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(critique) LE PASSE

Par Wilyrah  //  2013, Made in France, Très bon  //  3 commentaires
ASGHAR FARHADI | DRAME | FRA | 130 MIN | 17 MAI 2013 | BERENICE BEJO, ALI MOSAFFA, TAHAR RAHIM

APRÈS QUATRE ANNÉES DE SÉPARATION, AHMAD ARRIVE À PARIS DEPUIS TÉHÉRAN, À LA DEMANDE DE MARIE, SON ÉPOUSE FRANÇAISE, POUR PROCÉDER AUX FORMALITÉS DE LEUR DIVORCE. LORS DE SON BREF SÉJOUR, AHMAD DÉCOUVRE LA RELATION CONFLICTUELLE QUE MARIE ENTRETIENT AVEC SA FILLE, LUCIE. LES EFFORTS D’AHMAD POUR TENTER D’AMÉLIORER CETTE RELATION LÈVERONT LE VOILE SUR UN SECRET DU PASSÉ. Récompensé d’un Oscar du meilleur film étranger un peu généreux pour le bon mais redondant Une séparation, l’iranien Asghar Farhadi est venu en France tourner son nouveau long-métrage dans lequel il réunit deux acteurs césarisés (Bérenice Bejo et Tahar Rahim) aux côtés de Ali Mosaffa, acteur iranien qui a perfectionné ses notions de français pour le rôle. L’histoire du film Le passé s’articule autour de trois personnages, un futur-ex-mari revenant d’Iran pour officialiser le divorce et un futur-mari ne parvenant pas complètement à tourner la page d’une épouse dans le coma après une tentative de suicide. Farhadi a souhaité exploré chez ses personnages leur rapport au passé. Dans le film, le scénario balance donc toujours entre la loyauté envers le passé et le besoin de se tourner vers l’avenir. Pour celui-ci, « on a beau essayer de se propulser vers l’avant, le poids des événements passés continue de peser sur nous« . C’est ce qu’il cherche à démontrer avec l’histoire de Marie, Ahmad et Samir, ainsi que leurs enfants gravitant autour et essayant de s’adapter par la force des choses à la nouvelle dynamique du présent et du futur. L’une d’elle n’y parvient pas et s’y refuse : il s’agit de Lucie, l’aînée de Marie. Construit comme un thriller psychologique, Le passé dévoile progressivement et très habilement ses mystères. Parfaitement écrit, ce drama familial bénéficie de l’interprétation remarquable des trois comédiens principaux, excellemment dirigés par le cinéaste iranien. Actuellement en sélection au Festival de Cannes, celui-ci fera figure de sérieux candidat à une future récompense, malgré un dernier quart d’heure maladroit malgré toutes les précautions de mise en scène de Farhadi. 

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17

(critique) MYSTERY

LOU YE | THRILLER | CHINE | 98 MIN | 20 MARS 2013 | HAO LEI, QIN HAO, QI XI

LU JIE EST LOIN D’IMAGINER QUE SON MARI YONGZHAO MÈNE UNE DOUBLE VIE, JUSQU’AU JOUR OU ELLE LE VOIT ENTRER DANS UN HÔTEL AVEC UNE JEUNE FEMME.
LA VIE DE LU JIE S’EFFONDRE ALORS, ET CE N’EST QUE LE DÉBUT…
LA JEUNE FEMME MEURT RENVERSÉE PAR UNE VOITURE PEU DE TEMPS APRÈS. LE POLICIER EN CHARGE DE L’AFFAIRE REFUSE DE CROIRE À UN ACCIDENT… L’amour qui brûle, l’amour qui blesse, la distance, l’infidélité. Des thèmes récurrents chez Lou Ye, comme on avait déjà pu le remarquer dans Nuits d’ivresse printanière, Love and Bruises ou l’excellent Une jeunesse chinoise. Dans Mystery, co-financé en France, mais à nouveau réalisé sur le territoire chinois après cinq interdiction de tourner dans son pays, on retrouve les enjeux habituels du cinéaste, concentré autour d’un accident de la route mystérieux qui sera le fruit de plusieurs évènements que le spectateur découvre progressivement. Vous l’aurez compris, Mystery repose sans surprise sur un mystère et sur un scénario qui dévoile petit à petit celui-ci. Lou Ye filme son histoire comme il le fait souvent, proche des comédiens, à fleur de peau et de sentiments. A nouveau au coeur d’un triangle amoureux déchirant, ses personnages écorchés, jaloux et manipulateurs, lèvent progressivement le voile sur leurs actes et leurs mensonges sous une pluie intense non expiatoire. Cependant, ce polar amoureux peine à convaincre totalement. Manquant de rythme et de limpidité, le long-métrage perd parfois le spectateur en route, pour heureusement le récupérer in-extremis au moment où les mystères se dévoilent enfin.

