29
(critique) CLOUD ATLAS
| LANA & ANDY WACHOWSKI, TOM TYKWER | FANTASTIQUE, THRILLER | USA | 165 MIN | 13 MARS 2013 | TOM HANKS |
À TRAVERS UNE HISTOIRE QUI SE DÉROULE SUR CINQ SIÈCLES DANS PLUSIEURS ESPACES TEMPS, DES ÊTRES SE CROISENT ET SE RETROUVENT D’UNE VIE À L’AUTRE, NAISSANT ET RENAISSANT SUCCESSIVEMENT… TANDIS QUE LEURS DÉCISIONS ONT DES CONSÉQUENCES SUR LEUR PARCOURS, DANS LE PASSÉ, LE PRÉSENT ET L’AVENIR LOINTAIN, UN TUEUR DEVIENT UN HÉROS ET UN SEUL ACTE DE GÉNÉROSITÉ SUFFIT À ENTRAÎNER DES RÉPERCUSSIONS PENDANT PLUSIEURS SIÈCLES ET À PROVOQUER UNE RÉVOLUTION. TOUT, ABSOLUMENT TOUT, EST LIÉ. Lorsque Tom Tykwer (Le parfum) rencontre la soeur et l’un des frères Wachowski (Matrix, Speed Racer), on s’attend à un film forcément grandiloquent. Le pitch du film confirme d’ailleurs qu’il faudra ainsi s’attendre à une fresque mille-feuilles mixant l’ampleur scénaristique d’un Inception, les envolées lyriques d’un Mr Nobody et les considérations méta-physiques d’un Matrix. L’ambition est là et dès le départ le spectateur est parachuté dans un patchwork où se télescopent dans un sacré foutoir plusieurs récits et plusieurs périodes. Après presque une heure à essayer de démêler les noeuds et d’assembler les pièces du puzzle, on comprend progressivement que la démarche est vaine et qu’il faudra plutôt se laisser emporter sans réfléchir en se contentant d’un message honorable bien qu’assez simpliste : chaque acte, qu’il soit bon ou mauvais, a des répercussions sur les vies suivantes et sur l’humanité. Le spectateur baigne ainsi pendant près de trois heures dans un melting-pot composé d’un film historique, d’un mélo, d’un thriller politique 70′s, d’une comédie contemporaine, d’un film SF futuriste et d’un film d’aventure post-apocalyptique. Les trois auteurs ont mis la barre bien haute en voulant mélanger les genres et les influences dans le même long-métrage. Le pari était audacieux mais force est de reconnaître que le résultat n’est pas satisfaisant malgré une certaine réussite dans le montage qui relevait du travail de titan. On perçoit avec amertume que derrière les grands tirades guimauves et l’ambition formelle se cache en réalité plusieurs histoirettes simplistes et kitchissimes sans grand intérêt. Il faut dire que le casting (sacrément maniéré) n’aide pas beaucoup : Tom Hanks et Halle Berry jouent comme des pieds, affublés de maquillages relevant presque de l’insulte (en 2013, on accepte encore ça ?), tandis que Jim Sturgess et Doona Bae n’ont que trois expressions à leur arc… Seul Jim Broadbent s’en sort avec les honneurs, sauvé par sa force comique indiscutable. Certes (et forcément…) sur 165 minutes, il y a deux ou trois bonnes idées et quelques jolis moments à sauver. Toutefois, dans Cloud Atlas, il y a davantage à laisser qu’à prendre. Décevant.
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[critique] CAMILLE REDOUBLE
| NOÉMIE LVOVSKY | FRANCE | 115 MIN | 12 SEPTEMBRE 2012 | N. LVOVSKY, S. GUESMI, Y. MOREAU, V. LACOSTE, D. PODALYDES |
Camille a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric. Ils s’aiment passionnément et Camille donne naissance à une fille… 25 ans plus tard : Eric quitte Camille pour une femme plus jeune. Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé. Elle a de nouveau seize ans. Elle retrouve ses parents, ses amies, son adolescence… et Eric. Va-t-elle fuir et tenter de changer leur vie à tous deux ? Va-t-elle l’aimer à nouveau alors qu’elle connaît la fin de leur histoire ?
