Browsing articles in "Une Grosse Claque"
fév
19

(critique) SPRING BREAKERS

HARMONY KORINE | DRAMA | USA | 92 MIN | 6 MARS 2013 | JAMES FRANCO, SELENA GOMEZ, VANESSA HUDGENS

POUR FINANCER LEUR SPRING BREAK, QUATRE FILLES AUSSI FAUCHÉES QUE SEXY DÉCIDENT DE BRAQUER UN FAST-FOOD. ET CE N’EST QUE LE DÉBUT… LORS D’UNE FÊTE DANS UNE CHAMBRE DE MOTEL, LA SOIRÉE DÉRAPE ET LES FILLES SONT EMBARQUÉES PAR LA POLICE. EN BIKINI ET AVEC UNE GUEULE DE BOIS D’ENFER, ELLES SE RETROUVENT DEVANT LE JUGE, MAIS CONTRE TOUTE ATTENTE LEUR CAUTION EST PAYÉE PAR ALIEN, UN MALFRAT LOCAL QUI LES PREND SOUS SON AILE… En 2011, Drive avait déconcerté de nombreux spectateurs venus voir un énième produit dérivé de la navrante franchise Fast and Furious. Ayant créé le buzz (plus que légitimement), le film a tout de même trouvé son public et a été adoubé tant par la presse que par les spectateurs – pas ceux qui étaient venus voir un film d’action bourrin, bien évidemment. Il se pourrait bien que Spring Breakers ait le même destin. On lui souhaite, en tout cas, le même succès en France, où il était présenté hier soir en exclusivité mondiale.

Harmony Korine (auteur de Kids et Ken Park, dirigés par son comparse Larry Clark) était hier dans la capitale pour présenter au public français son dernier long-métrage avec un casting des plus surprenants. En effet, celui-ci a débauché deux jeunes actrices toutes deux sorties des productions Disney. De nombreuses fans (qui a dit groupies hystériques ?) s’étaient rendues en masse au Grand Rex pour apercevoir ses idoles qui tapissent les murs de leur chambre à coucher. Je n’ai heureusement pas eu à supporter un tel capharnaüm puisqu’un cinéma des Halles proposait lui aussi une projection mais avec la seule présence – plus que suffisante – du réalisateur. Celui-ci, connu pour ses excentricités, n’a pas dérogé à sa réputation et nous a promis une projection digne d’un grand trip sous acides. Je n’avais consommé aucun produit illicite hier et j’ai pourtant été complètement embarqué dans ce qui s’annonce comme l’un des chocs de l’année cinématographique.

Spring Breakers vous plonge dans la vacuité et la débauche. Spring Breakers vous emporte dans un tourbillon sensoriel. Spring Breakers est le délire d’un cinéaste terriblement doué qui n’a jamais froid aux yeux. Harmony Korine n’a pas peur du ridicule lorsqu’il choisit de réunir à l’écran deux teen-starlettes que sont Selena Gomez et Vanessa Hudgens pour les balancer en pleine Floride décadente. Il n’a pas non plus peur du ridicule lorsqu’il transforme James Franco en gangsta sentimental qui ouvre son cœur sur un morceau de pop ringarde – séquence tout simplement géniale. Korine ne s’embarrasse pas non plus lorsqu’il s’agit d’ôter les vêtements de son épouse, qui se prendra d’ailleurs une balle quelques minutes plus tard. Korine c’est un peu Gregg Araki et Larry Clark réunis, il ne recule devant rien.

Il transforme un scénario très minimaliste en pur plaisir cinématographique. Comme pour Drive, le spectateur embarquera (ou non) pour 90 minutes d’une expérience visuelle, sonore et musicale (la pop cheesy, bien employée, ça passe niquel), ressortira hyper enthousiasmé ou plutôt sceptique et se souviendra assurément plusieurs semaines après de ce visionnage haut en couleurs. Enfin, comme pour le long-métrage de Nicolas Winding Refn qui bénéficiait également de la partition sonore de Cliff Martinez, il est quasi-certain que Spring Breakers figurera sur le podium de l’année 2013.  

août
23

[actu] BREAKING BAD, SAISON 5 – HOLLYWOOD REPORTER

Walter White, 50 ans, est professeur de chimie dans un lycée du Nouveau-Mexique. Pour subvenir aux besoins de Skyler, sa femme enceinte, et de Walt Junior, son fils handicapé, il est obligé de travailler doublement. Son quotidien déjà morose devient carrément noir lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’un incurable cancer des poumons. Les médecins ne lui donnent pas plus de deux ans à vivre. Pour réunir rapidement beaucoup d’argent afin de mettre sa famille à l’abri, Walter ne voit plus qu’une solution : mettre ses connaissances en chimie à profit pour fabriquer et vendre du crystal meth, une drogue de synthèse qui rapporte beaucoup. Il propose à Jesse, un de ses anciens élèves devenu un petit dealer de seconde zone, de faire équipe avec lui. Le duo improvisé met en place un labo itinérant dans un vieux camping-car. Cette association inattendue va les entraîner dans une série de péripéties tant comiques que pathétiques.