juil
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[critiques] 3 COMÉDIES DE JUIN : LA PART DES ANGES, ADIEU BERTHE, LA CLINIQUE DE L’AMOUR

KEN LOACH | UK | 101 MIN | 27 JUIN 2012 | PAUL BRANNIGAN, JOHN HENSHAW, ROGER ALLAM

A Glasgow, Robbie, tout jeune père de famille, est constamment rattrapé par son passé de délinquant. Il croise la route de Rhino, Albert et la jeune Mo lorsque, comme eux, il échappe de justesse à la prison mais écope d’une peine de travaux d’intérêts généraux. Henri, l’éducateur qu’on leur a assigné, devient alors leur nouveau mentor en les initiant secrètement… à l’art du whisky ! De distilleries en séances de dégustation huppées, Robbie se découvre un réel talent de dégustateur, bientôt capable d’identifier les cuvées les plus exceptionnelles, les plus chères. Avec ses trois compères, Robbie va-t-il se contenter de transformer ce don en arnaque – une étape de plus dans sa vie de petits délits et de violence ? Ou en avenir nouveau, plein de promesses ? Seuls les anges le savent…

La part des anges est le dernier film de Ken Loach, qui a été récompensé par le Prix du Jury à Cannes. Après un Route Irish quelque peu décevant, le cinéaste britannique revient vers la comédie pour traiter un sujet social comme il sait si bien le faire (rappelez-vous l’excellent Looking for Eric). Si le long-métrage n’a rien de transcendant, il distille avec humour et finesse un regard bienveillant et optimiste sur la jeunesse désillusionnée et livrée à elle-même. Le visionnage n’est pas mémorable mais reste très agréable grâce à la liberté de ton de Loach. Pour Papy Loach, ce Angel’s Share n’est pas un grand crû mais tout de même une bonne cuvée qui se consomme avec plaisir. 

 LA PART DES ANGES ●●

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BRUNO PODALYDES | FRANCE | 100 MIN | 20 JUIN 2012 | DENIS PODALYDES, VALÉRIE LEMERCIER

Mémé is dead. Berthe n’est plus. Armand avait « un peu » oublié sa grand-mère… Pharmacien, il travaille avec sa femme Hélène à Chatou. Dans un tiroir de médicaments, Armand cache ses accessoires de magie car il prépare en secret un tour pour l’anniversaire de la fille… de son amante Alix. Et mémé dans tout ça ? On l’enterre ou on l’incinère ? Qui était Berthe ?

Alors qu’UGC Distribution pensait tenir ici le succès de l’été et le bon coup de l’année, en tentant de créer le buzz à partir d’une séquence où Valérie Lemercier se lâche complètement en plein cimetière (séquence à peine drôle alors qu’elle était déjà adoubée de « culte »), Adieu Berthe – L’enterrement de Mémé n’a obtenu le box-office escompté en dépassant timidement le demi-million de spectateurs – ce qui n’est déjà pas si mal vous me direz. Comédie mineure et feignante, Adieu Berthe cherche à trouver un ton mélancolique et nostalgique en l’agrémentant d’une pincée de dérision et d’humour noir. Parler de la vie en évoquant la mort n’est pas à la portée de tous et n’est pas Alan Ball qui veut. 

