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(critique) SPRING BREAKERS
| HARMONY KORINE | DRAMA | USA | 92 MIN | 6 MARS 2013 | JAMES FRANCO, SELENA GOMEZ, VANESSA HUDGENS |
POUR FINANCER LEUR SPRING BREAK, QUATRE FILLES AUSSI FAUCHÉES QUE SEXY DÉCIDENT DE BRAQUER UN FAST-FOOD. ET CE N’EST QUE LE DÉBUT… LORS D’UNE FÊTE DANS UNE CHAMBRE DE MOTEL, LA SOIRÉE DÉRAPE ET LES FILLES SONT EMBARQUÉES PAR LA POLICE. EN BIKINI ET AVEC UNE GUEULE DE BOIS D’ENFER, ELLES SE RETROUVENT DEVANT LE JUGE, MAIS CONTRE TOUTE ATTENTE LEUR CAUTION EST PAYÉE PAR ALIEN, UN MALFRAT LOCAL QUI LES PREND SOUS SON AILE… En 2011, Drive avait déconcerté de nombreux spectateurs venus voir un énième produit dérivé de la navrante franchise Fast and Furious. Ayant créé le buzz (plus que légitimement), le film a tout de même trouvé son public et a été adoubé tant par la presse que par les spectateurs – pas ceux qui étaient venus voir un film d’action bourrin, bien évidemment. Il se pourrait bien que Spring Breakers ait le même destin. On lui souhaite, en tout cas, le même succès en France, où il était présenté hier soir en exclusivité mondiale.
Harmony Korine (auteur de Kids et Ken Park, dirigés par son comparse Larry Clark) était hier dans la capitale pour présenter au public français son dernier long-métrage avec un casting des plus surprenants. En effet, celui-ci a débauché deux jeunes actrices toutes deux sorties des productions Disney. De nombreuses fans (qui a dit groupies hystériques ?) s’étaient rendues en masse au Grand Rex pour apercevoir ses idoles qui tapissent les murs de leur chambre à coucher. Je n’ai heureusement pas eu à supporter un tel capharnaüm puisqu’un cinéma des Halles proposait lui aussi une projection mais avec la seule présence – plus que suffisante – du réalisateur. Celui-ci, connu pour ses excentricités, n’a pas dérogé à sa réputation et nous a promis une projection digne d’un grand trip sous acides. Je n’avais consommé aucun produit illicite hier et j’ai pourtant été complètement embarqué dans ce qui s’annonce comme l’un des chocs de l’année cinématographique.
Spring Breakers vous plonge dans la vacuité et la débauche. Spring Breakers vous emporte dans un tourbillon sensoriel. Spring Breakers est le délire d’un cinéaste terriblement doué qui n’a jamais froid aux yeux. Harmony Korine n’a pas peur du ridicule lorsqu’il choisit de réunir à l’écran deux teen-starlettes que sont Selena Gomez et Vanessa Hudgens pour les balancer en pleine Floride décadente. Il n’a pas non plus peur du ridicule lorsqu’il transforme James Franco en gangsta sentimental qui ouvre son cœur sur un morceau de pop ringarde – séquence tout simplement géniale. Korine ne s’embarrasse pas non plus lorsqu’il s’agit d’ôter les vêtements de son épouse, qui se prendra d’ailleurs une balle quelques minutes plus tard. Korine c’est un peu Gregg Araki et Larry Clark réunis, il ne recule devant rien.
Il transforme un scénario très minimaliste en pur plaisir cinématographique. Comme pour Drive, le spectateur embarquera (ou non) pour 90 minutes d’une expérience visuelle, sonore et musicale (la pop cheesy, bien employée, ça passe niquel), ressortira hyper enthousiasmé ou plutôt sceptique et se souviendra assurément plusieurs semaines après de ce visionnage haut en couleurs. Enfin, comme pour le long-métrage de Nicolas Winding Refn qui bénéficiait également de la partition sonore de Cliff Martinez, il est quasi-certain que Spring Breakers figurera sur le podium de l’année 2013.