Il ne reste plus que deux épisodes avant la fin de la première partie de cette cinquième et ultime saison. A un mois des Emmy Awards où Breaking Bad et son casting feront figure de favoris légitimes, The Hollywood Reporter a réuni les trois acteurs principaux (Bryan Cranston, Aaron Paul et Anna Gunn) autour de leur auteur (le brillant Vince Gilligan) pour un photoshot spécial terriblement classe.

Remarque : Merci de ne pas spoiler par respect pour ceux qui n’ont pas encore vu ce début de saison 5. Si vous souhaitez réagir sur les épisodes en cours de diffusion, vous êtes les bienvenus mais veillez à avertir les lecteurs avec une mention | SPOILER | Tout commentaire ne respectant pas cette précaution sera édité voire supprimé.  

L’intégralité du photoshot est disponible sur le site officiel du Hollywood Reporter.

juin
18

[critique] LÉON, DIRECTOR’S CUT

LUC BESSON | FRA:USA | 133 MIN | 1994/1996 | JEAN RENO, GARY OLDMAN, NATALIE PORTMAN, DANNY AIELLO

Un tueur à gages répondant au nom de Léon prend sous son aile Mathilda, une petite fille de douze ans, seule rescapée du massacre de sa famille. Bientôt, Léon va faire de Mathilda une « nettoyeuse », comme lui. Ainsi Mathilda pourra venger son petit frère.

Il fut un temps où Luc Besson et Jean Reno étaient des personnages cinématographiques respectables. Le premier était un cinéaste doté d’un savoir-faire intéressant et d’une passion pour le septième art assez évidente avant que sa démarche ne devienne progressivement que pécuniaire. Le second, aujourd’hui sarkozyste accompli, a vu sa carrière décliner vertigineusement, accumulant les navets depuis plus de quinze ans. Sa filmographie ressemble aujourd’hui à un champ de ruines au milieu duquel subsiste un seul et vrai grand rôle : celui de Léon le nettoyeur. 

A l’origine, le personnage imaginé par Luc Besson était déjà apparu sous un autre nom (Victor) dans le film Nikita. Mais son intervention était assez limitée. Jean Reno a tout de suite senti qu’il y avait quelque chose à tirer de ce nettoyeur et a suggéré à son ami cinéaste d’écrire une histoire plus approfondie sur celui-ci. Le fantasme a évolué en projet concret et enthousiasmant dès lors que le réalisateur français a réussi à engager l’imprévisible et grandiose Gary Oldman pour incarner le policier corrompu qui allait causer la chute du tueur à gages qu’est Léon. Viendront s’ajouter l’acteur italien Danny Aïello et la jeune actrice débutante que l’on ne présente désormais plus Natalie Portman. Le tournage durera environ dix-sept semaines réparties entre New-York (parfois clandestinement) et les studios d’Epinay, dans la région parisienne.

Sorti en salles en septembre 1994, Léon avait été amputé de 25 minutes en raison de certaines scènes jugées trop ambiguës ou violentes par les distributeurs américains. Le film bénéficie finalement d’une sortie director’s cut (version longue) deux ans plus tard, plus fidèle à la vision et à la volonté de Luc Besson. Plus intense et plus émouvante, cette version longue gagne en profondeur et les scènes supplémentaires se révèlent vite indispensables. Je vous recommande bien entendu de (re)découvrir ce film qui reste à l’heure d’aujourd’hui le meilleur métrage de Besson et l’un des films qui aura marqué ma jeunesse et qui a toujours à mes yeux un statut particulier.

Le film s’ouvre par un travelling avant survolant Central Park, nous faisant entrer d’emblée dans Manhattan, quartier où se déroulera l’histoire de Léon et de celle qui croisera son chemin, Mathilda. Dès la première séquence chez Tony (Danny Aiello), on réalise combien Besson fut un putain de cinéaste. Son savoir-faire et son amour cinématographique dévorent l’écran : plans rapprochés, cadrages soignés, utilisation des champs redoutable, éclairages et photographie bichonnés, dialogues tranchants et indélébiles, univers sonore faste et musique entêtante (merci Eric, Bjork et Sting), personnages emblématiques. La séquence suivante montre avec une efficacité imparable combien Léon est un professionnel redoutable. C’est en rentrant chez lui qu’on découvre qui est véritablement Léon : un être solitaire, naïf, introverti, presque invisible, qui n’a pour compagnon que sa plante verte qu’il soigne méticuleusement. Apparaît alors une jeune fille d’une douzaine d’années qui va bouleverser son quotidien et son existence : Mathilda. Interprétée par une Natalie Portman que Besson aura dénichée et révélée par ce rôle, la gamine crève l’écran. Malmenée par une vie de famille délabrée et une scolarité tumultueuse, l’enfant accroche l’attention du tueur d’origine italienne. Un lien indéfectible va progressivement se créer entre eux. Une histoire d’une tendresse bouleversante qui reste imprégnée dans nos souvenirs de longues heures (pour moi ce serait le terme « années » qui conviendrait le mieux) après le visionnage. Deux êtres oubliés, boiteux, détruits trop jeunes par la vie, qui vont s’apporter mutuellement ce qu’ils n’avaient pas ou plus connu jusqu’alors : l’amour. Car Léon est avant tout une histoire intimiste plus qu’un film d’action – même si les trois segments d’action sont un modèle de construction, le dernier offrant un climax incroyable qui vous déchirera le coeur. Elle suit ce tandem extraordinaire dans les rues de New-York, parcourant les couloirs d’immeubles (et leurs toits) pour remplir sa mission et poursuivre l’objectif de Mathilda : apprendre à tuer pour venger la mort de son frère.

