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fév
19

(critique) SPRING BREAKERS

HARMONY KORINE | DRAMA | USA | 92 MIN | 6 MARS 2013 | JAMES FRANCO, SELENA GOMEZ, VANESSA HUDGENS

POUR FINANCER LEUR SPRING BREAK, QUATRE FILLES AUSSI FAUCHÉES QUE SEXY DÉCIDENT DE BRAQUER UN FAST-FOOD. ET CE N’EST QUE LE DÉBUT… LORS D’UNE FÊTE DANS UNE CHAMBRE DE MOTEL, LA SOIRÉE DÉRAPE ET LES FILLES SONT EMBARQUÉES PAR LA POLICE. EN BIKINI ET AVEC UNE GUEULE DE BOIS D’ENFER, ELLES SE RETROUVENT DEVANT LE JUGE, MAIS CONTRE TOUTE ATTENTE LEUR CAUTION EST PAYÉE PAR ALIEN, UN MALFRAT LOCAL QUI LES PREND SOUS SON AILE… En 2011, Drive avait déconcerté de nombreux spectateurs venus voir un énième produit dérivé de la navrante franchise Fast and Furious. Ayant créé le buzz (plus que légitimement), le film a tout de même trouvé son public et a été adoubé tant par la presse que par les spectateurs – pas ceux qui étaient venus voir un film d’action bourrin, bien évidemment. Il se pourrait bien que Spring Breakers ait le même destin. On lui souhaite, en tout cas, le même succès en France, où il était présenté hier soir en exclusivité mondiale.

Harmony Korine (auteur de Kids et Ken Park, dirigés par son comparse Larry Clark) était hier dans la capitale pour présenter au public français son dernier long-métrage avec un casting des plus surprenants. En effet, celui-ci a débauché deux jeunes actrices toutes deux sorties des productions Disney. De nombreuses fans (qui a dit groupies hystériques ?) s’étaient rendues en masse au Grand Rex pour apercevoir ses idoles qui tapissent les murs de leur chambre à coucher. Je n’ai heureusement pas eu à supporter un tel capharnaüm puisqu’un cinéma des Halles proposait lui aussi une projection mais avec la seule présence – plus que suffisante – du réalisateur. Celui-ci, connu pour ses excentricités, n’a pas dérogé à sa réputation et nous a promis une projection digne d’un grand trip sous acides. Je n’avais consommé aucun produit illicite hier et j’ai pourtant été complètement embarqué dans ce qui s’annonce comme l’un des chocs de l’année cinématographique.

Spring Breakers vous plonge dans la vacuité et la débauche. Spring Breakers vous emporte dans un tourbillon sensoriel. Spring Breakers est le délire d’un cinéaste terriblement doué qui n’a jamais froid aux yeux. Harmony Korine n’a pas peur du ridicule lorsqu’il choisit de réunir à l’écran deux teen-starlettes que sont Selena Gomez et Vanessa Hudgens pour les balancer en pleine Floride décadente. Il n’a pas non plus peur du ridicule lorsqu’il transforme James Franco en gangsta sentimental qui ouvre son cœur sur un morceau de pop ringarde – séquence tout simplement géniale. Korine ne s’embarrasse pas non plus lorsqu’il s’agit d’ôter les vêtements de son épouse, qui se prendra d’ailleurs une balle quelques minutes plus tard. Korine c’est un peu Gregg Araki et Larry Clark réunis, il ne recule devant rien.

Il transforme un scénario très minimaliste en pur plaisir cinématographique. Comme pour Drive, le spectateur embarquera (ou non) pour 90 minutes d’une expérience visuelle, sonore et musicale (la pop cheesy, bien employée, ça passe niquel), ressortira hyper enthousiasmé ou plutôt sceptique et se souviendra assurément plusieurs semaines après de ce visionnage haut en couleurs. Enfin, comme pour le long-métrage de Nicolas Winding Refn qui bénéficiait également de la partition sonore de Cliff Martinez, il est quasi-certain que Spring Breakers figurera sur le podium de l’année 2013.  

nov
23

[humour] BREAKING BAD : LA PARODIE EN CHANSON

Walter White, 50 ans, est professeur de chimie dans un lycée du Nouveau-Mexique. Pour subvenir aux besoins de Skyler, sa femme enceinte, et de Walt Junior, son fils handicapé, il est obligé de travailler doublement. Son quotidien déjà morose devient carrément noir lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’un incurable cancer des poumons. Les médecins ne lui donnent pas plus de deux ans à vivre. Pour réunir rapidement beaucoup d’argent afin de mettre sa famille à l’abri, Walter ne voit plus qu’une solution : mettre ses connaissances en chimie à profit pour fabriquer et vendre du crystal meth, une drogue de synthèse qui rapporte beaucoup. Il propose à Jesse, un de ses anciens élèves devenu un petit dealer de seconde zone, de faire équipe avec lui. Le duo improvisé met en place un labo itinérant dans un vieux camping-car. Cette association inattendue va les entraîner dans une série de péripéties tant comiques que pathétiques.

