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(critique) LE PASSE
| ASGHAR FARHADI | DRAME | FRA | 130 MIN | 17 MAI 2013 | BERENICE BEJO, ALI MOSAFFA, TAHAR RAHIM |
APRÈS QUATRE ANNÉES DE SÉPARATION, AHMAD ARRIVE À PARIS DEPUIS TÉHÉRAN, À LA DEMANDE DE MARIE, SON ÉPOUSE FRANÇAISE, POUR PROCÉDER AUX FORMALITÉS DE LEUR DIVORCE. LORS DE SON BREF SÉJOUR, AHMAD DÉCOUVRE LA RELATION CONFLICTUELLE QUE MARIE ENTRETIENT AVEC SA FILLE, LUCIE. LES EFFORTS D’AHMAD POUR TENTER D’AMÉLIORER CETTE RELATION LÈVERONT LE VOILE SUR UN SECRET DU PASSÉ. Récompensé d’un Oscar du meilleur film étranger un peu généreux pour le bon mais redondant Une séparation, l’iranien Asghar Farhadi est venu en France tourner son nouveau long-métrage dans lequel il réunit deux acteurs césarisés (Bérenice Bejo et Tahar Rahim) aux côtés de Ali Mosaffa, acteur iranien qui a perfectionné ses notions de français pour le rôle. L’histoire du film Le passé s’articule autour de trois personnages, un futur-ex-mari revenant d’Iran pour officialiser le divorce et un futur-mari ne parvenant pas complètement à tourner la page d’une épouse dans le coma après une tentative de suicide. Farhadi a souhaité exploré chez ses personnages leur rapport au passé. Dans le film, le scénario balance donc toujours entre la loyauté envers le passé et le besoin de se tourner vers l’avenir. Pour celui-ci, « on a beau essayer de se propulser vers l’avant, le poids des événements passés continue de peser sur nous« . C’est ce qu’il cherche à démontrer avec l’histoire de Marie, Ahmad et Samir, ainsi que leurs enfants gravitant autour et essayant de s’adapter par la force des choses à la nouvelle dynamique du présent et du futur. L’une d’elle n’y parvient pas et s’y refuse : il s’agit de Lucie, l’aînée de Marie. Construit comme un thriller psychologique, Le passé dévoile progressivement et très habilement ses mystères. Parfaitement écrit, ce drama familial bénéficie de l’interprétation remarquable des trois comédiens principaux, excellemment dirigés par le cinéaste iranien. Actuellement en sélection au Festival de Cannes, celui-ci fera figure de sérieux candidat à une future récompense, malgré un dernier quart d’heure maladroit malgré toutes les précautions de mise en scène de Farhadi.
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(critique) STOKER
| PARK CHAN WOOK | FANTASTIQUE, THRILLER | USA | 100 MIN | 1ER MAI 2013 | MIA WASIKOWSKA, NICOLE KIDMAN |
APRÈS LA MORT DE SON PÈRE DANS UN ÉTRANGE ACCIDENT DE VOITURE, INDIA, UNE ADOLESCENTE, VOIT UN ONCLE DONT ELLE IGNORAIT L’EXISTENCE, VENIR S’INSTALLER AVEC ELLE ET SA MÈRE. RAPIDEMENT, LA JEUNE FILLE SE MET À SOUPÇONNER L’HOMME D’AVOIR D’AUTRES MOTIVATIONS QUE CELLE DE LES AIDER. LA MÉFIANCE S’INSTALLE, MAIS L’ATTIRANCE AUSSI… Pour son premier métrage sur le sol américain, le talentueux cinéaste sud-coréen Park Chan Wook (Old Boy, Lady Vengeance) porte à l’écran un scénario de Wentworth Miller (oui on parle bien de l’acteur de Prison Break) qui attendait dans les cartons depuis 2010. Force est de constater que l’attente a été récompensée et que la collaboration a été un succès lorsque l’on découvre Stoker, projeté hier en exclusivité pour quelques privilégiés. En effet, dès les premières minutes, on constate que la patte du cinéaste est sublimée par une direction artistique remarquable. Tout est éclatant, soigné et travaillé : photographie somptueuse, mise en scène experte, cadrages exquis nous offrant d’innombrables plans dignes de grands tableaux, générique savamment élaboré d’une fluidité incroyable. Il ne faut que quelques secondes au spectateur pour comprendre qu’il va assister à cent minutes de plaisir cinématographique, un plaisir déviant empreint des douces folies d’un réalisateur qu’on ne présente plus – enfin, un réalisateur qu’on ne devrait plus avoir à présenter.