Je ne révélerais rien de plus sur l’intrigue et l’évolution de l’histoire de ces deux personnages embarqués dans une affaire de vengeance et de mafia italo-new-yorkaise. Il ne faut pas oublier la talentueuse équipe technique qui y est également pour beaucoup dans la réussite d’une telle oeuvre : le directeur de la photographie Thierry Arbogast, le chef-décorateur Dan Weil et la monteuse Sylvie Landra ne sont pas étrangers à la fluidité et la beauté du long-métrage le plus abouti de la carrière de Luc Besson. Il ne me reste qu’à vous inciter à découvrir l’un des plus beaux films des années 1990, un travail d’orfèvres porté par un casting exceptionnel dont les vingt-six minutes supplémentaires offrent une dimension nouvelle à ce classique du cinéma réunissant les meilleurs atouts des polars français et des productions américaines. Une oeuvre addictive, généreuse, mélancolique, tendre, soignée, qui marquera la carrière de ses trois interprètes principaux (et qui aurait dû permettre de consacrer l’immense Gary Oldman) ainsi que celle de son talentueux cinéaste devenu paresseux producteur. 

 LÉON ●●●●●
avr
27

[critique] TYRANNOSAUR

PADDY CONSIDINE | 91 MIN | 25 AVRIL 2012 | PETER MULLAN, OLIVIA COLMAN, EDDIE MARSAN

Dans un quartier populaire de Glasgow, Joseph est en proie à de violents tourments à la suite de la disparition de sa femme. Un jour, il rencontre Hannah. Très croyante, elle tente de réconforter cet être sauvage. Mais derrière son apparente sérénité se cache un lourd fardeau : elle a sans doute autant besoin de lui, que lui d’elle.

Après avoir rencontré un immense succès au Festival du Film de Dinard – qui chaque année révèle de merveilleux métrages britanniques tels que Boy A, Hallam Foe, Billy Elliot pour ne citer qu’eux – en repartant avec la récompense suprême, le Hitchcock d’Or, mais également celle du meilleur scénario, Tyrannosaur de Paddy Considine (acteur que vous avez pu apercevoir dans Submarine, Red Riding, Hot Fuzz, La vengeance dans la peau…) sort enfin sur les écrans français, précédé d’une élogieuse réputation. 

Force est de constater (très rapidement) que celle-ci n’est pas usurpée. Dès les premières minutes, on est happé par ce film qui dégage une force viscérale incroyable. Alors bien sûr le sujet n’est pas facile, et les thématiques abordées n’ont rien de joyeux : violence conjugale, deuil, solitude, foi… Mais paradoxalement, c’est un film plein d’humanité, de tendresse et d’espoir. 

Avec son scénario d’une remarquable intelligence et ses deux acteurs éblouissants de justesse, Tyrannosaur vous prend aux tripes. Considine réussit à trouver l’équilibre délicat sans sombrer dans la complaisance, le pathos ou le misérabilisme, évitant les clichés et concluant son histoire sur une note mesurée d’espoir avec beaucoup de finesse et d’habileté.

Mais si le film atteint un tel niveau de qualité, c’est aussi grâce à Peter Mullan et Olivia Colman qui portent leur personnage avec un talent monstre. Jo et Hannah sont deux êtres en pleine errance, vivant leurs combats à leur propre façon – l’une se réfugiant dans la foi et la dévotion pendant que l’autre noie son chagrin dans l’alcool et la violence – dont les chemins vont finir par se croiser. 

Si le cinéma britannique ne manque pas de cinéastes affûtés (Loach, Leigh, Daldry…), avec son marquant premier long-métrage Tyrannosaur, Paddy Considine entre de manière magistrale dans cette catégorie de réalisateurs de drames sociaux brillants, âpres et terriblement humains. L’oeuvre la plus marquante de ce début d’année.  

 TYRANNOSAUR ●●●●
avr
7

[critique] TITANIC (3D)

JAMES CAMERON | USA | 194 MIN | 3D : 4 AVRIL 2012 | LEONARDI DiCAPRIO, KATE WINSLET

Southampton, 10 avril 1912. Le paquebot le plus grand et le plus moderne du monde, réputé pour son insubmersibilité, le « Titanic », appareille pour son premier voyage. Quatre jours plus tard, il heurte un iceberg. A son bord, un artiste pauvre et une grande bourgeoise tombent amoureux.

Tout a sûrement déjà été dit ou écrit sur Titanic, le film de tous les records, qui a raflé 11 statuettes aux Oscar et attiré dans les salles françaises environ 22M de spectateurs. Depuis, aimer Titanic semble presque honteux, comme si une fois le titanesque effet de mode passé, cela devenait ringard ou pas très sérieux d’oser le dire : c’est un grand film.

En effet, on aime souvent brûler ce(ux) que l’on a encensé auparavant. Pourtant, c’est le plus souvent regrettable – hormis face au succès inexplicable et démesuré du film de Dany Boon, où là on espère que le film soit enfin vu à sa juste valeur, à savoir banal et,effectivement, ringard. Le film de James Cameron est d’une maîtrise remarquable à bien des niveaux. Oubliez un instant Céline Dion qui poussait la chansonnette, oubliez les jeunes filles en fleur qui bavaient devant Léonardo… James Cameron réalise avec un maestria incroyable un film alternant séquences intimistes et spectaculaires.