Avis aux amateurs de la meilleure série actuellement sur les écrans ! BReaking BAd est déjà une série culte et sur la toile fleurissent de nombreux hommages et parodies. L’un des plus beaux est venu de la bande de comiques TeddieFilms avec un clip grandiose, bourré de références, terriblement drôle et bien senti. Un régal pour les fans du TV Show de AMC qui reconnaîtront de nombreuses répliques et une flopée de clins d’oeil (textuels et visuels) au brillant feuilleton de Vince Gilligan. Vous (re)découvrir ce clip musical savoureux, il suffit de visionner la vidéo ci-dessus ! Bien sûr, il faudra avoir quelques notions dans la langue de Shakespeare… 

Remarque : Merci de ne pas spoiler par respect pour ceux qui n’ont pas encore vu ce début de saison 5. Si vous souhaitez réagir sur les épisodes en cours de diffusion, vous êtes les bienvenus mais veillez à avertir les lecteurs avec une mention | SPOILER | Tout commentaire ne respectant pas cette précaution sera édité voire supprimé.  

nov
1

[critique] LA CHASSE

THOMAS VINTERBERG | DANEMARK | 111 MIN | 14 NOVEMBRE 2012 | MADS MIKKELSEN, THOMAS BO LARSEN, ANNIKA WEDDERKOPP

Après un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s’applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s’illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l’hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.

Pour son septième film, l’ami de Lars Von Trier s’intéresse à un sujet fort (la présomption d’innocence dans un cas d’abus sexuel) et livre un long-métrage d’une incroyable maîtrise en forme de miroir de son Festen qui l’avait consacré en 1998. Pourtant accueilli de façon mitigée par la critique de Cannes, La chasse est un quasi sans-faute mené de main de maître par le cinéaste Thomas Vinterberg et bénéficiant d’une interprétation en tous points remarquables du grand Mads Mikkelsen – reparti du Festival avec un prix d’interprétation amplement mérité. L’histoire de cet homme entraîné dans l’engrenage de la suspicion et rejeté par sa communauté après les soupçons d’abus sexuels qu’il aurait provoqué (mais qui ne sont que le fruit de l’imagination d’une enfant et de la maladresse d’adultes aveuglés par le choc et la peur) sonne terriblement juste. Aucune fausse note dans le traitement de ce sujet difficile qui ne tombe jamais dans le sensationnalisme ou le manichéisme. Une réussite sur le fond ET la forme avec une mise en scène soignée, subtile et habile, soulignée par une photographie délicate et une partition musicale discrète et appropriée.

La chasse sort sur les écrans mi-novembre et je vous le recommande très chaudement. Il s’agit certainement du meilleur film de cette fin d’année. 

 LA CHASSE ●●●●

²²     

oct
29

[critique] CYCLE CHARLIE CHAPLIN : THE KID, LE CIRQUE, LES LUMIÈRES DE LA VILLE, LES TEMPS MODERNES, LA RUÉE VERS L’OR…


Profitant de la ressortie en salles de dix films restaurés en haute définition de l’un des plus grands cinéastes de tous les temps, voici un petit compte-rendu qui saura – je l’espère – vous donner envie de (re)découvrir les plus belles oeuvres de Charlot aka Charlie Chaplin. Vous pouvez également trouver la critique complète de The Kid, sûrement son plus beau chef d’oeuvre. Le cycle Chaplin sera complété au fur et à mesure des (re)visionnages. 

THE KID ***** 1921, 53 min.

Un pauvre vitrier recueille un bébé abandonné par sa mère. Cinq ans plus tard, on découvre la complicité de cette équipe qui marche. Le kid casse les carreaux et son père adoptif arrive chez le client malheureux pour leur réparer.

« Un film avec un sourire, et peut-être aussi, une larme ». Le talentueux réalisateur mêle tendresse, émotion et humour pour un petit bonheur cinématographique d’à peine une heure que petits et grands sauront apprécier à volonté. On ressort de la salle le sourire intact aux lèvres et le cœur débordant de tendresse. Un chef d’œuvre du grand écran, tout simplement.

LE CIRQUE **** 1928, 72 min.

Engagé dans un cirque, Charlot devient vite l’attraction principale grâce à sa maladresse qui ravit le public. Amoureux de la fille du directeur, il ne réalise même pas qu’il est le clou du spectacle.

Drôle, cocasse, inopiné, Le cirque a souffert de nombreuses retouches et barrières lors de sa production. Il n’en reste pas moins un film savoureux et divertissant à découvrir pour le bonheur des petits et des grands.

LES LUMIÈRES DE LA VILLE ***** 1931, 81 min.

Errant dans la ville, Charlot fait la connaissance d’une vendeuse de fleurs aveugle qui prend le vagabond pour un homme riche. Charlot sauve ensuite un millionnaire saoul qui tente de se noyer dans un fleuve. Le millionnaire devient son ami mais, sobre, il ne reconnait plus le vagabond.