Après Les sentiments qui réunissait un quatuor d’acteurs français de luxe (Bacri, Baye, Carré, Poupaud) qui traitait de l’adultère et de l’usure du couple avec humour et finesse, Noémie Lvovsky retrouve l’adolescence et ses premiers émois avec une vitalité et une nostalgie qui envahissent l’écran. Vieux walkman K7, vieux tubes disco (Walking on sunshine), vieilles doudounes bibindome et collants de laine aux couleurs bien tapantes, grosses permanentes douteuses, etc. Elle retrouve aussi et surtout ses parents, qui ne sont alors pas encore décédés, et celui qui sera l’homme de sa vie (avant qu’il ne la quitte vingt cinq ans plus tard).
Beaucoup saluent l’humour du film, indéniable. J’en retiens surtout la mélancolie qu’il dégage et qui nous suit longtemps après la projection : le manque de ceux qui nous ont quitté, les regrets, l’acceptation de ces choix et erreurs qui nous ont forgé. Si le postulat de départ est déjà vu, le traitement est plutôt subtil et sympathique avec une ambiance générale qui nous laisse un mélange de satisfaction et de tristesse comme si l’on repensait nous aussi à notre adolescence. Côté casting, outre la performance impeccable dans le rôle principal de l’actrice-réalisatrice, on regrette des seconds rôles pas toujours à la hauteur – surtout du côté des jeunes. Chez les « vieux », on saluera la belle prestation de Yolande Moreau qui, débarrassée de son infâme chevelure, devient soudainement un personnage très attachant. Denis Podalydès n’est pas non plus en reste, même si sa dernière séquence frôle le grotesque – sans que la responsabilité lui soit imputable.
Un film personnel, sensible et lesté d’une nostalgie parfois presque bouleversante bien que le métrage accuse en chemin quelques longueurs qui laissent l’enchantement s’évaporer avant qu’il ne se conclue par une séquence d’une finesse et d’une justesse caractéristique du cinéma de son auteure : réalisme, optimisme, fatalisme et émotion.
| CAMILLE REDOUBLE ● |
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[critique] OSLO, 31 AOÛT
| JOACHIM TRIER | NORV. | 96 MIN | 29 FÉVRIER 2012 | ANDERS DANIELSEN LIE, HANS OLAV BRENNER, INGRID OLAVA |
C’est le dernier jour de l’été et Anders, en fin de cure de désintoxication, se rend en ville le temps d’une journée pour un entretien d’embauche. L’occasion d’un bilan sur les opportunités manquées, les rêves de jeunesse envolés, et, peut-être, l’espoir d’un nouveau départ…
Les films qui se déroulent en une journée sont souvent des oeuvres à part – quand la réussite est au rendez-vous – qui laissent une trace indélébile, plusieurs heures ou jours après le visionnage. Cet Oslo, 31 Août fait partie de ces métrages qui vous embarquent progressivement, vous prennent par la main et vous laissent témoin du sort de son (ses) protagoniste(s).
Le réalisme de l’écriture, de la mise en scène et de l’interprétation de Anders Danielsen Lie rendent l’empathie que l’on ressent encore plus forte envers ce personnage qui se trouve dans une impasse. Lucide et foudroyant, le mal-être d’Anders s’affiche de façon éloquente. Grâce à une sensibilité et une intelligence scénaristique remarquables, on se prend en plein coeur le désarroi et la fatalité de son errance désespérée. La justesse qui émane de cet homme perdu dans Oslo est terrible et elle compense aisément les quelques longueurs du film – qui sont pourtant inévitables et justifiées pour l’impact et la cohérence de l’oeuvre, d’ailleurs dotée d’une bande son superbe qui sait s’effacer ou s’affirmer lorsque c’est nécessaire.