L’alchimie entre Leonardo Di Caprio et Kate Winslet crève l’écran et y est également pour beaucoup dans le succès du film. Quand on regarde la carrière que ces deux acteurs ont eu depuis… Plus de dix ans plus tard, le plaisir est quasiment identique, la photographie n’a quasiment pas vieilli, Kate Winslet est toujours aussi belle et on verserait presque une petite larme par ci, par là. Incontestablement, et malgré quelques longueurs, Titanic est une réussite à tous les niveaux  (réalisation, écriture, montage, photographie, interprétation) et s’impose comme un des films les plus marquants du septième art. 

Edit ressortie 3D : James Cameron nous offre avec ce Titanic version 3D un modèle de conversion, un travail d’orfèvre qui donne encore plus d’ampleur à son monument du Septième Art. La profondeur de champ, la restauration HD de l’image, la qualité technique des effets visuels et la grandeur de la mise en scène donnent l’impression – si ce n’est que les deux acteurs ont bien changé – que ce Titanic 3D a été réalisé en 2012. Ne boudez pas votre plaisir, embarquez de nouveau pour cet inoubliable voyage.  

 TITANIC (3D) ●●●●
fév
8

[actu] DRIVE SORT AUJOURD’HUI EN DVD-BLU-RAY

A l’occasion de la sortie en DVD/BluRay de Drive, (re)découvrez la critique du film de l’année rédigée à l’occasion de l’avant-première parisienne en présence de Nicolas Winding Refn. Récompensé à Cannes par le Prix de la Mise en Scène, le film a réalisé 1,5 Millions d’entrées en France. Vous pourez donc vous procurer votre exemplaire dès aujourd’hui. Le mien (coffret prestige FNAC) est déjà déballé. 

 NICOLAS WINDING REFN | USA | 99 MIN | 8 FÉV. 2012 EN DVD/BR | RYAN GOSLING, CAREY MULLIGAN, BRYAN CRANSTON

 

sept
6

[critique] DRIVE

NICOLAS WINDING REFN | USA | 100 MIN | 5 OCTOBRE 2011 | RYAN GOSLING, CAREY MULLIGAN, BRYAN CRANSTON

« It’s called Drive. There’s Ryan Gosling. There’s action. There’s romance. There’s car chases. There’s french pop music. It’s only 99 minutes. I hope you’ll enjoy it, thank you. » Voilà les mots par lesquels Nicolas Winding Refn nous présente son dernier film projeté en avant-première aux Halles hier soir. Très applaudi, le timide réalisateur danois, récompensé à Cannes par le Prix de la mise en scène (ô combien mérité tant Drive est un bijou d’élégance) ne sera pas resté longtemps pour introduire son métrage. Mais on lui pardonne aisément dès les premières secondes tant son film transpire la classe.

68053537

On est immergé immédiatement dans l’ambiance aux premières notes d’une BO electro-pop 80s réjouissante (Kavinsky, College, Chromatics notamment) et les premières images d’un L-A sublimé par la photographie ultra-léchée de Newton Thomas Sigel. Chaque plan est une petite perle. Plébiscité par la critique et forcément très attendu, Drive est à la hauteur de sa réputation déjà très solide. Malgré une trame plutôt classique, la magie opère rapidement et le spectateur, suspendu à chaque séquence et chaque image, sent la tension monter progressivement au fil du film. La mise en scène sublime de NWR l’esthète est d’une maîtrise inouïe. Chaque plan est soigné, chaque séquence parfaitement orchestrée tant dans le rythme, le montage, que l’alliance entre musique et images ou le travail sur les couleurs.

drive2

L’interprète principal, le génial Ryan Gosling, est fascinant dans le rôle de ce cascadeur solitaire, réservé et parfois quasi-mutique – personnage comme les aime NWR – mais aussi attachant qu’imprévisible et inquiétant. Le jeu du comédien est tellement évocateur que les mots lui sont dispensables, un regard tendre (ou tourmenté) ou un sourire discret suffisent dans certaines scènes. Carey Mulligan, sa partenaire à l’écran décidément dans tous les bons films cette année, avec qui la symbiose opère magnifiquement, n’est pas en reste. L’alchimie entre les deux acteurs est évidente et apporte beaucoup à cette romance atypique et avortée. Ce jeune et séduisant tandem est également remarquablement bien accompagné avec des seconds rôles à faire fantasmer bon nombre de cinéastes indépendants : Bryan Cranston (aka Walter White dans Breaking Bad), Ron Perlman ou encore Christina Hendricks, pour ne citer qu’eux. Une quasi-perfection sur tous les niveaux qui permet au spectateur de passer les meilleures cent minutes cinématographiques de l’année et dès la sortie de la salle, on aurait presque déjà envie d’y retourner. Malheureusement pour cela, il faudra attendre début Octobre.