Une petite merveille d’humanisme, irrésistiblement drôle et attachante. Un Charlot généreux, altruiste et bienveillant, mais aussi coquin et gaffeur comme à son habitude. Un des bijoux du réalisateur qui saura vous émouvoir autant de vous faire rire aux éclats. A ne pas manquer !

LES TEMPS MODERNES ***** 1936, 89 min.

Broyé par les cadences infernales de l’usine, un petit employé modèle finit par perdre la raison. Hôpital, prison, chômage. Charlot est happé par les rouages de l’industrialisation. Jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance d’une orpheline en l’aidant à fuir la police.  

Sûrement l’une des oeuvres de Chaplin les plus célèbres et les plus étudiées, Les temps modernes pose un regard acerbe sur la société des années 30, le monde du travail et plus particulièrement le Taylorisme et le productivisme en vogue à l’époque. Dans ce contexte socialement instable où la répression policière fait rage, il se penche sur un sujet qui lui est cher (l’humain derrière la machine) et s’intéresse comme à son habitude aux plus faibles. En effet, face au travail à la chaîne sur des machines supposées aider l’Homme mais qui va finalement s’y substituer ou l’aliéner, le chômage augmente de façon vertigineuse entraînant une vague croissante de misère et de désespoir. Coûte que coûte, Charlot tentera de conserver son optimisme légendaire et sa bonne volonté pour poursuivre le chemin de la vie menant vers le bonheur (« Keep smiling » semble t’il dire dans les dernières secondes du film). Une satire remarquable et humaniste, un long-métrage mémorable et engagé, un sommet de burlesque maîtrisé de bout en bout, un déluge sonore, visuel et musical, qui font de Modern Times une oeuvre majeure et éternelle marquant la dernière apparition à l’écran du personnage de Charlot. Il s’en va vers d’autres horizons avec ce sourire… et cet air musical, connu de tous, intemporel.

LA RUEE VERS L’OR ***  1936, 89 min.

En 1898, au Klondike, nord-ouest du Canada, Charlie, chercheur d’or, pris dans une tempête de neige, échoue dans la cabane de Black Larsen, bandit recherché par la police. Il est sauvé par l’arrivée de Jim Mc Kay, un autre chercheur d’or. Ils doivent aussi tuer un ours pour ne pas mourir de faim. Ils se séparent pour tenter leur chance chacun de leur côté. Jim possède la mine la plus riche du pays, mais au cours d’une bataille avec Black Larsen qui veut la lui voler, il reçoit un coup sur la tête et perd la mémoire. Charlie devient amoureux d’une entraîneuse de saloon, Georgia, qui n’a que du mépris pour lui, et lui préfère le Don Juan local, Jack Cameron. La nuit du Nouvel An, Charlie rêve que Georgia vient le retrouver.

Sortie initialement en 1925 en version muette, La ruée vers l’or fut sonorisée par Charlie Chaplin lui-même en 1942. C’est cette version modifiée que j’ai pu découvrir cette semaine mais je dois reconnaître que j’aurais eu une préférence pour l’originale. En effet, j’ai trouvé les commentaires intrusifs et quelque peu gênants pour l’harmonie, l’humour et l’émotion de l’ensemble. J’ai également appris que plusieurs séquences avaient été modifiées au montage et pouvaient changer sensiblement la perception et la connotation du film (et expliquer certains fondus au noir un peu abrupts) avec un dénouement vraiment expédié. Enfin, il semblerait que dans cette version initiale, les cartons été illustrés de dessins poétiques qui soulignant encore davantage l’émotion et n’avait pas besoin de commentaires ne laissant pas place à l’imagination. La fin, coupée plus abruptement, censure d’ailleurs une scène de baiser qui avait à l’époque beaucoup dérangé – et c’est bien regrettable. La ruée vers l’or n’en reste pas moins une œuvre ludique, dénonçant les mauvais côtés du « rêve américain » dans laquelle on retrouve un Charlot toujours aussi malicieux et tendre. Un divertissement qui ravira à nouveau petits et grands.

août
23

[actu] BREAKING BAD, SAISON 5 – HOLLYWOOD REPORTER

Walter White, 50 ans, est professeur de chimie dans un lycée du Nouveau-Mexique. Pour subvenir aux besoins de Skyler, sa femme enceinte, et de Walt Junior, son fils handicapé, il est obligé de travailler doublement. Son quotidien déjà morose devient carrément noir lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’un incurable cancer des poumons. Les médecins ne lui donnent pas plus de deux ans à vivre. Pour réunir rapidement beaucoup d’argent afin de mettre sa famille à l’abri, Walter ne voit plus qu’une solution : mettre ses connaissances en chimie à profit pour fabriquer et vendre du crystal meth, une drogue de synthèse qui rapporte beaucoup. Il propose à Jesse, un de ses anciens élèves devenu un petit dealer de seconde zone, de faire équipe avec lui. Le duo improvisé met en place un labo itinérant dans un vieux camping-car. Cette association inattendue va les entraîner dans une série de péripéties tant comiques que pathétiques.