Un film fin, poétique, cruel, adapté librement du Feu Follet de Louis Malle et transposé dans une Norvège contemporaine qui a bien du mal à cacher (ou guérir) le malaise de sa jeunesse.
| OSLO, 31 AOÛT ●●● |
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[critique] ALBERT NOBBS
| RODRIGO GARCIA | UK/IRL | 117 MIN | 22 FÉVRIER 2012 | GLENN CLOSE, MIA WASIKOWSKA, AARON JOHNSON |
Au XIXème siècle, dans l’Irlande en proie à de terribles difficultés économiques, une femme se fait passer pour un homme afin de pouvoir travailler. Pendant trente ans, elle trompe son entourage, employée dans un hôtel sous le nom d’Albert Nobbs, en tant que majordome.
Pour Glenn Close, Albert Nobbs est l’aboutissement sur grand écran d’un projet qu’elle portait en elle depuis presque trente ans. L’ayant joué en 1986 à Broadway, l’actrice a mis bien longtemps à réunir les moyens humains, techniques et financiers pour le concrétiser. Peut-être bien trop longtemps. On peut en effet s’interroger après le visionnage du long-métrage de Rodrigo Garcia (avec qui elle avait déjà tourné dans Nine Lives notamment) sur la crédibilité d’une telle histoire en 2012. Tout d’abord, les thèmes abordés par Albert Nobbs pouvaient trouver leur légitimité et leur impact dans les années 80, mais trois décennies plus tard, de nombreuses oeuvres cinématographiques ont déjà joué ce rôle avec beaucoup plus de réussite. Ensuite, il faut bien avouer qu’entre temps l’actrice a pris vingt-cinq ans, ce qui rend son désir d’amourette avec la jeune servante assez malsain – la différence d’âge sautant aux yeux. Enfin, le scénario et la mise en scène paraissent trop précautionneux et classiques, empêchant ainsi le film de prendre une quelconque ampleur émotionnelle. De nombreuses scènes installent alors le malaise, bien involontairement.
Si Glenn Close ne réussit pas son pari de productrice-scénariste avec Albert Nobbs, drama trop académique et conventionnel, on saluera en revanche sa reconnaissance et sa loyauté envers son équipe technique, ainsi que sa remarquable performance d’actrice, qui sera – on l’espère – récompensée dimanche par l’Académie des Oscars.
| ALBERT NOBBS ● |
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[critique] ANOTHER EARTH ***
| MIKE CAHILL | USA | 92 MIN | 12 OCTOBRE 2011 | BRIT MARLING, WILLIAM MAPOTHER |
Rhoda Williams, brillante jeune diplômée en astrophysique, rêve d’explorer l’espace. John Burroughs est un compositeur au sommet de sa carrière qui attend un deuxième enfant. Le soir où une autre planète semblable à la Terre est découverte, la tragédie les frappe et les vies de ces étrangers deviennent inextricablement liées l’une à l’autre.
Récompensé par le Grand Prix au dernier Festival Sundance, Another Earth pourrait être perçu comme un Melancholia humble et réussi. Entre drame et SF, ce film indépendant à tout petit budget de Mike Cahill distille une émotion délicate et une poésie subtile – en somme tout ce que ne réussit pas le grandiloquent film de Lars.
Porté par la superbe Brit Marling, véritable révélation, Another Earth se situe à mi-chemin entre le drame et la science-fictionne et s’insinue en nous progressivement, nous immergeant dans cette ambiance imperceptible, métaphorique, émouvante.
‘Let me tell you a story. And if after you still want me to stay, I will stay. It’s about a girl, at the start she is naive, reckless. She does something that is unforgivable. And one day she goes to apologize but she loses her nerve. She’s weak, she lies to him. And then, she thinks that she might -in the smallest ways- make his life a little bit better. And so she wakes up everyday just to do that. And some days she thinks it’s for him, other days she worries it’s for herself. It was really just a way to survive what I have done.’
