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(critique) MYSTERY
| LOU YE | THRILLER | CHINE | 98 MIN | 20 MARS 2013 | HAO LEI, QIN HAO, QI XI |
LU JIE EST LOIN D’IMAGINER QUE SON MARI YONGZHAO MÈNE UNE DOUBLE VIE, JUSQU’AU JOUR OU ELLE LE VOIT ENTRER DANS UN HÔTEL AVEC UNE JEUNE FEMME. LA VIE DE LU JIE S’EFFONDRE ALORS, ET CE N’EST QUE LE DÉBUT… LA JEUNE FEMME MEURT RENVERSÉE PAR UNE VOITURE PEU DE TEMPS APRÈS. LE POLICIER EN CHARGE DE L’AFFAIRE REFUSE DE CROIRE À UN ACCIDENT… L’amour qui brûle, l’amour qui blesse, la distance, l’infidélité. Des thèmes récurrents chez Lou Ye, comme on avait déjà pu le remarquer dans Nuits d’ivresse printanière, Love and Bruises ou l’excellent Une jeunesse chinoise. Dans Mystery, co-financé en France, mais à nouveau réalisé sur le territoire chinois après cinq interdiction de tourner dans son pays, on retrouve les enjeux habituels du cinéaste, concentré autour d’un accident de la route mystérieux qui sera le fruit de plusieurs évènements que le spectateur découvre progressivement. Vous l’aurez compris, Mystery repose sans surprise sur un mystère et sur un scénario qui dévoile petit à petit celui-ci. Lou Ye filme son histoire comme il le fait souvent, proche des comédiens, à fleur de peau et de sentiments. A nouveau au coeur d’un triangle amoureux déchirant, ses personnages écorchés, jaloux et manipulateurs, lèvent progressivement le voile sur leurs actes et leurs mensonges sous une pluie intense non expiatoire. Cependant, ce polar amoureux peine à convaincre totalement. Manquant de rythme et de limpidité, le long-métrage perd parfois le spectateur en route, pour heureusement le récupérer in-extremis au moment où les mystères se dévoilent enfin.
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[critiques] LA TRAVERSÉE, TED & BACHELORETTE
| JÉRÔME CORNUAU | FRANCE | 97 MIN | 31 OCTOBRE 2012 | MICHAEL YOUN, EMILIE DEQUENNE, CÉLINE VALETTE |
Lola Arendt, une petite fille de 8 ans, disparaît dans une Ile d’Ecosse. Ses parents, Martin et Sarah, brisés, ne résistent pas au drame et se séparent. Deux années plus tard, Lola est retrouvée à l’endroit exact où elle avait disparu. Elle est vivante, apparemment en bonne santé, mais reste plongée dans un étrange mutisme. Martin retourne seul sur l’île pour la chercher et la ramener : Au bonheur des retrouvailles succèdent les interrogations et la peur : Où était Lola ? Que lui est-il arrivé ? Pourquoi ne parle-t-elle pas ?
La semaine avait commencé sous les plus belles hospices avec l’avant-première de La chasse – que je persiste à vous recommander chaudement. Malheureusement, le reste de cette première semaine à cheval sur octobre et novembre n’a été que déception. Commençons par ce thriller à la française qui flirte avec le surnaturel. Dans La traversée, Michael Youn est un père endeuillé par la disparition soudaine et mystérieuse de sa fille Lola. Deux ans plus tard, celle-ci est retrouvée et il retourne la chercher pour la ramener chez eux. Lors du trajet retour, de nombreux éléments vont venir titiller Martin et le questionner sur la véritable raison de l’absence de Lola. Même si l’on ressent une application et une volonté réelle d’offrir au spectateur un thriller soigné et énigmatique, l’intérêt se perd progressivement au fur et à mesure que le mystère s’épaissit et que les indices apparaissent. Nébuleuse voire complètement foireuse, l’intrigue se noie dans les manières jusqu’à l’overdose. Le dénouement – tellement grotesque – finit complètement par achever le film. Michael Youn aura pourtant essayé tant bien que mal de nous faire avaler la pilule mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Une traversée tumultueuse que je déconseille donc fortement, même si vous n’avez pas le mal de mer.
| LA TRAVERSÉE ○ |
| SETH MACFARLANE | USA | 107 MIN | 10 OCTOBRE 2012 | MARK WAHLBERG, MILA KUNIS |
À 8 ans, le petit John Bennett fit le voeu que son ours en peluche de Noël s’anime et devienne son meilleur ami pour la vie, et il vit son voeu exaucé. Presque 30 ans plus tard, l’histoire n’a plus vraiment les allures d’un conte de Noël. L’omniprésence de Ted aux côtés de John pèse lourdement sur sa relation amoureuse avec Lori. Bien que patiente, Lori voit en cette amitié exclusive, consistant principalement à boire des bières et fumer de l’herbe devant des programmes télé plus ringards les uns que les autres, un handicap pour John qui le confine à l’enfance, l’empêche de réussir professionnellement et de réellement s’investir dans leur couple. Déchiré entre son amour pour Lori et sa loyauté envers Ted, John lutte pour devenir enfin un homme, un vrai !