Il ne reste plus que deux épisodes avant la fin de la première partie de cette cinquième et ultime saison. A un mois des Emmy Awards où Breaking Bad et son casting feront figure de favoris légitimes, The Hollywood Reporter a réuni les trois acteurs principaux (Bryan Cranston, Aaron Paul et Anna Gunn) autour de leur auteur (le brillant Vince Gilligan) pour un photoshot spécial terriblement classe.

Remarque : Merci de ne pas spoiler par respect pour ceux qui n’ont pas encore vu ce début de saison 5. Si vous souhaitez réagir sur les épisodes en cours de diffusion, vous êtes les bienvenus mais veillez à avertir les lecteurs avec une mention | SPOILER | Tout commentaire ne respectant pas cette précaution sera édité voire supprimé.  

L’intégralité du photoshot est disponible sur le site officiel du Hollywood Reporter.

juin
18

[critique] LÉON, DIRECTOR’S CUT

LUC BESSON | FRA:USA | 133 MIN | 1994/1996 | JEAN RENO, GARY OLDMAN, NATALIE PORTMAN, DANNY AIELLO

Un tueur à gages répondant au nom de Léon prend sous son aile Mathilda, une petite fille de douze ans, seule rescapée du massacre de sa famille. Bientôt, Léon va faire de Mathilda une « nettoyeuse », comme lui. Ainsi Mathilda pourra venger son petit frère.

Il fut un temps où Luc Besson et Jean Reno étaient des personnages cinématographiques respectables. Le premier était un cinéaste doté d’un savoir-faire intéressant et d’une passion pour le septième art assez évidente avant que sa démarche ne devienne progressivement que pécuniaire. Le second, aujourd’hui sarkozyste accompli, a vu sa carrière décliner vertigineusement, accumulant les navets depuis plus de quinze ans. Sa filmographie ressemble aujourd’hui à un champ de ruines au milieu duquel subsiste un seul et vrai grand rôle : celui de Léon le nettoyeur. 

A l’origine, le personnage imaginé par Luc Besson était déjà apparu sous un autre nom (Victor) dans le film Nikita. Mais son intervention était assez limitée. Jean Reno a tout de suite senti qu’il y avait quelque chose à tirer de ce nettoyeur et a suggéré à son ami cinéaste d’écrire une histoire plus approfondie sur celui-ci. Le fantasme a évolué en projet concret et enthousiasmant dès lors que le réalisateur français a réussi à engager l’imprévisible et grandiose Gary Oldman pour incarner le policier corrompu qui allait causer la chute du tueur à gages qu’est Léon. Viendront s’ajouter l’acteur italien Danny Aïello et la jeune actrice débutante que l’on ne présente désormais plus Natalie Portman. Le tournage durera environ dix-sept semaines réparties entre New-York (parfois clandestinement) et les studios d’Epinay, dans la région parisienne.

Sorti en salles en septembre 1994, Léon avait été amputé de 25 minutes en raison de certaines scènes jugées trop ambiguës ou violentes par les distributeurs américains. Le film bénéficie finalement d’une sortie director’s cut (version longue) deux ans plus tard, plus fidèle à la vision et à la volonté de Luc Besson. Plus intense et plus émouvante, cette version longue gagne en profondeur et les scènes supplémentaires se révèlent vite indispensables. Je vous recommande bien entendu de (re)découvrir ce film qui reste à l’heure d’aujourd’hui le meilleur métrage de Besson et l’un des films qui aura marqué ma jeunesse et qui a toujours à mes yeux un statut particulier.

Le film s’ouvre par un travelling avant survolant Central Park, nous faisant entrer d’emblée dans Manhattan, quartier où se déroulera l’histoire de Léon et de celle qui croisera son chemin, Mathilda. Dès la première séquence chez Tony (Danny Aiello), on réalise combien Besson fut un putain de cinéaste. Son savoir-faire et son amour cinématographique dévorent l’écran : plans rapprochés, cadrages soignés, utilisation des champs redoutable, éclairages et photographie bichonnés, dialogues tranchants et indélébiles, univers sonore faste et musique entêtante (merci Eric, Bjork et Sting), personnages emblématiques. La séquence suivante montre avec une efficacité imparable combien Léon est un professionnel redoutable. C’est en rentrant chez lui qu’on découvre qui est véritablement Léon : un être solitaire, naïf, introverti, presque invisible, qui n’a pour compagnon que sa plante verte qu’il soigne méticuleusement. Apparaît alors une jeune fille d’une douzaine d’années qui va bouleverser son quotidien et son existence : Mathilda. Interprétée par une Natalie Portman que Besson aura dénichée et révélée par ce rôle, la gamine crève l’écran. Malmenée par une vie de famille délabrée et une scolarité tumultueuse, l’enfant accroche l’attention du tueur d’origine italienne. Un lien indéfectible va progressivement se créer entre eux. Une histoire d’une tendresse bouleversante qui reste imprégnée dans nos souvenirs de longues heures (pour moi ce serait le terme « années » qui conviendrait le mieux) après le visionnage. Deux êtres oubliés, boiteux, détruits trop jeunes par la vie, qui vont s’apporter mutuellement ce qu’ils n’avaient pas ou plus connu jusqu’alors : l’amour. Car Léon est avant tout une histoire intimiste plus qu’un film d’action – même si les trois segments d’action sont un modèle de construction, le dernier offrant un climax incroyable qui vous déchirera le coeur. Elle suit ce tandem extraordinaire dans les rues de New-York, parcourant les couloirs d’immeubles (et leurs toits) pour remplir sa mission et poursuivre l’objectif de Mathilda : apprendre à tuer pour venger la mort de son frère.