 ADIEU BERTHE ●

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LA CLINIQUE DE L’AMOUR ° ARTUS DE PENGUERN | FRANCE | 83 MIN | 27 JUIN 2012 | BRUNO SALOMONE, HELENA NOGUERRA

Alors qu’il est retenu en otage, un couple voit sa situation conjugale, déjà compliquée, s’aggraver, lorsqu’il est question de trahison et de déception…

La clinique de l’amour se revendique parodie hilarante dans la lignée des OSS 117 de Michel Hazanavicius. Malheureusement, Bruno Salomone n’a pas la trempe et l’impertinence de son ancien comparse Jean Dujardin. Malheureusement, Artus de Penguern malgré toute sa bonne volonté n’a pas le talent et la finesse du cinéaste récemment oscarisé. Malheureusement, Helena Noguerra n’a pas la malice et le regard pétillant de Bérénice Bejo ou Louise Monot. Ainsi La clinique de l’amour est finalement aussi ennuyeux que les soaps hospitaliers qu’il pastiche. Rarement drôle, souvent chiant, la bande-annonce suffira à vous amuser et vous évitera de perdre 80 minutes de votre temps. Initiative louable mais mauvaise pioche. Un conseil : (re)matez les huit saisons de Scrubs !

 LA CLINIQUE DE L’AMOUR ○
juin
29

[critique] 360

FERNANDO MEIRELLES | UK/FRA/AUT/BRE | 109 MIN | 25 JUILLET 2012 | R. WEISZ, J. LAW, A. HOPKINS, B. FOSTER

Une histoire d’amour chorale où les destins de personnages d’horizons différents s’entrecroisent.

Pour nous proposer une relecture moderne de la pièce La Ronde, le scénariste Peter Morgan (The Queen, Frost/Nixon, The Damned United et le prochain Bond mis en scène par Sam Mendes) s’est associé avec le brillant réalisateur brésilien Fernando Meirelles (Blindness, La Cité de Dieu) pour mettre en image son projet. Ensemble, ils dynamisent le concept d’Arthur Schnitzler et offrent un regard contemporain sur de nombreux sujets qui s’entrelacent en même temps que les destins de ces personnages que l’on va suivre pendant une centaine de minutes.

Le scénariste attache une importance au fait que nous sommes tous liés les uns aux autres, que l’amour et la vie sont universels au delà des frontières et des langues. Souvent en déplacement aux quatre coins du globe, Peter Morgan a souhaité évoquer a question de l’explosion des frontières – qu’il considère désormais comme caduques avec le développement des réseaux sociaux et la banalité des déplacements par l’avion – à travers les relations humaines. L’élément « avion » est d’ailleurs omniprésent dans le destin des personnages de 360 : certains le prennent, d’autres le regardent passer, certains partent, d’autres restent. La vie en mouvement perpétuel, qu’ils soient dans un café, dans leur cabinet médical, dans une chambre d’hôtel. Au final, beaucoup se croiseront dans un aéroport, sorte d’espace de rencontre d’une communauté mondialisée. Rapidement, le projet a été confié à Fernando Meirelles qui a toujours eu un intérêt important sur les rapports humains, mais aussi la mondialisation de la culture et ses effets sur les individus.

Bien que de qualité inégale, le récit suit une bonne dizaine de personnages dans un film choral où les histoires s’emboîtent avec fluidité et naturel, grâce à la plume de Peter Morgan mais également à la réalisation subtile et imaginative de Fernando Meirelles. On suit les désirs et les pulsions de ces êtres qui vont effectuer des choix que l’on ne cautionnera ou comprendra pas toujours mais qui les rendront toutefois terriblement humains et attachants dans toute leur fragilité et leur volonté de faire ce qui leur paraît le mieux.

Une œuvre qui parle de l’amour donc, du mariage et de l’adultère, mais aussi de l’image de soi, des masques que l’on porte et des choix que l’on fait. L’image est d’ailleurs très importante. Les photographies sont très présentes, ainsi que les miroirs, comme des reflets de ces personnages parfois perdus s’efforçant de prendre le bon chemin. 360 aborde également des thèmes de société plus précis tels que la prostitution, la réinsertion des délinquants sexuels, les trafics, les conflits familiaux, l’alcoolisme. Mais ce ne sont pas des sujets à proprement parler, simplement des conditions de vie rencontrées par certains protagonistes du film.

Thriller, tragédie romantique, drame familial, amourette nostalgique, 360 est un film à multiples facettes. Un tour du globe aux atmosphères et aux couleurs différentes réunissant un casting international et polyglotte, melting-pot réussi offrant un regard sur notre civilisation mondiale sans complaisance ni condescendance. Une aventure humaine, une ronde planétaire, comme si la plume Guillermo Arriaga (pour l’entrecroisement des histoires) avait rencontré celle de Woody Allen (pour le ton parfois désinvolte) avec comme chef d’orchestre le talentueux metteur en scène Fernando Meirelles avec sa réalisation toujours aussi soignée, sensible et sensorielle. Une œuvre qui compte, forcément, malgré un petit coup de mou à mi-parcours et quelques coïncidences un peu tirées par les cheveux.  