Ted fut le gros succès surprise de l’année aux USA et peut se vanter d’avoir plutôt bien marché dans l’hexagone. Après un visionnage tardif, je ne peux que m’étonner de celui-ci. Enfin, « m’étonner » est un bien grand mot. Quand on voit le succès rencontré par Very Bad Trip et Mes meilleures amies, il semblerait que le potache et le ridicule aient de beaux jours devant eux, outre-atlantique comme en France. Eclats de rire en veux-tu, en voilà… Séquences scatologiques (pipi-caca-prout), gags réchauffés, histoire d’amour à deux balles, répliques potaches voire grossières, les « scénaristes » se lâchent carrément sur les blagues anales depuis un ou deux ans et il semblerait que le box-office leur donne raison. Si Mila Kunis fait de la figuration et offre une prestation aussi banale que dans Sexfriends, on peut se demander ce que Mark Wahlberg est venu chercher dans cette daube hormis un bon petit pactole pour financer son prochain projet – non, je ne porte pas non plus une estime grandiose envers cet acteur convenable, mais tout de même ! Il campe le rôle d’un éternel ado qui ne veut pas grandir, qui préfère garder son doudou et fumer des joints avec lui. La régression dans son plus bel apparat. Soit je suis atteint du syndrome de « jeune vieux con », soit les comédies US dites délurées sont simplement restées grossières et grotesques mais que les responsables marketing ont simplement réussi à faire passer la pilule et que tout le monde court voir ces navets de façon décomplexée. Oui, on en est là !
| TED ○ |
| LESLYE HEADLAND | USA | 87 MIN | 17 OCTOBRE 2012 | KIRSTEN DUNST, REBEL WILSON, LIZZY CAPLAN |
Regan, Gena et Katie sont inséparables depuis le lycée. Très cyniques, elles sont stupéfaites d’apprendre que leur amie Becky, adorable mais rondouillette, est la première d’entre elles à se marier ! Alors que Gena et Katie sont toujours célibataires, Regan harcèle Frank, avec qui elle sort depuis quatre ans, pour qu’il la demande en mariage. Lorsque Becky demande à Regan, particulièrement névrosée, de l’aider à préparer la cérémonie et d’être sa demoiselle d’honneur, celle-ci est furieuse. Six mois plus tard, la veille du mariage, Regan, très remontée, tyrannise le personnel et les invités, tandis que Katie et Gena s’apprêtent à faire la fête. Mais tout va de travers. Au moment où les trois amies tentent de noyer leur chagrin au bar, elles tombent sur Clyde, petit ami de Gena à l’époque du lycée. Or, il se trouve qu’ils s’aiment encore… Plus tard, pendant la répétition générale du dîner, Gena, très éméchée, porte un toast et suscite le malaise en racontant que Becky était boulimique quand elle était ado. Et quand Katie oublie d’annuler un strip-teaseur qu’elle avait engagé pour l’enterrement de vie de jeune fille, la mariée s’emporte ! Furieuse, elle demande aux trois amies de ne venir au mariage que si elles ne boivent pas et se comportent en adultes. Ce qui n’empêche pas Regan, Gena et Katie de faire une fête d’enfer toute la nuit jusqu’au lendemain, jour de la cérémonie…
Comme vous le remarquez bien, le synopsis est interminable. Pourquoi avoir besoin d’en dire autant pour vendre le film ? Peut-être pour se donner l’impression d’avoir un intérêt ou d’être original. Je vous rassure, cette comédie ne l’est absolument pas. En effet, Bachelorette est une version encore plus naze et paresseuse des Bridesmaids et The Hangover précédemment cités. On pourrait être trompé par la marchandise et se dire que cette comédie potache sur un énième mariage qui tourne mal vaut le déplacement, ne serait-ce que pour la présence au casting de Kirsten Dunst. On pourrait, comme je l’ai fait, faire ce déplacement. Mais ce serait risquer 87 minutes de torture intellectuelle devant un navet consternant de bêtise et de sexisme. Une nouvelle fois, si vous n’avez pas éteint votre cerveau deux bonnes heures avant la projection, vous risquez de vous retrouver au milieu d’une foule de greluches surexcitées qui lâcheront des rires bien insistants entre deux poignées de pop-corn. Leurs « keums » pour faire bonne figure tâcheront de rigoler ça et là devant les enjeux de cette navrante comédie et des questionnements redoutables de notre bande de pétasses jalouses.