Je ne révélerais rien de plus sur l’intrigue et l’évolution de l’histoire de ces deux personnages embarqués dans une affaire de vengeance et de mafia italo-new-yorkaise. Il ne faut pas oublier la talentueuse équipe technique qui y est également pour beaucoup dans la réussite d’une telle oeuvre : le directeur de la photographie Thierry Arbogast, le chef-décorateur Dan Weil et la monteuse Sylvie Landra ne sont pas étrangers à la fluidité et la beauté du long-métrage le plus abouti de la carrière de Luc Besson. Il ne me reste qu’à vous inciter à découvrir l’un des plus beaux films des années 1990, un travail d’orfèvres porté par un casting exceptionnel dont les vingt-six minutes supplémentaires offrent une dimension nouvelle à ce classique du cinéma réunissant les meilleurs atouts des polars français et des productions américaines. Une oeuvre addictive, généreuse, mélancolique, tendre, soignée, qui marquera la carrière de ses trois interprètes principaux (et qui aurait dû permettre de consacrer l’immense Gary Oldman) ainsi que celle de son talentueux cinéaste devenu paresseux producteur. 

 LÉON ●●●●●
mai
18

[critique] MOONRISE KINGDOM

WES ANDERSON | 94 MIN | 16 MAI 2012 | BRUCE WILLIS, EDWARD NORTON, JARED GILMAN, KARA HAYWARD

Sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, au cœur de l’été 1965, Suzy et Sam, douze ans, tombent amoureux, concluent un pacte secret et s’enfuient ensemble. Alors que chacun se mobilise pour les retrouver, une violente tempête s’approche des côtes et va bouleverser davantage encore la vie de la communauté.

Après avoir visionné plusieurs oeuvres de la filmographie de Wes Anderson, je restais plutôt sceptique quant à son univers. Rushmore ne m’avait pas vraiment emballé, La famille Tenenbaum contenait de très belles choses qui se noyaient dans un gros fatras agaçant, La vie aquatique ne m’avait absolument pas intéressé et je n’avais même pas pris la peine de me déplacer pour Darjeeling Limited. Tout récemment j’avais pourtant légèrement revu mon jugement, ayant été plutôt charmé par son adaptation de Fantastic Mr Fox. La sortie de son nouveau film, Moonrise Kingdom, allait donc permettre de persévérer dans ce réajustement ou de considérer l’adaptation du bouquin de Dahl comme l’exception.

La bande-annonce était déjà très séduisante… le film l’est encore plus ! Tout ce que vous pouvez apercevoir dans la bande-annonce figure dans ce film : l’énergie, le charme, la magie, l’émotion, l’humour et la beauté. L’énergie, de cette réalisation rythmée et colorée, de cette mise en scène stylisée et géométrique, de ses personnages qui s’agitent comme ils peuvent pour poursuivre leurs idéaux. Le charme, de l’enfance, de l’insouciance, des rêves en couleurs, des années 60, du camping sauvage, des tourne-disques et des paires de jumelles. La magie, de l’amour indéfectible et pur, de l’attachement, de l’aventure, des premiers baisers du bout des lèvres. L’émotion qui nous pince ou nous submerge parfois face aux aléas que l’on rencontre. L’humour, qui naît des situations que Wes Anderson met en place avec son acolyte Roman Coppola au script (est-il le seul de la famille à avoir encore des choses à raconter ?), que ces acteurs aguéris parviennent à apporter à leurs personnages attendrissants dans leur mélancolie et leurs efforts pour être aimés. La beauté, des images, des sentiments, des paysages, des liens qui se font et se défont. Mais il y a aussi d’autres choses tout aussi fortes dans ce Moonrise Kingdom. Il y a la famille. Cette famille que l’on a et qui nous agace bien souvent ou celle que l’on n’a pas et que l’on essaie de se construire.


Il faut bien sûr féliciter les différents protagonistes d’une aussi belle oeuvre – qui n’est pas dénuée d’imperfections mais d’une sincérité absolue -aussi remarquable que terriblement attachante. Le casting pour commencer. Tout le monde est parfait. Chaque rôle, même le plus petit, apporte sa pierre à l’édifice : Bruce Willis, policier romantique solitaire « triste et nigaud », Bill Murray, père déconnecté et loufoque, Edward Norton, apprenti chef de camp au coeur tendre, Frances McNormand, mère dépassée et perdue, mais aussi et surtout les deux jeunes acteurs qui forment un ravissant tandem : Jared Gilman et Kara Hayward. Le premier étonne et détonne avec son assurance, sa diction, ses lunettes un peu trop grandes qui complète son allure d’orphelin brillant et mal-aimé qui ne se laisse pas faire. La seconde épate et envoûte du haut de ses douze-treize ans. Sa présence à l’écran est captivante, sa maturité impressionne. Ensemble, ils forment un duo irrésistible de jeunes amoureux inséparables.