————————————————————————————————————————————-

Drive est une expérience sensorielle et existentielle, une série B rétro ultra-stylisée sublimée par la mise en scène remarquable de Nicolas Winding Refn et la photographie exceptionnelle de Newton Thomas Sigel. Porté par un Ryan Gosling campant un Driver iconique, intense et imprévisible, Drive est une réussite insolente du genre dont on ne lasse pas même après plusieurs visionnages.

 DRIVE ●●●●
juil
21

[critique] J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE

Isawthedevil

KIM JEE-WOON | CORÉE DU SUD | 142 MIN | 6 JUILLET 2011 | LEE BYUNG-HUN, MIN-SIK CHOI

Après un 2 Sœurs qui ne m’avait guère emballé – voire même particulièrement ennuyé pour être complètement sincère – Kim Jee-Woon, dont je dois toujours voir A bittersweet life, livre un polar remarquable, dérangeant, intense et presque jubilatoire porté par deux comédiens excellents. Déjà remarqué dans le très bon Old Boy, Choi Min Sik est une nouvelle fois hallucinant en un tueur ordurier, effroyable et sans pitié. Lee Byung-Hun, plus sobre, n’est pas en reste face à lui dans le rôle du vengeur impassible et sadique. La mise en scène captive le spectateur grâce à une réalisation tantôt nerveuse et enlevée, tantôt calme et oppressante. Cette gestion du rythme et ce sens du cadrage sont deux atouts indéniables du film de Kim Jee-Woon. On ne regrettera que la dernière demie heure, presque superflue, qui rend cette vengeance sans limites un brin répétitive malgré une montée progressive dans la violence et les actions désespérées et extrêmes. Cette dernière réserve n’empêche toutefois pas le spectateur de prendre son pied comme devant un bon Tarantino car ce J’ai rencontré le diable est sans aucun doute l’un des meilleurs films de cette année 2011.

J’ai rencontré le diable est un film de revanche sanglante diablement efficace, viscéral et sadique, dont on ressort à la fois secoué et épaté. Du sacré bon cinoche !

J’AI RENCONTRE LE DIABLE ●●●
mar
12

[critique] A SINGLE MAN

50760671

TOM FORD | USA | 100 MIN | 24 FEVRIER 2008 | COLIN FIRTH, JULIANNE MOORE, NICHOLAS HOULT

La bande-annonce laissait déjà présager du meilleur. Le film met la barre encore plus haut. Pour sa première réalisation, Tom Ford réalise un long-métrage sublime en tous points de vue. La photographie est exceptionnelle, les plans sont d’une beauté renversante avec des nuances de couleur subtiles et un esthétisme éclatant. Si certains cinéastes confirmés essaient constamment de montrer leur savoir-faire, Tom Ford ne se force pas, il transpire le talent, la classe et la finesse.

Son écriture est éblouissante d’intelligence et de sagacité. Son film a la beauté d’un Wong Kar Waï, la force dramatique et l’esthétisme élégant d’un Pedro Almodovar. Il filme ses acteurs comme s’ils étaient James Dean, Elizabeth Taylor ou Brigitte Bardot. Colin Firth, pas toujours à son aise dans certaines comédies romantiques faciles, est bouleversant, superbe, parfait de sobriété et de retenue. Si l’Academy des Oscars faisait des choix pertinents – ce qui est rarement le cas, elle avait déjà oublié Mickey Rourke l’an dernier – récompenser l’acteur britannique aurait été rien d’autre que logique tellement il incarne magnifiquement ce professeur d’université accablé et brisé depuis la disparition tragique de son compagnon.

Heureusement, la Mostra de Venise aura une fois de plus réparé l’injustice en lui offrant le prix d’interprétation masculine ô combien mérité. Julianne Moore et Nicholas Hoult ne sont pas en reste. La première incarne sa meilleure amie, une femme superbe et pourtant insatisfaite qui s’abîme dans l’alcool, la résignation et l’apitoiement. Le second, inoubliable Tony Stonem dans la série britannique Skins, incarne cet étudiant curieux, culotté et solitaire, qui semble être le seul à percevoir cet insondable désespoir qui envahit l’âme de George. Et enfin, que dire de la partition d’Abel Korzeniowski, si raffinée et poignante, qui compose la plus belle bande originale que j’ai pu entendre ces dernières années. Bref, du travail d’orfèvre à tous les niveaux d’une maîtrise ébouriffante. A single man est au final mon plus gros coup de cœur cinématographique des trois dernières années.

Un grand cinéaste est né. Son premier chef d’œuvre : A single man. Un bijou d’esthétisme, d’intelligence, de subtilité et d’émotion.

60810099b60810099b60810099b60810099b60810099b

mar
1

[critique] BOY A ****

JOHN CROWLEY | USA | 123 MIN | 2009 | ANDREW GARFIELD, PETER MULLAN, KATIE LYONS

Jack, 24 ans, qui avait été condamné alors qu’il était mineur, est libéré après plusieurs années de prison. Dès sa libération, Terry, assistant social, l’emmène le plus loin possible de ce scandale encore présent dans tous les esprits. Terry lui donne un autre nom, lui trouve un travail, une maison. Dans cette ville d’Angleterre qu’il ne connaît pas, Jack se construit une nouvelle vie à laquelle il tente de se tenir. Mais si l’anonymat est un répit, il est aussi une douloureuse contrainte puisque Jack ne peut révéler à ses nouveaux collègues ou amis, et à la fille dont il tombe amoureux, la vraie nature de son passé. Commence alors pour lui une nouvelle existence, sous une nouvelle identité. Mais comment va-t-il échapper aux ombres de son passé pour assumer sa liberté ?

