de l’angoisse avec ce thriller se déroulant dans une grande bâtisse isolée marquée par un terrible drame des années auparavant. Le cinéaste britannique, déjà auteur de Eden Lake, suit à la lettre les codes d’un genre qui a fait le succès de la Hammer avec cette imagerie gothique soignée, ces décors inquiétants et cette tension qui monte et redescend avec économie de moyen…
Malgré un scénario classique et une impression de manque d’ambition, La Dame en Noir parvient à nous captiver pendant une heure et demie, immergés efficacement dans cet univers gothique et spectral. Côté interprètes, Daniel-Potter-Radcliffe tient plutôt la baraque aux côtés d’un Ciaran Hinds comme souvent impeccable. Un film qui devrait réjouir les amateurs du genre, mais pas qu’eux.
| LA DAME EN NOIR ●● |
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[critique] LES ADOPTÉS ***
Une famille de femmes que la vie a souvent bousculée mais qui est parvenue avec le temps à apprivoiser les tumultes. Les hommes ont peu de place dans cette vie et naturellement quand l’une d’entre elle tombe amoureuse tout vacille. L’équilibre est à redéfinir et tout le monde s’y emploie tant bien que mal. Mais le destin ne les laissera souffler que peu de temps avant d’imposer une autre réalité. La famille devra alors tout réapprendre. La mécanique de l’adoption devra à nouveau se mettre en marche forçant chacun à prendre une nouvelle place…
Après un virage musical complètement manqué – il faut dire que quand on n’a pas de voix, mieux vaut se dispenser de chanter – Mélanie Laurent passe à la réalisation. Depuis cinq ans, elle prépare ce premier film. On pouvait craindre que cette envie ne soit qu’une nouvelle lubie de la jeune actrice touche-à-tout. Heureusement, son talent derrière une caméra est bien plus intéressant que derrière un micro.
Son film Les Adoptés fait en effet preuve d’un potentiel très intéressant et d’une maturité surprenante. Ce film qu’elle a écrit avec Morgan Perez, offre un vrai regard de cinéaste et de nombreuses émotions. Sa mise en scène maîtrisée, plutôt élégante, légère et vaporeuse, son ton juste et touchant nous charment. La musique composée par Syd Matters imprègne encore plus dans l’ambiance et nous raccompagne en douceur hors de la salle obscure.
Premier film de Mélanie Laurent, Les Adoptés est la belle surprise de cette fin d’année. Malgré quelques petits défauts d’écriture (qu’elle pourra corriger avec l’expérience) et une consonance mélo un brin trop appuyée, cette oeuvre à la fois personnelle et impersonnelle a un charme terrible et une émotion véritable. Un coup de coeur.
| MÉLANIE LAURENT | FRANCE | 100 MIN | 23 NOVEMBRE 2011 | MARIE DENARDAUD, MÉLANIE LAURENT, CLÉMENTINE CELARIE |
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[critique] ANOTHER EARTH ***
| MIKE CAHILL | USA | 92 MIN | 12 OCTOBRE 2011 | BRIT MARLING, WILLIAM MAPOTHER |
Rhoda Williams, brillante jeune diplômée en astrophysique, rêve d’explorer l’espace. John Burroughs est un compositeur au sommet de sa carrière qui attend un deuxième enfant. Le soir où une autre planète semblable à la Terre est découverte, la tragédie les frappe et les vies de ces étrangers deviennent inextricablement liées l’une à l’autre.
Récompensé par le Grand Prix au dernier Festival Sundance, Another Earth pourrait être perçu comme un Melancholia humble et réussi. Entre drame et SF, ce film indépendant à tout petit budget de Mike Cahill distille une émotion délicate et une poésie subtile – en somme tout ce que ne réussit pas le grandiloquent film de Lars.
Porté par la superbe Brit Marling, véritable révélation, Another Earth se situe à mi-chemin entre le drame et la science-fictionne et s’insinue en nous progressivement, nous immergeant dans cette ambiance imperceptible, métaphorique, émouvante.