A l’écran, Mia Wasikowska est excellente. Sa présence captive, fascine et inquiète. Difficile de ne pas voir en elle une Mercredi Adams pré-adulte et farouche, à la sexualité naissante. Son personnage (India) est délicieusement ambigu et complexe. Celle-ci vit quelque peu déconnectée du monde, repliée dans ses pensées et ses fantasmes. Lorsque son oncle débarque après le décès brutal de son père, c’est un mélange de méfiance et d’attraction qui vont la pousser à essayer de percer le mystère de cet homme séduisant et intrigant, campé impeccablement par Matthew Goode (découvert dans le sublime A Single Man ou le savoureux Match Point). Pour former le dernier élément d’un trio malsain, le réalisateur a choisi la décrêpie Nicole Kidman, devenue désormais une parodie d’actrice avec son visage en décomposition, ses lèvres retouchées et sa superbe chevelure rousse – qui sied en revanche parfaitement à l’univers très coloré de Stoker. Il est difficile de parler de Stoker sans trop en dévoiler sur l’intrigue et, pour ne rien gâcher aux amateurs de Park Chan Wook, je ne peux que vous inviter à embarquer pour un voyage étrange, où Hitchcock viendrait s’insinuer dans les obsessions déviantes du cinéma sud-coréen. Un film plaisant, un long-métrage travaillé, une oeuvre fétichiste et esthétique, bourrée d’influences revendiquées, un conte de fées maléfique avec une marâtre dépressive et égoïste, un oncle trop gentil pour être honnête et une jeune et belle princesse en détresse qui cache bien son jeu. Rendez-vous en salles début Mai…
Clip promotionnel de Stoker – song by Emily Wells
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[critique] ROYAL AFFAIR
| NICOLAJ ARCEL | DANEMARK | 136 MIN | 21 NOVEMBRE 2012 | MADS MIKKELSEN, ALICIA VIKANDER, MIKKEL BOE FOLSGAARD |
Danemark 1770. La passion secrète que voue la reine Caroline Mathilde au médecin du roi, l’influent Struensee, va changer à jamais le destin de la nation toute entière. Royal Affair relate une page capitale de l’histoire danoise, oubliée des manuels français. La relation amoureuse et intellectuelle entre Caroline Mathilde et Struensee, fortement influencée par les philosophes des Lumières, Rousseau et Voltaire en tête, conduira au renversement de l’ordre social établi, et annoncera les révolutions qui embraseront l’Europe vingt ans plus tard.
Novembre est souvent synonyme de froid. Pas étonnant finalement que cette année il fasse la part belle au cinéma danois. Si La chasse figurera très certainement sur le podium de cette cuvée 2012, Royal Affair n’en sera pas bien loin.
S’intéressant de l’intérieur à une période clé de l’Histoire danoise, le long-métrage de Nicolaj Arcel suit le sort de la jeune Reine Caroline qui sera au centre d’événements qui bouleverseront profondément le destin de son pays ainsi que celui de l’Europe du Nord. Campé par trois comédiens remarquables (Mads Mikkelsen à nouveau impressionnant, Mikkel Foe Folsgaard incroyable et Alicia Vikander aussi belle que touchante), Royal affair ne souffre que de la longueur, qui ne se fait cependant que légèrement ressentir qu’après deux heures de pellicule avant de reprendre son ampleur et sa majesté pour un épilogue soigné et déchirant.
Une œuvre élégante et passionnante qui révèle le talent de deux jeunes comédiens (M. Boe Folsgaard et Alicia Vikander) et confirme celui maintenant incontesté de Mads Mikkelsen.
| ROYAL AFFAIR ●●● |
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[critique] ARGO
| BEN AFFLECK | USA | 120 MIN | 7 NOVEMBRE 2012 | BEN AFFLECK, BRYAN CRANSTON, ALAN ARKIN, JOHN GOODMAN |
Le 4 novembre 1979, au summum de la révolution iranienne, des militants envahissent l’ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Mais au milieu du chaos, six Américains réussissent à s’échapper et à se réfugier au domicile de l’ambassadeur canadien. Sachant qu’ils seront inévitablement découverts et probablement tués, un spécialiste de « l’exfiltration » de la CIA du nom de Tony Mendez monte un plan risqué visant à les faire sortir du pays. Un plan si incroyable qu’il ne pourrait exister qu’au cinéma.
La mission était un film. Le film était leur couverture. Hollywood a acheté le scénar. Ben Affleck en a fait un (très bon) film. Après deux premiers films de bon acabit mais plutôt inégaux (Gone baby gone et The town), Ben Affleck signe un troisième film beaucoup plus abouti avec Argo, tiré d’une histoire vraie s’étant déroulée en 1979 : une douzaine d’Américains sont pris en otages dans leur ambassade en Iran. Six d’entre eux parviennent à s’échapper et à se cacher auprès de l’ambassadeur canadien à Téhéran. La CIA met alors tout en œuvre pour les ramener chez eux, quitte à échafauder de toutes pièces un projet de film de science-fiction comme alibi d’infiltration.