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(critique) WADJDA
| HAIFAA AL MANSOUR | COMEDIE | AR. SAOUD. | 97 MIN | 6 FEVRIER 2013 | WAAD MOHAMMED, REEM ABDULLAH |
Wadjda, douze ans, habite dans une banlieue de Riyad, capitale de l’Arabie Saoudite. Bien qu’elle grandisse dans un milieu conservateur, c’est une fille pleine de vie qui porte jeans et baskets, écoute du rock et ne rêve que d’une chose : s’acheter le beau vélo vert qui lui permettra de faire la course avec son ami Abdallah. Mais au royaume wahhabite, les bicyclettes sont réservées aux hommes car elles constituent une menace. Wadjda se voit donc refuser par sa mère la somme nécessaire à cet achat. Déterminée à trouver l’argent par ses propres moyens, Wadjda décide alors de participer au concours de récitation coranique organisé par son école, avec pour la gagnante, la somme tant désirée. Premier film saoudien de l’histoire, Wadjda se démarque d’ailleurs d’autant plus qu’il est réalisé par une femme. Offrant une vision intérieure authentique de la vie dans le royaume, Haifaa Al Mansour réalise Wadjda sans tomber dans la caricature. Elle est bien consciente qu’hommes et femmes sont soumis à la pression de la société et du système. Dans un pays où il n’existe aucune salle officielle, réaliser Wadjda était déjà un petit exploit en lui-même. Mais le geste ne suffit pas. Le plus louable est qu’elle transforme l’essai avec talent et délicatesse nous offrant ainsi un premier film de très bonne qualité. Une ode à la liberté portée par un souffle d’innocence incarné par cette jeune fille attachante et un brin effrontée. Un film écrit, réalisé et interprété avec finesse défendant avec humour et courage la cause féminine et clamant par la même occasion son amour du cinéma. À ne pas manquer.
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[récap] LES BLEUS DE 2012 : LES BONS FILMS
| LES BLEUS DU MIROIR :
LES BONS FILMS DE 2012 |
La France a ces Césars, le Royaume-Uni ses Baftas, les States ont leurs Oscars et leurs Golden Globes, Cannes a sa Palme et Berlin son Lion d’Or, HIMYB décerne désormais ses HIMYB Awards lors d’une soirée blogueurs annuelle, votre blog préféré (si si, plus besoin de vous mentir à vous-même) a désormais aussi ses récompenses.
Comme je suis incroyablement imaginatif et original, je vais décerner avec grand plaisir et pour la première fois les BLEUS DU MIROIR récompensant les TOPS et les FLOPS de l’année. On continue avec LES BONS BLEUS pour les bons films de cette cuvée 2012.
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Dans la catégorie « meilleure comédie de 2012 » sont nommés :
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Starbuck pour son humour canadien et ses situations cocasses.
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God Bless America pour son humour noir, ses tirades jubilatoires et défoulatoires.
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La part des anges pour cet humour so scotish de papy Ken.
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The Dictator pour l’humour culotté et outrancier de Sasha Baron Cohen
-> Et Le Bleu de la Meilleure comédie de l’année est attribué au jouissif God bless America.
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Dans la catégorie du « Meilleur premier film de 2012 » sont nommés :
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Mikael R. Roskam pour son Bullhead monstrueux.
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Paddy Considine pour son Tyrannosaur qui prend aux tripes.
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Rufus Norris pour son Broken noir et léger à la fois.
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Sean Durkin pour son inquiétant Martha Marcy May Marlene.
-> Et Le Bleu du Meilleur premier film de l’année est attribué à Paddy Considine pour Tyrannosaur.
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Dans la catégorie du « meilleur film pour enfant de 2012 » sont nommés :
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Félins
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Ernest et Célestine
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Rebelle
-> Et Le Bleu du Meilleur film pour enfant de l’année est attribué au subtil Ernest et Célestine.
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Dans la catégorie du « meilleur film blockbuster de 2012 » sont nommés :
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The Avengers, Joss Whedon
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Hunger Games, Gary Ross
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The Dark Knight Rises, Christopher Nolan
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Skyfall, Sam Mendes
-> Et Le Bleu du Meilleur blockbuster de l’année est au puissant The Dark Knight Rises.
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Dans la catégorie du « meilleur film britannique de 2012 » sont nommés :
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Les hauts de Hurlevent, Andrea Arnold.
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Perfect Sense, David McKenzie
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Tyrannosaur, Paddy Considine
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Broken, Rufus Norris
-> Et Le Bleu du Meilleur film britannique de l’année est attribué au poignant Tyrannosaur.
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Dans la catégorie chère à Lars Von Trier du « meilleur film venu du Nord en 2012 » sont nommés :
- Oslo, 31 Août, Joachim Trier
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Bullhead, Mikael R. Roskam
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La chasse, Thomas Vinterberg
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Royal affair, Nikolaj Arcel
-> Et Le Bleu du Meilleur film venu du Nord de l’année est attribué au sans-faute La Chasse.