| BACHELORETTE ○ |
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[critiques] DEUX ROMCOMS D’AOÛT : 5 ANS DE RÉFLEXION, FRIENDS WITH KIDS
| 5 ANS DE RÉFLEXION * NICHOLAS STOLLER | USA | 125 MIN | 1er AOÛT 2012 | JASON SEGEL, EMILY BLUNT, CHRIS PRATT |
De l’avis général, Tom et Violet sont faits l’un pour l’autre et pourraient constituer le couple marié idéal. Lui, star de la haute cuisine de San Francisco, est prêt à rejoindre le gotha de la gastronomie californienne ; elle est une brillante doctorante en psychologie sociale à Berkeley. Deux «winners»… mais voilà que ce mariage imminent devient soudain un problème. Violet, rejetée par l’université dont elle rêvait, se rabat sur celle d’Ann Arbor, dans le Michigan. Tom se sacrifie pour la suivre, pensant que la «noce parfaite» peut attendre quelques mois. Puis d’autres obstacles, inattendus, se profilent, s’enchaînent. Le couple diffère, hésite, tergiverse… les mois passent, puis les années. Promesses en cascade, toujours remises en question… Cinq ans de réflexion…
Drôle mais balourde, amusante mais beaucoup trop longue pour que le charme continue d’opérer sur la durée, sérieusement handicapée par un problème de rythme, la comédie romantique 5 ans de réflexion avec Jason Segel et Emily Blunt ne passe pas loin de la réussite. Malheureusement, les questionnements de ce couple qui cherche à s’accomplir personnellement et professionnellement aux dépens de leur vie de couple et de leur projet de mariage finissent par lasser. De plus, à l’écran ce couple n’est pas toujours convaincant avec un Jason Segel en mode Marshall Erikssen (nounours tendre, paresseux et amusant) et une Emily Blunt aussi pétillante qu’agaçante. Côté second rôle en revanche, Chris Pratt (irrésistible Andy dans Parks & Recreation) s’en donne à coeur joie et Alison Brie n’est pas en reste. Un film sans punch assez peu mémorable, à quelques gags près.
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| FRIENDS WITH KIDS ** JENNIFER WESTFELDT | USA | 106 MIN | 1er AOÛT 2012 | ADAM SCOTT, JENNIFER WESTFELDT, CHRiS O’DOWD |
Julie et Jason, meilleurs amis depuis l’université, célibataires et vivant dans le même immeuble de Manhattan, chérissent leur indépendance. Malgré l’exemple chaotique donné par leurs amis devenus parents, ils décident de faire ensemble un enfant, de partager les responsabilités parentales, sans que chacun renonce à sa liberté sentimentale. La «transaction» acceptée, un bébé vient au monde, et tout semble fonctionner. Du moins jusqu’au jour où Jason fait la connaissance d’une danseuse. Se sentant larguée, Julie redouble d’ardeur dans sa recherche de l’âme sœur, qu’elle croit finalement avoir trouvée en la personne d’un séduisant divorcé. Bientôt, les bouleversements sentimentaux mettent en péril l’entente qui lie les deux amis…
Si Friends with Kids est en somme une romcom plutôt cousue de fil blanc dans son déroulement, elle s’avère suffisamment soignée, élégante dans sa réalisation (cadrages, photographie, montage, ellipses) et dans son écriture pour que le spectateur suive l’histoire de Julie, Jason et leurs amis avec un certain plaisir. L’humour est intelligent et bien senti. Les personnages sont drôles et attachants porté par un casting impeccable. Une alchimie évidente se dégage entre les couples et dans le groupe d’amis, rendant le traitement encore plus naturel et réaliste – donc plus plaisant. La première demie-heure est savoureuse, les situations drôles et tendres s’enchaînant pour notre plus grande satisfaction. Le point culminant du film sera ce dîner dans le chalet – avec une déclaration détournée d’une beauté remarquable – tandis que les cinq dernières minutes seront elles plus maladroites malgré la bonne volonté évidente de la réalisatrice/actrice/scénariste Jennifer Westfeldt de réussir son final. Une romcom de qualité qui ne cherche en rien à se prendre pour ce qu’elle n’est pas et ça fait du bien.
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[critique] LAURENCE ANYWAYS
| XAVIER DOLAN | CANADA | 159 MIN | 18 JUILLET 2012 | MELVIL POUPAUD, SUZANNE CLÉMENT, NATHALIE BAYE |
Le jour de son trentième anniversaire, Laurence, qui est très amoureux de Fred, révèle à celle-ci, après d’abstruses circonlocutions, son désir de devenir une femme.
Laurence Anyways, c’est l’histoire d’un amour impossible. L’histoire de deux âmes soeurs qui ne peuvent s’accomplir parce que l’un des deux êtres est né dans la mauvaise enveloppe corporelle. Laurence, prénom unisexe traduisant l’ambivalence de l’identité du personnage, réalise progressivement ce qu’il a toujours su au fond de lui : il ne se sent pas homme. Il veut devenir une femme. Pourtant cela ne remet en rien en question l’amour intense qu’il porte à Fred, sa compagne, ou même ses attirances sexuelles. Pendant presque de 160 minutes, on va suivre cette histoire sur plusieurs années, celle d’un homme qui veut s’affirmer comme une femme et celle d’une femme éperdument amoureuse qui s’efforce de l’aimer et de l’aider à s’accomplir quitte à mettre en péril leur amour.