Projeté à Tribeca et déjà précédé d’une réputation élogieuse, le long métrage présenté ce lundi en avant première par l’acteur-réalisateur américain est un thriller politique solide, riche et élégant qui fera très certainement partie des dix films nommés à l’oscar du meilleur film. Fluide, prenant et accessible, le film ne sacrifie pourtant pas l’intelligence et la richesse de son scénario sur l’autel du spectaculaire et du mainstream.
Doté d’un casting de briscards impeccables (Alan Arkin, Bryan Cranston, John Goodman, Zeljko Ivanek…) pour porter avec talent une palette de seconds rôles savoureux outre-atlantique, le film fait aussi la part belle à un Ben Affleck irréprochable qui confirme l’adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ». S’il fut jadis un acteur quelconque et plutôt fade, il confirme qu’il risque d’être un cinéaste sur qui compter au cours des années à venir.
Argo sortira sur les écrans début novembre. Que vous soyez amateurs de thrillers politiques – comme moi – ou passionnés d’histoire, ou simplement cinéphiles, je vous invite à profiter des vacances de la Toussaint et de la pauvre programmation actuelle pour aller découvrir l’un des films incontournables de cet automne 2012 racontant fidèlement l’une des histoires d’espionnages les plus marquantes du siècle dernier.
| ARGO ●●● |
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[critique] GOD BLESS AMERICA
| BOB GOLDTHWAIT | USA | 100 MIN | 10 OCTOBRE 2012 | JOEL MURRAY, TARA LYNNE BARR |
Seul, sans boulot, gravement malade, Frank sombre dans la spirale infernale d’une Amérique déshumanisée et cruelle. N’ayant plus rien à perdre, il prend son flingue et assassine les personnes les plus viles et stupides qui croisent son chemin. Bientôt rejoint par Roxy, lycéenne révoltée et complice des plus improbables, c’est le début d’une équipée sauvage, sanglante et grandguignolesque sur les routes de la bêtise made in USA.
Vous n’en pouvez plus de vos voisins et de vos collègues de travail qui n’ont rien d’autre comme sujet de conversation que le dernier match de foot ou les résultats de Secret Story ? La bêtise humaine, la superficialité, la gloire aux imbéciles, tout cela vous agace au plus haut point ? God Bless America est fait pour vous. God Bless America, c’est un peu comme si Greg House se la jouait Bonnie and Clyde avec une lycéenne marginale, zigouillant sur son passage les personnages les plus vils qu’il croise (intégristes religieux, « célébrités » de real-tv, mangeurs de pop-corn…). Frank et Roxy s’embarquent dans un road-trip jouissif et simili-tarantinesque – d’ailleurs, ne serait-ce pas le même restau que dans Pulp Fiction ? Everybody cool, this is a robery – et fusillent sans sommation ou presque ceux qui méritent vraiment de trépasser au pays de l’Oncle Sam. Bien entendu, le credo « mort aux cons » ne peut être appliqué aveuglément car bien nombreux seraient les potentielles victimes de notre tandem vengeur. Éliminer le premier venu parce qu’il nous importune n’est pas un mobile suffisant – sauf s’il mange des pop-corn trop bruyamment au cinéma – ou assassiner les imposteurs comme Diablo Cody – qui ramasse sévèrement, pour mon plus grand plaisir – simplement parce que ses scénarios sont des insultes à l’humanité comme au cinéma ne sont pas des causes suffisamment nobles pour notre couple exterminateur, même si l’envie ne manque pas. Si le film s’était tourné en France – oui, il se serait appelé Que Dieu bénisse la France, I know ! – les cibles prioritaires auraient sûrement été Nadine Morano, Eric Zemmour, Michael Vendetta et Jean-Michel Aulas. Que ça me laisse rêveur…
Une comédie indé au budget riquiqui carrément jouissive, politiquement incorrecte et tellement jubilatoire et défoulatoire qu’on en oublie l’impression occasionnelle d’une production un peu bon marché. God bless Frank and Roxy.
| GOD BLESS AMERICA ●●/●●● |
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[critique] BROKEN
| RUFUS NORRIS | UK | 90 MIN | 22 AOÛT 2012 | TIM ROTH, CILLIAN MURPHY, ELOISE LAURENCE |
Après avoir été témoin d’une agression brutale, Skunk se rend compte que la maison où elle vit, son quartier, son école, lui sont devenus étrangers, presque hostiles. Les certitudes rassurantes de l’enfance ont laissé place à l’inconnu et à la peur. Et, alors qu’elle se tourne vers un avenir devenu soudain plus sombre, son innocence n’est plus qu’un souvenir. En cherchant le réconfort dans l’amitié muette de Rick, un garçon doux mais abîmé par la vie, Skunk va se trouver confrontée à un choix. Poursuivre un chemin dans lequel elle ne se reconnaît plus, ou quitter les ruines de son ancienne vie…
Ayant fait l’ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes cette année, Broken est un film choral britannique qu’il ne faudra pas manquer lors de la fin de cet été 2012. Petite merveille sensible, drôle et poignante, écrite par le talentueux scénariste Mark O’Rowe qui avait déjà signé le script du très marquant Boy A en 2009, Broken suit plusieurs personnages, tous voisins ou visiteurs d’un petit quartier qui sera le théâtre de tristes évènements.