 360 ●●
juin
17

[critique] BLANCHE-NEIGE ET LE CHASSEUR

Par Wilyrah  //  2012, Made in the US, Moyen  //  11 commentaires

RUPERT SANDERS | USA | 126 MIN | 13 JUIN 2012 | CHARLIZE THERON, KRISTEN STEWART, CHRIS HEMSWORTH

Dans des temps immémoriaux où la magie, les fées et les nains étaient monnaie courante, naquit un jour l’unique enfant d’un bon roi et de son épouse chérie : une fille aux lèvres rouge sang, à la chevelure noire comme l’ébène et à la peau blanche comme neige. Et voilà précisément où l’histoire que vous croyiez connaître prend fin et où la nouvelle adaptation épique et envoutante de ce célèbre conte des frères Grimm débute. Notre héroïne, dont la beauté vient entacher la suprématie de l’orgueilleuse Reine Ravenna et déclencher son courroux, n’a plus rien d’une damoiselle en détresse, et la cruelle marâtre en quête de jeunesse éternelle ignore que sa seule et unique rivale a été formée à l’art de la guerre par le chasseur qu’elle avait elle-même envoyé pour la capturer. Alliant leurs forces, Blanche-Neige et le chasseur vont fomenter une rébellion et lever une armée pour reconquérir le royaume de Tabor et libérer son peuple du joug de l’impitoyable Ravenna.

Divertissement convenable, Blanche-Neige et le Chasseur est une adaptation qui se voulait plus fidèle au conte de Grimm que la précédente version avec Julia Roberts et Lily Collins. Plus noire et plus épique – en tout cas, dans l’intention – le métrage pêche malheureusement par son scénario bancal et surtout par sa direction d’acteurs complètement inexistante.

L’ensemble du casting semble livré à lui-même. Charlize Theron est pourtant parfaite dans le rôle de la reine majestueuse et détestable, mais uniquement lorsqu’elle se tait. Dès qu’elle ouvre la bouche, sa diction trop forcée et sentencieuse casse toute crédibilité. Ainsi de nombreuses scènes ne fonctionnent pas. Kristen Stewart n’est guère plus convaincante dans ce rôle de fille vertueuse qui se mute en combattante rameutant les foules – son speech dans la cour du château restera comme un grand moment de cinéma tellement il suinte le surjeu et l’artificiel. Difficile de croire qu’elle remonte véritablement ses troupes après un tel discours. Qui aurait envie de la suivre et d’aller combattre une armée de Dark Vador © et de Transformers ? D’ailleurs, on constatera que le film baisse en intérêt et en qualité à partir du moment où elle entre en scène. C’est plutôt regrettable, l’actrice étant capable de meilleures performances (The RunawaysInto the wild) mais il semblerait que ce soit d’autres atouts qui lui aient permis de décrocher ce rôle. 

Enfin, il y a le viking Chris Hemsworth, plus charismatique sans ses cheveux blonds mais toujours aussi grossier dans son interprétation – même si la Stewart lui fait de l’ombre avec ses manières assez désagréables. On ne pourra d’ailleurs pas dire que la partition musicale ne les aide beaucoup. Même les seconds rôles font ce qu’ils peuvent (Eddie Marsan et Nick Frost en tête). La réalisation est assez classique, respectant paresseusement le cahier des charges et se permettant quelques emprunts flagrants pour l’univers visuel (Miyazaki, indeed).

Le projet était louable, sa concrétisation est décevante car elle manque d’ampleur. Le débutant Rupert Sanders n’était peut-être pas le meilleur choix. 

 BL. NEIGE & LE CHASSEUR ●
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5

[critique] LES INFIDÈLES

Par Wilyrah  //  2012, Assez bon, Made in France  //  3 commentaires

COLLECTIF | FRANCE | 109 MIN | 29 FÉVRIER 2012 | JEAN DUJARDIN, GILLES LELLOUCHE, ALEXANDRA LAMY

L’infidélité masculine et ses nombreuses variations, vues par sept réalisateurs. 