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Dans la catégorie du « meilleur film français ou francophone de 2012 » sont nommés :
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Populaire, Régis Roinsard
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De rouille et d’os, Jacques Audiard
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Monsieur Lazhar, Philippe Falardeau
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Café de Flore, Jean Marc Vallée
-> Et Le Bleu du Meilleur film français de l’année est attribué au lumineux De rouille et d’os.
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Dans la catégorie du « meilleur montage de 2012 » sont nommés :.
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Broken
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The Dark Knight Rises
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Millenium – The Girl with the dragon tattoo
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Bullhead
-> Et Le Bleu du Meilleur montage de l’année est attribué au brillant Millenium.
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Dans la catégorie de la « plus belle photographie de 2012 » sont nommés :
- Broken
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Millenium – The girl with the dragon tattoo
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Tyrannosaur
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Skyfall
-> Et Le Bleu de La plus belle photographie de l’année est attribué au superbe Millenium.
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Dans la catégorie du « meilleur scénario de 2012 » sont nommés :
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La chasse, Thomas Vinterberg
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The Dark Knight rises, Christopher et Jonathan Nolan
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Argo, Chris Terrio
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Millenium, Steve Zaillan
-> Et Le Bleu du Meilleur scénario de l’année est attribué au remarquable La chasse.
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LES BONS FILMS DE 2012
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MENTION BIEN
GOD BLESS AMERICA, de Bobcat Goldthwait
STARBUCK, de Ken Scott
MONSIEUR LAZHAR, de Philippe Falardeau
L’ODYSSEE DE PI, de Ang Lee
WEEKEND, de Andrew Haigh
SKYFALL, de Sam Mendes
LES HAUTS DE HURLEVENT, de Andrea Arnold
ERNEST ET CÉLESTINE, de Stéphane Aubier
TAKE SHELTER, de Jeff Nichols
POPULAIRE, de Régis Roinsard
AU PAYS DU SANG ET DU MIEL, de Angelina Jolie
PROMETHEUS, de Ridley Scott
FELINS, de Alastair Fothergill
THE DICTATOR, de Larry Charles
LA PART DES ANGES, de Ken Loach
À PERDRE LA RAISON, de Joachim Lafosse
END OF WATCH, de David Ayer
MENTION ASSEZ BIEN
DETACHMENT, de Tony Kaye
JACK REACHER, de Christopher McQuarrie
FRIENDS WITH KIDS, de Jennifer Westfeldt
ELLE S’APPELLE RUBY, de Jonathan Dayton
WALK AWAY RENÉE, de Jonathan Caouette
LAURENCE ANYWAYS, de Xavier Dolan
TO ROME WITH LOVE, de Woody Allen
THE AVENGERS, de Joss Whedon
THE IMPOSSIBLE, de Juan Antonio Bayona
TRUST, de David Schwimmer
LA DAME EN NOIR, de James Watkins
LAWLESS, de John Hillcoat
J’ENRAGE DE SON ABSENCE, de Sandrine Bonnaire
PORTRAIT AU CREPUSCULE, Angelina Nikonova
MAIN DANS LA MAIN, de Valérie Donzelli
CHRONICLE, de Josh Trank
UNE VIE MEILLEURE, de Cédric Kahn
NOUVEAU DEPART, de Cameron Crowe
INDIAN PALACE, de John Madden
LES BÊTES DU SUD SAUVAGE, de Benh Zeitlin
COMPLIANCE, de Craig Zobel
360, de Fernando Meirelles
THE DYNAMITER, de Matthew Gordon
HOWL, de Rob Epstein
…
Et pour vous, quels sont les bons films de cette année ?
…
Déjà publié : LES FLOPS ET NAVETS DE 2012 - LES INTERMÉDIAIRES DE 2012 - TOP 5 ACTEURS – TOP 5 ACTRICES
A suivre : LE TOP 5 RÉALISATEURS - TOP 15 DE 2012 d’ici le 31/12/2012
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[critique] ROYAL AFFAIR
| NICOLAJ ARCEL | DANEMARK | 136 MIN | 21 NOVEMBRE 2012 | MADS MIKKELSEN, ALICIA VIKANDER, MIKKEL BOE FOLSGAARD |
Danemark 1770. La passion secrète que voue la reine Caroline Mathilde au médecin du roi, l’influent Struensee, va changer à jamais le destin de la nation toute entière. Royal Affair relate une page capitale de l’histoire danoise, oubliée des manuels français. La relation amoureuse et intellectuelle entre Caroline Mathilde et Struensee, fortement influencée par les philosophes des Lumières, Rousseau et Voltaire en tête, conduira au renversement de l’ordre social établi, et annoncera les révolutions qui embraseront l’Europe vingt ans plus tard.