Broken juxtapose tendresse et violence, à l’image d’un cinéma anglais qui parvient souvent à les associer avec réussite (Tyrannosaur, This is England ou Boy A justement) si l’on reste un peu indulgent sur cette fin un brin maladroite. Rufus Norris n’a d’ailleurs pas grand chose à envier à ses illustres ainés et, comme Paddy Considine qui nous avait scotché avec sa première réalisation, le cinéaste sera à surveiller de près. Différence notable, Norris parvient à insufler une certaine malice dans son cinéma – généralement par l’intermédiaire de sa jeune pré-adolescente mais pas seulement – ainsi qu’un humour et une légèreté permettant d’éviter de tomber dans trop de noirceur ou de pathos, apportant un peu d’innocence et de douceur dans cette histoire qui aborde des sujets peu évidents (la parentalité, l’abandon, le handicap mental, la violence scolaire…). Il y a aussi un peu de Little Children dans cette chronique de quartier (où le mensonge et la stigmatisation vont finir par causer de sacrés dégâts) sublimée par une superbe photographie – là encore, c’est aussi un technicien de Boy A, Rob Hardy. On sent dans la mise en scène et la réalisation de Norris ses origines (théâtre, opéra) lui qui allie avec beaucoup d’agilité les images à la musique, qui se joue des décors et des sons et qui dirige impeccablement ses interprètes dont la jeune Eloise Laurence qui crève l’écran pour son tout premier rôle.
Tantôt espiègle et léger, tantôt grave et brutal, Broken est un joli premier film d’un réalisateur britannique à suivre et porté par des comédiens remarquables de justesse dont la jeune révélation Eloise Laurence.
| BROKEN ●●● |
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[critique] THE DARK KNIGHT RISES
| CHRISTOPHER NOLAN | USA | 164 MIN | 25 JUILLET 2012 | C. BALE, G. OLDMAN, T. HARDY, M. CAINE, J. GORDON-LEVITT |
Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S’accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l’arsenal de lois répressif initié par Dent. Mais c’est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l’arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l’exil qu’il s’est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n’est peut-être plus de taille à affronter Bane…
Après un second volet qui avait mis tout le monde d’accord (The Dark Knight) et un thriller dantesque et renversant (Inception), Christopher Nolan boucle sa trilogie Batman avec un troisième et ultime volet sollicitant une attente énorme et déclenchant tous les fantasmes. Ayant pris le soin de revoir la veille Batman Begins (grand bien m’en a pris), je suis fin prêt pour découvrir le conclusion des aventures de Batman. Malgré l’immense déception ressentie après l’annonce du désistement de l’équipe du film imposé par la Warner Bros après les terribles évènements d’Aurora, l’excitation et l’impatience reprenaient progressivement le dessus en fin d’après-midi au milieu des fans enthousiastes et parfois déguisés. Lorsque les lumières s’éteignent enfin – après une présentation sobre et appropriée d’un dirigeant du Grand Rex – le film tant attendu peut enfin commencer.
Après un prologue de haute voltige plutôt spectaculaire, le rythme se fait assez lent et la première demie-heure s’avère assez poussive. La mise en place de l’intrigue, la transition avec le(s) volet(s) précédent(s) et la présentation des nouveaux protagonistes ainsi que leurs rôles et leurs motivations sont un peu denses et confuses, si bien que l’on se demande s’il ne va pas faire les frais de son immense ambition. Heureusement, The Dark Knight Rises trouve progressivement son rythme de croisière et va voir son intensité croître sans cesse jusqu’à la conclusion digne d’une saga maîtrisée par un Christopher Nolan inspiré qui aura su imposer sa patte et sa vision réaliste et contemporaine de l’univers de Batman et du personnage de Bruce Wayne, humain et faillible.
Si ce troisième volet souffre parfois de coupures scénaristiques regrettables car évidentes nous faisant regretter la pression des studios pour le faire tenir en moins de 3h (Nolan affirmait que le film aurait initialement du/pu durer plus de 3h30) et espérer la sortie éventuelle d’une version longue, la multitude des personnages trouve toutefois un équilibre quasi choral où le sort de chacun paraît lié à celui d’autres habitants de Gotham. Nolan se paie même le luxe de ne pas faire apparaître le Caped Crusader avant une bonne heure de film, privilégiant le développement de l’histoire de ses protagonistes.