Louons également le travail de l’équipe technique. A sa tête, le chef d’orchestre Wes Anderson qui brille aux manettes mais également à la plume aux côtés de Roman Coppola (évoqué ci-dessus), composant avec son équipe de magnifiques tableaux débordant de vie et de couleurs grâce au boulot formidable à la photographie (Robert D. Yeoman), aux décors (Adam Stockhausen), aux costumes (Kasia Walicka-Maimone) et bien entendu à la musique où la partition d’Alexandre Desplat enchante et envoûte.

Décidément, ce 65e Festival de Cannes commence très fort et a déjà de belles choses à nous offrir. En moins de deux jours, il a déjà vu débarquer sur les écrans deux oeuvres magnifiques dont ce Moonrise Kingdom magique qui a fait l’ouverture en donnant le tempo d’une compétition de haut niveau.

 MOONRISE KINGDOM ●●●
avr
27

[critique] TYRANNOSAUR

PADDY CONSIDINE | 91 MIN | 25 AVRIL 2012 | PETER MULLAN, OLIVIA COLMAN, EDDIE MARSAN

Dans un quartier populaire de Glasgow, Joseph est en proie à de violents tourments à la suite de la disparition de sa femme. Un jour, il rencontre Hannah. Très croyante, elle tente de réconforter cet être sauvage. Mais derrière son apparente sérénité se cache un lourd fardeau : elle a sans doute autant besoin de lui, que lui d’elle.

Après avoir rencontré un immense succès au Festival du Film de Dinard – qui chaque année révèle de merveilleux métrages britanniques tels que Boy A, Hallam Foe, Billy Elliot pour ne citer qu’eux – en repartant avec la récompense suprême, le Hitchcock d’Or, mais également celle du meilleur scénario, Tyrannosaur de Paddy Considine (acteur que vous avez pu apercevoir dans Submarine, Red Riding, Hot Fuzz, La vengeance dans la peau…) sort enfin sur les écrans français, précédé d’une élogieuse réputation. 

Force est de constater (très rapidement) que celle-ci n’est pas usurpée. Dès les premières minutes, on est happé par ce film qui dégage une force viscérale incroyable. Alors bien sûr le sujet n’est pas facile, et les thématiques abordées n’ont rien de joyeux : violence conjugale, deuil, solitude, foi… Mais paradoxalement, c’est un film plein d’humanité, de tendresse et d’espoir. 

Avec son scénario d’une remarquable intelligence et ses deux acteurs éblouissants de justesse, Tyrannosaur vous prend aux tripes. Considine réussit à trouver l’équilibre délicat sans sombrer dans la complaisance, le pathos ou le misérabilisme, évitant les clichés et concluant son histoire sur une note mesurée d’espoir avec beaucoup de finesse et d’habileté.

Mais si le film atteint un tel niveau de qualité, c’est aussi grâce à Peter Mullan et Olivia Colman qui portent leur personnage avec un talent monstre. Jo et Hannah sont deux êtres en pleine errance, vivant leurs combats à leur propre façon – l’une se réfugiant dans la foi et la dévotion pendant que l’autre noie son chagrin dans l’alcool et la violence – dont les chemins vont finir par se croiser. 

Si le cinéma britannique ne manque pas de cinéastes affûtés (Loach, Leigh, Daldry…), avec son marquant premier long-métrage Tyrannosaur, Paddy Considine entre de manière magistrale dans cette catégorie de réalisateurs de drames sociaux brillants, âpres et terriblement humains. L’oeuvre la plus marquante de ce début d’année.  

 TYRANNOSAUR ●●●●
avr
7

[critique] TITANIC (3D)

JAMES CAMERON | USA | 194 MIN | 3D : 4 AVRIL 2012 | LEONARDI DiCAPRIO, KATE WINSLET

Southampton, 10 avril 1912. Le paquebot le plus grand et le plus moderne du monde, réputé pour son insubmersibilité, le « Titanic », appareille pour son premier voyage. Quatre jours plus tard, il heurte un iceberg. A son bord, un artiste pauvre et une grande bourgeoise tombent amoureux.

Tout a sûrement déjà été dit ou écrit sur Titanic, le film de tous les records, qui a raflé 11 statuettes aux Oscar et attiré dans les salles françaises environ 22M de spectateurs. Depuis, aimer Titanic semble presque honteux, comme si une fois le titanesque effet de mode passé, cela devenait ringard ou pas très sérieux d’oser le dire : c’est un grand film.