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[ugc] DESTINATION FINALE 5 *
Comme ses prédécesseurs, DF5 est un peu l’équivalent d’un film porno : il ne se préoccupe ni de la consistance de ses personnages ou de l’intrigue, ni de la performance de ses comédiens ou encore de la crédibilité des situations. Non, tout ce qui importe est finalement dans quelle configuration la bombasse va y passer. Toute scène intermédiaire ne sera là que pour meubler et faire attendre le spectateur venu voir du sexe sang.
| STEVEN QUALE | USA | 92 MIN | 31 AOUT 2011 | NICHOLAS D’AGOSTO, EMMA BELL |
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[critique] YES MAN **
| PEYTON REED | USA | 103 MIN | 21 JANVIER 2009 | JIM CARREY, ZOOEY DESCHANEL, BRADLEY COOPER |
Depuis que sa femme l’a quitté, il y a trois ans de cela, Carl Allen a proscrit tout positivisme de son comportement et passe ainsi son temps à dire « non ». Non, non et toujours non, au point qu’il se replie de plus en plus sur lui-même et semble bien parti pour rester définitivement vissé sur son canapé, à regarder des DVD. Pourtant, suite à une rencontre avec une ancienne connaissance, il est introduit dans les séminaires d’une sorte de gourou de la pensée positive, qui va prendre Carl à part et lui faire promettre de ne plus jamais dire autre chose que oui, oui et toujours oui. Ayant un peu de mal à s’adapter au départ à ce nouveau mode de vie, Carl va néanmoins très vite s’apercevoir de toutes les bonnes choses que cela peut lui apporter : une nouvelle copine, une promotion, un sentiment d’exaltation prolongée… Mais même si « non » n’est pas une réponse, « oui » doit-elle vraiment être la seule ?
Le nom de Jim Carrey sur une affiche peut parfois laisser perplexe. Capable de nous émouvoir intensément (avec les inoubliables The Truman Show et Eternal Sunshine…), de nous faire peur (Le nombre 23, Les Orphelins Baudelaire), et de nous faire rire avec des comédies cultes (The Mask) ou pas (Ace Ventura, Dumb and Dumberer), Jim Carrey est clairement capable du meilleur comme du pire. Et bien souvent, si l’on annonce la sortie d’une comédie avec Jim Carrey, on aura l’impression – moi le premier – au visionnage de la bande-annonce d’avoir déjà vu et revu les pitreries de l’acteur avec un pitch simpliste et une trame tristement classique et prévisible.
Il n’en est rien pour ce film sorti en début d’année. Yes, Man s’avère en fait être une très bonne surprise, qu’il serait dommage de manquer, un divertissement terriblement efficace porté par un duo d’acteurs aussi drôles qu’attachants. Bien entendu, il reste plutôt grand public et n’est pas dénué de défauts, mais il n’en est pas moins savoureux et convient parfaitement pour un moment de détente, sans cet arrière-goût fadasse de la comédie débile ultra-formatée aux gags surfaits et à la morale façon guimauve.
Mëme si elle n’est pas sans défauts – premier quart d’heure inégal au niveau du rythme – cette comédie romantique pleine de charme se démarque du lot. Pourquoi ? Peut-être grâce à la bouille attendrissante de Carrey et à ses grimaces toujours exceptionnelles ou à la présence fraîche et pétillante de la craquante Zooey Deschanel. Ou bien est-ce cette alchimie évidente entre les deux acteurs. Il y a aussi et sûrement la créativité et un certain talent du réalisateur Peyton Reed, capable de nous amuser (avec quelques scènes bien délirantes) et d’instaurer une certaine sensibilité qui rend l’histoire de ses personnages attachante. Le fait est que lorsque le générique – très sympa soit dit en passant – arrive, on s’est régalé sans avoir eu l’impression de s’abrutir et l’on aurait presque envie d’en reprendre une part.