Bruce Wayne truste donc l’écran, campé par un Christian Bale impeccable et plus intense que dans The Dark Knight. A ses côtés, le vétéran Gary Oldman et le jeune Joseph Gordon-Levitt continuent d’impressionner par la richesse de leurs jeux dans des rôles pourtant assez classiques de (fidèles) lieutenants. Autre vétéran, Michael Caine continue d’être aussi discret que bon et s’affirme à chaque métrage comme un fidèle abonné aux épilogues (inoubliables) de la filmographie de son ami Christopher Nolan. Face à cette équipe de loyaux acolytes, Tom Hardy livre une prestation bestiale assez captivante mais celui-ci souffre non seulement de la comparaison avec l’inqualifiable performance de Heath Ledger en Joker mais également de ce masque buccal qui dissimule une bonne partie de son visage. Côté féminin, on note une bonne et une mauvaise surprise. Le choix d’Anne Hathaway pour incarner Selina Kyle (aka Catwoman) m’avait laissé très sceptique. Force est de constater qu’elle a su s’imposer et relever haut la main sa mission de donner une nouvelle version du personnage après la jouissive prestation de Michelle Pfeiffer dans Batman Returns. Marion Cotillard en revanche, si lumineuse dans le dernier Audiard, manque complètement son coup. Bouffie et maniérée, la française campe une Miranda Tate plutôt fade et aussi peu convaincante que l’évolution de son personnage ou de sa relation avec Bruce Wayne (Nolan et les histoires sentimentales, ça fait deux…).
Côté technique, la mise en scène de Nolan manque parfois d’imagination car trop appliquée à respecter les codes et exigences hollywoodiennes d’une telle franchise. Néanmoins, il conserve les thématiques qui lui sont chères telles que la paranoïa, le pouvoir, les déséquilibres économiques et sociaux de notre société, le sacrifice et la dévotion. Il impose également toujours ses choix en terme d’effets spéciaux toujours aussi confondants de réalisme que de puissance. Son scénario, écrit à nouveau avec la complicité de son frère Jonathan, semble avoir souffert des interventions des exécutifs et comporte quelques éléments que l’on peut deviner ou anticiper (développement de l’intrigue, légende de Batman…) mais il conserve la force et l’efficacité qu’on lui connaît avec une montée en puissance incroyable jusqu’à un final euphorisant pour tout fan de Batman (mythologie, symbolique, filiation…) en forme de climax refermant une boucle épique de façon grandiose – que la salle entière ne manquera de saluer avec une ferveur exceptionnelle pendant que résonne le majestueux thème du Chevalier Noir de Hans Zimmer.
Malgré une comparaison inévitable avec le précédent volet qui fait désormais figure de référence absolue en matière de film de super-héros et quelques élipses scénatistiques maladroites et parfois un peu gênantes (on exige une version longue !), The Dark Knight Rises conclue la trilogie en beauté en offrant un dénouement épique et grandiose à l’aventure Batman que Christopher Nolan aura menée d’une main de maître. Une saga parfois maudite qui marquera à n’en pas douter l’histoire du cinéma et ce début de 21ème siècle.
| THE DARK KNIGHT RISES ●●● |
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Elle aura été marquée par de nombreux sentiments. Le stress et l’abnégation pour obtenir le précieux sésame (pas-bravo la Warner). L’excitation de l’attente. Le choc et la déception après les incidents et les annulations. Le ravissement du prologue. Le scepticisme de la première demie-heure un peu molle du genou. Le plaisir de retrouver l’homme chauve-souris (saluée avec allégresse par la foule). Le ravissement des oppositions Batman/Bane et Batman/Selina. La montée en puissance de la dernière heure. Les cinq dernières minutes carrément grisantes où le public s’en donnait à coeur joie. La standing ovation immédiate et fervente avant même le fondu au noir du générique durant lequel chaque nom sera vivement acclamé à l’exception de celui de M. Cotillard (C. Bale, J. G-Levitt et surtout C. Nolan l’emportant à l’applaudimètre). Au final, malgré l’immense déception de la non-présence de l’équipe, ce fut une expérience assez extra-ordinaire au milieu des fans du comics, des gens déguisés, des fans de Nolan, des cinéphiles. Un véritable plaisir – que la triste tuerie américaine aura teinté d’émotion et d’amertume – avec un hommage rendu par les fans ayant déposé des roses et des drapeaux français et américains devant l’écran.
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[critique] DE ROUILLE ET D’OS
| JACQUES AUDIARD | 115 MIN | 17 MAI 2012 | MARION COTILLARD, MATTHIAS SCHOENAERTS |
Ça commence dans le Nord. Ali se retrouve avec Sam, 5 ans, sur les bras. C’est son fils, il le connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur à Antibes. Là-bas, c’est tout de suite mieux, elle les héberge dans le garage de son pavillon, elle s’occupe du petit et il fait beau. A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone. Il est pauvre ; elle est belle et pleine d’assurance. C’est une princesse. Tout les oppose.