En effet, on aime souvent brûler ce(ux) que l’on a encensé auparavant. Pourtant, c’est le plus souvent regrettable – hormis face au succès inexplicable et démesuré du film de Dany Boon, où là on espère que le film soit enfin vu à sa juste valeur, à savoir banal et,effectivement, ringard. Le film de James Cameron est d’une maîtrise remarquable à bien des niveaux. Oubliez un instant Céline Dion qui poussait la chansonnette, oubliez les jeunes filles en fleur qui bavaient devant Léonardo… James Cameron réalise avec un maestria incroyable un film alternant séquences intimistes et spectaculaires.

L’alchimie entre Leonardo Di Caprio et Kate Winslet crève l’écran et y est également pour beaucoup dans le succès du film. Quand on regarde la carrière que ces deux acteurs ont eu depuis… Plus de dix ans plus tard, le plaisir est quasiment identique, la photographie n’a quasiment pas vieilli, Kate Winslet est toujours aussi belle et on verserait presque une petite larme par ci, par là. Incontestablement, et malgré quelques longueurs, Titanic est une réussite à tous les niveaux  (réalisation, écriture, montage, photographie, interprétation) et s’impose comme un des films les plus marquants du septième art. 

Edit ressortie 3D : James Cameron nous offre avec ce Titanic version 3D un modèle de conversion, un travail d’orfèvre qui donne encore plus d’ampleur à son monument du Septième Art. La profondeur de champ, la restauration HD de l’image, la qualité technique des effets visuels et la grandeur de la mise en scène donnent l’impression – si ce n’est que les deux acteurs ont bien changé – que ce Titanic 3D a été réalisé en 2012. Ne boudez pas votre plaisir, embarquez de nouveau pour cet inoubliable voyage.  

 TITANIC (3D) ●●●●
fév
8

[actu] DRIVE SORT AUJOURD’HUI EN DVD-BLU-RAY

A l’occasion de la sortie en DVD/BluRay de Drive, (re)découvrez la critique du film de l’année rédigée à l’occasion de l’avant-première parisienne en présence de Nicolas Winding Refn. Récompensé à Cannes par le Prix de la Mise en Scène, le film a réalisé 1,5 Millions d’entrées en France. Vous pourez donc vous procurer votre exemplaire dès aujourd’hui. Le mien (coffret prestige FNAC) est déjà déballé. 

 NICOLAS WINDING REFN | USA | 99 MIN | 8 FÉV. 2012 EN DVD/BR | RYAN GOSLING, CAREY MULLIGAN, BRYAN CRANSTON

 

sept
6

[critique] DRIVE

NICOLAS WINDING REFN | USA | 100 MIN | 5 OCTOBRE 2011 | RYAN GOSLING, CAREY MULLIGAN, BRYAN CRANSTON

« It’s called Drive. There’s Ryan Gosling. There’s action. There’s romance. There’s car chases. There’s french pop music. It’s only 99 minutes. I hope you’ll enjoy it, thank you. » Voilà les mots par lesquels Nicolas Winding Refn nous présente son dernier film projeté en avant-première aux Halles hier soir. Très applaudi, le timide réalisateur danois, récompensé à Cannes par le Prix de la mise en scène (ô combien mérité tant Drive est un bijou d’élégance) ne sera pas resté longtemps pour introduire son métrage. Mais on lui pardonne aisément dès les premières secondes tant son film transpire la classe.

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On est immergé immédiatement dans l’ambiance aux premières notes d’une BO electro-pop 80s réjouissante (Kavinsky, College, Chromatics notamment) et les premières images d’un L-A sublimé par la photographie ultra-léchée de Newton Thomas Sigel. Chaque plan est une petite perle. Plébiscité par la critique et forcément très attendu, Drive est à la hauteur de sa réputation déjà très solide. Malgré une trame plutôt classique, la magie opère rapidement et le spectateur, suspendu à chaque séquence et chaque image, sent la tension monter progressivement au fil du film. La mise en scène sublime de NWR l’esthète est d’une maîtrise inouïe. Chaque plan est soigné, chaque séquence parfaitement orchestrée tant dans le rythme, le montage, que l’alliance entre musique et images ou le travail sur les couleurs.

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L’interprète principal, le génial Ryan Gosling, est fascinant dans le rôle de ce cascadeur solitaire, réservé et parfois quasi-mutique – personnage comme les aime NWR – mais aussi attachant qu’imprévisible et inquiétant. Le jeu du comédien est tellement évocateur que les mots lui sont dispensables, un regard tendre (ou tourmenté) ou un sourire discret suffisent dans certaines scènes. Carey Mulligan, sa partenaire à l’écran décidément dans tous les bons films cette année, avec qui la symbiose opère magnifiquement, n’est pas en reste. L’alchimie entre les deux acteurs est évidente et apporte beaucoup à cette romance atypique et avortée. Ce jeune et séduisant tandem est également remarquablement bien accompagné avec des seconds rôles à faire fantasmer bon nombre de cinéastes indépendants : Bryan Cranston (aka Walter White dans Breaking Bad), Ron Perlman ou encore Christina Hendricks, pour ne citer qu’eux. Une quasi-perfection sur tous les niveaux qui permet au spectateur de passer les meilleures cent minutes cinématographiques de l’année et dès la sortie de la salle, on aurait presque déjà envie d’y retourner. Malheureusement pour cela, il faudra attendre début Octobre.