Novembre est souvent synonyme de froid. Pas étonnant finalement que cette année il fasse la part belle au cinéma danois. Si La chasse figurera très certainement sur le podium de cette cuvée 2012, Royal Affair n’en sera pas bien loin.
S’intéressant de l’intérieur à une période clé de l’Histoire danoise, le long-métrage de Nicolaj Arcel suit le sort de la jeune Reine Caroline qui sera au centre d’événements qui bouleverseront profondément le destin de son pays ainsi que celui de l’Europe du Nord. Campé par trois comédiens remarquables (Mads Mikkelsen à nouveau impressionnant, Mikkel Foe Folsgaard incroyable et Alicia Vikander aussi belle que touchante), Royal affair ne souffre que de la longueur, qui ne se fait cependant que légèrement ressentir qu’après deux heures de pellicule avant de reprendre son ampleur et sa majesté pour un épilogue soigné et déchirant.
Une œuvre élégante et passionnante qui révèle le talent de deux jeunes comédiens (M. Boe Folsgaard et Alicia Vikander) et confirme celui maintenant incontesté de Mads Mikkelsen.
| ROYAL AFFAIR ●●● |
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[humour] BREAKING BAD : LA PARODIE EN CHANSON
Walter White, 50 ans, est professeur de chimie dans un lycée du Nouveau-Mexique. Pour subvenir aux besoins de Skyler, sa femme enceinte, et de Walt Junior, son fils handicapé, il est obligé de travailler doublement. Son quotidien déjà morose devient carrément noir lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’un incurable cancer des poumons. Les médecins ne lui donnent pas plus de deux ans à vivre. Pour réunir rapidement beaucoup d’argent afin de mettre sa famille à l’abri, Walter ne voit plus qu’une solution : mettre ses connaissances en chimie à profit pour fabriquer et vendre du crystal meth, une drogue de synthèse qui rapporte beaucoup. Il propose à Jesse, un de ses anciens élèves devenu un petit dealer de seconde zone, de faire équipe avec lui. Le duo improvisé met en place un labo itinérant dans un vieux camping-car. Cette association inattendue va les entraîner dans une série de péripéties tant comiques que pathétiques.
Avis aux amateurs de la meilleure série actuellement sur les écrans ! BReaking BAd est déjà une série culte et sur la toile fleurissent de nombreux hommages et parodies. L’un des plus beaux est venu de la bande de comiques TeddieFilms avec un clip grandiose, bourré de références, terriblement drôle et bien senti. Un régal pour les fans du TV Show de AMC qui reconnaîtront de nombreuses répliques et une flopée de clins d’oeil (textuels et visuels) au brillant feuilleton de Vince Gilligan. Vous (re)découvrir ce clip musical savoureux, il suffit de visionner la vidéo ci-dessus ! Bien sûr, il faudra avoir quelques notions dans la langue de Shakespeare…
Remarque : Merci de ne pas spoiler par respect pour ceux qui n’ont pas encore vu ce début de saison 5. Si vous souhaitez réagir sur les épisodes en cours de diffusion, vous êtes les bienvenus mais veillez à avertir les lecteurs avec une mention | SPOILER | Tout commentaire ne respectant pas cette précaution sera édité voire supprimé.
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[critique] LA CHASSE
| THOMAS VINTERBERG | DANEMARK | 111 MIN | 14 NOVEMBRE 2012 | MADS MIKKELSEN, THOMAS BO LARSEN, ANNIKA WEDDERKOPP |
Après un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s’applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s’illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l’hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.
Pour son septième film, l’ami de Lars Von Trier s’intéresse à un sujet fort (la présomption d’innocence dans un cas d’abus sexuel) et livre un long-métrage d’une incroyable maîtrise en forme de miroir de son Festen qui l’avait consacré en 1998. Pourtant accueilli de façon mitigée par la critique de Cannes, La chasse est un quasi sans-faute mené de main de maître par le cinéaste Thomas Vinterberg et bénéficiant d’une interprétation en tous points remarquables du grand Mads Mikkelsen – reparti du Festival avec un prix d’interprétation amplement mérité. L’histoire de cet homme entraîné dans l’engrenage de la suspicion et rejeté par sa communauté après les soupçons d’abus sexuels qu’il aurait provoqué (mais qui ne sont que le fruit de l’imagination d’une enfant et de la maladresse d’adultes aveuglés par le choc et la peur) sonne terriblement juste. Aucune fausse note dans le traitement de ce sujet difficile qui ne tombe jamais dans le sensationnalisme ou le manichéisme. Une réussite sur le fond ET la forme avec une mise en scène soignée, subtile et habile, soulignée par une photographie délicate et une partition musicale discrète et appropriée.