Pendant plus de deux heures et demi, on suit les déchirements et multiples revirements d’un couple aux prises avec une profonde transformation identitaire. Ce couple est formé de deux acteurs talentueux. Melvil Poupaud, que beaucoup avait découvert dans Le temps qui reste de François Ozon, est plutôt bon dans son rôle de transsexuel en devenir mais sa performance se fait complètement éclipser par la sublime Suzanne Clément – déjà remarquable et remarquée dans le premier Dolan – qui livre ici une interprétation absolument bouleversante. [NB : en fait, c'est ELLE l'actrice de ce mois de Juillet]. Son prix d’interprétation à La Semaine de la Critique est on n’peut plus mérité. Monia Chokri, vue elle aussi dans Les Amours Imaginaires, et Nathalie Baye, qu’on ne présente plus, tirent aussi habilement leur épingle du jeu dans les rôles secondaires.
Xavier Dolan ne fait pas l’unanimité (pourquoi d’ailleurs ne figurait-il pas en sélection à Cannes ?) pourtant tout le monde lui loue un certain savoir-faire. Cinéaste sans concession, il ne peut pas plaire pas à tout le monde – il devrait, quand on voit son superbe premier film J’ai tué ma mère - et son ton ainsi que son style peuvent déranger ou agacer. Le québécois se laisse certes parfois emporter par ses envolées lyriques et ses effets stylistiques (ou dans un récit un peu trop lent) mais lorsqu’ils sont aussi éblouissants que dans ses précédents films et dans ce Laurence Anyways - le bal costumé bordel ! – c’est tellement jouissif qu’on en prend plein les yeux et les oreilles. Du génie à l’état pur. On est hypnotisé par ce déluge sensoriel de sons et d’images. Le gamin a définitivement du goût et, à l’instar d’un Nicolas Winding Refn, il ne se trompe quasiment jamais dans ses choix musicaux, même lorsqu’il ose le kitch ou le démodé. Mais cela ne s’arrête pas là avec des choix de lumières, de couleurs, de cadrages, de décors, de costumes, qui immergent un peu plus encore dans son univers pour peu qu’on se laisse emporter.
On reprochera en revanche au cinéaste canadien quelques longueurs et quelques maladresses. Presque 2h40 de film, c’est beaucoup (trop). Xavier Dolan se justifie en prétextant qu’il faut parfois du temps pour que les choses s’ancrent en nous, qu’on les assimile et les ressentent. Tout le monde ne sera pas conquis. D’ailleurs à Cannes le film a énormément divisé entre ceux qui sont tombés en admiration et ceux qui ont tout simplement détesté. Pourtant, même si le réalisateur ne fait pas dans la mesure, on peut en tant qu’observateur en faire preuve et avec un peu de nuance – même si l’on regrettera quelques défauts de jeunesse et quelques excès d’arrogance – reconnaître un artiste qui compte et s’incliner devant une sensibilité romantique et artistique absolument époustouflante, un sens de la réplique incontestable, une direction d’acteurs impressionnante .
Laurence Anyways, un film fleuve, amibitieux et ample à découvrir, un voyage initiatique bouleversant porté par un Melvil Poupaud convaincant et une Suzanne Clément absolument magnifique, une oeuvre qui respire l’amour du cinéma.
Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, Le Passeur Critique a réalisé une petite interview de Xavier Dolan.
| LAURENCE ANYWAYS ●● |
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[critique] 360
| FERNANDO MEIRELLES | UK/FRA/AUT/BRE | 109 MIN | 25 JUILLET 2012 | R. WEISZ, J. LAW, A. HOPKINS, B. FOSTER |
Une histoire d’amour chorale où les destins de personnages d’horizons différents s’entrecroisent.
Pour nous proposer une relecture moderne de la pièce La Ronde, le scénariste Peter Morgan (The Queen, Frost/Nixon, The Damned United et le prochain Bond mis en scène par Sam Mendes) s’est associé avec le brillant réalisateur brésilien Fernando Meirelles (Blindness, La Cité de Dieu) pour mettre en image son projet. Ensemble, ils dynamisent le concept d’Arthur Schnitzler et offrent un regard contemporain sur de nombreux sujets qui s’entrelacent en même temps que les destins de ces personnages que l’on va suivre pendant une centaine de minutes.
Le scénariste attache une importance au fait que nous sommes tous liés les uns aux autres, que l’amour et la vie sont universels au delà des frontières et des langues. Souvent en déplacement aux quatre coins du globe, Peter Morgan a souhaité évoquer a question de l’explosion des frontières – qu’il considère désormais comme caduques avec le développement des réseaux sociaux et la banalité des déplacements par l’avion – à travers les relations humaines. L’élément « avion » est d’ailleurs omniprésent dans le destin des personnages de 360 : certains le prennent, d’autres le regardent passer, certains partent, d’autres restent. La vie en mouvement perpétuel, qu’ils soient dans un café, dans leur cabinet médical, dans une chambre d’hôtel. Au final, beaucoup se croiseront dans un aéroport, sorte d’espace de rencontre d’une communauté mondialisée. Rapidement, le projet a été confié à Fernando Meirelles qui a toujours eu un intérêt important sur les rapports humains, mais aussi la mondialisation de la culture et ses effets sur les individus.