Découvert au cinéma plus d’un mois après sa sortie, le film collectif Les infidèles dont Jean Dujardin et Gilles Lellouche sont les initiateurs et acteurs principaux, est une réussite mitigée et inégale. Tantôt crétin ou trash, parfois plus mélancolique et cynique, ce film à sketchs amuse autant qu’il déconcerte. Il est difficile de se faire une opinion générale tant le film manque de cohérence, chaque segment se différenciant des autres.

Deux parties se détachent néanmoins avec évidence : celles de Michel Hazanavicius (le Séminaire) et de Emmanuelle Bercot. Le réalisateur récemment oscarisé réalise un segment terriblement mélancolique voire pathétique – dans le sens premier du terme. Son personnage, incarné par un Jean Dujardin surprenant de justesse, dégage une solitude existentielle particulièrement pesante. On le retrouve également très touchant dans le segment qu’il partage avec son épouse (à la ville et à l’écran) Alexandra Lamy, elle aussi surprenante de justesse. Si les deux acteurs sont aussi impeccables c’est peut-être également grâce à l’écriture et à la mise en scène subtiles d’Emmanuelle Bercot qui suit ce couple qui se déchire après une question anodine qui va conduire à des révélations déchirantes. Au petit matin, elle saura se contenter de filmer les regards et les non-dits avec beaucoup de finesse plutôt que de tomber dans une conclusion bavarde et maladroite. 

Les autres segments sont dans l’ensemble plus dispensables et plus prévisibles. Bien que divertissants et parfois jouissifs, trop de lieux communs affluent progressivement, avec une lourdeur potache un brin lassante. La séquence des « Infidèles anonymes » est même plutôt grossière, tout comme la conclusion de ce film, certes osée et complètement assumée, mais finalement assez stupide. 

 LES INFIDÈLES ●●
jan
30

[critique] THE DESCENDANTS

Par Wilyrah  //  2012, Made in the US, Moyen  //  16 commentaires

 ALEXANDER PAYNE | USA | 110 MIN | 25 JANVIER 2012 | GEORGE CLOONEY, SHAILENE WOODLEY

A Hawaii, la vie d’une famille bascule. Parce que sa femme vient d’être hospitalisée suite à un accident de bateau, Matt King tente maladroitement de se rapprocher de ses deux filles, Scottie, une gamine de dix ans vive et précoce, et Alexandra, une adolescente rebelle de dix-sept ans. Il se demande aussi s’il doit vendre les terres familiales, les dernières plages tropicales vierges des îles, héritées de ses ancêtres hawaiiens. Quand Alexandra lui révèle que sa mère avait une liaison, le monde de Matt vacille. Avec ses deux filles, il part à la recherche de l’amant de sa femme. Durant une semaine essentielle, au fil de rencontres tour à tour drôles, perturbantes et révélatrices, il va finalement prendre conscience que sa principale préoccupation est de reconstruire sa vie et sa famille…

J’ai déjà évoqué ici les syndromes Scorsese et Swinton qui ne me portent pas chance cinématographiquement, malgré les nombreuses incompréhensions de certains lecteurs. Dans un genre différent, il y a le syndrome Clooney 2000 : film plat/fade et soporifique du 21e siècle avec George Clooney au casting. La liste est malheureusement assez longue et aucun intrus ne vient déroger à la règle : Michael ClaytonLes Marches du pouvoir, Burn After ReadingOcean’s… Tout est lisse et sans saveur dans chaque métrage où apparaît le chouchou des américaines, si bien que son aboutissement le plus appréciable reste à mes yeux la série de spots publicitaires où il vante les mérites d’une boisson caféinée. Malheureusement, le métrage de Alexander Payne – fraîchement récompensé aux Golden Globes et nominé/favori dans la catégorie « meilleur film » aux prochains Oscars – va rejoindre la déjà longue filmographie dangereusement insipide du futur président des Etats Unis.