La chasse sort sur les écrans mi-novembre et je vous le recommande très chaudement. Il s’agit certainement du meilleur film de cette fin d’année.
| LA CHASSE ●●●● |
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[critique] CYCLE CHARLIE CHAPLIN : THE KID, LE CIRQUE, LES LUMIÈRES DE LA VILLE, LES TEMPS MODERNES, LA RUÉE VERS L’OR…
Profitant de la ressortie en salles de dix films restaurés en haute définition de l’un des plus grands cinéastes de tous les temps, voici un petit compte-rendu qui saura – je l’espère – vous donner envie de (re)découvrir les plus belles oeuvres de Charlot aka Charlie Chaplin. Vous pouvez également trouver la critique complète de The Kid, sûrement son plus beau chef d’oeuvre. Le cycle Chaplin sera complété au fur et à mesure des (re)visionnages.
THE KID ***** 1921, 53 min.
Un pauvre vitrier recueille un bébé abandonné par sa mère. Cinq ans plus tard, on découvre la complicité de cette équipe qui marche. Le kid casse les carreaux et son père adoptif arrive chez le client malheureux pour leur réparer.
« Un film avec un sourire, et peut-être aussi, une larme ». Le talentueux réalisateur mêle tendresse, émotion et humour pour un petit bonheur cinématographique d’à peine une heure que petits et grands sauront apprécier à volonté. On ressort de la salle le sourire intact aux lèvres et le cœur débordant de tendresse. Un chef d’œuvre du grand écran, tout simplement.
LE CIRQUE **** 1928, 72 min.
Engagé dans un cirque, Charlot devient vite l’attraction principale grâce à sa maladresse qui ravit le public. Amoureux de la fille du directeur, il ne réalise même pas qu’il est le clou du spectacle.
Drôle, cocasse, inopiné, Le cirque a souffert de nombreuses retouches et barrières lors de sa production. Il n’en reste pas moins un film savoureux et divertissant à découvrir pour le bonheur des petits et des grands.
LES LUMIÈRES DE LA VILLE ***** 1931, 81 min.
Errant dans la ville, Charlot fait la connaissance d’une vendeuse de fleurs aveugle qui prend le vagabond pour un homme riche. Charlot sauve ensuite un millionnaire saoul qui tente de se noyer dans un fleuve. Le millionnaire devient son ami mais, sobre, il ne reconnait plus le vagabond.
Une petite merveille d’humanisme, irrésistiblement drôle et attachante. Un Charlot généreux, altruiste et bienveillant, mais aussi coquin et gaffeur comme à son habitude. Un des bijoux du réalisateur qui saura vous émouvoir autant de vous faire rire aux éclats. A ne pas manquer !
LES TEMPS MODERNES ***** 1936, 89 min.
Broyé par les cadences infernales de l’usine, un petit employé modèle finit par perdre la raison. Hôpital, prison, chômage. Charlot est happé par les rouages de l’industrialisation. Jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance d’une orpheline en l’aidant à fuir la police.
Sûrement l’une des oeuvres de Chaplin les plus célèbres et les plus étudiées, Les temps modernes pose un regard acerbe sur la société des années 30, le monde du travail et plus particulièrement le Taylorisme et le productivisme en vogue à l’époque. Dans ce contexte socialement instable où la répression policière fait rage, il se penche sur un sujet qui lui est cher (l’humain derrière la machine) et s’intéresse comme à son habitude aux plus faibles. En effet, face au travail à la chaîne sur des machines supposées aider l’Homme mais qui va finalement s’y substituer ou l’aliéner, le chômage augmente de façon vertigineuse entraînant une vague croissante de misère et de désespoir. Coûte que coûte, Charlot tentera de conserver son optimisme légendaire et sa bonne volonté pour poursuivre le chemin de la vie menant vers le bonheur (« Keep smiling » semble t’il dire dans les dernières secondes du film). Une satire remarquable et humaniste, un long-métrage mémorable et engagé, un sommet de burlesque maîtrisé de bout en bout, un déluge sonore, visuel et musical, qui font de Modern Times une oeuvre majeure et éternelle marquant la dernière apparition à l’écran du personnage de Charlot. Il s’en va vers d’autres horizons avec ce sourire… et cet air musical, connu de tous, intemporel.
LA RUEE VERS L’OR *** 1936, 89 min.