Une comédie romantico-déjantée (juste ce qui faut) bien plus subtile qui n’y paraît et un divertissement diablement efficace et jamais ennuyeux, avec un Jim Carrey polyvalent, accompagné d’une Zooey Deschanel ir-ré-sis-tible.
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[critique] LES NOCES REBELLES
| SAM MENDES | USA | 125 MIN | 21 JANVIER 2009 | LEONARDO DICAPRIO, KATE WINSLET, KATHY BATES |
Dans l’Amérique des années 50, Frank et April Wheeler se considèrent comme des êtres à part, des gens spéciaux, différents des autres. Ils ont toujours voulu fonder leur existence sur des idéaux élevés. Lorsqu’ils emménagent dans leur nouvelle maison sur Revolutionary Road, ils proclament fièrement leur indépendance. Jamais ils ne se conformeront à l’inertie banlieusarde qui les entoure, jamais ils ne se feront piéger par les conventions sociales. Pourtant, malgré leur charme et leur insolence, les Wheeler deviennent exactement ce qu’ils ne voulaient pas : un homme coincé dans un emploi sans intérêt ; une ménagère qui rêve de passion et d’une existence trépidante. Une famille américaine ordinaire ayant perdu ses rêves et ses illusions. Décidée à changer de vie, April imagine un plan audacieux pour tout recommencer, quitter leur petite routine confortable dans le Connecticut pour aller vivre à Paris…
Après Jarhead, Les Sentiers de la Perdition et le chef d’œuvre American Beauty, Sam Mendes sort son quatrième film, adapté d’un roman acclamé de Richard Yates. Pour incarner le couple des Wheeler, il choisit de réunir un couple qui a eu beaucoup de succès sur grand écran il y a une dizaine d’années. Mais Revolutionary Road (les Noces Rebelles en France) ne vaut pas qu’on le compare au champion du box-office car il n’y a aucune ressemblance. Car Les Noces Rebelles est un grand film. Peut-être pas un très grand film inoubliable, mais un grand film porté par deux grands acteurs. Comment ne pas parler de la sublime Kate Winslet, déjà formidable et bouleversante dans Little Children (qui a quelques similarités thématiques avec Les Noces Rebelles d’ailleurs) ou encore Eternal Sunshine, qui a remporté deux Golden Globes (meilleure actrice dans un drame et meilleur second rôle féminin, rien que ça) il y a quelques jours ? Dans le film réalisé par son époux Sam Mendes, elle est tout simplement immense. Mais ce n’est pas vraiment une surprise de mon point de vue, tellement son talent et sa beauté naturelle crèvent l’écran dans quasiment tous ses derniers films. Son ami et partenaire à l’écran Leonardo DiCaprio n’est pas en reste. Si je n’ai jamais été un fervent admirateur de « Leo », il faut bien reconnaître qu’il est un acteur de grande classe lui aussi. Mais son duo d’acteurs n’est pas le seul point fort du film. Sam Mendes confirme qu’il est un réalisateur très talentueux, rigoureux et raffiné. Si l’on peut parfois regretter un certain classicisme et une mise en scène quelque peu théâtrale, on ne peut en revanche rien reprocher d’autre à son film, qui nous tient en haleine du début à la fin, avec un sujet pas facile, celui du naufrage progressif d’un couple enfermé dans une vie banlieusarde certes plutôt aisée mais routinière.