Bien que de qualité inégale, le récit suit une bonne dizaine de personnages dans un film choral où les histoires s’emboîtent avec fluidité et naturel, grâce à la plume de Peter Morgan mais également à la réalisation subtile et imaginative de Fernando Meirelles. On suit les désirs et les pulsions de ces êtres qui vont effectuer des choix que l’on ne cautionnera ou comprendra pas toujours mais qui les rendront toutefois terriblement humains et attachants dans toute leur fragilité et leur volonté de faire ce qui leur paraît le mieux.
Une œuvre qui parle de l’amour donc, du mariage et de l’adultère, mais aussi de l’image de soi, des masques que l’on porte et des choix que l’on fait. L’image est d’ailleurs très importante. Les photographies sont très présentes, ainsi que les miroirs, comme des reflets de ces personnages parfois perdus s’efforçant de prendre le bon chemin. 360 aborde également des thèmes de société plus précis tels que la prostitution, la réinsertion des délinquants sexuels, les trafics, les conflits familiaux, l’alcoolisme. Mais ce ne sont pas des sujets à proprement parler, simplement des conditions de vie rencontrées par certains protagonistes du film.
Thriller, tragédie romantique, drame familial, amourette nostalgique, 360 est un film à multiples facettes. Un tour du globe aux atmosphères et aux couleurs différentes réunissant un casting international et polyglotte, melting-pot réussi offrant un regard sur notre civilisation mondiale sans complaisance ni condescendance. Une aventure humaine, une ronde planétaire, comme si la plume Guillermo Arriaga (pour l’entrecroisement des histoires) avait rencontré celle de Woody Allen (pour le ton parfois désinvolte) avec comme chef d’orchestre le talentueux metteur en scène Fernando Meirelles avec sa réalisation toujours aussi soignée, sensible et sensorielle. Une œuvre qui compte, forcément, malgré un petit coup de mou à mi-parcours et quelques coïncidences un peu tirées par les cheveux.
| 360 ●● |
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[critique] THE VOW – JE TE PROMETS
| MICHAEL SUCSY | 104 MIN | 16 MAI 2012 | RACHEL McADAMS, CHANNING TATUM, SAM NEILL |
Paige et Leo étaient un jeune couple heureux, jusqu’à l’accident… Si Leo s’en sort indemne, Paige se réveille de son coma en ayant tout oublié des cinq dernières années de sa vie. Elle n’a plus aucun souvenir de Leo ni de ce qu’ils ont vécu. Son mari est un inconnu… Paige découvre une vie dont elle ignore tout – la sienne. Elle se croit encore fiancée à Jeremy, un homme d’affaires toujours amoureux d’elle, et a beaucoup de mal à accepter Leo et son style de vie bohème… Incapable d’aider sa femme à retrouver ses souvenirs, Leo va perdre la seule personne qui ait jamais compté pour lui. Prêt à tout, il décide de recommencer à zéro et de reconquérir Paige comme s’ils venaient juste de se rencontrer. Un grand amour peut-il naître deux fois ?
Affublé d’un titre qui ne ment pas sur la marchandise, Je te promets (The Vow) est une comédie romantique comme on en fait – beaucoup et qui ont souvent Sandra Bullock, Jennifer Aniston ou Meg Ryan comme tête d’affiche. Heureusement, ici c’est la craquante Rachel McAdams qui porte le flambeau (et non pas la chandelle). Plus de naturel, moins de bouclettes et de botox. Cela s’annonce mieux.
Mais les dix premières minutes me font craindre le pire. Les clichés font presque mal aux oreilles, le chapeau de paille de Channing Tatum fait lui véritablement mal aux yeux. Cela s’annonce mal.
Nos deux tourtereaux se kiffent et ça se voit – enfin, on nous l’impose car l’alchimie entre les deux acteurs ne saute pas immédiatement aux yeux. Malheureusement, monsieur Tatum a beaucoup de muscles mais il n’a probablement pas eu le temps de passer son code et son permis. Pendant qu’il bave sur sa chère et à tendre à un feu rouge, un gros camion débarque et là… c’est le drame. Cela s’annonce compliqué.
Heureusement, c’est avec cet accident dramatique que le film va enfin prendre un peu d’allure. Attention, je ne parle pas d’une allure renversante et épique – à la N’oublie jamais - ou d’une allure tonitruante et majestueuse – à la Moulin Rouge. Il s’agit bien d’une rom-com bien balisée qui ne cherche pas à être ce qu’elle n’est pas [oui, il s'agit là de ma plus belle phrase de l'année]. L’histoire se laisse plutôt suivre agréablement et, de façon surprenante, on se prend d’une certaine empathie envers ce gros bovin attentionné que campe Channing Tatum, bien embêté à reconquérir une Paige qui a tout oublié de leur histoire d’amour (quelle ingrate quand même). Le charme pétillant de la belle Rachel McAdams contraste avec l’inexpressivité handicapante de son partenaire masculin et reste un des atouts principaux de cette comédie calibrée pour faire chavirer les coeurs, hormis lorsqu’elle se teint les cheveux et s’habille comme une grognasse BCBG.