Le deuxième film de John Crowley a remporté un vif succès au festival de Dinard, tant critique que public. Et on comprend pourquoi. Le début du film est volontairement épuré – le jeune sort de prison, n’a aucune possession, aucun proche ou ami . Quelques plans de Jack, seul dans sa chambre sous les toits, symbolisent ce nouveau départ d’un jeune homme qui n’a pas vécu sa jeunesse, qui découvre la vie hors de sa cellule et qui va essayer de se construire une identité, une histoire, une existence. Mais pour cela, il devra dépasser les fautes qu’il a commise par le passé et apprendre à vivre avec les autres, lui qui, adolescent, n’avait en guise d’ami qu’un gamin perturbé avec qui il vivait en marge des autres.  

Boy A parle de la quête de rédemption d’une jeune homme de 24 ans qui va se lier d’amitié, connaître une relation amoureuse intense, et qui sera accompagné par un cinquantenaire attachant s’occupant d’aider à la réinsertion des anciens détenus. Andrew Garfield incarne, avec talent et sensibilité, ce « nouveau-né » dans une société pas toujours prête à donner une deuxième chance à quelqu’un qui a commis un crime. Le réalisateur ne cherche pas à disculper le jeune homme de son acte. Il essaie seulement – avec succès – de montrer combien la société n’aide pas ses personnes à la réintégrer. Et cela apparaît comme plus cruel encore lorsqu’on voit le courage, la persévérance et la volonté de Jack, qui finalement n’était qu’un gamin désorienté et esseulé lorsqu’il a été condamné. Plusieurs flash-back, habilement insérés à l’histoire, permettent de rassembler les pièces du puzzle et de connaître progressivement les circonstances du crime que lui et son jeune acolyte ont perpétré vers l’âge de 12 ans. 

Le film soulève de nombreuses questions. Ce gosse était-il responsable de l’atrocité du meurtre qu’il a commis ? Et s’il l’était, ne mériterait-il pas une seconde chance, lui qui n’a que 24 ans à sa sortie de prison ? N’est-il pas une toute autre personne désormais, capable d’empathie, de loyauté et de courage ? On est touché par ce personnage qui essaie d’apprendre à vivre avec le terrible poids du passé, qu’il parvient toutefois à mettre de côté, hormis lorsqu’ils reviennent le hanter dans ses songes ou dans les médias. 

Boy A est un film intelligent et brillamment construit, dont les dernières minutes bouleversantes vous scotchent au fauteuil et vous laissent immobiles et sans voix lors du générique. Le film marquant de ce début d’année 2009. 


jan
25

[critique] LES NOCES REBELLES

SAM MENDES | USA | 125 MIN | 21 JANVIER 2009 | LEONARDO DICAPRIO, KATE WINSLET, KATHY BATES

Dans l’Amérique des années 50, Frank et April Wheeler se considèrent comme des êtres à part, des gens spéciaux, différents des autres. Ils ont toujours voulu fonder leur existence sur des idéaux élevés. Lorsqu’ils emménagent dans leur nouvelle maison sur Revolutionary Road, ils proclament fièrement leur indépendance. Jamais ils ne se conformeront à l’inertie banlieusarde qui les entoure, jamais ils ne se feront piéger par les conventions sociales. Pourtant, malgré leur charme et leur insolence, les Wheeler deviennent exactement ce qu’ils ne voulaient pas : un homme coincé dans un emploi sans intérêt ; une ménagère qui rêve de passion et d’une existence trépidante. Une famille américaine ordinaire ayant perdu ses rêves et ses illusions. Décidée à changer de vie, April imagine un plan audacieux pour tout recommencer, quitter leur petite routine confortable dans le Connecticut pour aller vivre à Paris…

Après JarheadLes Sentiers de la Perdition et le chef d’œuvre American Beauty, Sam Mendes sort son quatrième film, adapté d’un roman acclamé de Richard Yates. Pour incarner le couple des Wheeler, il choisit de réunir un couple qui a eu beaucoup de succès sur grand écran il y a une dizaine d’années. Mais Revolutionary Road (les Noces Rebelles en France) ne vaut pas qu’on le compare au champion du box-office car il n’y a aucune ressemblance. Car Les Noces Rebelles est un grand film. Peut-être pas un très grand film inoubliable, mais un grand film porté par deux grands acteurs. Comment ne pas parler de la sublime Kate Winslet, déjà formidable et bouleversante dans Little Children (qui a quelques similarités thématiques avec Les Noces Rebelles d’ailleurs) ou encore Eternal Sunshine, qui a remporté deux Golden Globes (meilleure actrice dans un drame et meilleur second rôle féminin, rien que ça) il y a quelques jours ? Dans le film réalisé par son époux Sam Mendes, elle est tout simplement immense. Mais ce n’est pas vraiment une surprise de mon point de vue, tellement son talent et sa beauté naturelle crèvent l’écran dans quasiment tous ses derniers films. Son ami et partenaire à l’écran Leonardo DiCaprio n’est pas en reste. Si je n’ai jamais été un fervent admirateur de « Leo », il faut bien reconnaître qu’il est un acteur de grande classe lui aussi. Mais son duo d’acteurs n’est pas le seul point fort du film. Sam Mendes confirme qu’il est un réalisateur très talentueux, rigoureux et raffiné. Si l’on peut parfois regretter un certain classicisme et une mise en scène quelque peu théâtrale, on ne peut en revanche rien reprocher d’autre à son film, qui nous tient en haleine du début à la fin, avec un sujet pas facile, celui du naufrage progressif d’un couple enfermé dans une vie banlieusarde certes plutôt aisée mais routinière.

