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20TH CENTURY WOMEN

Disparate

Santa Barbara, été 1979. L’époque est marquée par la contestation et d’importants changements culturels. Dorothea Fields, la cinquantaine, élève seule son fils Jamie. Elle décide de faire appel à deux jeunes femmes pour que le garçon, aujourd’hui adolescent, s’ouvre à d’autres regards sur le monde : Abbie, artiste punk à l’esprit frondeur qui habite chez Dorothea, et sa voisine Julie, 17 ans, aussi futée qu’insoumise… 

Portrait(s) de femme(s).

En pleine ère Carter, Dorothea s’inquiète de voir grandir son fils sans véritable modèle et craint de ne pas être la référence qu’il lui faut pour s’épanouir parfaitement dans une société chancelante. Appelant à la rescousse deux jeunes « femmes du vingtième siècle » aux tempéraments opposés, elle va, sans le savoir, détraquer les minutieux rouages de la petite communauté créée sous son toit et mettre en péril la précieuse relation entretenue avec son enfant. Six ans après avoir rendu hommage à son père dans l’attachant Beginners, Mike Mills s’est inspiré de sa propre adolescence pour réaliser 20th Century Women, un troisième long-métrage largement autobiographique où la figure maternelle, et plus généralement féminine, devient le symbole de toute une époque. Libre, audacieuse, artiste, tantôt généreuse ou borderline, la femme « moderne » y est célébrée sous toutes ses coutures, dans tous ses excès, avec autant de bienveillance que de sincérité.

Aussi complémentaires que distincts, les personnages de Greta Gerwig et d’Elle Fanning déterminent et incarnent à eux seuls les difficultés de l’émancipation face à un avenir incertain. Aux prises avec des mères castratrices – souvent rongées par la culpabilité –, ils secondent habilement celui de Dorothea, multiple et complexe, dans sa volonté d’offrir à son jeune garçon la meilleure vie possible et les armes pour s’y défendre. Perpétuellement juste lorsqu’il s’agit de sonder cette dynamique de groupe (auquel il intègre un protagoniste masculin essentiel, William, joué par Billy Crudup), Mike Mills se repose toutefois trop fréquemment sur l’excellence de son casting. Ainsi, le metteur en scène n’apparaît jamais pleinement à la hauteur de son quintet d’acteurs en préférant bricoler des effets de style artificiels qui gâchent l’impeccable partition de ses comédiens.

Si cette entreprise sent bien évidemment (comment pourrait-il en être autrement ?) le vécu, 20th Century Women accuse douloureusement une greffe malheureuse entre un fond et une forme délicats à marier. Réalisateur de clips ayant notamment travaillé avec Air ou Moby, Mike Mills aurait pourtant tout – sur le papier – pour emboîter le pas loufoque d’un Michel Gondry mais ses intentions à l’écran sont tellement timides et confuses qu’elles recréent, à l’instar de son précédent film, une sensation d’incessant décalage. Les temporalités se bousculent, les événements s’enchaînent et le cinéaste paraît bloqué au sein même de son long-métrage, ne sachant qu’extraire de ce méli-mélo à travers les années. Loin du portrait vif et incisif d’une période contestataire, le film s’enferme, dès lors, dans une redondante comédie dramatique laissant flétrir la fraîcheur jusqu’à l’inintérêt.

La fiche

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20TH CENTURY WOMEN
Réalisé par Mike Mills
Avec Annette Bening, Elle Fanning, Greta Gerwig…
Etats-Unis – Comédie dramatique
Sortie : 1 mars 2017
Durée : 118 min




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