Programmé pour plaire aux romantiques, The Vow est un divertissement sentimental acceptable pour occuper une après-midi hivernal. Veillez toutefois à ne pas manger trop de chantilly au repas de midi, sous peine de nausées imminentes.
| THE VOW ● |
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[critique] AMERICAN PIE 4
| JOHN HURWITZ & HAYDEN SCHLOSSBERG | USA | 114 MIN | 2 MAI 2012 | JASON BIGGS, ALYSON HANNIGAN, MENA SUVARI |
Comme le temps passe… Souvenez-vous de cette année 1999 où quatre lycéens d’une petite ville du Michigan décidèrent d’en finir avec… leur virginité. Quête héroïque, burlesque, inoubliable… Une décennie plus tard, Jim (Jason Biggs) et Michelle (Alyson Hannigan) sont mariés, Kevin (Thomas Ian Nicholson) et Vicky (Tara Reid) sont séparés, Oz (Chris Klein) et Heather (Mena Suvari) se sont éloignés à contrecœur, tandis que Finch (Eddie Kaye Thomas) soupire encore après… l’extravagante mère de Stifler (Jennifer Coolidge). Quant à Stifler (Seann William Scott), rien ne le changera jamais. Amis d’hier, amis de toujours, ces jeunes hommes attendaient depuis longtemps de pouvoir se réunir le temps d’un week-end pour se remémorer leurs exploits d’antan et y puiser de nouvelles inspirations. Que la fête commence, l’heure du checkup hormonal a sonné…
Plus de dix ans après le dernier véritable opus (la saga a eu entre temps des suites parallèles sorties directement en DVD), American Pie 4 reprend absolument tous les ingrédients de la recette qui a fait son succès : tous les personnages originaux sont de retour, ils n’ont quasiment pas mûri – malgré ce qu’ils prétendent ou ce qu’on essaie de nous faire croire – et sont toujours aussi obsédés par le sexe. Comme on pouvait s’y attendre, ils retournent faire la fiesta et croisent sur leur chemin quelques chicks aux mœurs légères. L’humour potache et scato est toujours omniprésent et on retrouve en bonus la traditionnelle scène de nudité dans la cuisine. Un vrai copier-coller.
Que dire de cet ultime (?) épisode si ce n’est que la date limite de consommation est dépassée depuis un moment ? Le format est périmé et les gags dégueulasses et prévisibles – ce qui ferait presque passer la bande à Apatow pour des génies –, la musique n’a pas changé – j’ai crû un instant entendre un hit des Sum 41 – et le casting a pris un sacré coup de vieux. En effet, à l’exception de Mena Suvari qui cache ses premières rides derrière sa frange trop longue, les actrices ont bien du mal à paraître encore jeunes derrière leurs kilos en trop et leurs peaux toutes tirées, tandis que les acteurs eux se sont bien empâtés.
Mais ce qui est surtout le gros point faible de ce film de retrouvailles forcées, c’est que personne ne semble y croire (hormis Seann William Scott qui semble n’avoir attendu que ça depuis douze ans, à l’image de son personnage). Chacun est simplement venu prendre son chèque et on nous sert un scénario décousu qui accumule les scènes juxtaposées les unes aux autres pour répondre au cahier des charges et essayer de nous intéresser aux questionnements de ses personnages. Mais on côtoie le degré zéro de la psychologie et de la subtilité – oui, on n’est pas sensé en chercher dans American Pie, je suis au courant – si bien que lorsqu’on nous sert des rapprochements ou des doutes injustifiés et des tirades réchauffées que n’importe qui aurait été capable d’écrire – la palme revient aux superbes dialogues lors du bal de retrouvailles – on ne peut s’empêcher de lever les yeux aux ciels au lieu de se marrer une bonne fois. Même l’apparition de Neil Patrick Harris (aka Barney Stinson) n’y changera rien : même pas un petit « Daddy’s home » qui aurait pourtant été de circonstance…
American Pie : Reunion, une tarte américaine périmée et sans saveur : rien n’a évolué depuis quinze ans, ni l’humour, ni l’écriture, ni l’interprétation de son casting ou la psychologie de ses personnages. Quand à la mise en scène, c’est encore plus regrettable : se mettre à deux pour pondre une comédie aussi prévisible et obsolète, c’est quand même une sacrée perte de temps, d’argent et d’énergie – même si on se demande s’ils en ont vraiment beaucoup dépensé. Vous l’aurez compris, je ne vous encourage pas à aller vous aussi perdre votre temps devant cette daube (ils se sont mis à deux pour la pondre!) et afin d’économiser le déplacement et les 9€50 du ticket à ceux qui voulaient voir du téton, je vous laisse avec un petit cadeau sur lequel les obsédés d’ASBAF ne cracheront pas.
| AMERICAN PIE 4 ○ |
5
[critique] LES INFIDÈLES
| COLLECTIF | FRANCE | 109 MIN | 29 FÉVRIER 2012 | JEAN DUJARDIN, GILLES LELLOUCHE, ALEXANDRA LAMY |
L’infidélité masculine et ses nombreuses variations, vues par sept réalisateurs.