Il faut dire que le pitch n’est pas vraiment palpitant : un hawaïen guère attachant se prend deux gifles successives lorsqu’il apprend que sa femme, mourante et comateuse, se tapait un promoteur immobilier pour tromper l’ennui et la solitude. Après avoir balancé la news (qu’elle allait casser sa pipe, pas que c’était une housewife infidèle) à ses proches dans un repas absolument pas naturel, il décide de partir à la recherche du-dit empaffé qui s’envoyait cette épouse qu’il ne touchait plus lui-même. Bien sûr, solidarité familiale oblige, ses deux filles l’accompagnent dans ce voyage initiatique palpitant et légitime. Afin de s’assurer un fun maximal lors de ce mémorable voyage, What Else décide de suivre le désormais célèbre adage « quand tu cherches l’amant de ta femme, amène avec toi tes gamines et le teubé que fréquente ton aînée ex-alcoolique-new-fille-idéale« . Je tiens d’ailleurs à applaudir la remarquable intelligence et originalité du scénariste qui nous pond une flopée réjouissante de personnages sans imagination : l’aînée volage qui se transforme soudainement en fille à son papa, la cadette originale qui fait des doigts d’honneur à tour de bras, le jeune boyfriend débile et empoté, le grand-père qui méprise tout le monde sauf sa future-défunte fille et l’amant stupide et égoïste.  

Si la jeune et craquante Shailene Woodley et le placide George Clooney livrent une prestation plutôt honorable – bien que jamais transcendante – ils ne sauvent pas The Descendants de son incroyable banalité et de l’ennui qui s’installe rapidement devant une intrigue aussi convenue et monotone. Rarement drôle, souvent ennuyeux, le « drama » de Payne ne s’offre que quelques secondes de poésie lors des brefs adieux d’un mari absent à sa pénible et mourante épouse. Pas de quoi crier au génie pour autant : une narration plate et prévisible, des personnages artificiels et fades, un rythme et un scénario paresseux, le futur Oscar du meilleur film est la définitive confirmation que pour obtenir une récompense à Hollywood cette année il fallait être sentimental et consensuel.

 THE DESCENDANTS ●
sept
14

[critique] CRAZY, STUPID, LOVE

Par Wilyrah  //  2011, Bon, Made in the US  //  11 commentaires

J. REQUA & G. FICARRA | USA | 118 MIN | 14 SEPT. 2011 | STEVE CARELL, RYAN GOSLING, JULIANNE MOORE, EMMA STONE

Leur première comédie, I love you Phillip Morris avec Ewan McGregor et Jim Carrey, avait déjà été une bonne surprise. John Requa et Glenn Ficcara reviennent sur les écrans avec une nouvelle comédie chorale soignée, elle aussi portée par de très bons acteurs. Crazy Stupid Love suit les déboires sentimentaux de plusieurs personnages (le fraîchement divorcé, la babysitter amoureuse du papa, la jeune femme sérieuse, le pré-ado amoureux de sa babysitter…) Si le pitch n’est pas particulièrement novateur, la comédie du tandem de réal est diablement efficace.

On rit beaucoup la première heure. La confrontation entre le loser quarantenaire Steve Carrel et le tombeur Ryan Gosling – plus séduisant que jamais – est un régal ! Coaching, shopping, relooking, apprentissage des techniques de drague et premiers rencards, chaque scène déclenche le rire. De son côté, Julianne Moore essaie d’aller de l’avant – mais en a t’elle vraiment envie ? – en tant que mère divorcée. Emma Stone, qui croyait avoir une vie bien tracée avec un couple impeccable et un avenir professionnel prometteur, va vite déchanter au plus grand bonheur du spectateur qui va pouvoir profiter du pouvoir comique de la craquante actrice américaine.

La deuxième heure peut paraître plus convenue et laisse davantage la place au sentiment, parfois avec subtilité (appel nocturne du jardin, discussions entre Jacob & Hannah), parfois plutôt malvenu (speech sur l’amour à la remise de diplôme, plus ricain tu meurs!). Mais c’est pour mieux nous surprendre lors d’une séquence de réunion assez dantesque.

Dotée d’un casting trois étoiles qui contribue grandement à sa réussite et à son charme, Crazy, Stupid, Love est la comédie sentimentale (aka « romcom ») de la rentrée, idéale pour se changer les idées seul ou entre amis sans pour autant s’abrutir devant des gags potaches ou scatos (suivez mon regard).

 CRAZY, STUPID, LOVE ●●
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22

[critique] TOUT VA BIEN, THE KIDS ARE ALL RIGHT ***

kids

LISA CHOLODENKO | USA | 104 MIN | 6 OCTOBRE 2010 | JULIANNE MOORE, ANNETTE BENING, MIA WASIJOWSKA

Maintenant que Joni a l’âge légal pour accéder à leur dossier à la banque du sperme, son frère et elle décident de retrouver le donneur dont ils sont tous deux issus. Papa-donneur est rapidement séduit par les deux adolescents qui frappent à sa porte.