Après avoir tout raflé (ou presque) avec son précédent film Un prophète – qui ne méritait pas un tel battage malgré ses qualités indéniables – Jacques Audiard revient à Cannes avec l’actrice désormais internationalement reconnue, Marion Cotillard, et l’acteur montant qui nous avait absolument scotché dans Bullhead, Matthias Schoenaerts. Ensemble, ils vont incarner à l’écran deux personnes cabossées par la vie.
Marion Cotillard est sublime dans ce rôle. Pas de manière ou de pathos, pas de « performance » à l’Hollywoodienne. Je ne suis pas un admirateur, elle a souvent tendance à m’agacer dès qu’elle ouvre la bouche en interview. Mais dans ce film, elle est incroyable. Elle EST Stéphanie avec une justesse ahurissante et bouleversante. Dans de nombreuses scènes, l’émotion nous arrive progressivement à partir de silences, de regards ou de quelques mots de l’actrice. A ce titre, on retiendra la scène du balcon où elle se remémore les gestes de chorégraphie qu’elle utilisait avec ses orques, mais aussi celle où elle prend les rayons de soleil sur le visage comme si elle reprenait contact avec la vie ou encore la séquence (forcément) forte mais tellement bien écrite et interprétée où elle découvre qu’on l’a amputée de ses deux jambes. Rarement ce genre de scènes n’aura été aussi bien retranscrite à l’écran. Il faut donc féliciter celle qui est devant la caméra et celui qui la dirige. Beaucoup salueront la mise en scène de Audiard, personnellement j’aimerais mettre en avant une réussite encore plus frappante qu’il confirme indéniablement ici : sa direction d’acteurs remarquable. Celui qui avait magnifié Niels Arelstrup et Tahar Rahim dans Un prophète (que j’avais trouvé toutefois un peu froid et distancier), tire à nouveau le meilleur de ses interprètes. Matthias Schoenaerts confirme le talent époustouflant qu’il nous avait envoyé en pleine face dans Bullhead. Il est à nouveau excellent, sa prestation montant en régime progressivement jusqu’à un final déchirant. Il sera à n’en pas douter l’un des acteurs incontournables de ce Festival de Cannes. N’ayant pas encore vu d’autres films de la sélection, je ne me prononcerais pour l’instant pas sur les lauréats que je souhaite mais une consécration pour Cotillard, Schoenaerts et/ou Audiard serait amplement justifiée. Espérons que le jury sera aussi clairvoyant que l’an passé où il avait récompensé NWR pour Drive, Malick pour The Tree of Life et Kirsten Dunst (pour le seul bon point du détestable Melancholia).
Organique, bouleversant, sensoriel, De rouille et d’os est le premier choc de ce Festival de Cannes, faisant d’ores et déjà figure de favori de la compétition. La finesse et l’intelligence de l’écriture et de la mise en scène, la justesse éblouissante des acteurs qui incarnent corps et âme leurs personnages, l’histoire poignante… nul doute qu’il s’agit là d’un des films les plus forts de cette année et (à n’en pas douter) de ce 65e festival. Je prends les paris : le film figurera au palmarès. Mais lequel sera récompensé : Audiard, Cotillard, Schoenaerts ? Pourquoi pas les trois ?
| DE ROUILLE ET D’OS ●●●● |
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[critique en séries] SHAMELESS U.S.
| SHOWTIME – PAUL ABBOTT & JOHN WELLS | USA | 12×50 MIN | 2011-12 | WILLIAM H. MACY, EMMY ROSSUM |
Remake de la série britannique du même nom, Shameless suit la famille de Frank Gallagher, un homme irresponsable qui passe son temps à boire et à tenter de profiter du système. Il est le père de six enfants qu’il a eus avec leur mère. Elle abandonna sa famille en laissant ses enfants à leur père, c’est-à-dire livrés à eux-mêmes. Ils apprennent à se débrouiller et à subvenir a leurs besoins ensemble sous les commandes de Fiona, l’aînée, qui apprend les difficultés de diriger une maison de deux adolescents, Lip et Ian, deux enfants, Carl et Debbie, et un bébé, Liam. Elle est aidée par ses voisins et amis Veronica et Kev, dont ce dernier est barman dans le bar préféré de Franck.
Pour ceux qui ne connaissent pas cette série, il s’agit en fait de l’adaptation américaine d’une série britannique. Elle est signée Paul Abbott et John Wells et raconte la vie d’une famille de 6 enfants, allant de 3 à 20 ans, totalement livrés à eux-mêmes. En effet, depuis leur plus jeune âge, ils doivent faire face à l’absence de leur mère et à l’alcoolisme de leur père. Ce dernier étant la plupart du temps fourré dans les bars au lieu de chercher du travail pour subvenir aux besoins de sa famille.