En 1898, au Klondike, nord-ouest du Canada, Charlie, chercheur d’or, pris dans une tempête de neige, échoue dans la cabane de Black Larsen, bandit recherché par la police. Il est sauvé par l’arrivée de Jim Mc Kay, un autre chercheur d’or. Ils doivent aussi tuer un ours pour ne pas mourir de faim. Ils se séparent pour tenter leur chance chacun de leur côté. Jim possède la mine la plus riche du pays, mais au cours d’une bataille avec Black Larsen qui veut la lui voler, il reçoit un coup sur la tête et perd la mémoire. Charlie devient amoureux d’une entraîneuse de saloon, Georgia, qui n’a que du mépris pour lui, et lui préfère le Don Juan local, Jack Cameron. La nuit du Nouvel An, Charlie rêve que Georgia vient le retrouver.
Sortie initialement en 1925 en version muette, La ruée vers l’or fut sonorisée par Charlie Chaplin lui-même en 1942. C’est cette version modifiée que j’ai pu découvrir cette semaine mais je dois reconnaître que j’aurais eu une préférence pour l’originale. En effet, j’ai trouvé les commentaires intrusifs et quelque peu gênants pour l’harmonie, l’humour et l’émotion de l’ensemble. J’ai également appris que plusieurs séquences avaient été modifiées au montage et pouvaient changer sensiblement la perception et la connotation du film (et expliquer certains fondus au noir un peu abrupts) avec un dénouement vraiment expédié. Enfin, il semblerait que dans cette version initiale, les cartons été illustrés de dessins poétiques qui soulignant encore davantage l’émotion et n’avait pas besoin de commentaires ne laissant pas place à l’imagination. La fin, coupée plus abruptement, censure d’ailleurs une scène de baiser qui avait à l’époque beaucoup dérangé – et c’est bien regrettable. La ruée vers l’or n’en reste pas moins une œuvre ludique, dénonçant les mauvais côtés du « rêve américain » dans laquelle on retrouve un Charlot toujours aussi malicieux et tendre. Un divertissement qui ravira à nouveau petits et grands.
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[critique] GOD BLESS AMERICA
| BOB GOLDTHWAIT | USA | 100 MIN | 10 OCTOBRE 2012 | JOEL MURRAY, TARA LYNNE BARR |
Seul, sans boulot, gravement malade, Frank sombre dans la spirale infernale d’une Amérique déshumanisée et cruelle. N’ayant plus rien à perdre, il prend son flingue et assassine les personnes les plus viles et stupides qui croisent son chemin. Bientôt rejoint par Roxy, lycéenne révoltée et complice des plus improbables, c’est le début d’une équipée sauvage, sanglante et grandguignolesque sur les routes de la bêtise made in USA.
Vous n’en pouvez plus de vos voisins et de vos collègues de travail qui n’ont rien d’autre comme sujet de conversation que le dernier match de foot ou les résultats de Secret Story ? La bêtise humaine, la superficialité, la gloire aux imbéciles, tout cela vous agace au plus haut point ? God Bless America est fait pour vous. God Bless America, c’est un peu comme si Greg House se la jouait Bonnie and Clyde avec une lycéenne marginale, zigouillant sur son passage les personnages les plus vils qu’il croise (intégristes religieux, « célébrités » de real-tv, mangeurs de pop-corn…). Frank et Roxy s’embarquent dans un road-trip jouissif et simili-tarantinesque – d’ailleurs, ne serait-ce pas le même restau que dans Pulp Fiction ? Everybody cool, this is a robery – et fusillent sans sommation ou presque ceux qui méritent vraiment de trépasser au pays de l’Oncle Sam. Bien entendu, le credo « mort aux cons » ne peut être appliqué aveuglément car bien nombreux seraient les potentielles victimes de notre tandem vengeur. Éliminer le premier venu parce qu’il nous importune n’est pas un mobile suffisant – sauf s’il mange des pop-corn trop bruyamment au cinéma – ou assassiner les imposteurs comme Diablo Cody – qui ramasse sévèrement, pour mon plus grand plaisir – simplement parce que ses scénarios sont des insultes à l’humanité comme au cinéma ne sont pas des causes suffisamment nobles pour notre couple exterminateur, même si l’envie ne manque pas. Si le film s’était tourné en France – oui, il se serait appelé Que Dieu bénisse la France, I know ! – les cibles prioritaires auraient sûrement été Nadine Morano, Eric Zemmour, Michael Vendetta et Jean-Michel Aulas. Que ça me laisse rêveur…
Une comédie indé au budget riquiqui carrément jouissive, politiquement incorrecte et tellement jubilatoire et défoulatoire qu’on en oublie l’impression occasionnelle d’une production un peu bon marché. God bless Frank and Roxy.