April et Frank se rendent compte après quelques années de mariage qu’ils ne sont pas heureux et qu’ils ont oublié ce qui les caractérisait lorsqu’ils se sont rencontrés. April propose alors à Frank de partir vivre à Paris. Sa suggestion n’est ni anodine ni exprimée tel un crédo romantique, mais comme le symbole d’un réel sentiment d’étouffement et de lassitude. Paris représente la possibilité d’une vie imprévisible, d’un nouveau futur, une nouvelle aventure pour eux pas forcément utopique et irréalisable. Frank est emballé et même soulagé. Il s’ennuie fermement dans un boulot bureaucratique sans intérêt et voit lui aussi ce départ pour l’Europe comme un renouveau pour son couple et l’opportunité de s’accomplir professionnellement dans une voie qui lui conviendrait mieux. Mais son patron va lui proposer une promotion et April va lui annoncer une nouvelle délicate , qui vont le faire remettre en question ce projet de déménagement. Frank devient tiraillé entre ses désirs et l’apparat social. lI va devoir choisir entre la facilité d’un parcours tout tracé et confortable financièrement et matériellement et le rêve d’une nouvelle vie que sa femme semble espérer encore plus ardemment que lui. L’intelligence du film de Mendes tient au fait que le spectateur ne choisit pas un camp – ayant de la compassion pour Frank ou s’identifiant à April – et suit leurs doutes et leurs craintes, le renvoyant à sa propre existence. Un film sur le questionnement de soi-même, de la vie que l’on désire mener, de l’abandon des rêves, de ce dont on peut se satisfaire et des frustrations qu’on ne peut combattre.

En ce début d’année 2009, Revolutionary Road est LE film à ne pas manquer, porté par une Kate Winslet immense et un Leonardo DiCaprio excellent. Sans tomber dans le larmoyant, Sam Mendes laisse parler l’émotion brute et véritable. Un beau film, intelligent, sensible et remarquablement bien construit, mais pas forcément facile d’accès et peut être un peu trop théâtral dans sa mise en scène.

 LES NOCES REBELLES ●●●●
août
14

[critique] THE DARK KNIGHT ****

batmanTDK

Batman aborde une phase décisive de sa guerre au crime. Avec l’aide du lieutenant de police Jim Gordon et du Procureur Harvey Dent, Batman entreprend de démanteler les dernières organisations criminelles qui infestent les rues de sa ville. L’association s’avère efficace, mais le trio se heurte bientôt à un nouveau génie du crime qui répand la terreur et le chaos dans Gotham : le Joker…

Why so serious ?

     Après un Batman Begins prometteur qui donnait un nouveau visage à la saga inspirée de l’œuvre de Bob Kane et faisait oublier les piètres et ridicules adaptations d’un Joël Schumacher qui ne pense qu’avec le porte-monnaie, Christopher Nolan enchaine avec The Dark Knight où il retrouve l’ensemble de son casting de haut rang (Christian Bale, Gary Oldman, Morgan Freeman, Michael Caine, rien que ça) ainsi que deux nouvelles recrues – trois en fait, si l’on compte le remplacement de la midinette Katie Holmes par une bien fade Maggie Gyllenhaal que l’on attendait meilleure – pour camper le procureur Harvey Dent et le redoutable Joker.
Pour le premier, Aaron Eckaart a été choisi. Celui que l’on retrouvera cet automne dans le premier film de Alan Ball intitulé Towelhead se montre plutôt convaincant dans le rôle du chevalier blanc, sorte de héros de tout un peuple désespéré de l’interminable ascension de la criminalité dans la ville de Gotham. Il sera d’ailleurs intéressant de faire le parallèle avec nos sociétés contemporaines quant à la popularité soudaine et la prise de pouvoir d’un tel personnage dans une atmosphère où prédomine le sentiment d’insécurité et la peur. Certains discours de Harvey Dent pourraient rappeler – si l’on a l’esprit cynique comme moi – les propos tenus par un président de petite taille quant à la vermine, la racaille et les hommes d’affaires véreux lors de sa campagne.
Pour incarner le plus grand ennemi de Batman, et ce malgré des candidatures plutôt prestigieuses comme celles de Robin Williams, Sean Penn ou encore Jude Law, Christopher Nolan a choisi l’acteur australien Heath Ledger.