April et Frank se rendent compte après quelques années de mariage qu’ils ne sont pas heureux et qu’ils ont oublié ce qui les caractérisait lorsqu’ils se sont rencontrés. April propose alors à Frank de partir vivre à Paris. Sa suggestion n’est ni anodine ni exprimée tel un crédo romantique, mais comme le symbole d’un réel sentiment d’étouffement et de lassitude. Paris représente la possibilité d’une vie imprévisible, d’un nouveau futur, une nouvelle aventure pour eux pas forcément utopique et irréalisable. Frank est emballé et même soulagé. Il s’ennuie fermement dans un boulot bureaucratique sans intérêt et voit lui aussi ce départ pour l’Europe comme un renouveau pour son couple et l’opportunité de s’accomplir professionnellement dans une voie qui lui conviendrait mieux. Mais son patron va lui proposer une promotion et April va lui annoncer une nouvelle délicate , qui vont le faire remettre en question ce projet de déménagement. Frank devient tiraillé entre ses désirs et l’apparat social. lI va devoir choisir entre la facilité d’un parcours tout tracé et confortable financièrement et matériellement et le rêve d’une nouvelle vie que sa femme semble espérer encore plus ardemment que lui. L’intelligence du film de Mendes tient au fait que le spectateur ne choisit pas un camp – ayant de la compassion pour Frank ou s’identifiant à April – et suit leurs doutes et leurs craintes, le renvoyant à sa propre existence. Un film sur le questionnement de soi-même, de la vie que l’on désire mener, de l’abandon des rêves, de ce dont on peut se satisfaire et des frustrations qu’on ne peut combattre.
En ce début d’année 2009, Revolutionary Road est LE film à ne pas manquer, porté par une Kate Winslet immense et un Leonardo DiCaprio excellent. Sans tomber dans le larmoyant, Sam Mendes laisse parler l’émotion brute et véritable. Un beau film, intelligent, sensible et remarquablement bien construit, mais pas forcément facile d’accès et peut être un peu trop théâtral dans sa mise en scène.
| LES NOCES REBELLES ●●●● |
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[critique] BABEL ****

Dans le film 21 grammes, on avait déjà pu remarquer le formidable talent avec lequel Inarritu s’attarde sur trois destins différents avant de les rassembler à partir d’un terrible incident. Avec Babel, le cinéaste emploie la même recette et l’utilise avec brio. Du désert marocain à la ville surpeuplée de Tokyo, en passant par la frontière mexico-américaine, rien ne semble lier les protagonistes. Mais un scénario remarquablement construit va finalement mettre en emphase le fil conducteur du film : comment une simple bêtise d’enfant va avoir des conséquences dramatiques.
Au fur et à mesure, le spectateur assemble les pièces du puzzle et comprend que ce qui unit avant tout ces personnages, ce n’est finalement pas ce coup de fusil, mais la solitude, le désespoir et la peur. Cette condition propre à chacun de nous est poussé ici à son paroxysme.
Inarritu s’illustre une nouvelle fois dans l’art de diriger ses acteurs, qu’il filme avec une simplicité et un réalisme maîtrisés. Brad Pitt est excellent, Cate Blanchett d’une justesse bouleversante. La jeune Rinko Kinchuki est très convaincante dans la peau de cette jeune nippone sourde et muette tout comme l’admirable actrice méxicaine Adriana Barraza, qui joue cette nounou dévouée au grand coeur dont la vie a été faite de sacrifices sans retour des choses.
Babel est également une véritable réussite technique tant au niveau du montage que de l’image et du son. La rétine se régale de ces plans larges dans le désert nord-africain ou au sommet d’un building japonais. Les coupures sonores marquent une rupture à chaque transition comme pour symboliser cette barrière de la langue qui nous propulsera dans un contexte linguistico-culturel différent. Egalement utilisées dans une visée empathique lors de certaines scènes comme celle de la discothèque, elles accentuent davantage le sentiment d’isolement qu’éprouve l’adolescente japonaise par rapport au reste du monde.
Babel, donc, pour la diversité de ce monde où s’entrechoquent les cultures, le langage et les conflits socio-politiques, où un incident peut avoir des répercussions énormes à l’échelle mondiale, mais dans lequel la solidarité, le chagrin et l’amour se passent aisément des mots. Un excellent film qui vient donc conclure ce tryptique de destins croisés.





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