‘Let me tell you a story. And if after you still want me to stay, I will stay. It’s about a girl, at the start she is naive, reckless. She does something that is unforgivable. And one day she goes to apologize but she loses her nerve. She’s weak, she lies to him. And then, she thinks that she might -in the smallest ways- make his life a little bit better. And so she wakes up everyday just to do that. And some days she thinks it’s for him, other days she worries it’s for herself. It was really just a way to survive what I have done.’
13
[critique] RABBIT HOLE ***

Huit mois après la disparition de leur fils, Becca et Howie redonnent peu à peu un sens à leur vie. Howie tente de nouvelles expériences tandis que Becca préfère couper les ponts avec une famille trop envahissante. Contre toute attente, elle se rapproche du jeune homme responsable de la mort de leur enfant. Cette relation étrange va permettre à Becca d’être enfin en paix avec elle-même.
Does it ever go away ? Avec une certaine appréhension, j’ai visionné récemment Rabbit Hole du réalisateur John Cameron Mitchell, responsable du navrant Shortbus. Ma méfiance était importante et due au mauvais souvenir de son précédent métrage et à la présence d’une Nicole Kidman qui accumule ces dernières années autant de mauvais choix de carrière que d’opérations de chirurgie esthétique. Mais celle-ci (ma méfiance, pas Kidman) s’est envolée assez rapidement devant ce drama soigné écrit et réalisé avec sensibilité et intelligence porté par deux acteurs impeccables et une Kidman quasi-ressuscitée – aucun jeu de mots volontaire en lien avec son apparence cadavérique.
Un drama indépendant émouvant et intelligemment construit, alternant scènes poignantes et répliques humoristiques salvatrices, porté par une Nicole Kidman retrouvée et un Aaron Eckhart plus intense qu’à l’accoutumée. La bonne surprise de l’année !
| JOHN CAMERON MITCHELL | USA | 92 MIN | 13 AVRIL 2011 | NICOLE KIDMAN, AARON ECKHART |
20
[critique] NORWEGIAN WOOD – LA BALLADE DE L’IMPOSSIBLE ***

Refroidi ces dernières années par quelques films asiatiques traitant eux aussi du deuil et de la nécessité d’avancer (les interminablement douloureux La forêt de Mogari et Secret Sunshine), je me suis rendu indécis à une projection du film Norwegian Wood (grossièrement sous titré La Ballade de l’impossible dans l’hexagone), titre inspiré d’une chanson emblématique des Beatles. Mais force est de constater que cette adaptation du roman mélancolique de Haruki Murakami ne rentrera pas dans cette catégorie citée précédemment car elle est une vraie réussite – même si n’ayant pas lu le livre, je ne peux pas juger de façon aussi pertinente la transposition à l’écran réalisée par Tran Anh Hung.
Mise en scène avec poésie et délicatesse, superbement filmée et sublimée par une photographie et une bande son remarquables, l’œuvre du réalisateur vietnamien – même si elle accuse quelques longueurs – filme trois jeunes acteurs en état de grâce, bouleversants de justesse, se débattant avec des émotions puissantes et leurs idées sur la vie, la mort, l’art, la liberté et la responsabilité.
Au final, Norwegian Wood relève plutôt de la bonne pioche asiatique (plutôt que du calvaire expiatoire) qui nous embarque dans cette ballade de l’impossible et nous hante encore quelques instants après le visionnage, comme l’avait fait le très beau Une jeunesse chinoise de Lou Ye en 2006.