Lisa Cholodenko signe une comédie savoureuse, terriblement drôle et attachante, portée par un casting impeccable et une écriture pétillante et soignée. On retrouve une Julianne Moore aussi à l’aise dans un registre comique qu’elle ne peut l’être dans des rôles plus dramatiques, ainsi qu’une Annette Bening formidable, qu’on n’avait pas vu aussi excellente depuis American Beauty (et qu’on attend de voir très prochainement dans Mother & Child).

avr
25

[série] ROME, SAISON 2 *****

Par Wilyrah  //  2006, Excellent, Made in the US, séries  //  5 commentaires

HBO – BRUNO HELLER | USA | 10×55 MIN | 2007 | RAY STEVENSON, KEVIN McKIDD, POLLY WALKER

Rome, 44 avant J.-C., César est à terre, assassiné par Brutus : le bras vengeur du fils n’est que le prolongement de l’action des membres de la conspiration menée par Servilia. Vorenus, nommé sénateur par l’empereur assassiné, retrouve Niobé, son épouse, morte au pied de leur demeure, et bascule dans la folie. De leur côté, Titus Pullo et Eirene, loin des horreurs de la ville, semblent prendre un nouveau départ. Le siège vacant du Sénat laisse la cité en proie à une lutte de pouvoir sans merci pour le contrôle de l’empire.

Après une première remarquable en tous points, la deuxième saison de Rome tarde à démarrer et se traîne un peu lors des trois premiers épisodes – difficulté pour les scénaristes à ajuster les différentes intrigues dans une période historique confuse suivant la chute de César. Puis, Pullo, accompagné de son adorable épouse, revient à Rome et aide Lucius à se reprendre et reconquérir ses enfants, les têtes du pouvoir se stabilisent et l’ambitieux Octave commence à annoncer la couleur (jusqu’à devenir un monstre, n’ayons pas peur des mots), n’en déplaise à Marc-Antoine. Car il faut bien le reconnaître, lors de ce début de saison, l’absence de Ciaran Hinds – charismatique César finalement assassiné à la fin de la saison 1 – se fait cruellement sentir. Mais ce chaos et les errances hiérarchiques et scénaristiques étaient nécessaires pour traduire le contexte de l’époque.

Cette seconde saison dévoile donc les démêlés de Octave César et Marc-Antoine face aux ambitions du traître Brutus contre lequel ils finissent par s’allier afin de récupérer le pouvoir. Dans la série, les bons deviennent parfois les mauvais et vice-versa – à l’image de Atia et Servilia. Difficile de prendre parti lorsqu’on commence à pencher pour l’un des protagonistes, un évènement venant bousculer nos opinions et contester l’intégrité de tel ou tel personnage. Dans leurs derniers instants, certains deviennent même touchants alors qu’ils n’évoquaient que la révulsion ou le dédain jusqu’alors…

Rome continue donc de nous captiver autour de ses enjeux politiques, familiaux et sentimentaux et un sens du réalisme toujours aussi indéniable. Malgré les contraintes (12 épisodes prévus ramenés à un total de 10 pour boucler le tout) et le nécessité de régler les storylines plus rapidement – avec quelques ellipses plus ou moins importantes – la série se conclue de façon cohérente et sur une dernière scène d’une simplicité qui tranche face au reste du dernier épisode, riche en évènements dramatiques. Rome reste à la hauteur de sa réputation : ambitieuse, osée, spectaculaire, subversive et instructive. Plus noire et encore plus brutale que la précédente, la saison 2 de Rome ne peut que nous faire regretter les trois saisons qui auraient pu et dû suivre… 

En deux saisons et seulement 22 épisodes, la série Rome est parvenue à se hisser au rang de série culte et de petit chef d’œuvre de la télévision, côtoyant désormais les Six Feet UnderOz et Les Soprano, elles aussi issues de la chaîne HBO. Gros regret toutefois, celles-ci avaient duré plusieurs années et eu le temps de prendre toute leur ampleur alors que Rome n’aura finalement bénéficié que de seulement deux années alors qu’il y avait encore de quoi faire. Les lois du marché sont à nouveau impitoyables et la rentabilité aura eu raison de la qualité indéniable du show, bien meilleur que de nombreux longs métrages.

jan
30

[critique] LITTLE CHILDREN ****

TODD FIELD | USA | 130 MIN | 24 JANVIER 2007 | KATE WINSLET, PATRICK WILSON, JENNIFER CONNELLY

Little Children entrecroise les vies, les destinées contrariées, les secrets, les rêves, les fantasmes et les angoisses de personnages dans la quiétude trompeuse d’une banlieue bourgeoise de la côte Est. 