Dès la première séquence d’introduction, le spectateur est sous tension, avec une scène de braquage excellente (digne d’un bon film des 70s) alternant tension et humour noir, qui donne rapidement le ton et qui nous emporte dans la folie anarchiste du Joker. Sa présence se ressent sur l’ensemble du film, instaurant un climat menaçant et pesant. Il est le moteur du film, qu’il hante même lorsqu’il n’est pas à l’écran, laissant présager du pire à chaque coin de rue. Chaque apparition du clown terroriste est mémorable. La plus grande réussite du film est indéniablement l’interprétation phénoménale de Heath Ledger qui envoie aux oubliettes le cabotin bouffon de Jack Nicholson dans la version de Tim Burton. Ce grand méchant façonné par Nolan et Ledger est incontestablement LE méchant le plus trippant que l’on ait pu voir au cinéma. Ce sera d’ailleurs le seul superlatif que j’emploierais sciemment au sujet de The Dark Knight. Par sa démarche, ses attitudes, ses mimiques ainsi que par le choix du maquillage – et des anecdotes à vous glacer le sang sur l’explication des cicatrices en forme de sourire qu’il porte autour de sa bouche – on a devant nous un psychopathe semeur de trouble que rien d’autre ne motive – pas même l’argent, il suffit de voir ce qu’il en fait lors de la scène de la pyramide de billets de dollars – que ce goût dément affirmé pour le chaos et la peur. S’il fallait illustrer cette folie inquiétante qui anime le Joker, la séquence où il pose un ultimatum à deux ferries bondés qu’il a pris en otage en serait l’exemple parfait.

Sa relation avec Batman est également intéressante. Si d’ordinaire on trouve souvent Batman et surtout Bruce Wayne plutôt plats et barbants (c’est le rôle qui veut ça), Nolan a tenté de lui donner un semblant de noirceur et d’humanité, le menant même à reconsidérer la légimité et la valeur de son combat contre la pègre. Le Joker va jouer au chat et à la souris avec lui, prenant goût à titiller cet alter-égo capé et tout de noir vêtu. Rapellant la conclusion de Incassable de Night Shyamalan, l’existence du Joker prendrait tout son sens à travers celle de Batman et réciproquement. Toutefois, et malgré la prestation irréprochable de Christian Bale – hormis ce « choix » plus que douteux de la voix rocailleuse de Batman qui prête souvent à pouffer de rire – il reste à nouveau un peu en retrait, comme chez Burton.

Aaron Eckaart livre une prestation honorable dans le rôle de Harvey Dent/Double Face. Son personnage est l’occasion pour Christopher Nolan d’exploiter à nouveau les dérives obsessionnelles qui peuvent conduire à la folie ou à la schizophrénie (Memento, Le Prestige). Chaque fois, Christopher Nolan aiment entacher ses héros et se jouer des frontières de la moralité, les poussant à commettre des actes immoraux pour parvenir à leurs fins – on pensera au pacte que passent Gordon, Dent et Batman afin de capturer le Joker, ou encore à ce que devra devenir Batman pour combattre des ennemis de plus en plus redoutables car ils ne sont plus régis par aucun code de conduite.

Concernant le reste du casting, il est sans surprise à la hauteur – si l’on oublie la décevante Maggie Gyllenhaal – et l’on se réjouit d’ailleurs de voir davantage un Gary Oldman tout à son aise, lui qui avait du se contenter d’un rôle plus réduit dans le volet précédent. Morgan Freeman et Michael Caine, les deux complices de Bruce Wayne, sont toujours aussi inimitables dans leur style respectif et font plutôt bien le boulot nécessaire.

Malgré sa dimension hollywoodienne et les obligations vis à vis de la Warner – qui l’a conduit à couper une demie-heure de son film au montage – Nolan réussit à imprégner Batman de son identité, notamment cette fascination des frontières entre le bien et le mal, donnant souvent la part belle aux personnages calculateurs et machiavéliques (Le Prestige, Insomnia). Il gère d’ailleurs plutôt bien le rythme du film, tenant en haleine le spectateur sur presque 2h30 d’un blockbuster aux allures de thriller noir, alternant action et suspens avec équilibre. On regrette toutefois que ce projet plus qu’ambitieux ne nous laisse sur un léger sentiment de frustration. Nolan semble s’être attaqué à une montagne d’exigences, et devant la densité d’intrigues et de personnages de The Dark Knight, on a l’impression que le talentueux et appliqué réalisateur se retrouve un peu débordé par son œuvre et ses protagonistes – ce qui se sent dans le montage d’ailleurs – laissant en suspend de nombreuses questions ou l’impression que l’on attendait encore mieux de la part de Monsieur Nolan.

Christopher Nolan signe avec The Dark Knight une adaptation riche et dense, sublimée par un Joker hallucinant incarné par le défunt Heath Ledger qui le rend aussi ludique que fascinant et inquiétant, mais qui nous laisse toutefois avec quelques petites frustrations quand le générique final arrive, comme un goût d’inachevé.

60810099b60810099b60810099b60810099b60818963b

CHRISTOPHER NOLAN | USA | 147 MIN | 13 AOUT 2008 | CHRISTIAN BALE, HEATH LEDGER, GARY OLDMAN

Le bleu du miroir

Critiques détaillées et/ou avis express sur les derniers films vus en salles, avant-premières ou rattrapages DVD.

Prochaines Critiques

The Sessions de Ben Lewin
Au bout du conte de Agnès Jaoui

Agenda : Sorties Cinéma

15 MAI
Gatsby le Magnifique de Baz Lurhmann

22 MAI 2013
Only god forgives de Nicolas Winding Refn

26 JUIN 2013
Before Midnight de Richard Linklater

Catégories

Archives