Découvert au cinéma plus d’un mois après sa sortie, le film collectif Les infidèles dont Jean Dujardin et Gilles Lellouche sont les initiateurs et acteurs principaux, est une réussite mitigée et inégale. Tantôt crétin ou trash, parfois plus mélancolique et cynique, ce film à sketchs amuse autant qu’il déconcerte. Il est difficile de se faire une opinion générale tant le film manque de cohérence, chaque segment se différenciant des autres.
Deux parties se détachent néanmoins avec évidence : celles de Michel Hazanavicius (le Séminaire) et de Emmanuelle Bercot. Le réalisateur récemment oscarisé réalise un segment terriblement mélancolique voire pathétique – dans le sens premier du terme. Son personnage, incarné par un Jean Dujardin surprenant de justesse, dégage une solitude existentielle particulièrement pesante. On le retrouve également très touchant dans le segment qu’il partage avec son épouse (à la ville et à l’écran) Alexandra Lamy, elle aussi surprenante de justesse. Si les deux acteurs sont aussi impeccables c’est peut-être également grâce à l’écriture et à la mise en scène subtiles d’Emmanuelle Bercot qui suit ce couple qui se déchire après une question anodine qui va conduire à des révélations déchirantes. Au petit matin, elle saura se contenter de filmer les regards et les non-dits avec beaucoup de finesse plutôt que de tomber dans une conclusion bavarde et maladroite.
Les autres segments sont dans l’ensemble plus dispensables et plus prévisibles. Bien que divertissants et parfois jouissifs, trop de lieux communs affluent progressivement, avec une lourdeur potache un brin lassante. La séquence des « Infidèles anonymes » est même plutôt grossière, tout comme la conclusion de ce film, certes osée et complètement assumée, mais finalement assez stupide.
| LES INFIDÈLES ●● |
28
[ciné] BRÈVES DE NOVEMBRE 2011
L’art d’aimer, Emmanuel Mouret, 2011 




Assez client des films d’Emmanuel Mouret – qu’on m’a fait découvrir sur le tard – j’ai été assez conquis par son dernier métrage où il s’amuse des relations de couple avec la légèreté et la finesse habituelle qu’on lui connaît. Si le côté « sketchs » peut parfois gêner ou que l’équilibre entre les intrigues n’est pas toujours respecté, on passe un très bon moment devant cette comédie bien plus subtile qu’il n’y paraît. Mention spéciale au couple formé à l’écran par Elodie Navarre et Gaspar Ulliel. Parcouru d’une folie à la fois libertine et romantique, il se dégage de cette comédie une certaine poésie. « Une fantaisie ludique d’une ironie savoureuse ».
Le stratège, Bennett Miller, 2011 




Brad campe un manager très Mourinhesque dans le dernier film de (Truman Capote). Voilà un film qui ne m’enthousiasmait guère avant son visionnage. Tout respirait l’ultra-classicisme (l’histoire, l’affiche, la bande-annonce et même l’allure très propre sur lui de Brad). Au final, je suis ressorti un peu plus satisfait que je pensais l’être. Rien de bien novateur ou palpitant dans ce film terriblement académique et typiquement hollywoodien. Mais grâce à un scénario plutôt bien mené, on se prend progressivement – enfin, pas trop vite – d’intérêt pour ce club modeste de baseball qui va devoir faire preuve d’imagination pour rivaliser avec les clubs huppés de la ligue américaine.
Love and Bruises, Lou Ye, 2011 




Très emballé par Une jeunesse chinoise puis assez touché par Nuits d’ivresse printanière, je reste plus mitigé concernant le dernier film du réalisateur chinois Lou Ye. Réfugié (comme son personnage féminin) dans la capitale française, son histoire d’amour destructrice souffre de répétitivité et d’un manque d’épaisseur regrettable malgré deux comédiens impeccables et quelques fulgurances déchirantes.
Hideaways, Agnès Merlet, 2011 




Film irlandais à petit budget, Hideaways est un conte fantastique et romantique – plus agréable à suivre qu’une certaine saga bien mièvre – où la beauté des images et le jeu des acteurs (Rachel Hurd Wood en tête) font oublier une certaine naïveté et quelques faiblesses scénaristiques.
La source des femmes, Radu Mihaileanu, 2011 




Un film dont l’histoire ressemble à s’y méprendre au dernier métrage de Nadine Labaki sorti en septembre dernier : des femmes décident de faire la grève en se refusant à leur mari pour les faire plier et les confronter à leurs défauts. Ça rouspète, ça gueule, ça pleure, ça rigole fort, ça parle fort. Mais ça n’a pas grand chose de bien intéressant à raconter malgré des interprètes plutôt douées (à commencer par Leila Beitki).
Les géants, Bouli Lanners, 2011 




Un conte initiatique décevant et plutôt caricatural malgré une atmosphère singulière et une BO planante.