| GOD BLESS AMERICA ●●/●●● |
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[critique] BROKEN
| RUFUS NORRIS | UK | 90 MIN | 22 AOÛT 2012 | TIM ROTH, CILLIAN MURPHY, ELOISE LAURENCE |
Après avoir été témoin d’une agression brutale, Skunk se rend compte que la maison où elle vit, son quartier, son école, lui sont devenus étrangers, presque hostiles. Les certitudes rassurantes de l’enfance ont laissé place à l’inconnu et à la peur. Et, alors qu’elle se tourne vers un avenir devenu soudain plus sombre, son innocence n’est plus qu’un souvenir. En cherchant le réconfort dans l’amitié muette de Rick, un garçon doux mais abîmé par la vie, Skunk va se trouver confrontée à un choix. Poursuivre un chemin dans lequel elle ne se reconnaît plus, ou quitter les ruines de son ancienne vie…
Ayant fait l’ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes cette année, Broken est un film choral britannique qu’il ne faudra pas manquer lors de la fin de cet été 2012. Petite merveille sensible, drôle et poignante, écrite par le talentueux scénariste Mark O’Rowe qui avait déjà signé le script du très marquant Boy A en 2009, Broken suit plusieurs personnages, tous voisins ou visiteurs d’un petit quartier qui sera le théâtre de tristes évènements.
Broken juxtapose tendresse et violence, à l’image d’un cinéma anglais qui parvient souvent à les associer avec réussite (Tyrannosaur, This is England ou Boy A justement) si l’on reste un peu indulgent sur cette fin un brin maladroite. Rufus Norris n’a d’ailleurs pas grand chose à envier à ses illustres ainés et, comme Paddy Considine qui nous avait scotché avec sa première réalisation, le cinéaste sera à surveiller de près. Différence notable, Norris parvient à insufler une certaine malice dans son cinéma – généralement par l’intermédiaire de sa jeune pré-adolescente mais pas seulement – ainsi qu’un humour et une légèreté permettant d’éviter de tomber dans trop de noirceur ou de pathos, apportant un peu d’innocence et de douceur dans cette histoire qui aborde des sujets peu évidents (la parentalité, l’abandon, le handicap mental, la violence scolaire…). Il y a aussi un peu de Little Children dans cette chronique de quartier (où le mensonge et la stigmatisation vont finir par causer de sacrés dégâts) sublimée par une superbe photographie – là encore, c’est aussi un technicien de Boy A, Rob Hardy. On sent dans la mise en scène et la réalisation de Norris ses origines (théâtre, opéra) lui qui allie avec beaucoup d’agilité les images à la musique, qui se joue des décors et des sons et qui dirige impeccablement ses interprètes dont la jeune Eloise Laurence qui crève l’écran pour son tout premier rôle.
Tantôt espiègle et léger, tantôt grave et brutal, Broken est un joli premier film d’un réalisateur britannique à suivre et porté par des comédiens remarquables de justesse dont la jeune révélation Eloise Laurence.
| BROKEN ●●● |
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[critique] STARBUCK
| KEN SCOTT | CANADA | 109 MIN | 27 JUIN 2012 | PATRICK HUARD, JULIE LE BRETON, ANTOINE BERTRAND |
Alors qu’il s’apprête à être père, David Wosniak, éternel adolescent de 42 ans, découvre être le géniteur anonyme de 533 enfants déterminés à le retrouver.
Le mois de Juin nous a proposé plusieurs comédies made in France, toutes assez banales et quelconques – voire carrément mauvaises. En effet, ni Adieu Berthe ni La clinique de l’Amour (critiques à venir) n’ont réussi à susciter l’amusement et maintenir l’intérêt. Pour trouver la comédie qui faisait mouche, il fallait aller voir de l’autre côté de l’Atlantique. Non pas aux States… Au Canada tabernac ! La comédie de Ken Scott est la très bonne surprise de ce début d’été. Irrésistiblement drôle – les trente premières minutes sont à mourir de rire – et terriblement attachante. Grâce à un scénario construit et écrit avec intelligence, à des répliques savoureuses et à un Patrick Huard aussi drôle que touchant, Starbuck s’avère être LA comédie qu’il faut voir en ce début d’été.