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Drive est une expérience sensorielle et existentielle, une série B rétro ultra-stylisée sublimée par la mise en scène remarquable de Nicolas Winding Refn et la photographie exceptionnelle de Newton Thomas Sigel. Porté par un Ryan Gosling campant un Driver iconique, intense et imprévisible, Drive est une réussite insolente du genre dont on ne lasse pas même après plusieurs visionnages.

 DRIVE ●●●●
juil
13

[critique] INCEPTION *****

Par Wilyrah  //  2010, Excellent  //  16 commentaires

Quatre ans après le méconnu mais non-moins génial Le Prestige et deux ans après le jouissif The Dark Knight, Christopher Nolan réalise avec Inception un film ambitieux, grandiose et complexe, diablement divertissant et palpitant. Ambitieux car le réalisateur britannique choisit d’explorer le thème des rêves et du subconscient (d’autres s’y sont déjà essayé, avec un traitement et une orientation différents : Michel Gondry ou David Lynch notamment). D’ailleurs, Inception semble être l’antithèse de Inland Empire, Nolan choisissant de décortiquer les rêves de façon mécanique, psychologique, avec une approche presque cartésienne. Grandiose car la mise en scène de Chris Nolan est renversante, jamais tape à l’oeil, toujours au service du récit et de l’intrigue. Certaines séquences sont à couper le souffle, et les effets visuels sont sublimes et brillamment réussis (le cinéaste a préféré des effets visuels plus mécaniques que numériques, grand bien lui en a pris). Complexe mais pourtant très cohérent, Inception tient la route du début à la fin, avec une gestion du rythme exceptionnelle, une montée en puissance progressive et une richesse et une lisibilité indéniables.

La bande son de Hans Zimmer n’est pas sans rappeler celle qu’il avait également composée pour The Dark Knight. Parfois grandiloquente ou même un peu redondante, elle ajoute néanmoins une certaine prestance au film, là où celle de Shutter Island par exemple s’avérait assourdissante et envahissante. Continuons le parallèle avec le dernier film de Scorsese en s’intéressant à la performance de Di Caprio. L’acteur américain, pas vraiment convaincant dans le rôle de Teddy Daniels (il n’avait assurément pas le physique de l’emploi), est beaucoup plus à son aise dans Inception. Sa partenaire à l’écran et amie dans la vie, Marion Cotillard, qui alterne dans sa carrière l’excellent et le contestable, est la pièce maîtresse du film. Elle incarne Mall avec beaucoup d’élégance, de charisme et de sensibilité. Une interprétation remarquable de l’actrice française, qui n’est pourtant pas toujours irréprochable, mais qui ici se voit offrir certainement son plus grand rôle. Les seconds rôles sont plutôt bons dans l’ensemble. On retiendra surtout Joseph Gordon-Levitt – qui crevait déjà l’écran dans Mysterious Skin ou (500) days of Summer – et Cillian Murphy, très bons dans leurs rôles respectifs. Enfin, saluons à nouveau la superbe photographie de Wally Pfister et son équipe, collaborateur attitré de Christopher Nolan depuis Le Prestige.

Inception ne mérite peut-être pas encore l’étiquette de « chef d’œuvre » – attention à l’utilisation souvent galvaudée de ce terme – mais il est assurément un grand film trônant aisément au dessus de l’immense majorité des blockbusters sortis depuis dix ans. Christopher Nolan parvient comme personne  à allier le fond et la forme et délivre à nouveau un divertissement de qualité, intelligent et captivant, techniquement et visuellement éblouissant. Un régal pour les yeux et les méninges.

Un scénario brillant, une réalisation virtuose pour servir le récit, une mise en scène éblouissante, des acteurs impeccables dirigés de main de maître, une bande son étourdissante… depuis Le Prestige, Christopher Nolan confirme qu’il fait partie des plus grands réalisateurs du septième art. Assez lisible pour le grand public et suffisamment complexe et fascinant pour les spectateurs les plus attentifs et exigeants, INCEPTION est un bonheur de presque 2h30, un divertissement intelligent incroyablement bien foutu. Si je n’ai pas eu un aussi gros coup de cœur personnellement comme avec Le Prestige ou même The Dark Knight, j’ai tout de même ressenti un énorme plaisir au visionnage du dernier film de Nolan, plaisir qui me conduira probablement à retourner le voir très bientôt, ne serait-ce que pour éclaircir davantage certains détails de l’intrigue ou peut être tout simplement pour revivre de nouveau cent quarante-huit minutes de délectation intellectuelle et cinématographique.

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CHRISTOPHER NOLAN | USA | 148 MIN | 21 JUILLET 2011 | LEONARDO DICAPRIO, MARION COTILLARD, JOSEPH G. LEVITT

Le bleu du miroir

Critiques détaillées et/ou avis express sur les derniers films vus en salles, avant-premières ou rattrapages DVD.

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