Vous l’aurez compris, le casting est donc majoritairement jeune et ne comporte pas de grands noms à l’exception de 3 acteurs que j’avais personnellement eu l’occasion de voir préalablement au cinéma. Il s’agit de William H. Macy (Frank Gallagher) que j’ai découvert dans Magnolia et que j’ai revu récemment dans La Défense Lincoln. De Justin Chatwin (Steve Lishman) que j’ai découvert dans La Guerre des Mondes où il jouait le fils de Tom Cruise. Et enfin de Emmy Rossum (Fiona Gallagher) que j’ai vu pour la première fois dans Le jour d’après. A leurs côtés, on peut notamment citer Shanola Hampton (Veronica Fisher), Cameron Monaghan (Ian Gallagher), Jeremy Allen White (Lip Gallagher) et Steve Howey (Kevin Ball).
Présenté comme ça, je reconnais que l’histoire peut paraître banale et inintéressante mais ce n’est vraiment pas le cas car tous les personnages sont attachants, même le père dont l’attitude est assez détestable à première vue. C’est pour moi la grande force de la série, cette faculté qu’elle a de rendre tous les personnages intéressants (car pas du tout caricaturaux) et attachants. Certes il faut quelques épisodes pour les installer véritablement car ils sont malgré tout relativement nombreux mais une fois que c’est fait, c’est du pur bonheur. Effectivement, contrairement à d’autres séries qui délaissent parfois les personnages secondaires pour se concentrer sur une ou deux figures emblématiques, Shameless (US) fait le pari de mettre tous les personnages sur le même pied d’égalité et de tous les développer comme ils le méritent. Ce qui n’empêche pas d’avoir ses préférences car les membres de la famille étant tous assez différents, on peut facilement s’identifier à certains d’entre eux, ou du moins en partie. Je ne dis pas là qu’on comprend parfaitement ce qu’ils traversent car je pense qu’une telle situation est quand même assez unique mais on éprouve en tout cas suffisamment d’empathie pour chacun d’entre eux que pour se mettre à leur place deux minutes et imaginer ce que cela peut être.
Le grand nombre de personnages ainsi que leur grande diversité donne à la série beaucoup de richesses car elle peut ainsi aborder une multitude de thèmes, certains étant évidemment plus anecdotiques que d’autres. Mais au-delà des thèmes évoqués, c’est surtout leur traitement qui est intéressant car il est très sincère. A l’image de la mise en scène qui peut paraître un peu brute et grossière à première vue mais qui nous immerge totalement au sein de cette famille si particulière.
Ce qui nous permet de ressentir au mieux toutes leurs joies et leurs peines. C’est aussi ça que j’apprécie dans cette série, le fait qu’elle ne se positionne pas dans un seul genre. Certes, on rigole beaucoup et à ce titre la série pourrait être qualifiée de comédie. Mais les moments intenses de pure émotion ne sont pas négligés pour autant car la famille toute entière rencontre son lot de malheurs. C’est donc une sorte de comédie dramatique ne ressemblant à aucune autre série que j’ai pu voir jusqu’ici. Ça peut paraître un peu idiot mais voir une bande de frères et soeurs se serrer les coudes pour survivre au lieu de s’apitoyer sur leur sort, ça me touche. D’autant plus que malgré toutes leurs disputes, on voit clairement qu’ils ne trichent pas et qu’ils s’aiment terriblement.
Mais très honnêtement, si j’ai autant accroché à cette série, c’est véritablement grâce aux acteurs qui sont tous géniaux malgré leur jeune âge et leur relatif manque d’expérience. A commencer par Emmy Rossum qui ne m’avait déjà pas laissé indifférent dans Le jour d’après et dont je suis littéralement tombé sous le charme avec Shameless (US). Je ne sais pas comment l’expliquer mais je trouve qu’il se dégage de cette actrice une grande sincérité qui me touche particulièrement. Elle peut passer des rires aux larmes en quelques secondes et même sans rien dire, elle est capable de transmettre beaucoup d’émotion juste avec son regard. A ce titre, cette série est juste parfaite pour elle car elle peut vraiment y démontrer tout son talent. Dans un tout autre registre, William H. Macy est lui aussi à son aise dans le rôle de Frank Gallagher tant il réussit à s’approprier le personnage. A croire qu’il a joué des ivrognes rigolo toute sa vie. Et malgré les apparences, je crois que c’est un personnage qui a encore pas mal de choses à montrer et nul doute qu’il le fera au cours des prochaines saisons. Je ne vais pas décrire toutes les performances dans le détail mais je trouve que chacun des acteurs parvient vraiment à donner le maximum et le résultat général n’en est que meilleur. Qui plus est, il y a une vraie alchimie entre tous les protagonistes, ce qui est toujours très appréciable pour ce genre de série qui mise beaucoup sur les relations entre les personnages.