Starbuck ou comment traiter avec humour et finesse un sujet d’éthique sensible. Une comédie astucieuse, pleine de coeur et riche en situations irrésistibles, portée par ses personnages attachants et cocasses. Gloire au Canada !
| STARBUCK ●●/●●● |
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[critique] LAURENCE ANYWAYS
| XAVIER DOLAN | CANADA | 159 MIN | 18 JUILLET 2012 | MELVIL POUPAUD, SUZANNE CLÉMENT, NATHALIE BAYE |
Le jour de son trentième anniversaire, Laurence, qui est très amoureux de Fred, révèle à celle-ci, après d’abstruses circonlocutions, son désir de devenir une femme.
Laurence Anyways, c’est l’histoire d’un amour impossible. L’histoire de deux âmes soeurs qui ne peuvent s’accomplir parce que l’un des deux êtres est né dans la mauvaise enveloppe corporelle. Laurence, prénom unisexe traduisant l’ambivalence de l’identité du personnage, réalise progressivement ce qu’il a toujours su au fond de lui : il ne se sent pas homme. Il veut devenir une femme. Pourtant cela ne remet en rien en question l’amour intense qu’il porte à Fred, sa compagne, ou même ses attirances sexuelles. Pendant presque de 160 minutes, on va suivre cette histoire sur plusieurs années, celle d’un homme qui veut s’affirmer comme une femme et celle d’une femme éperdument amoureuse qui s’efforce de l’aimer et de l’aider à s’accomplir quitte à mettre en péril leur amour.
Pendant plus de deux heures et demi, on suit les déchirements et multiples revirements d’un couple aux prises avec une profonde transformation identitaire. Ce couple est formé de deux acteurs talentueux. Melvil Poupaud, que beaucoup avait découvert dans Le temps qui reste de François Ozon, est plutôt bon dans son rôle de transsexuel en devenir mais sa performance se fait complètement éclipser par la sublime Suzanne Clément – déjà remarquable et remarquée dans le premier Dolan – qui livre ici une interprétation absolument bouleversante. [NB : en fait, c'est ELLE l'actrice de ce mois de Juillet]. Son prix d’interprétation à La Semaine de la Critique est on n’peut plus mérité. Monia Chokri, vue elle aussi dans Les Amours Imaginaires, et Nathalie Baye, qu’on ne présente plus, tirent aussi habilement leur épingle du jeu dans les rôles secondaires.
Xavier Dolan ne fait pas l’unanimité (pourquoi d’ailleurs ne figurait-il pas en sélection à Cannes ?) pourtant tout le monde lui loue un certain savoir-faire. Cinéaste sans concession, il ne peut pas plaire pas à tout le monde – il devrait, quand on voit son superbe premier film J’ai tué ma mère - et son ton ainsi que son style peuvent déranger ou agacer. Le québécois se laisse certes parfois emporter par ses envolées lyriques et ses effets stylistiques (ou dans un récit un peu trop lent) mais lorsqu’ils sont aussi éblouissants que dans ses précédents films et dans ce Laurence Anyways - le bal costumé bordel ! – c’est tellement jouissif qu’on en prend plein les yeux et les oreilles. Du génie à l’état pur. On est hypnotisé par ce déluge sensoriel de sons et d’images. Le gamin a définitivement du goût et, à l’instar d’un Nicolas Winding Refn, il ne se trompe quasiment jamais dans ses choix musicaux, même lorsqu’il ose le kitch ou le démodé. Mais cela ne s’arrête pas là avec des choix de lumières, de couleurs, de cadrages, de décors, de costumes, qui immergent un peu plus encore dans son univers pour peu qu’on se laisse emporter.
On reprochera en revanche au cinéaste canadien quelques longueurs et quelques maladresses. Presque 2h40 de film, c’est beaucoup (trop). Xavier Dolan se justifie en prétextant qu’il faut parfois du temps pour que les choses s’ancrent en nous, qu’on les assimile et les ressentent. Tout le monde ne sera pas conquis. D’ailleurs à Cannes le film a énormément divisé entre ceux qui sont tombés en admiration et ceux qui ont tout simplement détesté. Pourtant, même si le réalisateur ne fait pas dans la mesure, on peut en tant qu’observateur en faire preuve et avec un peu de nuance – même si l’on regrettera quelques défauts de jeunesse et quelques excès d’arrogance – reconnaître un artiste qui compte et s’incliner devant une sensibilité romantique et artistique absolument époustouflante, un sens de la réplique incontestable, une direction d’acteurs impressionnante .
Laurence Anyways, un film fleuve, amibitieux et ample à découvrir, un voyage initiatique bouleversant porté par un Melvil Poupaud convaincant et une Suzanne Clément absolument magnifique, une oeuvre qui respire l’amour du cinéma.
Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus, Le Passeur Critique a réalisé une petite interview de Xavier Dolan.
| LAURENCE ANYWAYS ●● |
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