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24 JOURS – LA VÉRITÉ SUR L’AFFAIRE ILAN HALIMI

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Maladroit

Après le Shabbat, Ilan Halimi sort et donne un dernier baiser à sa mère. Parce qu’il est juif, on l’enlève et le séquestre durant 24 jours, en demandant à sa famille une forte rançon.

Comment raconter l’horreur ?

Impossible de ne pas avoir eu vent de l’affaire Halimi, ce jeune juif kidnappé, séquestré et assassiné par le fameux « gang des barbares » sévissant en région parisienne sous l’influence de l’ivoirien Youssouf Fofana. Ce crime odieux avait logiquement défrayé la chronique du fait de l’horreur subie par le pauvre Ilan et de son caractère antisémite, trop longtemps nié par la justice.

Souhaitant relater les faits du point de vue de la mère d’Ilan, Ruth Halimi, Alexandre Arcady réalise son film comme pour imposer un devoir de mémoire. Si l’intention est complètement louable, le résultat laisse en revanche un sentiment gênant de voyeurisme et de communautarisme. Montrant beaucoup plus qu’il ne le devrait (filmant ainsi quelques sévices reçues par Ilan puis le montrant agonisant peu avant son décès), on s’interroge sur ce choix plutôt que d’avoir préféré les mots aux images. 

On reste également très sceptique devant certaines séquences franchement discutables parce que dispensables ou douteuses : on pense notamment à celle de l’arrestation des malfaiteurs, regroupés au milieu de la cité avec des flics condamnant le silence de ses habitants. Manque de subtilité ou colère mal dissimulée par son auteur ?

Si l’effroi et la révolte sont des sentiments plus que légitimes (le spectateur ne peut inévitablement pas rester insensible), la forme et le message dérangent parfois. Les actes haineux du gang de Fofana ne doivent pas être oubliés et la mémoire de la victime mérite d’être honorée. Cependant, une telle entreprise méritait beaucoup plus de tact et de distance afin de ne pas cultiver la haine plutôt que l’apaisement. Celle-ci induisait également de se dispenser d’effets cinématographiques maniérés (fondus au noir incessants, ralentis ridicules, musique…) et donc mal venus. 

Enfin, l’émotion parait trop présente dans 24 jours, avec des seconds rôles passant leur temps à (mal) pleurer ou crier. Ce n’était pas forcément nécessaire, l’audience étant tout à fait capable d’entrer en compassion avec l’angoisse de la famille. On saluera en revanche l’interprétation très poignante de Zabou Breitman, impeccable comme son partenaire Pascal Elbé. 

Souhaitant provoquer un « choc mémoriel », 24 jours nous en apprend un peu plus sur l’affaire et le traumatisme des familles. Il laisse en revanche le spectateur en état de choc, parasitant le message au profit des images et de la répulsion.

La fiche
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24 JOURS : LA VERITE SUR L’AFFAIRE ILAN HALIMI
Réalisé par Alexandre Arcady
Avec Zabou Breitman, Pascal Elbé, Jacques Gamblin, Sylvie Testud…
France – Drame
30 avril 2014
Durée : 110 min




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Chonchon
6 années il y a

Un film qui fait désormais polémique… J’avais tendance à penser que forcément Arcady allait tomber dans le piège du communautarisme et les critiques dont il fait l’objet semblent le confirmer. Le désir de rendre hommage et d’inscrire le calvaire de ce jeune homme dans la mémoire collective est totalement louable. Mais il y a tant d’autres exemples de mômes, de jeunes et de moins jeunes, torturés et tués par des barbares de tout poil… La communauté juive n’a hélas pas le monopole de la douleur. Qu’Arcady ait fait ce choix, parce qu’il est juif, c’est normal ; mais il aurait sans doute dû éviter le côté absolutiste « victime juive = racisme ». Il y a plein de massacres de par le monde, toutes religions confondues… Chacun est le raciste de l’autre. J’aime beaucoup Arcady, mais ce choix est « politique » et ça me gêne…

Vincent
Reply to  Chonchon
6 années il y a

absolument d’accord, tout est dit !

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