Un film langoureux et visuellement saisissant sur l’amour, la sexualité, le deuil et la culpabilité.
| TRAN ANH HUNG | JAPON | 133 MIN | 04 MAI 2011 | KENICHI MATSUYAMA, RINKO KIKUCHI |
13
[critique] INCEPTION *****

Quatre ans après le méconnu mais non-moins génial Le Prestige et deux ans après le jouissif The Dark Knight, Christopher Nolan réalise avec Inception un film ambitieux, grandiose et complexe, diablement divertissant et palpitant. Ambitieux car le réalisateur britannique choisit d’explorer le thème des rêves et du subconscient (d’autres s’y sont déjà essayé, avec un traitement et une orientation différents : Michel Gondry ou David Lynch notamment). D’ailleurs, Inception semble être l’antithèse de Inland Empire, Nolan choisissant de décortiquer les rêves de façon mécanique, psychologique, avec une approche presque cartésienne. Grandiose car la mise en scène de Chris Nolan est renversante, jamais tape à l’oeil, toujours au service du récit et de l’intrigue. Certaines séquences sont à couper le souffle, et les effets visuels sont sublimes et brillamment réussis (le cinéaste a préféré des effets visuels plus mécaniques que numériques, grand bien lui en a pris). Complexe mais pourtant très cohérent, Inception tient la route du début à la fin, avec une gestion du rythme exceptionnelle, une montée en puissance progressive et une richesse et une lisibilité indéniables.
La bande son de Hans Zimmer n’est pas sans rappeler celle qu’il avait également composée pour The Dark Knight. Parfois grandiloquente ou même un peu redondante, elle ajoute néanmoins une certaine prestance au film, là où celle de Shutter Island par exemple s’avérait assourdissante et envahissante. Continuons le parallèle avec le dernier film de Scorsese en s’intéressant à la performance de Di Caprio. L’acteur américain, pas vraiment convaincant dans le rôle de Teddy Daniels (il n’avait assurément pas le physique de l’emploi), est beaucoup plus à son aise dans Inception. Sa partenaire à l’écran et amie dans la vie, Marion Cotillard, qui alterne dans sa carrière l’excellent et le contestable, est la pièce maîtresse du film. Elle incarne Mall avec beaucoup d’élégance, de charisme et de sensibilité. Une interprétation remarquable de l’actrice française, qui n’est pourtant pas toujours irréprochable, mais qui ici se voit offrir certainement son plus grand rôle. Les seconds rôles sont plutôt bons dans l’ensemble. On retiendra surtout Joseph Gordon-Levitt – qui crevait déjà l’écran dans Mysterious Skin ou (500) days of Summer – et Cillian Murphy, très bons dans leurs rôles respectifs. Enfin, saluons à nouveau la superbe photographie de Wally Pfister et son équipe, collaborateur attitré de Christopher Nolan depuis Le Prestige.
Inception ne mérite peut-être pas encore l’étiquette de « chef d’œuvre » – attention à l’utilisation souvent galvaudée de ce terme – mais il est assurément un grand film trônant aisément au dessus de l’immense majorité des blockbusters sortis depuis dix ans. Christopher Nolan parvient comme personne à allier le fond et la forme et délivre à nouveau un divertissement de qualité, intelligent et captivant, techniquement et visuellement éblouissant. Un régal pour les yeux et les méninges.
Un scénario brillant, une réalisation virtuose pour servir le récit, une mise en scène éblouissante, des acteurs impeccables dirigés de main de maître, une bande son étourdissante… depuis Le Prestige, Christopher Nolan confirme qu’il fait partie des plus grands réalisateurs du septième art. Assez lisible pour le grand public et suffisamment complexe et fascinant pour les spectateurs les plus attentifs et exigeants, INCEPTION est un bonheur de presque 2h30, un divertissement intelligent incroyablement bien foutu. Si je n’ai pas eu un aussi gros coup de cœur personnellement comme avec Le Prestige ou même The Dark Knight, j’ai tout de même ressenti un énorme plaisir au visionnage du dernier film de Nolan, plaisir qui me conduira probablement à retourner le voir très bientôt, ne serait-ce que pour éclaircir davantage certains détails de l’intrigue ou peut être tout simplement pour revivre de nouveau cent quarante-huit minutes de délectation intellectuelle et cinématographique.





| CHRISTOPHER NOLAN | USA | 148 MIN | 21 JUILLET 2011 | LEONARDO DICAPRIO, MARION COTILLARD, JOSEPH G. LEVITT |
Le bleu du miroir
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