En définitive, Shameless (US) est une série vraiment unique en son genre que je vous encourage vivement à découvrir. Certes elle ne dispose pas d’une intrigue haletante capable de vous tenir en haleine d’une semaine à l’autre mais les personnages sont tellement attachants et leurs aventures tellement farfelues qu’on attend tout de même chaque épisodes avec impatience.
| SHAMELESS (US) ●●● |
critique en série(s) proposée par Michael S. (cinerama7art)
20
[critique] BULLHEAD
| MICHAEL R. ROSKAM | BELGIQUE | 129 MIN | 22 FÉVRIER 2012 | MATTHIAS SCHOENAERTS, JEROEN PERCEVAL, JEANNE DANDOY |
Jacky est issu d’une importante famille d’agriculteurs et d’engraisseurs du sud du Limbourg. A 33 ans, il apparaît comme un être renfermé et imprévisible, parfois violent… Grâce à sa collaboration avec un vétérinaire corrompu, Jacky s’est forgé une belle place dans le milieu de la mafia des hormones. Alors qu’il est en passe de conclure un marché exclusif avec le plus puissant des trafiquants d’hormones de Flandre occidentale, un agent fédéral est assassiné. C’est le branle-bas de combat parmi les policiers. Les choses se compliquent pour Jacky et tandis que l’étau se resserre autour de lui, tout son passé, et ses lourds secrets, ressurgissent…
Nominé aux Oscars dans la catégorie Meilleur film étranger, Bullhead (aka Rundskop) est le film choc et incontournable de ce début d’année. Rappelant la filmographie de Nicolas Winding Refn (avec son personnage principal charismatique, peu bavard, aux accès de violence incontrôlables, sa mise en scène tendue et soignée, son utilisation de la musique…), ce long-métrage belge écrit et réalisé par Michael R. Roskam est une claque inattendue qui ne vous laissera pas insensible.
Malgré quelques petites longueurs ça et là, ce « premier » film du cinéaste dégage une puissance et une maîtrise surprenantes. Parfois drôle ou grotesque, Bullhead suit le destin tragique de Jacky Vanmarsenille, jeune agriculteur aux fréquentations douteuses et accro aux hormones de croissance. Si l’on n’avait aucun doute sur la vitalité créative de l’autre côté de la frontière (quand ils ne viennent pas de Suède, les meilleurs groupes indé sont belges), Michael R. Roskam prouve – à l’image de ses illustres ainés – qu’il sera dorénavant un cinéaste à suivre de (très) près.
Bullhead, polar agricole noir, intense et dérangeant, méritait la consécration (en lieu et place du redondant Une séparation) et révèle deux nouveaux acteurs majeurs du cinéma européen qu’il faudra désormais suivre avec attention : le talentueux cinéaste Michael R. Roskam et son éblouissant comédien Matthias Schoenaerts.
| BULLHEAD ●●● |
16
[critique] OSLO, 31 AOÛT
| JOACHIM TRIER | NORV. | 96 MIN | 29 FÉVRIER 2012 | ANDERS DANIELSEN LIE, HANS OLAV BRENNER, INGRID OLAVA |
C’est le dernier jour de l’été et Anders, en fin de cure de désintoxication, se rend en ville le temps d’une journée pour un entretien d’embauche. L’occasion d’un bilan sur les opportunités manquées, les rêves de jeunesse envolés, et, peut-être, l’espoir d’un nouveau départ…
Les films qui se déroulent en une journée sont souvent des oeuvres à part – quand la réussite est au rendez-vous – qui laissent une trace indélébile, plusieurs heures ou jours après le visionnage. Cet Oslo, 31 Août fait partie de ces métrages qui vous embarquent progressivement, vous prennent par la main et vous laissent témoin du sort de son (ses) protagoniste(s).
Le réalisme de l’écriture, de la mise en scène et de l’interprétation de Anders Danielsen Lie rendent l’empathie que l’on ressent encore plus forte envers ce personnage qui se trouve dans une impasse. Lucide et foudroyant, le mal-être d’Anders s’affiche de façon éloquente. Grâce à une sensibilité et une intelligence scénaristique remarquables, on se prend en plein coeur le désarroi et la fatalité de son errance désespérée. La justesse qui émane de cet homme perdu dans Oslo est terrible et elle compense aisément les quelques longueurs du film – qui sont pourtant inévitables et justifiées pour l’impact et la cohérence de l’oeuvre, d’ailleurs dotée d’une bande son superbe qui sait s’effacer ou s’affirmer lorsque c’est nécessaire.
Un film fin, poétique, cruel, adapté librement du Feu Follet de Louis Malle et transposé dans une Norvège contemporaine qui a bien du mal à cacher (ou guérir) le malaise de sa jeunesse.
| OSLO, 31 AOÛT ●●● |
Le bleu du miroir
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