 Entre American Beauty et Desperate Housewives, ce film de moeurs introduit sans complaisance des personnages issus de la middle-class américaine qui s’ennuient dans leur petite vie bien rangée. Cette fable moderne, subtile et maîtrisée, où la tension va croissante, suit ses protagonistes au bord de l’explosion qui tentent de vivre leur vie entre convenances et véritables désirs. Todd Field réussit à capter les faux-semblants au milieu de cette hypocrisie bourgeoise qui s’offusque de tout ce qui n’est pas socialement et politiquement correct, et qui s’affole lorsque la petite vie tranquille du quartier est menacée par l’emménagement d’un quadragénaire, condamné pour exhibitionnisme.

    Ce pestiféré, montré du doigt et tourmenté par ses pulsions, va chercher à se construire une vie au milieu des doigts tendus, des regards inquiets et des tracts. Bouc-émissaire d’un flic un peu bourru qui va le harceler, et bien que conscient de ses troubles comportementaux, il s’efforcera de rentrer dans le droit chemin, poussé par sa vieille mère qui fait tout son possible pour l’y encourager, à commencer par lui chercher une petite amie « de son âge ». Cela donnera lieu à des scènes dures, parfois insoutenables, où l’on peut être épris d’un sentiment de compassion avant d’être horrifié par le désarroi incontrôlable du personnage.

Sarah, mariée à un homme qui ne quitte le boulot que pour retrouver le bureau du grenier une fois rentré, cherche sa place au milieu de toutes ces mères parfaites, dont le seul loisir est de fantasmer sur Brad, un père au foyer qui accompagne son bambin chaque après-midi au square. Mais ce « roi de la promo » muté en « papa poule », enfermé dans un couple dont l’épouse castratrice contrôle la vie, va faire connaissance de Sarah qui ne cherchait pas mieux qu’un alibi pour s’arracher aux banalités de ses voisines. Elle trouvera en lui quelqu’un qui lui permettra d’échapper à son sort sans issue d’épouse délaissée et mère débordée en passant ses après-midi estivales au bord de la piscine municipale à ses côtés, gardant à l’oeil leur progéniture. A la suite d’un orage, entre les vêtements qui sèchent et les petits qui font la sieste, ils vont franchir ce pas que la communauté interdit afin de dépasser leurs frustrations personnelles et conjugales. 

   Kate Winslet prouve une fois de plus son formidable talent dans ce rôle à la Erin Brokovich, saupoudré d’une touche de Mme Bovary contemporaine. Jennifer Connelly, de son côté, réussit à nous faire ressentir cet étouffement que subit Brad par cette femme conformément parfaite – dynamique et affirmée, comme un symbole du changement de cette société dans laquelle la femme a le pouvoir, fait attention à sa ligne et entretient son mari – chaperonnant le moindre moment de sa vie.

    Bien que l’on se serait volontiers passé de la morale un peu lourdingue énoncée par la voix-off lors des dernières secondes, la rencontre de ces deux âmes en perdition est traitée avec suffisamment de subtilité, et ce qu’il faut de psychologie, pour faire de ce film une véritable réussite qui réussit à nous captiver sur plus de deux heures alors qu’on ne donne pas cher de l’avenir de leur histoire. Il faudra enfin préciser pour conclure que l’on n’attend toutefois par l’inégalable magie du film de Sam Mendes, qui, lui, est un chef d’oeuvre.

Une comédie satyrique, dérangeante, où l’ambiance pesante de ce milieu oppresant d’hyprocrisie et de conventions est parfois allégée par des séquences narrées par une voix-off cynique dont n’abuse heureusement pas trop son auteur. Portée par d’excellents comédiens, naturels et sans pudeur, ce film cruel évite de tomber lourdement dans les clichés grace à un scénario bien construit et une mise en scène remarquable.

Le bleu du miroir

Critiques détaillées et/ou avis express sur les derniers films vus en salles, avant-premières ou rattrapages DVD.

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