13
[critique] RABBIT HOLE ***

Huit mois après la disparition de leur fils, Becca et Howie redonnent peu à peu un sens à leur vie. Howie tente de nouvelles expériences tandis que Becca préfère couper les ponts avec une famille trop envahissante. Contre toute attente, elle se rapproche du jeune homme responsable de la mort de leur enfant. Cette relation étrange va permettre à Becca d’être enfin en paix avec elle-même.
Does it ever go away ? Avec une certaine appréhension, j’ai visionné récemment Rabbit Hole du réalisateur John Cameron Mitchell, responsable du navrant Shortbus. Ma méfiance était importante et due au mauvais souvenir de son précédent métrage et à la présence d’une Nicole Kidman qui accumule ces dernières années autant de mauvais choix de carrière que d’opérations de chirurgie esthétique. Mais celle-ci (ma méfiance, pas Kidman) s’est envolée assez rapidement devant ce drama soigné écrit et réalisé avec sensibilité et intelligence porté par deux acteurs impeccables et une Kidman quasi-ressuscitée – aucun jeu de mots volontaire en lien avec son apparence cadavérique.
Un drama indépendant émouvant et intelligemment construit, alternant scènes poignantes et répliques humoristiques salvatrices, porté par une Nicole Kidman retrouvée et un Aaron Eckhart plus intense qu’à l’accoutumée. La bonne surprise de l’année !
| JOHN CAMERON MITCHELL | USA | 92 MIN | 13 AVRIL 2011 | NICOLE KIDMAN, AARON ECKHART |
15
[critique] BLUE VALENTINE ***

Un couple tente de sauver son mariage après 6 ans de vie commune. Ils se souviennent l’un après l’autre de ces moments magiques comme pour tenter de les faire renaître mais ne font au contraire que mesurer la faille qui existe désormais entre eux et ce joyeux passé.
Toujours attendu de ce côté de l’atlantique, Blue Valentine de Derek Cianfrance est précédé d’une bonne réputation depuis le Festival de Cannes. On le cite souvent – à tort – comme le penchant indé et pessimiste de (500) days of Summer. Multi-nominé aux Golden Globes, il fut moins représenté aux Oscars – qui accumulent les choix illégitimes – mais a eu une carrière plus qu’honorable aux Etats-Unis, ayant conquis à la fois le public et la critique.
L’ayant patiemment attendu depuis plusieurs mois, sa sortie française ayant été plusieurs fois reportée, j’ai finalement craqué et ai contourné le problème pour pouvoir enfin visionner ce joli petit film réunissant l’irrésistible Ryan Gosling et l’actrice montante Michelle Williams. Blue Valentine combine plutôt astucieusement flash-backs et instants présents, moments de bonheur léger et scènes plus douloureuses, pour nous raconter la romance disloquée et déchirante de Dean et Cindy qui ne parviendront pas à sauver leur mariage malgré la bonne volonté de l’un comme de l’autre (enfin, surtout de l’un!).
Leur rencontre est aussi douce, touchante et charmante que leur rupture sera amère et difficile. La complicité et la symbiose des deux acteurs paraissent tellement naturelles qu’elles nous donnent quasiment l’impression d’assister à cette histoire qui se terminera dans un feu d’artifice – au sens propre et non figuré – amenant un générique final juste sublime dont on en ressort plutôt émerveillé, triste et nostalgique, bien qu’un peu frustré après avoir vu un film qui, débarrassé de quelques faiblesses scénaristiques ou de mise en scène, aurait pu être grandiose.
Blue Valentine, tragédie romantique et charnelle, où le spectateur ressent avec énormément d’empathie tant la légèreté du sentiment amoureux que la douleur déchirante et intime d’une histoire qui va dans le mur. Un film de cœurs brisés bouleversant, que le réalisateur réussit à rendre presque universel pour ce qui ressemble assez au pendant américain de Ça commence par la fin.
| DEREK CIANFRANCE | USA | 114 MIN | 15 JUIN 2011 | RYAN GOSLING, MICHELLE WILLIAMS |
23
[critique] ÇA COMMENCE PAR LA FIN ****

Une femme, un homme, un été à Paris. La passion, la rupture, les retrouvailles. Une histoire d’amour dans le désordre.
Peu diffusé sur les écrans français et guère apprécié par la presse française, le film de Michael Cohen le mettant en scène avec sa compagne Emmanuelle Béart est pourtant une belle réussite. Il dépeint le désordre amoureux avec beaucoup de justesse et de sensibilité. Les deux acteurs, bien que parfois théâtraux dans leur interprétation, livrent une performance à fleur de peau convaincante. A travers un film très bien construit, on suit la romance chaotique de ce couple, passionné et charnel, qui n’arrive pas à s’aimer sans se déchirer. Jalousie, possessivité, incompréhensions et maladresses empêchent Jean et Gabrielle de s’aimer pleinement.
Il y aura inévitablement des gens à qui ce premier long-métrage de Michael Cohen ne parlera pas, qui resteront assez hermétiques ou pragmatiques. On notera également quelques défauts ça et là. C’est inévitable face à ce huit-clos intimiste, brut et personnel dans lequel son auteur semble dire que même l’amour le plus dévastateur vaut la peine d’être vécu.
Le bleu du miroir
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